Devons-nous être des Allemands du Sud ? Débat sur une 3ème voie européenne
02 Fév

Devons-nous être des Allemands du Sud ? Débat sur une 3ème voie européenne

Le 15 octobre dernier, l’Atelier Europe a organisé avec Toute l’Europe, l’Université Libre de Bruxelles et la Faculté des Sciences Sociales et Politiques un débat autour de la troisième voie européenne avec Daniel Cohn-Bendit, Député européen, groupe Verts/ALE et Antoine Kasel, ancien sherpa de Jean-Claude Juncker suite à la projection. Voici un petit aperçu de cet échange: Ces échanges faisaient suite à la diffusion du film de François Manceaux, Portugal: l’Europe de l’incertitude, produit par Paquita Romson Production et monté par Bruno Bervas. Tourné au Portugal au cours des années 2010 et 2011, ce documentaire traite du Portugal comme laboratoire des politiques d’austérité en Europe. Cette « expérimentation » portugaise est plus que jamais d’actualité aujourd’hui et peut apparaître comme une réalité prémonitoire pour l’avenir du modèle social et économique européen....

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Tournant « social-démocrate »: une bonne nouvelle pour l’Europe?
21 Jan

Tournant « social-démocrate »: une bonne nouvelle pour l’Europe?

Il aura fallu que les journalistes s’y reprennent à trois fois lors des vœux à la presse de François Hollande pour que celui-ci accepte enfin sans ambiguïté le qualificatif de social-démocrate. Pourquoi tant de réticence vis-à-vis d’un terme pourtant synonyme de modération et que les gauches européennes revendiquent volontiers? Et quelles implications pour l’Union européenne? Il ne s’agit pas d’un simple point lexical: la France est l’un des derniers pays en Europe où la gauche de gouvernement (c’est-à-dire le Parti Socialiste) se sent plus à même de gouverner avec l’extrême gauche, où ses transfuges sont nombreux, qu’avec la droite modérée. A tel point qu’Arnaud Montebourg, dans un parfait déni de réalité, considérait que la gauche allemande avait récemment gagné les élections, sur la base d’une addition baroque des voix du SPD (l’équivalent du PS français), des verts allemands et de Die Linke (l’équivalent du Front de Gauche). Mais voilà, en Allemagne les coalitions se font au centre, entre sociaux-démocrates et démocrates-chrétiens. Il s’agit bien là d’une exception française: chez tous nos voisins, la gauche de gouvernement a coupé les ponts avec son aile extrémiste, que ce soit en Espagne, en Allemagne, au Royaume-Uni, en Italie, etc. Cela n’a rien d’étonnant, puisque si les valeurs sont souvent différentes entre la droite et la gauche modérée, au moins sur le plan économique les objectifs sont largement convergents (intervention raisonnée de l’Etat dans l’économie, ouverture, défense du projet européen, attachement à la monnaie unique, rôle de l’entreprise dans la création de valeur, etc.). Le fait que François Hollande prenne acte de cette rupture – déjà présente dans les faits depuis 1983 en France, mais jamais assumée – n’est pas anodin. Il pourrait sonner le glas d’une anomalie pesante, et qui pesait jusqu’alors sur la crédibilité de la voix française, lorsque portée par un gouvernement socialiste. Comment défendre le marché commun lorsque l’aile gauche du Parti Socialiste le voue aux gémonies? Comment défendre la compétitivité de l’industrie française lorsque ces mêmes personnes voient dans son salut la fermeture des frontières? Si François Hollande va au-delà des mots et abandonne cette aile à ses combats d’arrière-garde, la voix de la France n’en sera que plus audible. Car c’est là la deuxième bonne nouvelle que ce tournant pourrait apporter. En reconnaissant enfin clairement que c’est par l’offre et non la demande que la France retrouvera le chemin d’une croissance durable, et que la valeur se crée dans les entreprises, François Hollande envoie un signal positif, qui pourrait se traduire dans les chiffres si les mesures annoncées sont dessinées habilement et mises en œuvre effectivement. Or l’Europe a besoin d’une France forte, et ne peut s’appuyer seulement sur le moteur allemand. Celui-ci est le plus performant aujourd’hui, mais tout n’est pas parfait dans ce modèle. Hélas la France n’est crédible dans la critique que si celle-ci n’est pas l’expression d’une forme de jalousie. Ce n’est que si l’économie française rebondit et fait preuve de dynamisme que les autorités françaises seront légitimes pour s’engager dans un dialogue constructif avec l’Allemagne pour l’avenir de l’Europe. Le tournant social-démocrate de François Hollande est donc une bonne nouvelle, car il pourrait contribuer à rationaliser le modèle politique français, et renforcer le poids de la France sur la scène européenne: une nécessité aujourd’hui, car il n’est pas sain que l’Europe vole avec un seul moteur. Bien sûr, ce n'est qu'un premier pas, bien timide. On ne peut que regretter que la politique d’offre annoncée s’accompagne nécessairement d’une kyrielle de contrôles, d’agences, etc., comme s’il était impossible à François Hollande de se départir d’une matrice idéologique assise sur la planification, alors que l’économie française a avant tout besoin de respirer. On est aussi en droit de s'interroger sur le temps perdu depuis l'élection présidentielle, il y a vingt mois. On peut craindre surtout une nouvelle manœuvre, à quelques mois d'échéances électorales délicates. Ceci d'autant plus que les contours et le financement des mesures annoncées reste flou. Mais si timide soit-il, reconnaissons qu’il s’agit d’un pas dans la bonne direction et jugeons aux actes.   Source photo: Le Conseil de l'Union...

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2014: se replier n’est pas voter?
01 Jan

2014: se replier n’est pas voter?

2013 aura été une année pour rien, ou presque. Comme nous le craignions, les élections allemandes ont gelé largement toutes velléités d’initiative ambitieuse. La France a obtenu un rabe de temps de la part de la Commission s’agissant de ses finances publiques, sans doute selon le principe éculé du too big to fail, mais comme toujours le pays n’en profite pas pour réformer en profondeur son économie. Ce sera, à n’en pas douter, l’éternelle antienne du temps perdu, qui lui se monétisera bien un jour. 2014 s’annonce à la fois plus encourageante mais aussi plus incertaine. La ferveur pro UE à Kiev nous encourage, autant qu’elle nous oblige, dans notre chemin vers l’unité politique. L’Allemagne semble gouvernée par une équipe plus pro européenne, sans extravagance excessive bien entendu, et la perspective d’un nouveau leadership européen, si ce terme est approprié s’agissant de Jose Manuel Barroso, ne peut que ravir les nombreux contempteurs d’une décennie bien difficile pour nos convictions. Les Verhofstadt, Juncker et autres Sikorski sont en lice pour imprimer une nouvelle ambition mais l’histoire récente incite à la prudence quant au résultat de ce meccano infernal avec cette année, en sus des 28 États et du Parlement, l’intrusion, bienvenue mais dans un cadre obscur, des partis politiques européens qui devront proposer un candidat pour la présidence de la Commission. étant donnée la rédaction peu claire des Traités en la matière, l’Europe va sans doute nous réserver de belles surprises que nous habillerons de belles envolées sur le « compromis européen » qui ressemble pourtant à s’y méprendre à un foutoir lamentable. Surtout, le grand enjeu de 2014 sera bien évidemment les élections européennes. Beaucoup a déjà été dit sur le sujet, notamment sur la probabilité d’une poussée populiste, mais force est de constater que les partis politiques, notamment en France, n’ont pas encore pris la mesure du risque et ils reproduisent les mêmes erreurs du passé: choisir des candidats en se fondant sur les rapports de force interne, sans souci de candidats crédibles, compétents et convaincus. Les électeurs se laisseront-ils vraiment grugés? La perspective d’un Parlement composé d’un quart, voire d’un tiers, d’élus qui souhaitent la destruction du système européen, voilà qui annonce des lendemains difficiles du fait de l’importance du Parlement et de la nature technique des sujets votés, laquelle exige un sens du compromis et de la responsabilité que les aboyeurs publics méprisent profondément. Un autre aspect majeur de 2014 sera la tenue de referenda sur l’indépendance en Écosse et en Catalogne. Le repli, qu’il soit nationaliste ou régional, présente les mêmes dangers et l’Europe qui se construit sur le principe du rassemblement, non pas contre mais au profit des différentes strates identitaires qui nous structurent en tant qu’Hommes et peuples, ne peut que redouter cette atomisation. Cela n’annonce rien de bon sur notre capacité à construire une organisation politique pérenne et harmonieuse. De fait, le particularisme excessif n’exprime en rien la culture, il n’est que le produit d’une recherche existentielle vaine, celle de se déterminer par opposition faute d’être, soi. Et porte en germe la violence car il conduit à une impasse qui nourrit le ressentiment. Par ces deux aspects, 2014 pose une question fondamentale, celle de l’état de notre démocratie européenne et plus précisément de notre système de représentation. La défiance croissante vis-à-vis de ceux qui nous représentent, les individus comme les institutions, renforce le délitement qui rend difficile toute construction d’avenir, comme l’Union. C’est contre cela que nous devons nous battre et il n’appartient qu’à nous, inlassablement, d’exprimer un discours de confiance et de démontrer que si la politique peut et doit changer, cela ne doit pas se faire par le bas, en raison d’une nostalgie vaine, et que ce que promettent les anti UE, c’est le discours de l’impuissance, celle qui nous mènera à la soumission. Une année difficile mais passionnante, en somme, et vous pouvez faire confiance à l’Atelier pour porter haut l’engagement européen! Il est très difficile de surmonter l’inertie du système mais la recherche de perspectives positives est bien réelle chez nos concitoyens et le succès de nouvelles formes de participation au débat public nous encourage dans notre démarche. Nous y participerons activement, d’une forme ou d’une autre. Dans l’attente de vous retrouver dans le cadre de nos activités, je vous souhaite, au nom de toute l’équipe de l’Atelier, une belle et lumineuse année 2014! Jérôme Cloarec Président de l’Atelier...

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Gouvernement économique européen : passons aux actes
20 Oct

Gouvernement économique européen : passons aux actes

En mai dernier, le président de la République, François Hollande, réclamait l’instauration d’un véritable « gouvernement économique européen », assis sur une meilleure coordination des politiques économiques des États de la zone euro, ainsi que sur un éventuel budget propre. Des efforts importants ont certes été réalisés ces dernières années: le budget européen, quoique faible, se réoriente progressivement vers l’innovation; le pacte de stabilité et de croissance a été revu pour éviter de nouveaux dérapages et permettre une surveillance plus globale des fragilités des économies européennes; le cadre de régulation financière a été profondément réformé, tandis que l’Union bancaire se fait progressivement. Ce sont des progrès tangibles. Mais ils demeurent insuffisants pour permettre l’émergence d’un véritable gouvernement économique. Pourtant, la crise n’est pas derrière nous. Au pire, et comme le cas chypriote l’a montré, l’Europe reste vulnérable à tout nouveau choc de confiance sur la dette des États-membres, à une faillite bancaire, à une crise politique dans l’un de ses membres, à un ralentissement de l’économie mondiale, etc. Au mieux, la croissance devrait être atone en 2013, et ne permettra donc pas de sortir du chômage les millions de personnes qui s’y trouvent. Face à ces sombres perspectives, créer un gouvernement économique européen ne nécessite pas de saut fédéral ou de transferts importants de souveraineté des États vers les institutions européennes. Des mesures simples peuvent être adoptées sans changer les traités, et souvent en faisant seulement évoluer les pratiques, pour rendre les institutions plus agiles. Il faudrait d’abord créer un véritable ministre des Finances européen, à la fois nommé à la tête de l’Eurogroupe et Commissaire européen. Il serait alors l’autorité incontestée pour les questions économiques et financières. Ensuite, il faudrait fusionner les postes de président de la Commission européenne et de président du Conseil européen. Le président de la Commission, légitimé par le suffrage universel puisque le traité de Lisbonne dispose qu’il sera désigné sur la base des résultats aux élections européennes, serait alors sans ambiguïté le chef de ce gouvernement. La chaîne de décision ainsi clarifiée et légitimée, les recommandations de réformes adressées par le Conseil sur proposition de la Commission, et présentées devant le Parlement européen, constitueraient une véritable feuille de route pour les États. On pourrait alors enfin parler de gouvernement économique européen. Ce gouvernement devrait d’abord achever les réformes en cours en matière de régulation financière pour repartir sur des bases saines et réamorcer la circulation des capitaux vers les projets qui en ont besoin, et sans distorsions entre les États membres. Ensuite, il devrait poursuivre l’approfondissement du marché intérieur. Celui-ci représente un gisement de productivité et de croissance considérable. Les services représentent la majeure partie du PIB des pays de l’UE (près de 80 % en France): les gains à réaliser sont donc gigantesques. Pour les capitaux, les marchés sont encore essentiellement nationaux dès que l’on parle de financement des PME, des consommateurs, de l’assurance, etc. La liberté de circulation des personnes enfin demeure insuffisante, puisque seule une très faible minorité des travailleurs européens ne sont pas nés dans le pays où ils travaillent. Créer un véritable gouvernement économique européen n’est pas un projet abstrait: cela peut au contraire se faire rapidement si la volonté politique est au rendez-vous, par un nombre limité de choix qui renforceraient considérablement la légitimité et l’efficacité de la décision à l’échelle européenne. Jocelyn Guitton   Tribune parue dans Les Échos le 16 octobre...

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Livre Blanc Défense et Sécurité 2013: Publication de crise économique ou document d’orientation ?
16 Mai

Livre Blanc Défense et Sécurité 2013: Publication de crise économique ou document d’orientation ?

La parution du « Livre Blanc Défense et Sécurité 2013 » dans un contexte de renouveau politique (un an après l’élection présidentielle) et de crise économique continue soulève naturellement la question de la finalité du texte, au-delà de celle affichée. Volonté de laisser une empreinte? Volonté de justifier de futures orientations budgétaires? Autant de motivations classiques et, peut-être, autant de fausses pistes. Non que ces motivations soient absentes, mais elles ne président pas au texte. Premièrement, ce texte, contrairement à la perception que donne le gouvernement actuel sur de nombreux sujets, ne rompt pas avec « l’ère Sarkozy ». Bien au contraire. Le Livre Blanc de 2008 figure, dans le texte actuel, comme l’aune de référence – notamment en raison de l’introduction du concept de Sécurité Nationale, largement repris. Secondement, l’actuel Livre Blanc introduit une continuité de publication. Décrit comme le premier Livre Blanc d’une publication désormais quinquennale, sa valeur tient plus au fait qu’il dresse un constat à un moment donné qu’à une vision stratégique appelée, par une grande pertinence, à résister au temps. Dans les faits, de part la référence au Livre Blanc de 2008 et part son année de publication, ce « premier » Livre Blanc assume parfaitement son rôle de « second ». Dans ce contexte, il s’agit moins de s’attarder sur les orientations et les principes qu’il pose que sur les nuances qu’il apporte à celui de 2008. Ces dernières sont, dans un environnement marqué par la crise économique, les « Printemps Arabes » et la persistance des menaces non-conventionnelles, principalement, de trois ordres: Le continuum sécuritaire: L’introduction de la notion de Sécurité Nationale et en corollaire de l’idée de résilience ou de filière de sécurité semble désormais bien ancrée dans la pensée stratégique française. La défense ne se pense plus exclusivement à l’extérieur du territoire ou sur les marches, mais dès l’intérieur de la Nation – y compris au niveau des Collectivités locales. Qu’il s’agisse de l’appareil de production en passant par le recrutement (pour les aspects qui concourent à la projection) ou bien de la réalité des risques et des menaces présents à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières. Leurs expressions peuvent changer, mais leur réalité demeure. Un environnement mondialisé: En corollaire, l’interpénétration des problématiques intérieures et extérieures pose la question de la France dans le monde. Une France d’autant plus vulnérable que les menaces sont diffuses (et l’extension des menaces à la criminalité organisée ou aux risques catastrophiques ajoute en volatilité) et que les Français sont partout présents (en raison de la France ultra-marine et des expatriés). Pour la première fois, l’espace dévolu aux expatriés dans la réflexion stratégique française semble prendre de l’ampleur, conséquence de l’introduction à l’Assemblée Nationale des Députés issus des circonscriptions hors de France. La présence française non-métropolitaine, si elle est plus exposée, constitue également un avantage pour la Nation, ancrant physiquement la France hors de ses frontières traditionnelles. Le roi est mort, vive le roi: La défense européenne figure parmi les victimes du Livre Blanc 2013. Les restrictions budgétaires (des Européens !) et la fin d’une certaine forme de promotion exclusive de la défense européenne comme alternative à l’OTAN pointent clairement aux faiblesses de l’architecture sécuritaire européenne. Pourtant si la crise a rendu moribonde la défense européenne, elle lui donne également l’occasion de répondre timidement aux interrogations présentes depuis près de 20 ans! Le Livre Blanc 2013 prend parti pour des « spécialisation de production » et un degré de mutualisation ou « d’interdépendances capacitaires mutuellement consenties ». Vers la fin des duplications européennes? Dans la pratique, rien n’est moins sûr et tomber d’accord fera l’objet d’âpres discussions, mais ici et maintenant, le principe est posé. Il en va de même pour la volonté d’intégrer dans la défense européenne les autres cadres institutionnels (Visegrad, etc.). Autrement, dit, intégrer les institutions « interlocking » avant que la crise ne les rende « interblocking ». En conclusion, le Livre Blanc Défense et Sécurité Nationale 2013 doit être lu pour ce qu’il est, un document d’orientation et de bilan dont la pertinence n’excèdera pas l’année 2018, date programmée du prochain. Modeste (168pp. contre ±700pp. pour 2008, annexes comprises), le Livre Blanc 2013 n’est qu’un document intermédiaire et les débats sur la Loi de Programmation Militaire à venir apporteront un éclairage encore nouveau.   Pierre-Olivier Drai (auteur...

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Un Allemand en Provence
15 Avr

Un Allemand en Provence

Günther Verheugen, ancien commissaire européen aux Entreprises et ancien vice-président de la Commission européenne, donnait un discours, ce 26 mars 2013, à l’institut d’études politiques d’Aix en Provence, sur le thème de l’avenir de l’Europe. Son intervention mérite d’être relatée, à la fois convaincue et à la recherche de chemins radicalement nouveaux pour l’avenir de l’UE. G. Verheugen incarne la première des générations de leaders allemands qui, sous la houlette de Schröder, ont pour la première fois depuis la 2ème Guerre mondiale, adopté une approche plus libre de l’Europe, défendant non seulement l’Allemagne en tant qu’acteur européen, mais aussi en tant qu’Etat ayant ses intérêt à défendre. L’Union européenne, explique aujourd’hui M. Verheugen à l’issue de son expérience bruxelloise, est prise dans un dilemme : d’une part, il lui est nécessaire de mieux coordonner l’action de ses membres pour faire face à la crise économique, ce qui implique d’intégrer davantage certaines politiques ; d’autre part, il est devenu crucial d’agir autant que possible au niveau national, parce qu’à l’évidence c’est le seul niveau de légitimité démocratique vraiment accepté par les peuples, et que s’en écarter de trop, c’est courir le risque, plus du tout irréaliste, d’une sanction des votes extrêmes, dangereux pour l’Europe elle-même. Dans ces conditions, comment faire ? La surprise est venue de ce que M. Verheugen n’a pas cherché à réclamer « plus d’Europe : c’est, dit-il, la réponse la plus couramment entendue, mais je vous le dis, ce n’est pas la mienne« . Affirmation plutôt rare dans la bouche d’un ancien vice-président de la Commission. Plus précisément, il estime que la question européenne ne se résoudra pas par l’extension des compétences de l’UE. Son diagnostic, long et critique, ambitionne d’intégrer les plaintes des citoyens qui ne comprennent plus l’Europe qui se construit. La Commission n’est pas épargnée. Pour lui, ce n’est pas celle qui apportera la solution : « elle ne le peut pas, pour des raisons structurelles« , pense-t-il, sans toutefois en détailler les motifs, ce qu’on peut regretter. Günther Verheugen est donc apparu à la recherche difficile et délicate d’une troisième voie, qui ne soit ni l’inaction ni l’Europe fédérale. Cette voie n’est esquissée que de loin, sans donner de détails, car l’ancien commissaire souhaite insister sur les fondamentaux préalables : respecter les peuples, mettre en valeur la diversité – celle de la devise européenne- et la variété des nations. « Un nouvel approfondissement est nécessaire, mais cet approfondissement ne doit pas être celui des compétences« … qu’est-ce à dire ? On a pu, en apparence, rester sur sa faim à l’issue de cette conférence : rien n’était dit des solutions pratiques, ou des sujets « classiques », comme l’Europe des cercles concentriques, la sortie éventuelle du Royaume-Uni ou les crises du moment. Car l’ancien commissaire se place au niveau philosophique et réfléchit à vingt ans. On saura juste qu’il n’est pas opposé à une Commission plus politique qui soit choisie par le parlement européen. Son but n’est pas de changer les traités, mais d’abord de répondre à la question : quel est le rôle de l’Europe au XXIème siècle ? Difficile question ! on peut lui savoir gré de s’y attaquer franchement, quitte à ce que son discours reste prudent. G. Verheugen cherche à nous convaincre qu’il faut désormais raisonner autrement, changer de logiciel. Même si le chemin intellectuel est difficile à parcourir, même si les idées émergent lentement, l’effort est louable. Et visiblement, il a d’autres idées en tête qu’il garde pour plus tard. M. Verheugen a prévu de continuer sa tournée (Marseille, puis d’autres villes), il a l’air déterminé, un peu comme un homme en campagne. Le prochain président de la Commission (2014) sera-t-il allemand ? Pierre...

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