Présidence hongroise – Rencontre avec András Lánczi, président de la Fondation Századvég

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La Fondation Századvég (‘fin de siècle’) est l’un des acteurs historiques de la sortie du communisme en Hongrie. Elle a rassemblé au tournant des années 90 plusieurs des jeunes acteurs de la transition, avec pour ambition de réacclimater les valeurs européennes et occidentales en Hongrie après 40 années de communisme. Proche du parti FIDESZ au pouvoir et du Premier ministre Viktor Orbán, elle demeure un défenseur attitré de l’éthique libérale, de l’économie de marché, du droit de l’Etat et de l’intégration européenne. Elle est à la fois un centre de recherches et de publications, et un institut de formation pour chercheurs en sciences sociales et futurs dirigeants du pays.

Quelles fins morales pour l’Europe?
Le Président de la Fondation, András Lánczi, est un philosophe politique de formation. Son analyse de la crise de l’intégration européenne relève l’absence de finalités morales supérieures dans le projet européen. L’Union européenne peut-elle se contenter de ses succès passés et présents (la paix, une réelle prospérité, l’état de droit et la réunification en douceur du Continent européen), ou doit-elle répondre au besoin d’identification collective des Européens – et de quelle manière? La nation, cadre traditionnel de l’identité politique, pouvait se passer d’idéaux supérieurs; l’Europe ne le peut pas, et tel est son problème. L’Europe doit définir ses idéaux, ce qu’elle seule peut défendre au nom des citoyens européens, ainsi que ses limites géographiques. Faute de quoi, elle perdra sa légitimité avec sa raison d’être.

En Hongrie, les controverses du présent …
En Hongrie même, la Fondation, intimement liée au gouvernement en place et à son chef, a joué un rôle essentiel dans la rédaction de la nouvelle Constitution, qui remplace la Constitution communiste de 1949 amendée lors de la transition démocratique de 1989. Le processus d’émergence de cette nouvelle Constitution a été, et demeure, extrêmement controversé. Selon M. Lánczi, la population a été largement associée, sous la forme d’une consultation numérique. Environ un million de réponses aurait été transmis aux rédacteurs du texte, dont le travail reflète ainsi les aspirations des citoyens, avec parfois des modifications (contrairement à un souhait largement exprimé par la population, la nouvelle Constitution ne rétablit pas la peine de mort mais prévoit des peines de prison incompressibles). Pour ses opposants en revanche, le gouvernement a délibérément manipulé le processus consultatif pour finalement imposer sa vision, sans tenir compte des opinions contraires mais en rendant quasiment impossible tout retour en arrière (en raison des seuils élevés imposés pour tout amendement constitutionnel ultérieur). La nouvelle Consultation n’en respecte pas moins les obligations fondamentales de l’état de droit, auxquelles la Hongrie est astreinte en tant que membre de l’Union européenne.

… reflet d’un passé pas dépassé
La mise en place de la nouvelle Constitution a malgré tout remis en lumière – certains diront ravivé – les profondes divisions internes de la Hongrie post-communiste. De 2002 à 2010, la Hongrie a été gouvernée par le parti socialiste, successeur direct du parti communiste de l’époque soviétique; les principaux dirigeants politiques de cette période ont tous débuté leur carrière sous, et au service de, l’ancien régime. Viktor Orbán, l’actuel premier ministre, est pour sa part un dissident de la première heure. Ayant triomphé de ses adversaires aux élections de 2010 (son parti détient plus des deux tiers des sièges au Parlement), il s’est donné pour mission d’effacer les dernières traces de la période soviétique de la Hongrie et de réconcilier le peuple avec les bouleversements économiques et institutionnels intervenus depuis 1989. M. Lánczi, qui partage cet objectif, défend par conséquent les ‘dérives populistes’ imputées au chef du gouvernement hongrois: compte tenu de l’Histoire récente du pays, il n’y a pas d’alternative en Hongrie à un discours basé sur la ‘communauté nationale’ pour réconcilier le peuple avec ses élites et, par extension, avec le nouvel ordre libéral et européen. Il reste que V. Orbán polarise et exacerbe les passions opposées, en Hongrie, et désormais en Europe.

M. Lánczi conclut en soulignant l’attachement de la Hongrie à l’intégration européenne, même si cet attachement n’est pas aveugle: l’Union européenne n’a pas encore entièrement justifié sa propre existence et demeure à la merci de l’adversité. Pour les Européens, il n’existe toutefois pas d’alternative compatible avec une existence civilisée.

 

Quentin PERRET
Pôle Energie / Europe élargie

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