Juncker, et ensuite?

Le Conseil européen ayant proposé le Jean-JunckerClaude Juncker à la présidence de la Commission européenne, cette question est aujourd’hui réglée puisque le Parlement a avalisé mardi 15 juillet ce choix sans difficulté, l’impétrant étant le choix des principales formations politiques qui y sont représentées.

Jean-Claude Juncker n’a pas le charme de la nouveauté, comme s’est plu à le rappeler David Cameron. Mais il n’en reste pas moins l’un des meilleurs prétendants à ce poste: expérimenté, doté de réelles convictions pro-européennes et fédéralistes, fin connaisseur de la machine européenne, polyglotte, etc. Rares étaient ses concurrents capables d’aligner autant d’atouts.

Est-ce à dire que la bataille des postes est désormais réglée?Certainement pas. Le Parlement, et surtout la démocratie européenne, ont gagné une première bataille. Face à un Conseil européen qui menaçait de tuer dans l’œuf toute tentative de faire des élections européennes un rendez-vous réellement signifiant, dont émergerait le nom du président de la Commission, la détermination du Parlement, et notamment des principaux partis politiques pro-européens (PSE, PPE, Verts, Libéraux), a payé.

Mais Jean-Claude Juncker ne pourra rien faire si l’équipe qui lui est confiée n’est pas à la hauteur. De manière assez heureuse, les 6 années de crise que l’Union européenne vient de traverser semblent avoir fait prendre conscience aux États Membres qu’il n’est pas inutile d’investir dans la sphère bruxelloise. Sans anticiper excessivement, les chefs d’État et de gouvernement ne devraient pas rééditer le calamiteux marchandage de 2009 dont était ressorti un triumvirat fantomatique. Pour la France, Pierre Moscovici ou Elisabeth Guigou sont des personnalités compétentes et reconnues. L’Italie souhaiterait profiter de l' »effet Renzi » pour placer sa Ministre des Affaires Étrangères au poste actuellement occupé par Catherine Ashton. L’Allemagne semble vouloir conserver Gunther Öttinger qui aurait été nommé en 2010 parce qu’Angela Merkel souhaitait l’éloigner de Berlin, mais qui s’est finalement imposé comme un Commissaire sérieux, notamment dans les relations énergétiques avec la Russie. Pour remplacer Catherine Ashton, la Pologne comme la Suède ont indiqué qu’elles verraient également bien respectivement Radek Sikorski et Carl Bildt, deux profils compétents, même si le premier a un engagement européen et une vision intégratrice sans commune mesure avec le second.

C’est une perspective réellement réjouissante. Sans équipiers influents, capables de s’exprimer avec force tant dans leur pays d’origine que sur la scène européenne et internationale, Jean-Claude Juncker pourra difficilement imprimer un mouvement réellement ambitieux à la Commission. Il suffit pour s’en convaincre de se demander quels étaient les Commissaires qui ont réellement marqué le mandat Barroso II. Les réussites comme celle de Michel Barnier se comptent sur les doigts d’une seule main.

Reste à savoir si le Conseil européen acceptera d’aller plus loin en hiérarchisant la Commission, en revenant sur le principe d’égalité entre Commissaires, et en permettant aux Vice-Présidents d’exercer d’être réellement en position de supériorité sur les « simples » Commissaires, sur le modèle de Ministres / Secrétaires d’État. Cela permettrait à la Commission de se réunir en format plus resserré, et de s’organiser autour de pôles cohérents (un pôle économique, un pôle international, un pôle marché intérieur, un pôle environnement et santé etc.), au nombre de six ou sept, au lieu des 28 chapelles actuelles. C’est sans doute à ce prix que la Commission pourra vraiment retrouver un dynamisme fonctionnel et une cohérence d’action accrue.

Photo: Conseil de l’Union Européenne

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