L’éléphant dans la pièce : Le mantra identitaire en Europe
29 Mai

L’éléphant dans la pièce : Le mantra identitaire en Europe

Pour que l’Europe surmonte ses contradictions internes, pour qu’elle s’ancre dans le cœur de ses citoyens, il faut refonder sa base idéologique. L’Europe est à bout de souffle. Le désamour européen grandit chaque jour davantage sur fond de déclassement économique. La nécessaire refonte des institutions a déjà été maintes fois vantée, et elle est déjà enclenchée quelque peu forcée par les secousses monétaires et financières. Mais, voilà, les réformes sont partielles car essentiellement techniques et en contournant la dimension politique où le consensus n’est plus. Alors, que faire? La réponse des pro-européens est généralement de deux natures. Celle des tenants de l’orthodoxie institutionnelle: le franco-allemand! La méthode Monnet! Vite, un nouveau Delors! Or, la méthode Monnet est en phase terminale dans une Europe à vingt-sept Etats et aux compétences élargies dont on conteste la légitimité. Et l’histoire ne repasse pas les plats. Celle des utilitaristes, en général géo-stratèges à leurs heures (gare au péril jaune!), convaincus que l’Homme européen, cet enfant des Lumières, sera touché par la grâce post-nationale par la seule intervention de la raison; on parle alors de projets (ah, l’Airbus pour faire la nique aux Américains!), d’efficacité économique (Adam Smith et ses saintes économies d’échelle), etc. Or, l’Europe bute contre un mur aux facettes multiples et pas seulement liées à la satisfaction de l‘homo economicus triomphant, ce leurre que l’Europe a fait sien à ses dépens. Surtout, la perte de la référence nationale inquiète, on voudrait nous pousser à l’infidélité vis-à-vis de ce vieil amour mais quelle peut bien être cette maitresse que nous choisirions par prudence? Alors, évidemment, demeure l’alternative contestataire. Il est séduisant ce fourre-tout médiatico-populaire où, comme dans nos souvenirs d’enfance, tout se confond dans un joyeux dédale de références passées. C’est souvent une déclinaison sur le mode du social souverainisme, lequel nous a pourtant conduit à l’impasse de la dette, et puis ce n’est pas vraiment l’idéal de la liberté et de l’émancipation; mais si cela fonctionne, c’est parce que cela touche à un ressort profond, soit l’identité. Un lieu commun, peut-on objecter. Mais, l’Europe a laissé l’idéologie, ce terme passé de saison depuis qu’on a cru à la fin de l’histoire, mais qui est pourtant bien le substrat du politique, aujourd’hui en jachère de sorte que les fondements du projet européen sont ceux de l’Après-Guerre et ne parlent pas aux générations du XXIe siècle. Or la question idéologique en Europe, du fait d’un espace politique plurinational, multi linguistique et aux contours flous, est celle de l’identité. Notre postulat est clair: aucune réforme d’ensemble ne sera possible tant que la question identitaire ne sera pas résolue. La question de la légitimité même de l’Europe, et partant de son existence à terme, ne pourra être résolue que par une réponse identitaire. Il est là, l’appel du peuple traversé par des aspirations contraires, du régionalisme au nationalisme, et que, pourtant, seule l’Europe peut concilier dans un ensemble cohérent. De là pourra se dérouler un jeu complexe et imbriqué entre l’idéologie et l’efficience institutionnelle du système européen. Une fois conscients de notre identité commune, ce qui est le préalable, la traduction institutionnelle de l’ensemble ainsi produit ne peut être qu’un compromis entre l’efficacité de la décision, soit la verticalité (telle l’idée de l’Europe parlant d’une seule voix), et le respect des différentes strates identitaires, du local à l’européen via le national. Ce compromis qu’on appelle fédéralisme et qui est aujourd’hui tant vilipendé.   Jérôme Cloarec et Camille Roux Image:...

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Accord de libre –échange UE –États-Unis : le baiser de la mort ou l’Occident triomphant ?
23 Mai

Accord de libre –échange UE –États-Unis : le baiser de la mort ou l’Occident triomphant ?

José Manuel Durao Barroso vient de lancer un pavé dans la marre, en mettant à l’ordre du jour de la Commission la négociation d’un accord de libre-échange avec les États-Unis, qui permettrait de créer un grand marché intérieur transatlantique pour les biens et les services. Cet accord a longtemps été voulu par plusieurs États européens, mais les États-Unis s’étaient montrés jusqu’ici plus réservés, tradition protectionniste oblige. La crise économique obligeant les uns et les autres à reconsidérer son prisme commercial, le sujet est donc à nouveau sur la table. L’enjeu d’un tel accord ne se situe pas au niveau des droits de douane qui sont déjà très faibles entre les deux principales entités commerciales du monde (aux alentours de 4 %, excepté quelques secteurs particuliers comme le textile ou l’agriculture). Le cœur de la négociation concerne les obstacles non tarifaires, en l’occurrence les normes. Or ces dernières représentent un puissant vecteur de puissance et un outil d’affirmation de ses valeurs. Réfléchir à de nouvelles normes qui régiront le commerce transatlantique, du fait du poids économique de cet espace, c’est clairement définir le type de capitalisme qui donnera le ton au reste du monde. Bien entendu, l’idée est aussi de renforcer la croissance après le choc de la crise financière de 2008. Mais derrière ces considérations commerciales, cette volonté d’accord illustre surtout la prise de conscience de part et d’autre de l’atlantique des nouveaux paramètres géopolitiques du XXIè siècle, parfaitement décrits par Fareed Zakaria sous le vocable de « The rise of the rest », dans un livre qui analyse l’émergence des nouveaux compétiteurs asiatiques sur la scène mondiale et la rupture entre modernisation et occidentalisation. Dans cet ouvrage sur le monde post hégémonie américaine, Fareed Zakaria livre quelques idées afin que l’Amérique garde sa prééminence stratégique et évite une trop forte érosion de sa puissance économique. Pour cela, il préconise à l’Amérique de redéfinir ses priorités stratégiques (ceci a déjà été fait au début de la Présidence Obama en se tournant davantage vers l’Asie), de travailler en étroite collaboration avec ses alliés et de trouver avec eux un accord sur des règles internationales permettant cette interaction. La nouvelle volonté américaine de parvenir à cet accord commercial (depuis le discours d’Obama de février dernier sur l’état de l’Union) répond précisément à ces objectifs. L’objectif majeur des États-Unis est de mettre en place des normes qui devront s’imposer au reste du monde, notamment aux puissances émergentes, et particulièrement à la Chine. Certains argueront que le jeu est risqué pour l’Europe, qu’elle n’a aucune chance, dans un accord avec les États-Unis, d’imposer ses normes, notamment sanitaires, environnementales et financières, et que tout compromis aboutira à brader les normes européennes actuelles. Mais il faut réfléchir en termes d’alternative. Si nous ne réfléchissons pas à ce problème maintenant, quelles normes s’imposeront sur la scène mondiale, dans un contexte, faut-il le rappeler, de guerre économique ? Le moment est propice, les normes américaines et européennes sont malgré tout proches, en dépit de certaines divergences sanitaires, et il n’est pas sûr que cette opportunité de négocier des normes ensemble, afin que ce soit celles-ci et non les chinoises par exemple qui s’imposent sur les moyens et longs termes, se représente. Les difficultés vont être réelles, parce que l’audiovisuel, le bœuf aux hormones, les OGM (sur le volet « alimentaire », les appellations d’origine contrôlées par exemple, on l’espère, seront préservées, et nul n’a envie de voir les marchés français et européens inondés de poulets traités au chlore) et seront vécus non comme des sujets commerciaux, mais comme des sujets identitaires, et les sujets identitaires sont toujours plus difficiles à négocier. Autre défaut du système européen : la DG commerce n’a pas été capable lors des dernières négociations d’actes politiques, en arrêtant purement et simplement les négociations quand l’autre partie demande trop de concessions. Or la Maison Blanche sait parfaitement user de ce coup d’éclat et arrêter des négociations en 24h, comme ce fut le cas en juillet 2008 à l’OMC à Genève. A l’Europe donc de se montrer forte et crédible, car l’enjeu est de taille. En outre, au plan politique, il est absolument crucial de renforcer la dimension occidentale, trop souvent absente des discussions, et donc de privilégier la relation avec des États-Unis de plus en plus tournés vers l’Asie. Fait inédit, Washington a du reste récemment critiqué la volonté britannique de retrait de l’UE, souhaitant au contraire les progrès de l’intégration politique de l’Union. David Cameron s’est d’ailleurs quelque peu ridiculisé lors d’un récent séjour à Washington où il a promu cet accord de libre échange UE-États-Unis, tout en confortant en interne ses back-benchers, qui proposaient au même moment une motion aux Communes sur le référendum sur la sortie de l’UE. Dans un monde qui connaît la montée de puissances non ou partiellement démocratiques (Chine, Russie, etc.) et d’idéologies liberticides (intégrismes, etc.), la consolidation d’un socle occidental aux valeurs assumées doit être une priorité. Or ce socle sera d’autant plus puissant qu’il s’appuiera sur deux jambes solides, les Etats-Unis et l’Union européenne, alors même que la tentation isolationniste est forte à Washington et que la présidence d’Obama marque un retrait évident en Europe. Hélas, si les forces centrifuges continuent à prospérer dans l’UE, ce projet demeurera un vœu pieux et la relation continuera d’être très déséquilibrée et menacée dans sa nature. Ce prisme occidental n’est certes pas de saison à Paris, mais, quitte à déplaire à ceux qui sont demeurés au stade d’un monde unipolaire, l’Union a raison d’avancer de façon décomplexée sur ce sujet où les Américains ne nous feront certes pas de fleurs, mais où les intérêts stratégiques de long terme de la France et de l’UE sont en jeu. À nous d’être forts chez nous, notamment par l’intégration politique de l’Union, pour être crédibles à l’extérieur. Il n’y a pas d’autre chemin que la réaffirmation sereine occidentale, en dépassant notamment la relation infantile aux Etats-Unis, afin de préserver nos intérêts et nos valeurs. Il faut le faire sans messianisme et dans un esprit de dialogue et d’ouverture au monde, mais en rejetant l’illusion, à laquelle nous cédons trop, d’une histoire linéaire où les principes des Lumières seraient nécessairement triomphants. A l’aune de l’Histoire, le faible a toujours tort et le rappel à l’Occident marquerait aussi le retour à la volonté de se tenir droit contre les vents contraires d’un monde en recherche d’équilibre. Camille Roux et Jérome...

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De l’Europe des États à l’Europe des citoyens

La crise économique et sociale en Europe est bien davantage qu’un avatar de la crise financière. Elle a mis en lumière les carences d’une organisation politique qui n’a pas su évoluer au même rythme que l’interdépendance croissante des économies européennes. Au lieu de faciliter la résorption des divergences économiques entre États membres, la fragmentation politique de l’Union européenne les a plutôt accentuées. La crise ne pourra être résolue durablement sans remédier à cette contradiction. La tentation du repli est pourtant forte, chacun accusant les autres d’avoir préféré ses intérêts propres à l’intérêt collectif, en des termes plus ou moins voilés. Dès lors, il faut faire le ménage, budgétaire, chez soi, et on verra ensuite, entend-on. La difficulté est qu’ensuite ce sera sans doute trop coûteux car il sera plus difficile, séparément, de trouver les leviers de croissance. Au point que le hiatus entre une monnaie européenne et des budgets nationaux, péniblement résolu par des dispositifs de coordination et de surveillance budgétaire dont le passé récent a montré les limites, a fini par peser sur le bon fonctionnement et la solidité de la zone euro. Il faut naturellement tenir compte de l’importance des identités nationales et des pratiques, nées de l’histoire, qui structurent et déterminent l’organisation politique de l’Europe. Il serait toutefois faux de penser que la priorité donnée aux négociations intergouvernementales garantit le respect de ces spécificités nationales car il aboutit in fine à la domination de quelques États mais aussi à aménager techniquement (au travers du juridisme si souvent décrié) ce qui n’a pu être arbitré par une autorité politique commune. Il existe un système politique qui vise précisément à concilier le respect des identités et des compétences de différents niveaux territoriaux. Cette organisation, c’est le fédéralisme qui peut seul permettre de décider au niveau requis, du local, pour les actions de proximité, au niveau européen, pour les grandes orientations de politique économique, l’environnement et les questions internationales essentiellement, via le niveau étatique qui conserve ou partage des compétences essentielles, comme l’éducation, la protection sociale, l’ordre public et la justice. D’ores et déjà, l’Union européenne dispose d’instruments de nature fédérale: une monnaie, une banque centrale, un budget, une administration, un Parlement, pour n’en citer que quelques-uns. Néanmoins, la crise a montré que ces instruments restaient insuffisants (notamment en matière budgétaire et financière), que les mécanismes de décision étaient peu lisibles et que la légitimité politique des décisions européennes était contestée. Qu’avons-nous à proposer? Nul besoin de promettre le grand soir, nous appelons simplement à un rééquilibrage entre les deux légitimités qui fondent l’UE: celle des États et celle des citoyens. Parmi les évolutions possibles, l’élection directe ou indirecte du président de la Commission européenne, dont la nomination pourrait être confiée au Parlement européen. Alors, une Commission refondée pourrait se muer en véritable exécutif de l’Union. Pour cela, elle doit conforter sa légitimité en étant l’émanation de la coalition majoritaire au Parlement, ce qui renforcera par ailleurs l’intérêt des citoyens pour les élections européennes. Plus politique, la Commission sera aussi plus « incarnée » en renforçant la responsabilité des Commissaires vis-à-vis des représentants des peuples européens dont ils seraient issus et non plus vis-à-vis des États qui les nomment aujourd’hui Le Parlement européen, quant à lui, devra sans doute évoluer vers une représentation plus proportionnelle à la population, en limitant les quotas nationaux, pour que nul ne puisse lui contester son caractère démocratique. Un système bicaméral pourrait être institué, avec un Conseil faisant office de chambre haute et le Parlement de chambre basse, tous deux négociant et votant en public lorsqu’ils exercent des fonctions législatives. L’obstacle principal à une fédération européenne plus affirmée est la résistance et l’inadaptation des structures partisanes nationales. Les partis européens sont insuffisamment intégrés et demeurent des confédérations trop souples. La logique nationale prime; la sélection de candidats au profil parfois inadapté aux élections européennes en est la conséquence flagrante. En parallèle, les leaders politiques européens doivent eux aussi se positionner: pour ou contre le fédéralisme? Des leaders nationaux l’ont déjà fait: Mario Monti en Italie, Angela Merkel, en Allemagne ou encore le ministre des affaires étrangères polonais Radoslaw Sikorski, se sont prononcés en faveur d’une logique fédérale. Les partis politiques européens doivent également prendre position, au-delà de l’initiative transpartisane du groupe Spinelli. Ce sera au Parlement européen, dans sa formation ordinaire ou étendu à une constituante, que se jouera une partie essentielle de la bataille. La société civile, enfin, sera décisive dans ce combat, car elle seule est à même d’accélérer le changement. Comment y parvenir? Associations et simples citoyens, exprimons notre volonté de donner un contenu et une légitimité politiques plus fortes à l’Union européenne. Faisons comprendre aux partis politiques que les solutions politiques fédérales ne doivent plus être renvoyés à un après-demain qui n’engage pas. Mobilisons-nous par tous les moyens à notre disposition: réunions, conférences, label commun, médias et réseaux sociaux. Sur ce point, l’évolution des modes de communication et la possibilité d’atteindre des milliers voire des millions d’interlocuteurs à partir d’une source unique offre une opportunité historique de changer la donne en Europe. Enfin, constituons une charte qui explicite les points que nous défendons pour l’organisation future de l’Europe, et qui pourrait faire l’objet d’une pétition ouverte à tous ceux, experts ou non, désireux de s’engager en faveur du projet européen. La crise nous impose de redéfinir notre modèle économique et social mais aussi notre modèle politique. Nous ne pouvons nous en remettre à l’option du repli qui sera celle des choix subis et imposés par d’autres. Il y a aussi la voie de l’indépendance et de l’union, celle d’une logique fédérale qui nous mènera à nous réformer en préservant l’essentiel, et notamment notre modèle humaniste. Tout cela n’est pas seulement affaire de sens, ou de vision, mais aussi et surtout de courage. Si elle veut être comprise et écoutée de des citoyens, des marchés et du reste du monde, l’Europe doit clarifier son fonctionnement et réinventer son projet politique. Voilà quel est notre engagement ! Yves Bertoncini, secrétaire général de Notre Europe; Thierry Chopin, directeur des études de la Fondation Robert Schuman; Jérôme Cloarec, président de l’Atelier Europe; Jean-François Jamet, porte-parole d’EuropaNova; Thomas Klau, directeur du bureau de Paris du European Council on Foreign Relations; Dominika Rutkowska-Falorni, secrétaire générale du Mouvement européen. Initialement publiée...

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2012
01 Jan

2012

L’Atelier Europe vous présente ses meilleurs vœux pour la nouvelle année presents its best wishes for 2012 Jérôme Cloarec Président

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La zone euro face à l’irresponsabilité et l’égoïsme

La crise que traverse à l’heure actuelle la zone euro est particulièrement grave et malheureusement elle était désespérément prévisible. Nul ne pouvait en effet ignorer, malgré les différents subterfuges déployés, les dérives budgétaires grecques. La France, elle-même bien souvent donneuse de leçons, affiche depuis plusieurs décennies des budgets déficitaires. Par le passé, à l’instar de l’Allemagne, elle s’est piteusement affranchie des contraintes budgétaires du Pacte de stabilité. Constatons en effet que les contraintes inhérentes à l’euro, et acceptées par les signataires, ne furent pas voire jamais respectées par bon nombre d’entre eux et, encore plus surprenant, qu’aucune instance de contrôle et de certification des engagements pris ne fut créée! Quel amateurisme politique! Le constat est amer et les conséquences seront profondes et durables. Après la Grèce, l’Irlande et le Portugal d’autres États signataires pourraient à leur tour connaître les mêmes affres (l’Italie, l’Espagne…). Les réponses apportées, les soutiens financiers mis en place, les processus de contrôle budgétaire décidés sont certes des éléments significatifs mais ils ne résolvent que partiellement voir superficiellement le problème. Tout cela n’est pas de nature à restaurer la confiance en l’économie européenne et une réponse d’ensemble est attendue par les peuples comme par les marchés. Par ailleurs, les nécessaires exigences de rigueur budgétaire pourraient en effet contribuer à accentuer les divergences en matière de compétitivité. Appliquer à la lettre le remède proposé pourrait risquer à terme d’aggraver la situation actuelle, en l’occurrence de créer une profonde césure entre les Etats de la zone Nord de l’Euro (l’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique, la Finlande, l’Autriche, la Slovaquie, la Slovénie) de ceux de la zone Sud (l’Espagne, la France, la Grèce, l’Italie, le Portugal…). Constatons que l’écart de compétitivité entre le Nord et le Sud n’a cessé de croître (le coût salarial dans le Sud a progressé entre 1999 et 2011 de 21%, le taux de chômage en 2011 est de 11,7% au Sud alors qu’il n’est que de 6,2% au Nord). En l’absence de soutien public on peut raisonnablement s’interroger sur l’avenir économique de ces États et sur les conséquences structurelles que leurs difficultés ne manqueraient pas d’avoir sur la zone euro. Tout est affaire de mesure et évidemment, le maintien du niveau de la demande dans ces États ne doit pas justifier la persistance des mauvaises pratiques de gestion mais l’enjeu n’est pas de dupliquer le modèle allemand. Le but recherché n’est en effet pas une uniformisation improbable mais la recherche d’un nivellement par le haut, les efforts inédits réalisés par certains Etats du Sud attestant des mérites du projet collectif européen. Encore faut-il accompagner cet effort pour ne pas contraindre ces Etats à l’asphyxie. À terme devront être posées les nécessaires adaptations structurelles que devront entreprendre les États du Sud. Un grand nombre d’Européens convaincus considèrent que la situation impose plus de fédéralisme, plus de solidarité et de convergence Nord-Sud. L’idée est intéressante et nécessite d’être approfondie: considérer enfin la zone euro comme un espace économique (industriel, technologique, financier) commun avec peut-être à terme des pôles de compétitivité à l’échelle européenne. Cela implique un contrôle réel au niveau communautaire, sans doute sous la forme d’une autorité politique commune car un organe purement technique aurait peu de poids face aux États, pour assurer un fonctionnement effectif de l’ensemble. Ceci nécessite avant tout de susciter l’adhésion des peuples qui ont su par leur détermination politique respecter les engagements du pacte de stabilité économique. Mais constatons que les négociations et les accords bilatéraux entre la Grèce et la Finlande pourraient contribuer, en l’absence d’un accord collégial et cohérent, à écorner profondément toute démarche de solidarité. L’Euro avait vocation à faire émerger une monnaie unique sur une base de solidarité, de volonté économique et de rigueur budgétaire. Les faits sont amers, l’Euro, formidable instrument de souveraineté économique pour une Europe menacée de déclassement, a été dévoyé par l’irresponsabilité des uns et l’égoïsme des autres. L’aspiration des peuples est tout autre. Loin des mesures parcellaires et particulières, elle réclame un nouveau pacte fondateur pour l’Europe: plus de responsabilité contre plus de solidarité. Aux gouvernements d’en accepter le prix politique. Mariliis Mets (CEPS) Loïc Tribot La Spière (CEPS) Jérôme Cloarec (Atelier...

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