Non la Crimée n’est pas le Kosovo !
24 Mar

Non la Crimée n’est pas le Kosovo !

Pour mieux asseoir la légitimité de son coup de force, la Russie instrumentalise le précédent du Kosovo, en arguant que l’indépendance et le rattachement de la Crimée à la Russie résultent du même processus. Pourtant, cette argumentation est fallacieuse, et ce pour plusieurs raisons : Premièrement, en dépit de relations difficiles avec Kiev, la Crimée ne sort pas d’une décennie de politique d’oppression et de confiscation des institutions. Bien au contraire, elle jouissait, avant son annexion, d’un statut qui lui donnait une grande autonomie (rappelons ici que Milosevic avait enlevé cette prérogative au Kosovo). D’autre part, le vote malvenu du gouvernement transitoire de Kiev, qui prévoyait de supprimer le russe comme langue officielle, était effectivement un très mauvais signal pour la suite, mais la loi n’a finalement pas été promulguée. Enfin, il n’y a pas eu en Crimée de crimes contre l’humanité (nettoyage ethnique) à l’encontre des ressortissants ethniquement russes ou russophones. De ce fait, la protection des nationaux à l’étranger invoquée par la Russie ne peut pas s’appliquer ici. En aucun cas, cet argument ne peut légaliser une occupation de la Crimée par les forces russes (même si celles-ci prennent soin d’enlever leur écusson national devant les caméras), et encore moins une modification des frontières internationales (annexion) en quelques semaines, sans respect du droit international. Le processus d’indépendance du Kosovo a été progressif, encadré internationalement (par une résolution du Conseil de sécurité des Nation-Unies), pour répondre à des normes démocratiques élémentaires. Concernant l’intervention de l’OTAN, elle n’avait pas été autorisée explicitement par le Conseil de sécurité, mais la mission de l’ONU qui a pris place (à laquelle participaient d’ailleurs les Russes) l’a en quelque sorte validée a-postériori. Rien de tel en Crimée. La Russie s’était à l’époque opposée vigoureusement au processus d’indépendance du Kosovo au nom du respect de la souveraineté serbe. La Russie admet-elle donc aujourd’hui, en agissant ainsi en Ukraine, qu’elle a eu tort? Sinon, pourquoi ne pas reconnaitre aujourd’hui l’indépendance du Kosovo ? Il faut souligner également que le Kosovo avait revendiqué son indépendance et non son rattachement à l’Albanie. L’Albanie n’avait d’ailleurs pas non plus de visées intégratrices sur le Kosovo (on se rappelle par contre les grandes peurs alimentées autour du spectre de la « grande Albanie »). S’il fallait faire une comparaison avec la situation des Balkans, ce n’est pas au Kosovo qu’il faut comparer la Crimée mais plutôt à la République serbe de Bosnie (Republika Srpska): Moscou se comporte aujourd’hui comme Belgrade hier en menant une politique d’influence et de rattachement de territoires appartenant à des Etats voisins, dans lesquels se trouvent des populations ici serbes, là russes et/ou russophones. Pour finir, la différence (de taille) à ne pas occulter dans ce parallèle, est que les hommes politiques de Crimée n’ont heureusement pas le sang sur les mains qu’avaient les dirigeants de la Republika Srpska. Les représentants actuels de Crimée n’ont donc pas conduit de politiques criminelles, et en soi la volonté de sécession de la Crimée n’est d’ailleurs pas non plus criminelle. Mais pour ne pas tourner complètement le dos au droit international, il aurait par contre fallu que cette volonté sécessionniste soit conduite pacifiquement, démocratiquement et surtout dans le cadre d’un processus piloté par les grandes institutions internationales. Bref, tout l’inverse de ce que ce le coup de force russe a montré.   Joël Hubrecht Chargé de mission à l’Institut des Hautes Études sur la Justice (Paris) Image:...

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Kerdrel du Figaro a dit « Un Airbus de la finance s’écrase à cause de Bruxelles » : c’est FAUX!

En réaction à la fusion NYSE-Euronext / Deutsche Börse, que la Commission européenne semble sur le point d'interdire, Yves de Kerdrel considère dans une chronique récente que cette dernière est non seulement aveugle aux intérêts européens, mais surtout fait preuve de dogmatisme et de naïveté dans l'appréciation des règles non écrites régissant la concurrence mondiale. Premièrement, il faut remarquer qu'Yves de Kerdrel démontre sa méconnaissance totale de l'Union européenne et de ses règles, notamment celles encadrant le contrôle des concentrations. Le cas de fusion NYSE-Euronext / Deutsche Börse ne fait ainsi pas l'objet de "directives" (à croire que la Commission ne prend que des directives…), mais d'une "décision". Ce cas n'est pas non plus "bureaucratiquement" décidé par un "obscur fonctionnaire" à blâmer, mais par les Commissaires eux-mêmes, des politiques proposés par les États-membres et adoubés par le Parlement européen démocratiquement élu. De plus, sur le fond, le raisonnement d'Yves de Kerdrel pêche par sa contradiction, et ne répond pas à l'objection fondamentale de la Commission: comment peut-on accepter sérieusement qu'un opérateur contrôle 90% d'un marché si sensible sans se prémunir des abus que cette position plus que dominante contribuerait certainement à engendrer? Or si les marchés étaient réellement mondiaux, alors les opérateurs alternatifs décrits par Yves de Kerdrel devraient occuper une part de marché bien plus grande sur le marché européen que les 10% qu'ils détiennent actuellement. En tout état de cause, un peu de recul s'impose pour juger de la pertinence d'une décision complexe, et le jugement à l'emporte-pièce d'Yves de Kerdrel semble assis sur des arguments bien légers. Ensuite, Les marchés financiers n'ont rien à voir avec la construction aéronautique, et le mariage proposé n'est en rien un "Airbus" de la finance car les entreprises fiancées ne détiennent pas des capacités techniques et financières réellement uniques. Les barrières à l'entrée ne sont certes pas insurmontables pour les concurrents extra-européens mais elles ne le sont pas non plus pour les concurrents intra-européens, et il n'y a pas de raison économique ou sociale valables empêchant l'émergence de nouveaux acteurs sur ce marché. Quant à la question de la réglementation des marchés financiers, le maintien d'une concurrence entre opérateurs permet précisément que la création de règles du jeu communes soit plus facilement appliquée, et qu'in fine le rôle des régulateurs s'en trouve renforcé. Le journaliste passe ainsi bien sous silence l'existence aux États-Unis d'agences fédérales en charge du contrôle des concentrations. Au même titre, on peut également signaler que l'échec de la fusion NYSE-Deutsche Börse préserverait la vitalité des différentes plateformes européennes, et dans le cas spécifique de NYSE-Euronext / Deutsche Börse, permettrait de maintenir des activités à Paris ou à Amsterdam qui auraient été transférées pour tout ou partie à Francfort. Ces considérations autrement plus stratégiques brillent par leur absence dans la diatribe d'Yves de Kerdrel. Enfin, Yves de Kerdrel reste obnubilé par l'interdiction par la Commission de la fusion entre Schneider et Legrand, il y a 11 ans, comme si la dernière interdiction prononcée contre des entreprises françaises était le symbole d'un acharnement bruxellois à briser toute velléité de croissance externe des champions français. Mais alors, quid des opérations BNP / Fortis, France Télécom / Orange, GDF / Suez, Air France KLM…validées sans difficultés par les "gnômes" de Bruxelles? Il est d'ailleurs à cet égard toujours triste de lire dans un grand quotidien d'informations des inepties ressassées sur l'inutilité, le coût ou encore l'aveuglement de l'administration publique communautaire, dont les événements actuels montrent plus que jamais la nécessité comme arbitre des rivalités nationales.   ...

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Eric Zemmour a dit « L’euro est le frein à la croissance de la France », c’est FAUX!

 Dans son entretien avec Alain Juppé sur France 2, le 29 septembre 2011, Eric Zemmour reprend son bâton de pèlerin noniste pour opposer l'Union européenne et la France au motif qu'il n'y aurait pas de nation européenne. Suivant sa thèse, tous les mécanismes politiques et financiers nous associant aux autres Etats membres, à commencer par l'euro, auraient pour objectif de dissoudre la nation française et miner ses intérêts économiques.  L'euro serait ainsi responsable : du niveau si élevé de la dette française car la France ne "méritait pas des taux d'intérêt si bas" du fait de sa mauvaise gestion budgétaire ; du niveau de compétitivité amoindri de l'économie française, freinant ses exportations ;  de la création d'un marché captif dans la zone euro au profit de l'Allemagne, qui lui ferait bénéficier de sa meilleure compétitivité, empêchant la France de se défendre. Pourtant, la "rationalité" dont se prévaut par dessus tout Eric Zemmour ne résiste pas à l'examen des faits et des chiffres.  Eric Zemmour part du principe que sans l'euro, nos taux d'intérêt seraient montés en flèche et auraient forcé nos gouvernants à infléchir les choix budgétaires effectués. Or l'histoire de la politique macro-économique des gouvernements français au cours des 30 dernières années montre au contraire que le scénario n'aurait pas été bien différent. Les années 80 et 90 ont été marquées par l'ancrage européen, ce qui a signifié en pratique un alignement sur la politique monétaire allemande. Or la hausse consécutive des taux d'intérêts à l'époque n'a pas conduit nos dirigeants à infléchir la hausse des dépenses publiques et l'addiction à la dette.  La seule tentative en ce sens, celle engagée par le gouvernement Juppé en vue de nous qualifier pour l'euro, s'est en fait fracassée sur des considérations de politiques internes, et s'est révélée au final bien modeste. Et contre cette dérive, les autres garde-fous que devraient constituer le Parlement, la Cour des comptes, la Commission européenne mais aussi les marchés financiers, n'ont jamais été pris en considération, ni par la droite, ni par la gauche, jusqu'à la crise de la dette souveraine grecque en 2008. On ne peut donc que se féliciter que l'euro ait amorti le coût des choix budgétaires pris par le passé. Sur le problème de la compétitivité, Eric Zemmour laisse croire qu'une sortie de l'euro permettrait de retrouver automatiquement une compétitivité vis-à-vis des partenaires de la zone euro et des pays tiers. Or si à l'exportation les prix des produits et services français seraient en théorie plus compétitifs à court terme, Eric Zemmour fait abstraction des autres effets induits par la dévaluation impliquée par une sortie de l'euro (que l'Atelier Europe a déjà détaillés):  le renchérissement des matières premières et intrants, qui, compte tenu de la mondialisation, constituent une part croissante de la valeur de ces produits. Dès lors, le prix à l'export, malgré la dévaluation du franc, ne serait pas aussi bas qu'anticipé ; le coût pour l'économie française de fonctionner en dehors de la zone euro, notamment dans l'accès plus coûteux des entreprises aux sources de capitaux (les investisseurs exigeront d'une France très endettée une prime de risque plus élevée, alors que l'euro permet au contraire aux entreprises de se financer à des conditions particulièrement favorables) ; les dettes françaises, libellées en euros, sont déjà monumentales (près de 90%) du PIB, mais, suite à la sortie de l'euro, elles seront encore plus importantes ! Dès lors, puisqu'il s'agira de rembourser encore plus d'intérêts sur ces dettes, les investissements publics venant soutenir la compétitivité du pays (recherche, éducation, infrastructures, etc…) seront mécaniquement plus faibles. Dès lors, la sortie de l'euro ne semble pas de ce point de vue là un choix judicieux.  la compétitivité n'est pas uniquement liée au prix : l'exemple des produits du nord de l'Europe montre qu'il est possible d'exporter des produits chers s'ils sont de bonne qualité. La sortie "par le haut", à savoir un positionnement sur les produits innovants à forte valeur ajoutée semble au contraire la seule voie viable pour durablement rendre l'économie française compétitive, et l'euro permet de limiter la hausse des matières premières, et plus généralement l'inflation importée.  En conclusion, Eric Zemmour présente comme des évidences des arguments spécieux assis sur des raisonnements fallacieux. L'assurance avec laquelle il les assène porte peut-être son effet sur un plateau de télévision, mais ils ne résistent pas un instant à une analyse plus...

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Arnaud Montebourg a dit « les délocalisations détruisent des emplois en France et en Europe », c’est FAUX!
16 Oct

Arnaud Montebourg a dit « les délocalisations détruisent des emplois en France et en Europe », c’est FAUX!

Dans un entretien récent avec Alain Minc, le héraut de la démondialisation, Arnaud Montebourg déclarait "la direction générale du Trésor a estimé que 740.000 emplois ont été perdus en dix ans à cause des délocalisations. De son côté; l’économiste Patrick Artus chiffre à 8% l’emploi industriel européen détruit depuis 1995". Ce que dit Arnaud Montebourg est imprécis et faux. La Direction Générale du Trésor (DGTPE) a en effet publié en 2010 une étude sur le phénomène de désindustrialisation, et la baisse de l’emploi industriel en France (qui passe de 5,3 à 3,4 millions de salariés entre 1980 et 2007 (La désindustrialisation en France, Document de travail de la DGTPE, 2010, Lilas Demmou). Mais elle n’attribue nullement cette évolution aux délocalisations! Suivant le Trésor, trois facteurs explicatifs prédominent: l’externalisation de certains processus (comptabilité par exemple) qui ont pour effet de les affecter au secteur des services; les gains de productivité (on produit plus avec moins d’emploi) et, dans une proportion minoritaire, la concurrence internationale, qui ne doit pas être confondue avec les délocalisations (on achète Mazda et non plus Renault, mais cela ne signifie pas que Renault a quitté la France, simplement que sa compétitivité relative a diminué). Les chiffres d’Artus sont ainsi exacts mais Arnaud Montebourg établit un lien de causalité qui n’a pas lieu d’être. En revanche, les études qui portent précisément sur les délocalisations concluent à un impact bien moindre, au maximum d’une dizaine de milliers d’emplois par an (Désindustrialisation, Délocalisations, Conseil d’Analyse Economique, Fontagné, Lorenzi, 2005 ). Arnaud Montebourg agite donc à dessein le spectre des délocalisations, phénomène marginal, dont l’interdiction aurait pour seul effet de faire fuir les investissements du territoire français. Il entretient les peurs des électeurs en invoquant des références tronquées. Il fait appel aux vieilles ficelles de la désinformation, et ce au seul soutien de sa thèse, aussi fumeuse que politiquement lucrative, de la "démondialisation".  ...

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Julien Rochedy (Front National) a dit « 70 % des lois qui s’appliquent en France sont des directives européennes », c’est FAUX!
11 Oct

Julien Rochedy (Front National) a dit « 70 % des lois qui s’appliquent en France sont des directives européennes », c’est FAUX!

Il n'y a pas que les seniors qui ont des idées de dinosaures. Le jeune Julien Rochedy nous dit  que "Près de 70 % des lois qui s’appliquent en France sont des directives européennes qui sont réadaptées. Ce sont les lois les plus importantes et elles sont votées à 93 % là bas. C’est de la poudre aux yeux démocratique" C’est un cliché rebattu, mais parfaitement faux : Tout d’abord, la proportion des textes législatifs d'origine communautaire est quasiment impossible à déterminer aussi précisément à l'échelle du continent. Néanmoins, deux études approfondies (de la Fondation Terra Nova et du Parlement européen) indiquent que ces chiffres sont en réalité probablement très inférieurs. Le journaliste Jean Quatremer s'est livré à un exercice de comptage pour l'année 2007 (résultats détaillés dans l'ouvrage "Notre Europe", publié en 2009) et a trouvé que sur les 36 lois promulguées cette année là, seulement 9 (soit 25%) transposaient des directives… On se demande donc sur quelle base le président des jeunes du FN se prononce. Par ailleurs, et quand bien même ce chiffre eût été valable, J. Rochedy professe une deuxième inexactitude: ces textes européens ne seraient pas démocratiques. Or à l'image de nombreux Etats comme l'Allemagne ou les Etats-Unis, le système "parlementaire" communautaire adoptant ces textes se caractérise par un bicaméralisme démocratique. D'un côté, le Conseil représente les gouvernements élus démocratiquement par chaque peuple, de l'autre, le Parlement européen voit ses députés élus au scrutin proportionnel direct. Le fait que le Front National soit représenté au Parlement européen et non au Parlement français suffit à montrer l'inanité de cette critique largement répandue. Enfin, quand  Julien Rochedy affirme que les lois les plus importantes sont votées à Bruxelles à 93%, il s'agit au plus d'un sentiment, mais pas de la réalité. En France, les lois (dans une acception générale du terme) les plus importantes sont la Constitution et les lois à valeur constitutionnelle, or celles-ci sont du ressort exclusif du peuple français, qui peut décider demain de quitter l'Union européenne, et de mettre fin sa participation à tout traité signé avec d'autres...

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Le Front National a dit « les pays européens qui ne sont pas entrés dans l’euro affichent des performances supérieures », c’est FAUX!

Dans un document récemment publié, le Front National indique que "les pays européens qui ne sont pas entrés dans l’euro affichent des performances supérieures aux pays de la zone euro depuis dix ans : croissance moyenne de 2,5% par an contre 1,3% pour les pays européens de la zone euro, chômage à 5,4% contre 8,6% chez nous, et déficit de 1,5% du PIB contre 2,6% en moyenne dans la zone euro (données Eurostat)." Ces chiffres sont faux ! Il suffit de se rendre sur le site d'Eurostat pour constater que la croissance moyenne des pays de la zone euro entre 1999 et 2009 s'est établie à 1,5%, contre 1,7 % en moyenne pour ceux qui sont restés en dehors à ce moment là (Royaume-Uni, Suède, Danemark), soit un écart bien plus faible, et qui surtout ne prend pas en compte le fait que deux de ces trois pays (Suède, Danemark) sont des pays scandinaves dont le succès tient bien plus à un modèle particulier qu'à toute dimension monétaire. 

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