Rencontre avec l’Ambassadeur de Finlande

Rencontre avec Teemu Tanner à la Maison de l’Europe le 19 septembre

par Victor de Vilmorin

La rencontre avec l’Ambassadeur a abordé principalement deux sujets :

  • Qu’est ce qui fait de la présidence finlandaise une présidence particulière ?
  • Quels sont les principaux objectifs de la présidence finlandaise ?

Particularité de la présidence finlandaise 

La présidence de la Finlande est particulière par sa situation géographique alliée au contexte international complexe :

La Finlande est limitrophe avec la Suède, l’Estonie et la Russie. Ainsi, la proximité géographique entre la Finlande et la Russie induit une relation de proximité sur le plan économique et politique, sans forcément que la Finlande cautionne les agissements de la Russie comme l’annexion de la Crimée. Les Européens se demandent si la Finlande endossera le rôle d’intermédiaire entre l’Europe occidentale et la Russie ou si elle se détournera de son homologue russe.

La Finlande est située à l’extrême nord de l’Europe, avec une économie semblable aux autres pays scandinaves. On peut se demander comment elle incarnera les enjeux des pays de sud comme les migrations, le fort endettement…

L’Europe est à un moment clef de sa construction à court et moyen terme. À la suite des récentes élections européennes, le Brexit monopolise l’attention du parlement. Comment la Finlande atteindra-t-elle ses différents objectifs dans ce contexte d’instabilité ?

Sur un plan plus global, la guerre économique sino-américaine remet en cause le rôle de leadership européen et rend le rôle de cette présidence finlandaise essentiel.

Objectifs de la Finlande pour sa présidence

  • Affirmer les valeurs et les principes de démocratie, d’Etat de droit et d’égalité pour qu’ils soient appliqués à l’intérieur de l’Europe et défendus à l’extérieur.
  • Lutter contre le réchauffement climatique : La Finlande insiste pour que l’Europe soit leader dans les négociations climatiques. De plus, il leur revient de définir des mesures pour parvenir à un accord sur zéro émission nette en 2050 et une réduction en 2030 de 55% des émissions.
  • Croissance durable et dimension sociale : L’Europe doit trouver des nouveaux axes de croissance en tenant compte du développement durable. (Accord avec le Mercosur sur les produits phytosanitaires)

Assurer la sécurité intérieure et extérieure

  • La sécurité informatique
  • La sécurité liée aux migrations : cela passe par une gestion efficace et intégrée. Il est nécessaire de trouver des compromis et de convenir de politiques de médiation. Cela passe par des relations plus étroites avec l’Afrique
  • La sécurité liée aux menaces hybrides, définies comme les menaces extérieures avec de nouvelles méthodes (ex: frappes en Arabie Saoudite). La sécurité passe notamment par une amélioration de la transmission d’informations entre les différents pays.

Pan-Europa

Préface de Michel Barnier
Traduction et appareil critique de Volker Klostius et Jean Spiri aux éditions Cent Mille Milliards

Pan-Europa, publié en 1923 à Vienne par Richard Coudenhove-Kalergi, est le premier ouvrage à proposer une unification des États européens en en décrivant très concrètement les étapes. Dans le contexte de l’après-Première guerre mondiale, il démontre comment seule une Europe unie pourra assurer la paix et la prospérité sur le continent, et faire face aux expansionnismes politique de la Russie et économique des États-Unis – et de l’Extrême-Orient.

Quatre ans après le Traité de Versailles, il fait d’une France et d’une Allemagne réconciliées le moteur de la future Europe – qui pour lui ne comprend pas la Grande-Bretagne, trop tournée vers son Empire et la relation transatlantique. Lutte contre les nationalismes et droit des minorités, préoccupations économiques mais aussi sociales, chemin vers une démocratie européenne fédérale : les réflexions de Pan-Europa demeurent d’actualité.

Le tournant du 26 mai 2019 en Roumanie (4)

L’enjeu économique du pays : la compétitivité et l´expertise informatique 

« Sortir du low cost, mais pour aller vers quoi ? » La Roumanie est aujourd’hui un pays d’inégalités, à 45% agricole, qui a clairement profité de son intégration à l’UE. Pour autant le salaire minimum est aujourd’hui à 450€. Une politique pro-cyclique a provoqué ces dernières années des déséquilibres et des tensions sur les finances publiques.

La Roumanie a connu une croissance importante (au premier trimestre 2019, le pays a connu 5,1% de croissance) mais fragile car issue principalement de transformation de produits importés. En parallèle, le pays connaît de l’inflation. Les facteurs de croissance sont le rattrapage de la consommation, l’exportation industrielle, l’agriculture (26% PIB) et l’informatique (6% PIB).

Nous avons tous été surpris d’apprendre que la Roumanie est, après l’Inde, un gros hub informatique, où de grosses entreprises européennes sous-traitent leur IT, voire ont leur propre service informatique. Beaucoup d´informaticiens roumains préférant émigrer, la Roumanie embauche de nombreux vietnamiens, qui sont formés dans leur pays puis embauchés en Roumanie.

En terme de finances publiques, une baisse de la TVA et des impôts très bas (IS à 16%.) génère de l’attractivité pour les entreprises étrangères, malgré des difficultés liées à l’instabilité réglementaire.

Pour ce qui concerne la France, 37 sociétés du CAC 40 sont présentes, dont Engie, Orange, Auchan, Carrefour, Thales, … En tout, 2300 entreprises françaises fonctionnent sur le marché roumain comme avec un modèle low cost.

La Roumanie entre soft et hard landing

La démographie du pays témoigne d’une dynamique difficile. Le taux de natalité est inférieur à la moyenne de l’UE et la Roumanie compte 19 millions de citoyens, dont 4 millions à l’extérieur du pays. Pourtant le pays compte certains champions nationaux, comme Bit Defender, la licorne UIPath ou encore Dacia (8% des exportations). L’IT représente 6% des exportations mais il s’agit principalement de centres de commande. Les Chinois sont quant à eux présents dans le cadre de leur projet BELT avec 7000 petites entreprises en Roumanie.

Le manque de perspectives s’explique également par le manque de culture de l’action publique. Il semble ainsi qu’il y ait très peu de travail interministériel, ce qui implique une réticence des responsables à prendre des décisions concertées, engageantes et de long terme. On assiste par ailleurs à un faible taux d’absorption des fonds européens car les projets ne sont pas menés jusqu’au bout.

L’ensemble de ces défis n’empêchent pas l’opinion en Roumanie d’être une des plus pro-Européennes de l’UE, anticommuniste et bien entendu anti-corruption.

40% des jeunes ont voté aux élections européennes. Ces derniers sont très sensibles aux messages véhiculés par les réseaux sociaux. Pour autant, sur le plan des tendances politiques, comme il n’y a pas de parti vert en Roumanie, il est difficile de savoir si les jeunes sont intéressés par les questions environnementales, comme ils l’ont montré un peu partout ailleurs en Europe.

Une présidence sous le signe de la « Cohésion », axée sur les droits individuels et les valeurs.

Il semble que les acteurs s’accordent pour qualifier cette présidence de réussite sur le plan logistique. Politiquement, le bilan est plus contrasté.

L’ordonnance d’amnistie a été brandie comme menace pendant six mois. Le pays a été menacé de déclanchement de l’Article 7 (comme la Pologne) par la Commission.

Par ailleurs, en pleine présidence, le gouvernement a annoncé vouloir déménager le siège de son Ambassade de Tel Aviv à Jérusalem, se désolidarisant unilatéralement de ses partenaires européens.

La présidence roumaine de l’UE fut axée sur la cohésion, la convergence, la sécurité et le rôle de l’UE à l’étranger. Mais elle a été très impactée par des incidences extérieures négatives et des imprévus, comme cela arrive de plus en plus souvent dans un environnement de plus en plus incertain.

 

 

 

Le tournant du 26 mai 2019 en Roumanie (3)

Retour sur la transition post communiste

Lors du régime totalitaire communiste, il y a dans le pays de graves pénuries de nourriture et d’énergie. Cela se traduit notamment par des hivers sans chauffage dans Bucarest et dans l’ensemble du pays, qui a laissé de forts mauvais souvenirs à nos interlocuteurs. De Décembre 1989 à juin 1990, c’est la Révolution.

De 1990 à 1996, une continuité de fait du régime politique.

Les anciens communistes se transforment en PSG, présenté comme parti “successeur” et gagnent l’élection. Ceux qui ont organisé la répression pendant la révolution restent au pouvoir (Ion Iliescu) et mènent une politique d’oubli du passé au lieu de procéder à la condamnation des crimes commis. Il n’y aura qu’un procès spectacle organisé pour Ceausescu et ses plus proches.

De facto, il y a quasi-impunité pour les responsables politiques du réseau de pouvoir.

Ils exercent un monopole sur le « grand capital », ce qui permet aux politiques et à leurs alliés de s’enrichir. C’est à cette période que l’on assiste à la naissance des oligarques de la télévision qui utilisent les médias pour aider les partis.

De 1996 à 2000, les Anti-communistes au pouvoir

Réunis dans une Convention Démocratique incluant le PNL, les anti-communistes sont malgré tout désunis. On assiste à une opposition entre responsables politiques anti-communistes et société civile anti-communiste. La Convention Démocratique disparaît en 2000.

En 2000, Iliescu, ex-communiste, revient comme Président.

Son parti devient le PSD.

C’est une période de dépolitisation de la société civile. Les ressources manquent car il y a peu d’hommes d’affaires fortunés hors du cercle des ex-communistes au pouvoir. Ceux qui le pourraient ne s’engagent pas, par peur de représailles. Les média traditionnels sont dans les mains des ex-communistes.

2004, le rapprochement avec l’Union Européenne

La population espère que l’UE va contrôler les réflexes politiques et vaincre la corruption. En réalité, l’accès privilégié de la clientèle politique aux fonds européens permet aux oligarques de s’enrichir encore plus. On peut en conclure que la lutte pour l’accès aux fonds européens a paradoxalement produit encore plus de corruption.

Il semblerait que le système fasse en sorte que le contre-pouvoir potentiel représenté par les hommes d’affaires fortunés ne fonctionne pas. En surface, le gouvernement Roumain accède aux demandes de réforme de l’Union Européenne, mais en réalité, cela ne se traduit par aucune action publique. L’influence normative de l’UE s’est traduite par un effort avant l’adhésion, mais qui a été presque stoppé après. La nécessité de plus de surveillance de la part de l’Union après l’adhésion à été évoquée, comme cela avait été le cas en Bulgarie….

Aujourd’hui, les nouveaux média ont joué un rôle important dans les Élections Européennes, mais cela ne suffit pas car ils manquent de moyens.

 

Le tournant du 26 mai 2019 en Roumanie (2)

Le double vote du 26 mai et ses implications

Il y aura semble-t-il un avant et un après 26 mai 2019 en Roumanie. Assiste-t-on à un pays qui se ressaisit ? L’avenir le dira. Mais le taux de participation pour les élections européennes, le référendum présentés le même jour et le oui à 85% aux questions posées par ce dernier donnent un signal clair.

Par le double référendum non contraignant, la population est amenée à se prononcer sur deux questions. La première porte sur l’interdiction des amnisties en faveurs de personnes condamnées pour corruption. La seconde propose quant à elle d’interdire au gouvernement de recourir à des ordonnances d’urgence dans le domaine judiciaire et à faciliter le droit de recours à la Cour constitutionnelle contre ce type d’ordonnance. Il traduit en réalité une opposition entre le président Iohannis, pro-européen et attaché à la lutte contre la corruption et le gouvernement majoritairement PSD de Sorin Grindeanu.

Malgré l’appel au boycott des partis au pouvoir, les deux propositions recueillent 85 % de votes positifs pour un taux de participation qui se révèle plus important qu’attendu et permet une validation des résultats. Ce résultat est considéré comme un désaveu de la coalition au pouvoir et un soutien à la lutte anti-corruption du président Iohannis.

Cela fait suite à une période où le gouvernement vise à dé-légitimer le discours de Bruxelles, en pleine première Présidence roumaine de l’UE…

Il semble que le parti au pouvoir ait tout fait pour empêcher la participation au référendum, notamment par une volontaire désorganisation des élections dans les consulats et la mise en option du vote, alors que les citoyens sont invités à s’exprimer également sur le sujet européen. En effet, les Socio-démocrates du PSD, au pouvoir depuis plusieurs années, sont associés à une forte corruption et à une politique nationaliste, anti-multinationales, présentée comme antidote aux pressions de l’UE.

Les Roumains ont ainsi assisté pendant deux ans et demi à la montée d’une propagande sur un prétendu «Etat parallèle» A cela s’ajoute le fait que les principaux médias étant contrôlés par les Sociaux Démocrates et le parti conservateur, les seuls journalistes vraiment indépendants aujourd’hui s’avèrent être des blogueurs ou des ONG, avec des moyens de diffusion bien moindres.

Le 26 mai, 43% des citoyens se sont mobilisés pour aller voter. Ils ont exprimé un vote majoritairement en faveur des partis pro-européens et contre les socio-démocrates nationalistes qui n’ont obtenu que 22% des votes. Avec le référendum, suffisamment de citoyens ont participé et voté « contre la corruption » pour que cela conduise à l’arrestation du leader du parti PSD Liviu Dragnea, condamné en 2012 pour manipulation des résultats d’un référendum.

Selon les observateurs, une nouvelle ère commence peut-être, dans laquelle, pour rester au pouvoir, le gouvernement va devoir coopérer avec Bruxelles et se régulariser. 

Les résultats des élections européennes

Sur 32 élus au Parlement européen

-9 élus Socio-démocrates proches de l’Eglise orthodoxe

-9 élus Parti national libéral PNL (PPE), parti du président qui représente notamment la minorité allemande

-9 élus Coalition Alliance 2020 (Union Sauvons la Roumanie + Parti PLUS de Dacian Ciolos

-2 élus Pro Romania

-2 élus UDMR, parti hongrois

-1 élu PMP

A suivre…