L’Union européenne fait encore rêver… les Ukrainiens !
16 Déc

L’Union européenne fait encore rêver… les Ukrainiens !

Les manifestations pro-européennes et contre le président ukrainien à Kiev font la Une des journaux. L’officialisation, le 29 novembre, lors du Sommet du Partenariat oriental qui se tenait à Vilnius, par Viktor Ianoukovitch de sa volonté de reporter sine die la signature de l’accord d’association avec l’Union européenne a réveillé les passions européennes des citoyens ukrainiens qui avaient déjà fait la preuve, en 2004, lors de la Révolution Orange, de leur capacité à faire entendre leur voix dans la rue. L’Union européenne oublie le facteur russe dans ses négociations avec les États du Partenariat oriental Depuis dix ans l’Union européenne s’efforce de consolider ses relations diplomatiques avec ses voisins. D’abord de manière globale, avec, en 2004, le lancement de la Politique européenne de voisinage (PEV), qui s’adresse à tous les États frontaliers qu’ils se trouvent au Sud ou à l’Est de l’Union. Puis, en 2009, elle décide de régionaliser sa politique étrangère dans le cadre de la PEV en instaurant, pour ses voisins de l’Est, le Partenariat oriental, un instrument qui s’adresse exclusivement aux six États qui constituent ce que l’on nomme le voisinage commun avec la Russie: la Biélorussie, la Moldavie, l’Ukraine, l’Azerbaïdjan, l’Arménie et la Géorgie. Le Sommet du Partenariat oriental, organisé par la Présidence lituanienne de l’Union européenne à Vilnius, les 28 et 29 novembre derniers, devait se solder par la signature d’accords d’association entre l’Union européenne et certains de ses partenaires orientaux. Des avancées significatives dans les négociations en cours depuis quatre ans avec les autres étaient attendues. Le Sommet ne devait être qu’une formalité, jusqu’à ce que la Russie, cet été, décide d’entrer dans le jeu, en proposant à certains des États concernés un projet concurrent: celui d’une Union eurasienne, une intégration à terme à la fois économique et politique, un équivalent réussi de l’Union européenne selon les mots du président russe Vladimir Poutine. Ni la Géorgie, clairement anti-russe et pro-européenne, ni l’Azerbaïdjan, suffisamment puissant économiquement pour être indépendant, n’étaient visés par cette proposition. En revanche, la Russie a mis tous les moyens en œuvre pour faire pencher les gouvernements ukrainien et arménien en sa faveur. L’Ukraine a même subi un sort tout particulier, en raison des penchants ouvertement pro-européens d’une partie de sa population et de l’intérêt stratégique de l’Ukraine pour la Russie. Elle a donc dû choisir entre une future union avec la Russie et un accord avec l’Union européenne, sous la menace de sévères répressions économiques de la part de la Russie. Il est important de souligner à cet égard que Vladimir Poutine n’a pas soumis l’Arménie au même traitement: bien que le président arménien ait lui aussi subi des pressions avant de dire oui à l’Union eurasienne en septembre, le président russe l’a laissé confirmer, le 29 novembre à Vilnius, sa volonté de continuer les négociations avec l’Union européenne dans le cadre du Partenariat oriental L’Union européenne ne s’est pas montrée à la hauteur pour défendre et sauver le Partenariat oriental, elle s’est concentrée sur les éléments techniques alors que la Russie a fait de la politique. L’Union européenne a pris le risque de poser comme condition à la signature de l’accord d’association, la libération, ou au moins le transfert en Allemagne, de l’ancien Premier ministre, Ioulia Timochenko, incarcérée depuis 2011. Le résultat semble sans appel: à Vilnius, le président ukrainien Viktor Ianoukovitch a reporté la signature, allant depuis jusqu’à évoquer une renégociation de l’accord – pourtant déjà paraphé – avec l’Union européenne. Des présidents ukrainien et russe confrontés à la force de la démocratie Mais une partie importante des citoyens ukrainiens ne semble pas prête à accepter que son pays se plie aux volontés du Président russe, si elle estime que cela n’est pas dans son intérêt. Ce refus est d’autant plus fort que Ianoukovich s’était fait élire sur un programme clairement pro-européen. En 2004 déjà, au cours de ce que l’on a appelé la Révolution orange, les Ukrainiens ont massivement protesté contre les résultats de l’élection présidentielle selon eux frauduleuse, qui avait donné Viktor Ianoukovitch vainqueur au deuxième tour. Les manifestants eurent alors gain de cause: la Cour suprême annula le scrutin et Viktor Iouchtchenko emporta la nouvelle élection avec 52 % des voix, contre 44 % pour son rival Viktor Ianoukovitch. Ce dernier revint malgré cela au pouvoir, en 2010, en raison notamment de scandales de corruption qui avaient fini par ruiner la crédibilité du gouvernement de Ioulia Timochenko. Aujourd’hui les Ukrainiens sont à nouveau dans la rue, nombreux, persistants – les températures sont déjà négatives en ce moment à Kiev – réclamant la démission de leur Président, des élections anticipées et la reprise immédiate du rapprochement avec l’Union européenne. Dans les deux cas, la Russie a fortement influencé la politique ukrainienne. C’est probablement ce qui a, à chaque fois, profondément irrité les citoyens ukrainiens, et en particulier les Ukrainiens pro-européens qui se battent pour une Ukraine indépendante de la Russie. Après ces deux événements, à presque dix ans d’intervalle, la Russie peine à considérer que l’Ukraine évolue de manière autonome et indépendante, que l’URSS n’est plus, et que les Ukrainiens, ayant pris goût à la démocratie, sont décidés à utiliser sans hésitation les pouvoirs qu’elle leur donne. La schizophrénie des dirigeants ukrainiens: vers des négociations tripartites? Il est évident que face à des manifestations d’une telle ampleur – la place de l’Indépendance ne désemplit pas et l’opposition appelait à la grève générale lundi 2 décembre – le pouvoir ukrainien ne peut pas rester impassible et semble pourtant peiner à trouver une issue acceptable par toutes les parties. Les premiers événements ont été réprimés brutalement, on a dénombré des dizaines de blessés, le quartier général de l’opposition a été saccagé, mais le président Viktor Ianoukovitch a depuis donné l’ordre aux forces de police de ne plus disperser les manifestants pacifiques dans la violence. La crainte d’être pointé du doigt par le s puissances occidentales et de se retrouver isolé y est certainement pour quelque chose. Toutefois l’Ukraine est un pays très divisé, grossièrement autour d’un axe pro-européens versus pro-russes, et l’impression d’unanimité que donnent les images – et les chiffres – des manifestations à Kiev de ces derniers jours est à relativiser. En effet, et cela se ressent notamment lors des échéances électorales, si une moitié environ de la population est favorable à un rapprochement de l’Ukraine avec l’Union européenne, une autre moitié se sent toujours plus proche de la Russie. Il est à cet égard très intéressant de noter que des anciens, auparavant traditionnellement plutôt pro-russes et pour certains nostalgiques de l’URSS (les retraités notamment), ont également participé aux manifestations, qui ne sont donc pas uniquement le fait de la nouvelle génération, plus ouverte sur le monde, et qui aspire bien évidemment à se rapprocher de l’Union européenne. Le discours de Viktor Ianoukovitch le 1er décembre reflète cette situation quelque peu schizophrénique. En effet, alors qu’il vient d’annoncer l’interruption du processus de négociations avec l’Union européenne à Vilnius, il déclare désormais qu’il est indispensable de renforcer le rapprochement de l’Ukraine avec l’Union européenne, tout en insistant sur la nécessité d’intégrer la Russie à un tel processus et de traiter, dans cette combinaison tripartite, d’égal à égal. Un discours qui rappelle étrangement les déclarations de Vladimir Poutine, lorsqu’il avait refusé de participer à la politique européenne de voisinage en 2004, considérant, sans doute à juste titre, son pays comme une grande puissance internationale, outrée d’être ainsi traitée sur le même plan que les anciennes républiques soviétiques. L’Union européenne acceptera-t-elle de se faire dicter sa politique par le Kremlin? Les Ukrainiens pro-européens se satisferont-ils d’un tel format, dans lequel Moscou aurait toute sa place, alors qu’ils tentent de consolider l’indépendance de leur pays face à la Russie ? La puissance d’attraction de l’État de droit symbolisé par l’Union européenne Quelle que soit l’issue de ces événements, dans l’atmosphère...

Lire la suite
Une soirée islandaise à l’Atelier Europe
16 Mar

Une soirée islandaise à l’Atelier Europe

L'Atelier Europe a reçu le vendredi 2 mars 2012 Baldur þórhallsson, Professeur à l’université d'Islande (Reykjavik), et membre suppléant du Parlement islandais (rapporteur sur l’adhésion). Spécialiste des petits États membres de l’Union européenne, de leur rôle et de leur influence dans l’Union, fervent défenseur de l’adhésion de son pays à l’UE, il nous a présenté une vision très europhile sur la relation de son pays à l'UE. En ces temps de doute sur l'Europe, son discours était à contrecourant de l'euroscepticisme ambiant. Peut-on parler d'une identité européenne en Islande? Sur ce sujet, Baldur þórhallsson a estimé que "Bien que nos valeurs soient européennes, la plupart des citoyens islandais ne souscrivent pas à l’identité européenne en tant que telle. Nous sommes avant tout islandais, puis nordiques, et enfin européens." Rien de trop étonnant dans cette réponse (dans quel pays un citoyen se définirait-il d’abord comme européen, avant de considérer son identité française, italienne ou chypriote ?), si ce n’est la présence de l’échelon régional, entre les échelons national et européen. L’appartenance au « monde nordique » est un sentiment très ancré chez tous nos voisins du Nord. Les valeurs clé de l’identité nordique sont un attachement viscéral à la nature, à l’indépendance, et au contrôle du territoire. En tant que petits pays, cela leur permet de se référer d’emblée à un espace plus grand. Nous pourrons prochainement poser la question à nos confrères danois et tester cet ancrage identitaire septentrional, lors de notre prochain voyage d’études en avril. De cette position géographique singulière, d’où d’écoule une géo – économie particulière, les Islandais lient la question de leur adhésion à l’UE aux négociations sur les quotas de pêche. Sur le reste, c'est-à-dire les conséquences d’une éventuelle adhésion, comme beaucoup de pays candidats, les fonds structurels représenteraient une manne importante dont les Islandais aimeraient bénéficier. Le seul point très étonnant dans le climat actuel de « dézingage » de l’Euro, mais compréhensible du fait de la situation monétaire islandaise, est que les islandais souhaitent vivement adopter l’Euro, notamment pour rétablir un climat de confiance auprès des investisseurs. Il faut rappeler qu’en dix ans, l'Islande est passée d'une économie principalement basée sur la pêche à une économie plus diversifiée avec le développement considérable du secteur financier, ce qui a rendu le pays particulièrement vulnérable depuis la crise de 2008. Le secteur de la pêche occupe aujourd’hui 10 % des actifs, mais fourni au pays 75 à 80 % de ses revenus à l’exportation, alors que les trois premières banques islandaises voient leurs actifs passer de 100 % du produit intérieur brut (PIB) en 2000 à presque 800 % en 2007, avant la crise financière (voir à ce propos l’affaire Icesave mentionnée dans notre précédent article). Notre interlocuteur a ainsi insisté sur le fait que « l’Islande a besoin d’un accord viable sur la pêche, les Islandais doivent en effet avoir l’assurance du contrôle de leur zone maritime. Si ce n’est pas le cas, il y aura un grand risque d’un « Non » à l’adhésion lors du référendum. Seul un tiers de la population islandaise est pour une adhésion à l’Europe, mais nous ne devons pas oublier que les deux tiers souhaitent que l’Islande continue le processus d’adhésion. Par conséquent, la plupart des Islandais veulent achever la négociation et voter le traité d’adhésion par voie de référendum. Ils regardent attentivement les résultats du chapitre concernant la pêche. Malgré la crise, l’attractivité de la monnaie européenne persiste, de même que la possibilité de bénéficier de fonds structurels reste un argument fort ». Au-delà de ces questions européennes, la société islandaise comporte quelques spécificités relevées par notre invité. La taille de la population (320 000 habitants dont 210 000 à Reykjavik) permet une très forte interaction avec les citoyens, ainsi qu'une communication directe entre le gouvernement et la société civile. À ce titre, le Trophée européen de l’e-démocratie 2011 a été remis à Paris au Ministère des Affaires étrangères à citizens.is, fondation qui permet notamment aux électeurs islandais d'interagir via internet avec les membres du Parlement et de mettre en avant les sujets qu'ils veulent voir traités en priorité.Cette proximité réduit par ailleurs le risque de corruption et de conflit d'intérêt. Une autre spécificité qui ne manquera pas de nous étonner en tant que Français, et qui concerne un moment crucial de l’histoire du XXème siècle, est le regard que les Islandais portent sur la Seconde guerre mondiale. Le pays a connu un développement économique tardif, grâce notamment à la présence américaine entre 1939 et 1945 puis les décennies suivantes, avec la présence de 14 000 soldats américains et l’aide du plan Marshall.Baldur þórhallsson a souligné la perception originale de cette guerre appelée "blessed war" (guerre bénie) par les Islandais, et l'absence de "vécu commun" durant ce conflit avec les pays européens. C’est clairement un maillon historique manquant avec la grande famille européenne.Sur le plan militaire, l'Islande n'a pas de ministère de la Défense, l'adhésion à l'OTAN étant considérée comme suffisante pour la sécurité du pays. Sur la question de l'immigration (très en vogue en ce moment dans nos débats électoraux français et notamment avec la proposition de renégocier les accords de Schengen), Baldur þórhallsson rappelle qu'en Islande elle est essentiellement économique (la communauté polonaise figure en première place, avec 10 000 personnes venues s’installer sur le territoire). Il estime par ailleurs que son pays n'a pas la même générosité que les autres pays scandinaves. Les opportunités d'emploi ne sont cependant pas les mêmes, la crise ayant même incité au retour de nombreux migrants. Pour finir, petite touche d'humour de notre invité à prendre au second degré, "l'Islande est le seul pays au monde qui milite pour le réchauffement climatique". L’Islande, décidemment un pays à contre...

Lire la suite
L’Islande: Un pas en avant, deux pas en arrière
02 Mar

L’Islande: Un pas en avant, deux pas en arrière

L’Atelier Europe accueillera pour un dîner-débat, le vendredi 2 mars, Baldur þórhallsson, Professeur à l’université de Reykjavik et membre suppléant du Parlement islandais (rapporteur sur l’adhésion). Il est spécialiste des petits États membres de l’Union européenne, de leur rôle et de leur influence dans l’Union. « Un pas en avant, deux pas en arrière », ce pourrait être un bref mais lucide résumé de ce que fut pendant de nombreuses années, l’attitude de l’Islande vis-à-vis de l’Union européenne. Et il aura fallu attendre une crise, et non des moindres, celle de 2008 et singulièrement l'effondrement de son système bancaire hypertrophié, pour que le débat sur l’adhésion trouve un nouveau souffle. L’Islande dépose finalement sa candidature d’adhésion à l'Union européenne le 16 juillet 2009. Le statut de candidat lui est accordé le 17 juin 2010 et les négociations d'adhésion débutent formellement le 27 juillet 2010. Choix raisonnable et raisonné ou ferveur populaire pour l’Union européenne? La question se pose. Le gouvernement islandais a pour objectif d'adhérer en 2013, adhésion qui sera par ailleurs sujette à un référendum en Islande. I. Flashback sur les relations « je veux, je veux pas » de l’Islande avec l’Union européenne Il serait réducteur de considérer que le dépôt de candidature de l’Islande n’est que le simple résultat de la crise de 2008. Depuis de très nombreuses années, l’Islande coopère activement avec les pays de l’Union européenne et les relations se sont intensifiées au fil du temps. Intégrée à l’Espace économique européen (EEE), l’Islande participe, comme tout membre de l'Association européenne de libre échange (AELE), au marché unique européen. Elle a également signé un accord de participation à la convention de Schengen. Cependant, l’adhésion à l’Union européenne ne va pas de soi pour les responsables politiques. Des années 1990 à la crise de 2008, deux grandes formations politiques – le Parti de l'indépendance, conservateur, et le Parti du progrès, libéral – sont opposées à l'adhésion, considérant que l’Islande n’avait aucun intérêt à adhérer et encore moins à adopter l’Euro. Seul, le parti Alliance, parti d’opposition, soutient l'ouverture des négociations d'adhésion. La crise financière de 2008 marque un tournant et si de nombreux responsables politiques restent hostiles à une entrée dans l’Union européenne, les esprits évoluent. La politique de rigueur mise en place change la donne. En contrepartie des restrictions sur les salaires, les syndicats demandent que l'Islande fasse acte de candidature à l'Union européenne. Plusieurs formations politiques leur emboîtent le pas, tout en posant un certain nombre d’exigences. Par exemple, le Parti du progrès soutient cette candidature mais avec de strictes conditions telles que la pleine autorité de l'Islande en matière de politique de pêche, un point d'achoppement historique dans les relations avec l'Union, et sur les autres ressources nationales, point qui reste encore aujourd’hui central dans les négociations. Parallèlement, l’idée de soumettre l'ouverture des négociations et la signature du traité d'adhésion à l'Union à un référendum progresse. Les élections de 2009, post-crise, marquent un changement d’attitude très net. Les principales formations politiques mettent le sujet de l’adhésion au centre du débat. On parle alors d'une candidature immédiate à l'Union européenne et d'une adoption de l'Euro dans les quatre ans, outil perçu comme un moyen de gérer la dette – importante – du pays. Ces évolutions aboutiront au dépôt de candidature le 17 juillet 2009, peut alors commencer la phase de négociations d’adhésion. Partenaire de longue date de l’Union européenne, l’Islande applique déjà une partie conséquente de l’acquis communautaire, ce qui laisse entrevoir un processus de négociations rapide, d’autant plus que l’Islande est une démocratie établie. Selon différentes analyses, l'Islande appliquerait déjà deux tiers de la législation de l'Union européenne du fait de sa participation à l'EEE. On estime alors que l’Islande pourrait probablement entrer dans l'Union européenne en même temps que la Croatie, au 1er juillet 2013. II. Mais quels sont les points d’achoppement dans ces négociations d’adhésion ? Le point de friction le plus emblématique des négociations est certainement celui de la pêche. Puissance économique reposant essentiellement sur ses ressources naturelles et la pêche, l’Islande est particulièrement sensible à la législation relative aux quotas de pêche autorisés, et de nombreux incidents sont venus émailler les négociations d’adhésion. À titre d’exemple, en 2010, le Commissaire européen aux affaires maritimes et à la pêche condamne la décision unilatérale des pêcheurs islandais d'augmenter leurs quotas de pêches de maquereaux au-delà des niveaux autorisés – de 2 000 tonnes à 130 000 tonnes – en raison d'une présence abondante dans leurs eaux, alors que les pêcheurs écossais et irlandais observent ces quotas. En 2011, l’Islande relève, une nouvelle fois, son quota à 146 000 tonnes et elle s’expose à des sanctions de l’Union. L’adoption de l’Euro a également été un point de discussion très important. À la suite de la forte dépréciation de la couronne pendant la crise, l’Islande a étudié la possibilité d'adopter l'Euro sans pour autant rejoindre l'Union européenne, s’inspirant de la pratique de différents pays, comme le Monténégro ou encore le Kosovo. L'Union européenne n’a pas donné suite car ces pays n’étaient pas dans des situations comparables: le Monténégro et le Kosovo n’ayant pas de monnaie propre et dans ces deux cas il s'agit plutôt d'un état de fait qu'une véritable intégration monétaire. Enfin, l’affaire Icesave a généré quelques tensions entre l’Islande et deux membres de l’Union européenne. À la suite à la crise de 2008, le gouvernement nationalisa toutes les banques islandaises dont la filiale de Landsbanki, Icesave, qui opérait au Royaume-Uni et au Pays-Bas. Le système de remboursement mis en place privilégiait les déposants islandais au détriment des autres clients. En effet, accepter de rembourser le Royaume-Uni et les Pays-Bas creuserait encore la dette islandaise et rendrait donc encore plus difficile l'adoption de l'Euro – une des motivations majeures de l'adhésion de l'Islande à l'Union européenne – notamment en raison des critères de convergence. Cette affaire a empoissonné d’autant plus les relations avec le Royaume-Uni et les Pays-Bas qu’un référendum en 2010 sur le remboursement des milliards perdus à ces deux pays donna la majorité au « non » et...

Lire la suite

Russie, la « révolution des neiges » : 1917 ou 1991 ?

Enfin ca bouge a-t-on envie de dire. Nous voilà à rêver à un printemps russe, dans ce pays où l’on a coutume de dire que la démocratie n’est pas pleinement réalisable dans ses institutions et son expression la plus simple, à savoir des élections libres, du fait de l’histoire et de la géographie. Pourtant, depuis décembre dernier, ce sont des dizaines de milliers de manifestants qui affrontent un froid polaire, pour défier le régime en demandant des élections transparentes (à la suite des fraudes lors des dernières élections législatives). De la place Bolotnaïa à l’avenue Iakimanka, on vient manifester en famille, toujours avec la peur au ventre des arrestations cependant. Fait important: les manifestants sont pour la plupart issus de la nouvelle classe moyenne russe, et le mouvement est parti de Moscou. Or « l’effet capitale a souvent joué un rôle décisif dans les bouleversements politiques de l’histoire russe« , comme l’a souligné récemment la sociologue Olga Kamentchouk dans le journal Moskovskie Novosti. De loin, ces manifestations ont tout l’air d’un grand élan citoyen. Beaucoup de Russes sont lassés de la corruption et de l’impunité, de la situation économique et du système Poutine au pouvoir depuis douze ans. Ce système contrôlé par d’anciens « KGBistes » peut se résumer de la façon suivante: la vérité, c’est celle que l’on vous montre, le reste, le peuple n’a pas besoin de le savoir, pour paraphraser une sortie de Poutine dans une émission de la télévision russe. De près, ce mouvement protestataire est loin d’être homogène, et la dernière manifestation du 4 février a bien montré le caractère bigarré de la coalition des manifestants. Vieux étendards soviétiques, drapeaux rouges et emblèmes de la Russie impériale ont côtoyé les banderoles demandant des élections honnêtes. Ce manque à la fois d’unité et de leader fait bien évidemment le jeu du Kremlin, qui considère cette foule folle comme un ramassis de révolutionnaires mettant en péril la stabilité du pays. Le Kremlin table sur un essoufflement du mouvement d’ici aux élections du 4 mars et n’a pour le moment pas grand-chose à proposer en réponse aux manifestations qu’une contre manifestation arrangée, rassemblant les soutiens du régime. Ce sont toujours ces deux visions du destin national qui s’opposent: d’un côté une Russie ouverte, moderne, transparente, européenne. De l’autre, une Russie fermée sur elle-même, davantage province asiatique (Poutine poursuit son projet de grande union eurasiatique avec ses voisins) que province européenne. Pourtant la lame de fond qui secoue la Russie est bien réelle. On assiste aujourd’hui à une véritable désacralisation de Poutine, chose impensable ces dernières années. Car c’est bien Poutine qui est au cœur du mouvement contestataire, même si plus largement, les manifestants ont bien conscience que c’est tout un système qu’il va falloir réformer. L’un des slogans vu dans la foule résume bien cet impératif: « Poutine, dégage! Il nous faut une autre Russie!« . Ce grand mouvement de contestation montre que l’émancipation a bien eu lieu. Les contestataires sont tous issus de mouvements idéologiques différents qui renvoient chacun à une vision de la Russie, mais l’élément fédérateur existe (à défaut de leader), et tous espèrent un déblocage du système politique russe. En ce sens, les premières manifestations des 10 et 24 décembre derniers sont bien historiques, et quelque soit l’issue des prochaines élections présidentielles (il sera difficile de se débarrasser de Poutine du premier coup), le pouvoir devra compter avec cette foule de mécontents prête à redescendre dans la rue et bien décidée à se faire entendre. Comme le souligne le chroniqueur Sergueï Cheline dans les colonnes du quotidien Gazeta.ru, « la crise politique actuelle ne va pas se résoudre toute seule. Elle a sa propre logique. Et que son issue soit bonne ou mauvaise, la réussite ou l’échec seront neufs, distincts des réussites et échecs engendrés par les crises précédentes. Ce sera une expérience civique complètement inédite, et il est maintenant impossible d’y échapper« . Dans ce contexte, quelle pourrait être la réponse de l’Union Européenne face à ce voisinage en pleine mutation? Le 14 décembre dernier, le Parlement européen a adopté une résolution demandant l’organisation de « nouvelles élections libres et régulières » en Russie, résolution dont tout le monde sait qu’elle ne sera pas suivie d’effet. Officiellement, Catherine Ashton, dans un discours au Parlement européen le 1er février, a rappelé à l’ordre les dirigeants russes, tout en leur suggérant d’engager un dialogue avec l’opposition et les manifestants. Quelques eurodéputés ont également fait plusieurs déclarations. La problématique est toujours la même lorsque l’on traite des relations UE-Russie: comment défendre les valeurs de l’Union dans son voisinage tout en préservant les relations avec un grand pays fournisseur de gaz… Entre la rhétorique et la realpolitik, la démocratie et les droits de l’homme, et les besoins énergétiques, la balance penche toujours du même côté. Et tout le monde sait que Moscou se fiche radicalement des déclarations de Bruxelles. Pourtant, entre la stratégie de « la démocratie ou ma main sur la gueule », le clash diplomatique ou le « tout va bien Madame la Marquise « , une petite voie existe sûrement afin d’accompagner la Russie dans sa mutation politique, institutionnelle. Comme l’a parfaitement résumé Alain Lamassoure (Président de la commission des Budgets au Parlement Européen) « les dernières élections se sont déroulées dans des conditions qui ne sont pas satisfaisantes. Le sort fait à l’opposition, depuis, est encore moins satisfaisant. Au-delà des problèmes proprement politiques, on voit bien que depuis une dizaine d’années, la Russie fait reposer son développement économique essentiellement sur la production d’hydrocarbures, de gaz et de pétrole et pas assez sur la diversification de son économie. C’est un partenaire naturel très important, pour l’Union européenne, qui doit respecter l’indépendance de la Russie, mais, en même temps, contribuer à convaincre les Russes qu’il est temps qu’ils s’adaptent au XXIe siècle qui est celui du développement économique, durable et de la démocratie« . Ceci étant posé, les marches de manœuvre de l’UE vis-à-vis de la Russie sont minces, dans un contexte de crise financière dans une Europe qui peine à retrouver sa voix de partenaire international qui compte. En attendant, les atteintes à la liberté de la presse et les arrestations continuent. Décidemment, il faut que tout change pour que rien ne change…...

Lire la suite

UE – Ukraine: Je t’aime, moi non plus (2/2)

(Première partie) Faute d’une intégration pleine et entière à l’Occident, l’Ukraine reste tributaire de la politique russe. La Russie est le premier partenaire économique du pays, de nombreux Ukrainiens (dont le Président) ont le russe pour première langue, et le chef de l’État souhaite conserver d’étroites relations avec Moscou. Mais les objectifs de la Russie vis-à-vis de l’Ukraine posent problème. Le gouvernement russe souhaite intégrer l’Ukraine dans une Union douanière dont font déjà partie la Biélorussie et le Kazakhstan: un projet qui fermerait toute perspective d’intégration européenne. Et la menace d’un nouveau conflit énergétique reste plus que jamais d’actualité. Ici, le motif spontané du conflit (la querelle sur le prix, qui ne peut qu’opposer le fournisseur russe à son client ukrainien) se trouve exacerbé par plusieurs facteurs: la personnalisation des intérêts en jeu (certains oligarques ainsi que les électeurs de Viktor Ianoukovitch étant les plus intéressés à obtenir un rabais gazier, indispensable à la viabilité de l’industrie ukrainienne) ; la détermination du président ukrainien à renégocier l’accord de fourniture conclu en 2009 par son adversaire Yulia Timochenko (incarcérée aujourd’hui, à la suite d’un procès que beaucoup, en Ukraine et en Europe, considèrent comme politique), demande catégoriquement rejetée par les dirigeants russes; et l’enjeu capital du transit vers l’Europe. Héritage là encore de l’Union soviétique, 80% des importations européennes de gaz russe transitent par l’Ukraine. Ce fait constitue tout à la fois une garantie de survie pour les Ukrainiens et une hypothèque permanente pour les Européens et les Russes. Depuis plusieurs années, et plus encore depuis la crise gazière de janvier 2009, ces derniers sont décidés à lever cette hypothèque. D’où les projets de gazoducs Nordstream et South Stream, destinés à alimenter directement les grands marchés européens en contournant les pays de transit. À défaut, la Russie est déterminée à prendre le contrôle des gazoducs ukrainiens, via une joint venture entre Gazprom et l’entreprise ukrainienne Naftogaz – un projet catégoriquement rejeté par Kiev. L’Ukraine souhaite tenir la balance égale entre ses deux grands voisins, mais ce numéro d’équilibriste est aujourd’hui de plus en plus difficile. À moins d’un assouplissement soudain de la politique russe ou des exigences démocratiques européennes, le pays pourrait en théorie se trouver confronté dès les prochaines semaines, simultanément à un nouveau conflit gazier et à un gel des discussions en cours avec l’UE, en particulier sur le projet d’Accord d’association et de libre-échange. Ni la Russie ni l’UE n’ont toutefois intérêt à pousser le pays à bout, ou dans les bras du concurrent. Des compromis avec les uns et les autres restent donc envisageables jusqu’à la dernière minute. À défaut, Viktor Ianoukovitch se trouverait confronté à un choix radical. Soit passer sous les fourches caudines de Vladimir Poutine et de Gazprom et concéder, pour prix d’une renégociation à la baisse des contrats gaziers, l’entrée dans l’union douanière voulue par le Kremlin et/ou la cession de facto de la propriété des gazoducs ukrainiens – dans les deux cas une hypothèque décisive pour l’indépendance ukrainienne. Soit faire le choix délibéré du modèle européen, au prix d’une rupture avec ses soutiens oligarchiques – dont les privilèges sont incompatibles avec la transparence juridique et l’état de droit – et d’une exposition de ses électeurs aux affres de la transition économique – le tout sans assurance d’être effectivement soutenu par une Union européenne divisée et affaiblie. Nul ne peut aujourd’hui prévoir ce que serait la conséquence de l’un ou l’autre de ces deux scénarios pour la sécurité interne et externe du pays. Une réintégration de l’Ukraine dans le giron russe serait-elle acceptée passivement par l’opinion nationaliste, en particulier dans l’ouest du pays? Et quelle devrait être alors la réponse des Occidentaux? Inversement, une réelle perspective d’intégration de l’Ukraine aux institutions occidentales ne provoquerait-elle pas à coup sûr une réponse brutale et potentiellement décisive – à Moscou, mais également dans certaines régions ukrainiennes (comme la Crimée) à la loyauté divisée? À moins que, de manière moins spectaculaire, l’Ukraine ne connaisse plus simplement un destin à la biélorusse: celui d’un isolement et d’un déclin apparemment inéluctables. Ce sera l’enjeu des prochaines années.   Camille...

Lire la suite

UE – Ukraine: Je t’aime, moi non plus (1/2)

Depuis l’élection à la présidence de Viktor Ianoukovitch, la position internationale de l’Ukraine semble se heurter à une double impossibilité: impossibilité d’un rapprochement durable avec l’Union européenne, compte-tenu du poids des intérêts et oligarchies qui entourent le nouveau Président et son parti et interdisent toute réforme en profondeur de l’État et de l’économie; et impossibilité d’une réconciliation pérenne avec la Russie, du fait de la persistance du conflit énergétique et de l’incapacité des dirigeants des deux pays à s’accorder sur une solution mutuellement satisfaisante. Jusqu’à présent, Viktor Ianoukovitch a su recourir à des expédients (le plus fameux étant l’accord d’avril 2010 dit « flotte contre gaz », prolongeant la présence à Sébastopol de la flotte russe en échange d’une diminution conséquente mais temporaire du prix du gaz importé) qui lui ont permis de repousser les choix décisifs. Pour combien de temps encore l’Ukraine est-elle en mesure de poursuivre durablement sa politique du « muddle through », grâce à une suite continue d’arrangements ponctuels avec ses voisins? Ou les contradictions de sa situation l’obligeront-elles au contraire finalement à accepter les conditions de l’un ou de l’autre, à adopter franchement le « modèle européen » ou à entrer dans une communauté économique et énergétique dominée par la Russie. Inutile de préciser que les conséquences de tel ou tel choix pour la géopolitique régionale et la sécurité intérieure et extérieure du pays, sont très différentes. Président depuis 2010, Viktor Ianoukovitch est l’élu de l’Est de l’Ukraine. Cette région du pays se caractérise à la fois par sa population russophone et par ses grands combinats industriels, héritage de la planification soviétique situé à proximité des gisements de minerais et des grands barrages hydroélectriques. Ces grands groupes, qui couvrent différents secteurs (sidérurgie, production et distribution d’énergie, aviation, fertilisants, produits chimiques …), représentent collectivement un intérêt fondamental: la principale source de richesse du pays, le premier bassin d’emplois, et la propriété personnelle de certains oligarques proches du chef de l’État. La coexistence de ces différents groupes oligarchiques est toutefois conflictuelle et caractérisée par une lutte permanente pour les ressources, lutte dans laquelle sont directement impliqués différents services de l’État. Ce dernier point rend compte de la résurgence depuis 2010 de pratiques typiquement « post-soviétiques », en particulier l’usage des instruments de contrainte étatiques (forces de police, tribunaux, administrations douanière et fiscale …) au service d’intérêts privés. Jamais totalement éradiquées, ces pratiques semblent aujourd’hui se consolider et n’épargnent pas les acteurs et investisseurs étrangers. La politique ukrainienne est aujourd’hui caractérisée pour une large part par ces luttes d’intérêts et de personnes, et par l’absence de structures légales et étatiques suffisamment fortes pour imposer à ces luttes un cadre juridique impartial. Cette réalité conditionne à double titre la position internationale du pays. En premier lieu, elle empêche tout rapprochement durable avec les institutions occidentales. Depuis les années 2000, nombre de décideurs européens et américains militent pour l’intégration de l’Ukraine à l’Union européenne et à l’OTAN. À la propension naturelle de ces deux organisations à s’étendre s’ajoutent deux motivations essentielles: d’une part, une volonté (principalement polonaise, nous avons pu le constater à nouveau lors de notre dernier voyage d’étude à Varsovie) de sécuriser la frontière orientale de l’UE en intégrant des territoires anciennement polonais; d’autre part, la volonté d’éloigner l’Ukraine de la Russie afin d’affaiblir cette dernière – une stratégie énoncée en 1997 par Z. Brzezinski et naturellement reprise par les adversaires et victimes traditionnels de la Russie en Europe centrale et orientale. Mais une intégration à l’UE reste impossible tant que l’Ukraine persiste à bafouer l’état de droit, et se heurterait de surcroit à la réticence conjuguée des opinions européennes et de certains États. Quant à l’OTAN, les perspectives d’intégration de l’Ukraine se sont heurtés à la fois au refus de certains États européens (l’Allemagne notamment) et à la forte ambivalence de la population et des nouveaux dirigeants ukrainiens. L’Ukraine se contente aujourd’hui de relations intermédiaires avec l’Alliance: vote en juillet 2010 d’un statut « hors blocs », qui écarte la candidature à l’OTAN, tout en maintenant un dialogue politique actif et une coopération concrète aux opérations de l’Alliance, le tout prolongé par la poursuite d’un dialogue stratégique avec les États-Unis.   Camille Roux   (Suite la semaine...

Lire la suite
Page 2 sur 41234