Ioulia Timochenko sera faiseur de rois

Interview Camille-extraitCamille Roux, vice-présidente de l’Atelier Europe et ancienne conseillère d’Ioulia Timochenko, était interviewée hier par Philippe Richard pour Ouest France.
Nous reproduisons son entretien.

Quel va être le rôle de l’ex-Premier ministre Ioulia Timochenko, libérée hier ?
Elle va être, au minimum, faiseur de rois. D’après mes informations, même les leaders prorusses les plus radicaux souhaitent la rencontrer pour la consulter sur un gouvernement de coalition.

Que sait-on de son état de santé ?
Après trente mois de détention, elle n’est pas en bonne santé. Elle est réellement malade. C’est plus que les hernies discales qui avaient été évoquées.
Mais je ne pense pas qu’elle va aller en clinique en sortant de prison. Elle est extrêmement forte et énergique, et va se sentir dopée par les événements.

Peut-elle reprendre un rôle de premier plan ?
C’est une femme très maligne et prudente, qui sent bien les situations. Tout dépendra de l’accueil que le peuple lui fera. Elle incarne le passé, en partie l’échec de la Révolution orange, et l’ancienne oligarchie dont les Ukrainiens essaient de se débarrasser. Mais elle peut revenir.
Aucun leader d’opposition vraiment charismatique n’a émergé. Elle, c’est une politique, une vraie leader.  Kiev - le 19 février 2014 - Photo prise par un membre de l'Atelier EuropeCertes, avec les défauts de l’ancienne classe politique ukrainienne, mais elle est sans doute capable de trouver un compromis avec les Russes.

Car la balle est maintenant dans le camp de Moscou. Poutine est à Sotchi, et ne s’est pas encore clairement prononcé.


Quel peut être maintenant le rôle de l’Union européenne ?

L’Union européenne a fait son boulot. Mais il lui manque, sur le long terme, une politique vis-à-vis de la Russie. Pour qu’il puisse y avoir une vraie discussion tripartite. Bien que L’UE n’ait pas grand-chose de concret à proposer à l’Ukraine. Personne n’a envie de s’engager pour une adhésion.

Au cours des trois derniers mois, les opposants sont passés de revendications de rapprochement avec l’Union européenne à des revendications contre l’arbitraire du pouvoir. C’est beaucoup plus fédérateur. Ce qui se passe, c’est la poursuite de la Révolution orange de 2004, qui n’était pas allée jusqu’au bout.

 

D’autres photos de la place Maidan, prises par un membre de l’Atelier Europe, sont visibles ici.

L’Union européenne fait encore rêver… les Ukrainiens !

Baisier-ue-ukraineLes manifestations pro-européennes et contre le président ukrainien à Kiev font la Une des journaux. L’officialisation, le 29 novembre, lors du Sommet du Partenariat oriental qui se tenait à Vilnius, par Viktor Ianoukovitch de sa volonté de reporter sine die la signature de l’accord d’association avec l’Union européenne a réveillé les passions européennes des citoyens ukrainiens qui avaient déjà fait la preuve, en 2004, lors de la Révolution Orange, de leur capacité à faire entendre leur voix dans la rue.

L’Union européenne oublie le facteur russe dans ses négociations avec les États du Partenariat oriental

Depuis dix ans l’Union européenne s’efforce de consolider ses relations diplomatiques avec ses voisins. D’abord de manière globale, avec, en 2004, le lancement de la Politique européenne de voisinage (PEV), qui s’adresse à tous les États frontaliers qu’ils se trouvent au Sud ou à l’Est de l’Union. Puis, en 2009, elle décide de régionaliser sa politique étrangère dans le cadre de la PEV en instaurant, pour ses voisins de l’Est, le Partenariat oriental, un instrument qui s’adresse exclusivement aux six États qui constituent ce que l’on nomme le voisinage commun avec la Russie: la Biélorussie, la Moldavie, l’Ukraine, l’Azerbaïdjan, l’Arménie et la Géorgie. Le Sommet du Partenariat oriental, organisé par la Présidence lituanienne de l’Union européenne à Vilnius, les 28 et 29 novembre derniers, devait se solder par la signature d’accords d’association entre l’Union européenne et certains de ses partenaires orientaux. Des avancées significatives dans les négociations en cours depuis quatre ans avec les autres étaient attendues. Partenariat oriental: cliquer pour voir en plus grandLe Sommet ne devait être qu’une formalité, jusqu’à ce que la Russie, cet été, décide d’entrer dans le jeu, en proposant à certains des États concernés un projet concurrent: celui d’une Union eurasienne, une intégration à terme à la fois économique et politique, un équivalent réussi de l’Union européenne selon les mots du président russe Vladimir Poutine. Ni la Géorgie, clairement anti-russe et pro-européenne, ni l’Azerbaïdjan, suffisamment puissant économiquement pour être indépendant, n’étaient visés par cette proposition. En revanche, la Russie a mis tous les moyens en œuvre pour faire pencher les gouvernements ukrainien et arménien en sa faveur. L’Ukraine a même subi un sort tout particulier, en raison des penchants ouvertement pro-européens d’une partie de sa population et de l’intérêt stratégique de l’Ukraine pour la Russie. Elle a donc dû choisir entre une future union avec la Russie et un accord avec l’Union européenne, sous la menace de sévères répressions économiques de la part de la Russie. Il est important de souligner à cet égard que Vladimir Poutine n’a pas soumis l’Arménie au même traitement: bien que le président arménien ait lui aussi subi des pressions avant de dire oui à l’Union eurasienne en septembre, le président russe l’a laissé confirmer, le 29 novembre à Vilnius, sa volonté de continuer les négociations avec l’Union européenne dans le cadre du Partenariat oriental

L’Union européenne ne s’est pas montrée à la hauteur pour défendre et sauver le Partenariat oriental, elle s’est concentrée sur les éléments techniques alors que la Russie a fait de la politique. L’Union européenne a pris le risque de poser comme condition à la signature de l’accord d’association, la libération, ou au moins le transfert en Allemagne, de l’ancien Premier ministre, Ioulia Timochenko, incarcérée depuis 2011. Le résultat semble sans appel: à Vilnius, le président ukrainien Viktor Ianoukovitch a reporté la signature, allant depuis jusqu’à évoquer une renégociation de l’accord – pourtant déjà paraphé – avec l’Union européenne.

Des présidents ukrainien et russe confrontés à la force de la démocratie

Mais une partie importante des citoyens ukrainiens ne semble pas prête à accepter que son pays se plie aux volontés du Président russe, si elle estime que cela n’est pas dans son intérêt. Ce refus est d’autant plus fort que Ianoukovich s’était fait élire sur un programme clairement pro-européen. En 2004 déjà, au cours de ce que l’on a appelé la Révolution orange, les Ukrainiens ont massivement protesté contre les résultats de l’élection présidentielle selon eux frauduleuse, qui avait donné Viktor Ianoukovitch vainqueur au deuxième tour. Manifestations-ukraineLes manifestants eurent alors gain de cause: la Cour suprême annula le scrutin et Viktor Iouchtchenko emporta la nouvelle élection avec 52 % des voix, contre 44 % pour son rival Viktor Ianoukovitch. Ce dernier revint malgré cela au pouvoir, en 2010, en raison notamment de scandales de corruption qui avaient fini par ruiner la crédibilité du gouvernement de Ioulia Timochenko. Aujourd’hui les Ukrainiens sont à nouveau dans la rue, nombreux, persistants – les températures sont déjà négatives en ce moment à Kiev – réclamant la démission de leur Président, des élections anticipées et la reprise immédiate du rapprochement avec l’Union européenne. Dans les deux cas, la Russie a fortement influencé la politique ukrainienne. C’est probablement ce qui a, à chaque fois, profondément irrité les citoyens ukrainiens, et en particulier les Ukrainiens pro-européens qui se battent pour une Ukraine indépendante de la Russie. Après ces deux événements, à presque dix ans d’intervalle, la Russie peine à considérer que l’Ukraine évolue de manière autonome et indépendante, que l’URSS n’est plus, et que les Ukrainiens, ayant pris goût à la démocratie, sont décidés à utiliser sans hésitation les pouvoirs qu’elle leur donne.

La schizophrénie des dirigeants ukrainiens: vers des négociations tripartites?

Il est évident que face à des manifestations d’une telle ampleur – la place de l’Indépendance ne désemplit pas et l’opposition appelait à la grève générale lundi 2 décembre – le pouvoir ukrainien ne peut pas rester impassible et semble pourtant peiner à trouver une issue acceptable par toutes les parties. Les premiers événements ont été réprimés brutalement, on a dénombré des dizaines de blessés, le quartier général de l’opposition a été saccagé, mais le président Viktor Ianoukovitch a depuis donné l’ordre aux forces de police de ne plus disperser les manifestants pacifiques dans la violence. La crainte d’être pointé du doigt par le
s puissances occidentales et de se retrouver isolé y est certainement pour quelque chose. Toutefois l’Ukraine est un pays très divisé, grossièrement autour d’un axe pro-européens versus pro-russes, et l’impression d’unanimité que donnent les images – et les chiffres – des manifestations à Kiev de ces derniers jours est à relativiser. En effet, et cela se ressent notamment lors des échéances électorales, si une moitié environ de la population est favorable à un rapprochement de l’Ukraine avec l’Union européenne, une autre moitié se sent toujours plus proche de la Russie. Il est à cet égard très intéressant de noter que des anciens, auparavant traditionnellement plutôt pro-russes et pour certains nostalgiques de l’URSS (les retraités notamment), ont également participé aux manifestations, qui ne sont donc pas uniquement le fait de la nouvelle génération, plus ouverte sur le monde, et qui aspire bien évidemment à se rapprocher de l’Union européenne.

Le discours de Viktor Ianoukovitch le 1er décembre reflète cette situation quelque peu schizophrénique. En effet, alors qu’il vient d’annoncer l’interruption du processus de négociations avec l’Union européenne à Vilnius, il déclare désormais qu’il est indispensable de renforcer le rapprochement de l’Ukraine avec l’Union européenne, tout en insistant sur la nécessité d’intégrer la Russie à un tel processus et de traiter, dans cette combinaison tripartite, d’égal à égal. Un discours qui rappelle étrangement les déclarations de Vladimir Poutine, lorsqu’il avait refusé de participer à la politique européenne de voisinage en 2004, considérant, sans doute à juste titre, son pays comme une grande puissance internationale, outrée d’être ainsi traitée sur le même plan que les anciennes républiques soviétiques. L’Union européenne acceptera-t-elle de se faire dicter sa politique par le Kremlin? Les Ukrainiens pro-européens se satisferont-ils d’un tel format, dans lequel Moscou aurait toute sa place, alors qu’ils tentent de consolider l’indépendance de leur pays face à la Russie ?

La puissance d’attraction de l’État de droit symbolisé par l’Union européenne

Quelle que soit l’issue de ces événements, dans l’atmosphère eurosceptique qui prévaut actuellement dans les États-membres de l’Union européenne, les élans europhiles des Ukrainiens, même s’ils ne représentent qu’une partie de la population, donnent à réfléchir. Ils nous rappellent que, malgré les ressentis en interne, l’Union européenne est toujours perçue de l’extérieur comme une grande puissance économique attractive, où prévaut l’état de droit. Car dans le choix entre les deux ensembles c’est essentiellement de cela qu’il s’agit: des normes européennes, un cadre juridique rassurant, par opposition à un fonctionnement postsoviétique encore dicté par la corruption, l’arbitraire, le manque de transparence et une séparation des pouvoirs trop ténue. Toutefois, cet engouement pour l’Union européenne n’est-il pas plutôt un attrait pour l’Europe, incarnée par ses grandes capitales dynamiques et cosmopolites, plus que par ses institutions? Une des explications de cette indifférence pour l’Union européenne chez les 28 ne serait-elle pas liée à cette absence d’adéquation entre l’Europe et l’Union européenne dans son fonctionnement institutionnel ?

 

Loé Lagrange

Photos, de haut en bas:
Le Monde
Courrier international
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Une soirée islandaise à l’Atelier Europe

Baldur-thorhallssonL'Atelier Europe a reçu le vendredi 2 mars 2012 Baldur þórhallsson, Professeur à l’université d'Islande (Reykjavik), et membre suppléant du Parlement islandais (rapporteur sur l’adhésion). Spécialiste des petits États membres de l’Union européenne, de leur rôle et de leur influence dans l’Union, fervent défenseur de l’adhésion de son pays à l’UE, il nous a présenté une vision très europhile sur la relation de son pays à l'UE. En ces temps de doute sur l'Europe, son discours était à contrecourant de l'euroscepticisme ambiant.

Peut-on parler d'une identité européenne en Islande? Sur ce sujet, Baldur þórhallsson a estimé que "Bien que nos valeurs soient européennes, la plupart des citoyens islandais ne souscrivent pas à l’identité européenne en tant que telle. Nous sommes avant tout islandais, puis nordiques, et enfin européens." Rien de trop étonnant dans cette réponse (dans quel pays un citoyen se définirait-il d’abord comme européen, avant de considérer son identité française, italienne ou chypriote ?), si ce n’est la présence de l’échelon régional, entre les échelons national et européen. L’appartenance au « monde nordique » est un sentiment très ancré chez tous nos voisins du Nord. Les valeurs clé de l’identité nordique sont un attachement viscéral à la nature, à l’indépendance, et au contrôle du territoire. En tant que petits pays, cela leur permet de se référer d’emblée à un espace plus grand. Nous pourrons prochainement poser la question à nos confrères danois et tester cet ancrage identitaire septentrional, lors de notre prochain voyage d’études en avril.

De cette position géographique singulière, d’où d’écoule une géo – économie particulière, les Islandais lient la question de leur adhésion à l’UE aux négociations sur les quotas de pêche. Sur le reste, c'est-à-dire les conséquences d’une éventuelle adhésion, comme beaucoup de pays candidats, les fonds structurels représenteraient une manne importante dont les Islandais aimeraient bénéficier. Le seul point très étonnant dans le climat actuel de « dézingage » de l’Euro, mais compréhensible du fait de la situation monétaire islandaise, est que les islandais souhaitent vivement adopter l’Euro, notamment pour rétablir un climat de confiance auprès des investisseurs.

Il faut rappeler qu’en dix ans, l'Islande est passée d'une économie principalement basée sur la pêche à une économie plus diversifiée avec le développement considérable du secteur financier, ce qui a rendu le pays particulièrement vulnérable depuis la crise de 2008. Le secteur de la pêche occupe aujourd’hui 10 % des actifs, mais fourni au pays 75 à 80 % de ses revenus à l’exportation, alors que les trois premières banques islandaises voient leurs actifs passer de 100 % du produit intérieur brut (PIB) en 2000 à presque 800 % en 2007, avant la crise financière (voir à ce propos l’affaire Icesave mentionnée dans notre précédent article).

Notre interlocuteur a ainsi insisté sur le fait que « l’Islande a besoin d’un accord viable sur la pêche, les Islandais doivent en effet avoir l’assurance du contrôle de leur zone maritime. Si ce n’est pas le cas, il y aura un grand risque d’un « Non » à l’adhésion lors du référendum. Seul un tiers de la population islandaise est pour une adhésion à l’Europe, mais nous ne devons pas oublier que les deux tiers souhaitent que l’Islande continue le processus d’adhésion. Par conséquent, la plupart des Islandais veulent achever la négociation et voter le traité d’adhésion par voie de référendum. Ils regardent attentivement les résultats du chapitre concernant la pêche. Malgré la crise, l’attractivité de la monnaie européenne persiste, de même que la possibilité de bénéficier de fonds structurels reste un argument fort ».

Au-delà de ces questions européennes, la société islandaise comporte quelques spécificités relevées par notre invité. La taille de la population (320 000 habitants dont 210 000 à Reykjavik) permet une très forte interaction avec les citoyens, ainsi qu'une communication directe entre le gouvernement et la société civile. À ce titre, le Trophée européen de l’e-démocratie 2011 a été remis à Paris au Ministère des Affaires étrangères à citizens.is, fondation qui permet notamment aux électeurs islandais d'interagir via internet avec les membres du Parlement et de mettre en avant les sujets qu'ils veulent voir traités en priorité.
Cette proximité réduit par ailleurs le risque de corruption et de conflit d'intérêt.

Une autre spécificité qui ne manquera pas de nous étonner en tant que Français, et qui concerne un moment crucial de l’histoire du XXème siècle, est le regard que les Islandais portent sur la Seconde guerre mondiale. Le pays a connu un développement économique tardif, grâce notamment à la présence américaine entre 1939 et 1945 puis les décennies suivantes, avec la présence de 14 000 soldats américains et l’aide du plan Marshall.
Baldur þórhallsson a souligné la perception originale de cette guerre appelée "blessed war" (guerre bénie) par les Islandais, et l'absence de "vécu commun" durant ce conflit avec les pays européens. C’est clairement un maillon historique manquant avec la grande famille européenne.
Sur le plan militaire, l'Islande n'a pas de ministère de la Défense, l'adhésion à l'OTAN étant considérée comme suffisante pour la sécurité du pays.

Sur la question de l'immigration (très en vogue en ce moment dans nos débats électoraux français et notamment avec la proposition de renégocier les accords de Schengen), Baldur þórhallsson rappelle qu'en Islande elle est essentiellement économique (la communauté polonaise figure en première place, avec 10 000 personnes venues s’installer sur le territoire). Il estime par ailleurs que son pays n'a pas la même générosité que les autres pays scandinaves. Les opportunités d'emploi ne sont cependant pas les mêmes, la crise ayant même incité au retour de nombreux migrants.

Pour finir, petite touche d'humour de notre invité à prendre au second degré, "l'Islande est le seul pays au monde qui milite pour le réchauffement climatique". L’Islande, décidemment un pays à contre courant…!

L’Islande: Un pas en avant, deux pas en arrière

L’Atelier Europe accueillera pour un dîner-débat, le vendredi 2 mars, Baldur þórhallsson, Professeur à l’université de Reykjavik et membre suppléant du Parlement islandais (rapporteur sur l’adhésion). Il est spécialiste des petits États membres de l’Union européenne, de leur rôle et de leur influence dans l’Union.

« Un pas en avant, deux pas en arrière », ce pourrait être un bref mais lucide résumé de ce que fut pendant de nombreuses années, l’attitude de l’Islande vis-à-vis de l’Union européenne. Et il aura fallu attendre une crise, et non des moindres, celle de 2008 et singulièrement l'effondrement de son système bancaire hypertrophié, pour que le débat sur l’adhésion trouve un nouveau souffle.

Illustration: Peter Schrank (The Economist)L’Islande dépose finalement sa candidature d’adhésion à l'Union européenne le 16 juillet 2009. Le statut de candidat lui est accordé le 17 juin 2010 et les négociations d'adhésion débutent formellement le 27 juillet 2010. Choix raisonnable et raisonné ou ferveur populaire pour l’Union européenne? La question se pose.

Le gouvernement islandais a pour objectif d'adhérer en 2013, adhésion qui sera par ailleurs sujette à un référendum en Islande.

I. Flashback sur les relations « je veux, je veux pas » de l’Islande avec l’Union européenne

Il serait réducteur de considérer que le dépôt de candidature de l’Islande n’est que le simple résultat de la crise de 2008. Depuis de très nombreuses années, l’Islande coopère activement avec les pays de l’Union européenne et les relations se sont intensifiées au fil du temps. Intégrée à l’Espace économique européen (EEE), l’Islande participe, comme tout membre de l'Association européenne de libre échange (AELE), au marché unique européen. Elle a également signé un accord de participation à la convention de Schengen.

Cependant, l’adhésion à l’Union européenne ne va pas de soi pour les responsables politiques. Des années 1990 à la crise de 2008, deux grandes formations politiques – le Parti de l'indépendance, conservateur, et le Parti du progrès, libéral – sont opposées à l'adhésion, considérant que l’Islande n’avait aucun intérêt à adhérer et encore moins à adopter l’Euro. Seul, le parti Alliance, parti d’opposition, soutient l'ouverture des négociations d'adhésion.

La crise financière de 2008 marque un tournant et si de nombreux responsables politiques restent hostiles à une entrée dans l’Union européenne, les esprits évoluent.

La politique de rigueur mise en place change la donne. En contrepartie des restrictions sur les salaires, les syndicats demandent que l'Islande fasse acte de candidature à l'Union européenne. Plusieurs formations politiques leur emboîtent le pas, tout en posant un certain nombre d’exigences. Par exemple, le Parti du progrès soutient cette candidature mais avec de strictes conditions telles que la pleine autorité de l'Islande en matière de politique de pêche, un point d'achoppement historique dans les relations avec l'Union, et sur les autres ressources nationales, point qui reste encore aujourd’hui central dans les négociations. Parallèlement, l’idée de soumettre l'ouverture des négociations et la signature du traité d'adhésion à l'Union à un référendum progresse.

Les élections de 2009, post-crise, marquent un changement d’attitude très net. Les principales formations politiques mettent le sujet de l’adhésion au centre du débat. On parle alors d'une candidature immédiate à l'Union européenne et d'une adoption de l'Euro dans les quatre ans, outil perçu comme un moyen de gérer la dette – importante – du pays.

Ces évolutions aboutiront au dépôt de candidature le 17 juillet 2009, peut alors commencer la phase de négociations d’adhésion.

Partenaire de longue date de l’Union européenne, l’Islande applique déjà une partie conséquente de l’acquis communautaire, ce qui laisse entrevoir un processus de négociations rapide, d’autant plus que l’Islande est une démocratie établie. Selon différentes analyses, l'Islande appliquerait déjà deux tiers de la législation de l'Union européenne du fait de sa participation à l'EEE. On estime alors que l’Islande pourrait probablement entrer dans l'Union européenne en même temps que la Croatie, au 1er juillet 2013.

II. Mais quels sont les points d’achoppement dans ces négociations d’adhésion ?

Le point de friction le plus emblématique des négociations est certainement celui de la pêche. Puissance économique reposant essentiellement sur ses ressources naturelles et la pêche, l’Islande est particulièrement sensible à la législation relative aux quotas de pêche autorisés, et de nombreux incidents sont venus émailler les négociations d’adhésion. À titre d’exemple, en 2010, le Commissaire européen aux affaires maritimes et à la pêche condamne la décision unilatérale des pêcheurs islandais d'augmenter leurs quotas de pêches de maquereaux au-delà des niveaux autorisés – de 2 000 tonnes à 130 000 tonnes – en raison d'une présence abondante dans leurs eaux, alors que les pêcheurs écossais et irlandais observent ces quotas. En 2011, l’Islande relève, une nouvelle fois, son quota à 146 000 tonnes et elle s’expose à des sanctions de l’Union.

L’adoption de l’Euro a également été un point de discussion très important. À la suite de la forte dépréciation de la couronne pendant la crise, l’Islande a étudié la possibilité d'adopter l'Euro sans pour autant rejoindre l'Union européenne, s’inspirant de la pratique de différents pays, comme le Monténégro ou encore le Kosovo. L'Union européenne n’a pas donné suite car ces pays n’étaient pas dans des situations comparables: le Monténégro et le Kosovo n’ayant pas de monnaie propre et dans ces deux cas il s'agit plutôt d'un état de fait qu'une véritable intégration monétaire.

Enfin, l’affaire Icesave a généré quelques tensions entre l’Islande et deux membres de l’Union européenne. À la suite à la crise de 2008, le gouvernement nationalisa toutes les banques islandaises dont la filiale de Landsbanki, Icesave, qui opérait au Royaume-Uni et au Pays-Bas. Le système de remboursement mis en place privilégiait les déposants islandais au détriment des autres clients. En effet, accepter de rembourser le Royaume-Uni et les Pays-Bas creuserait encore la dette islandaise et rendrait donc encore plus difficile l'adoption de l'Euro – une des motivations majeures de l'adhésion de l'Islande à l'Union européenne – notamment en raison des critères de convergence. Cette affaire a empoissonné d’autant plus les relations avec le Royaume-Uni et les Pays-Bas qu’un référendum en 2010 sur le remboursement des milliards perdus à ces deux pays donna la majorité au « non » et qu

Russie, la “révolution des neiges” : 1917 ou 1991 ?

Enfin ca bouge a-t-on envie de dire. Nous voilà à rêver à un printemps russe, dans ce pays où l’on a coutume de dire que la démocratie n’est pas pleinement réalisable dans ses institutions et son expression la plus simple, à savoir des élections libres, du fait de l’histoire et de la géographie.

Pourtant, depuis décembre dernier, ce sont des dizaines de milliers de manifestants qui affrontent un froid polaire, pour défier le régime en demandant des élections transparentes (à la suite des fraudes lors des dernières élections législatives). De la place Bolotnaïa à l’avenue Iakimanka, on vient manifester en famille, toujours avec la peur au ventre des arrestations cependant. Fait important: les manifestants sont pour la plupart issus de la nouvelle classe moyenne russe, et le mouvement est parti de Moscou. Or “l’effet capitale a souvent joué un rôle décisif dans les bouleversements politiques de l’histoire russe“, comme l’a souligné récemment la sociologue Olga Kamentchouk dans le journal Moskovskie Novosti. De loin, ces manifestations ont tout l’air d’un grand élan citoyen. Beaucoup de Russes sont lassés de la corruption et de l’impunité, de la situation économique et du système Poutine au pouvoir depuis douze ans. Ce système contrôlé par d’anciens « KGBistes » peut se résumer de la façon suivante: la vérité, c’est celle que l’on vous montre, le reste, le peuple n’a pas besoin de le savoir, pour paraphraser une sortie de Poutine dans une émission de la télévision russe.

De près, ce mouvement protestataire est loin d’être homogène, et la dernière manifestation du 4 février a bien montré le caractère bigarré de la coalition des manifestants. Vieux étendards soviétiques, drapeaux rouges et emblèmes de la Russie impériale ont côtoyé les banderoles demandant des élections honnêtes. Ce manque à la fois d’unité et de leader fait bien évidemment le jeu du Kremlin, qui considère cette foule folle comme un ramassis de révolutionnaires mettant en péril la stabilité du pays. Le Kremlin table sur un essoufflement du mouvement d’ici aux élections du 4 mars et n’a pour le moment pas grand-chose à proposer en réponse aux manifestations qu’une contre manifestation arrangée, rassemblant les soutiens du régime. Ce sont toujours ces deux visions du destin national qui s’opposent: d’un côté une Russie ouverte, moderne, transparente, européenne. De l’autre, une Russie fermée sur elle-même, davantage province asiatique (Poutine poursuit son projet de grande union eurasiatique avec ses voisins) que province européenne.

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