Les 60 ans de la Déclaration Schuman vus d’Irlande

Le 18 mai dernier, l’Alliance française de Cork (Irlande), en partenariat avec l’École d’Histoire de l’UCC, organisaient un symposium pour les 60 ans de la déclaration Schuman, considérée comme l’Acte fondateur de la construction européenne. La déclaration Schuman du 9 mai 1950 fut à l’origine de la création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), précurseur de la Communauté, fondée en 1958, puis de l’Union européenne actuelle.

Bien qu’elle n’ait elle-même adhéré à la Communauté qu’en 1973, l’Irlande, au travers des étudiants et professeurs participant au symposium, est apparue au cours de cette journée comme profondément ‘schumanienne’: totalement fidèle à l’unité européenne, mais en même temps rétive aux « constructions d’ensemble », et privilégiant largement les « réalisations concrètes […] sur des points limités mais décisifs » aux bouleversements plus larges.

Son et lumière

De gauche à droite: Alain VERNINAS, conseiller politique de l'Ambassadeur de France en Irlande, Hélène DUQUIN, Présidente de l'Alliance Française de Cork, Michael STANGE, chef de projets pour le Centre Européen Robert Schuman, Nora CALLANAN, Présidente de l'Alliance Française de Cork, Martin TERRITT, Directeur de la représentation de la Commission Européenne en Irlande, Lord Mayor Cllr Dara MURPHY, maire de Cork, Lady Mayoress Tanya MURPHY, Dr Anne-Marie AUTISSIER, Université Paris VIII, Tony BROWN, Institut des Affaires Internationales et Européennes de Dublin, Dr Jérôme aan de WIEL, University College of Cork, Université de Reims, University of Limerick, Quentin PERRET, Atelier Europe, Dr Mervyn O'DRISCOLL, School of History, University College of Cork Le Symposium s’est déroulé sur une journée entière. La matinée fut consacrée à des exposés de nature historique. Un premier exposé, sur le contexte général de l’année 1950, rappelait les motivations très concrètes (liées au rétablissement économique et au positionnement diplomatique de la France de l’époque) de l’initiative révolutionnaire prise par Robert Schuman, ministre français des Affaires étrangères, et son conseiller Jean Monnet. Un second exposé rappelait les soixante ans de construction communautaire. Le clou de la matinée fut sans conteste la présentation d’un documentaire photo d’une dizaine de minutes, préparé par les étudiants de l’Université, rappelant les moments forts de l’histoire irlandaise depuis l’adhésion du pays à la Communauté européenne, sur fond de tubes musicaux d’époque. Un son et lumière extrêmement entraînant et pédagogique, mettant en relief à la fois la contribution irlandaise à l’Europe, et le rôle central de l’Europe pour l’Irlande depuis bientôt 40 ans.

Pragmatisme diplomatique ou isolationnisme ?

L’après-midi, les participants se séparèrent en 4 groupes, pour constituer 4 tables rondes consacrées à la jeunesse en Europe, à la défense européenne, à la culture en Europe et à l’avenir politique et institutionnel de l’Union.

La table ronde consacrée à la défense européenne a fortement souligné la réticence du peuple irlandais à doter l’Union européenne d’une armée commune. Certains arguments étaient manifestement frappés au coin du bon sens: personne ne pense qu’une véritable armée européenne puisse être instaurée à brève échéance, et il est de fait qu’à l’heure actuelle, l’Union européenne n’est guère menacée d’invasion. Malgré tout, on sentait chez certains membres de l’auditoire des réticences plus larges: réticence à consentir que l’Europe puisse défendre de manière offensive ses intérêts sur la scène internationale, réticence à accepter de voir des soldats irlandais engagés sur un terrain d’opération sur ordre d’un pouvoir européen. Bien qu’aucun de ces deux scénarios ne soit à l’ordre du jour, ces débats venaient utilement rappeler que la traditionnelle ambition française d’une ‘Europe – puissance’ était loin d’être universellement partagée en Europe, et ce indépendamment de son caractère pour l’heure strictement théorique.

En dépit de ces réticences, les étudiants irlandais se sont révélés très au fait des réalités internationales, et conscients de l’impossibilité pour les Européens de se désintéresser des affaires du monde. La table ronde a permis de dégager un certain consensus autour de mesures souhaitées par tout partisan d’une défense européenne: en particulier, la nécessité de poursuivre le processus de standardisation et d’interopérabilité des armées européennes, afin qu’à défaut de fusionner ces dernières puissent coopérer en parfaite harmonie les unes avec les autres. Un processus qui aurait également l’avantage, soulignée par plusieurs participants, de réaliser de substantielles économies, motivation non négligeable en période de disette budgétaire.

Quentin PERRET

Deux autres comptes rendus sont disponibles en français et en anglais.
Trois documents sont également disponibles:

  • l’
    intervention faite par M. aan de WIEL sur l’Irlande et l’Europe des 6 (1945-1973);
  • la 
    présentation des débats sur la question de l’armée européenne par M. Perret;
  • la 
    présentation des débats sur le pouvoir d’intégration de la culture en Europe par Dr Autissier, Université Paris VIII.

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