10 Propositions pour l’Europe : 4) Investir à long terme pour l’énergie nucléaire et la sûreté en l’Europe

À l’heure où les débats énergétiques reviennent sur le devant de la scène à Bruxelles, avec notamment la réflexion sur la révision du paquet énergie-climat à horizon 2030, il est urgent de ne condamner aucune piste. L’Atelier Europe plaide autant pour les énergies renouvelables que pour la préservation d’une industrie nucléaire forte, sûre et qui inspire confiance. L’unification des législations en matière de sûreté, la formation des personnels, le soutien clair à la recherche nucléaire civile et un vrai mécanisme de gestion des crises nous semblent être des mesures utiles pour l’Europe.



En raison des controverses qu'elle suscite, l'énergie nucléaire est un domaine où l'Union européenne reste peu présente. Pourtant, cette source d'énergie joue un rôle essentiel dans l'approvisionnement énergétique de l'UE: elle représente 28% de l'électricité produite en Europe, et reste employée par une majorité d'Etats membres. Elle est la source d'énergie électrique la moins onéreuse (à l'exception de l'hydroélectricité) et joue un rôle incontournable dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Sans remettre en cause le droit de chaque État à choisir son propre mix énergétique, l'Union européenne doit s'efforcer de mieux prendre en compte cette source d'énergie, qui demeure incontournable. Cette prise en compte doit s'effectuer de deux manières: d'une part, les États ayant fait le choix du nucléaire doivent pouvoir renforcer leur coopération, le cas échéant avec l'appui des institutions et des outils communautaires; d'autre part, les institutions européennes doivent mettre en oeuvre des politiques d'intérêt commun. Ces politiques doivent viser deux objectifs: une sûreté optimale des installations; une utilisation optimale de l'électricité produite. Il est en effet dans l'intérêt de tous, partisans comme adversaires de l'énergie nucléaire, que les États ayant fait le choix de cette source d'énergie puissent le faire dans des conditions et pour un rendement optimal.

Dans cette optique, les actions à envisager sont les suivantes:

  • Sûreté: les stress tests menés en 2011 au niveau européen devront être réédités à intervalles réguliers. Les critères de sûreté devront être périodiquement actualisés et harmonisés, afin de tenir compte des retours d'expérience.
  • Formation des personnels: il s'agit aujourd'hui d'une priorité, notamment pour les États (comme la Pologne) qui n'ont fait que récemment le choix du nucléaire et sont donc dépourvus d'une filière adaptée. Un programme européen de formation aux disciplines du nucléaire s'appuyant sur des liens forts entre instituts nationaux de formation, permettrait à la fois de mettre en valeur l'expérience des Etats anciennement nucléarisés; de renforcer les synergies et les dynamiques positives dans un domaine intéressant à la fois l'industrie et la recherche; et de doter les Etats qui en sont aujourd'hui dépourvus d'une infrastructure adaptée.
  • Optimisation des technologies: dans le domaine nucléaire comme dans les autres, l'Europe doit se fixer comme objectif stratégoque de demeurer à l'avant-garde de la recherche. En complément des programmes nationaux, l'UE doit donc renforcer sa politique en matière de recherche et développement. Le SET plan doit être l'outil privilégié d'un soutien accru à la filière, qu'il s'agisse de soutenir des programmes de recherche impliquant plusieurs États (par ex. le projet de réacteur expérimental Allegro impliquant la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie et la Hongrie) ou de lancer ou renforcer des programmes de recherche spécifiques, en particulier sur les nouveaux types de réacteur (génération IV). Les résultats de ces recherches devront être largement disséminés, afin de pouvoir bénéficier aux acteurs de la filière et, in fine, aux consommateurs.
  • Renforcement des mécanismes de gestion des crises: c'est sur ce point que les progrès les plus importants restent à accomplir – d'autant plus indispensables qu'en cas d'accident grave, les retombées pourraient naturellement toucher plusieurs États. Pour faire face à cette éventualité, la création d'un mécanisme d'intervention rapide, composé de personnels spécialisés, capables d'intervenir dans n'importe quelle situation de crise, ainsi que la mise en réseau des organismes nationaux de formation à la gestion de crise, serait utile et pourrait être rapidement adoptée.

En dépit de la difficulté du sujet, l'énergie nucléaire est un sujet naturellement européen. Elle joue un rôle essentiel, tant pour l'approvisionnement énergétique de l'Europe que pour la lutte contre le réchauffement climatique; et les enjeux qui s'y rattachent, tant pour la recherche et l'industrie que sous l'angle de la sûreté, concernent toute l'Europe. Il n’est pas souhaitable de construire l’Europe de l’énergie en opposition à l'énergie nucléaire car l’Europe, au contraire, a besoin de toutes les énergies.

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