Le rêve d’Erdogan …
18 Juin

Le rêve d’Erdogan …

Il fait beau et chaud à Istanbul, Recep Tayip Erdogan s’est assoupi. Il rêve … 29 octobre 2023, la Turquie fête en grande pompe le centenaire de la fondation de sa République. Le soleil est éclatant et la Grande Mosquée d’Istanbul sur la colline de Camlica resplendit de blancheur. Avec ses 6 minarets et son dôme futuriste, la plus grande mosquée du monde domine la mégalopole stambouliote. Tayip Receip Erdogan, Président depuis 2014 après avoir été 10 ans Premier Ministre, vient d’assister à la prière et se dirige vers la terrasse pour savourer le grandiose panorama qui s’étend à ses pieds. Le Bosphore, somptueux ruban bleu marin, est parsemé des voiles blanches et de longues traînées d’écumes que laissent les yachts et les jets-ski. Depuis quelques mois en effet, le détroit est devenu un espace dédié à la navigation de plaisance ; clubs nautiques et marinas privés fleurissent sur ces rives. Plus l’ombre d’un cargo, plus une trace des gigantesques pétroliers qui transitent entre Mer Noire et Mer de Marmara : ceux-ci empruntent maintenant le canal de dérivation creusé en Roumélie et qui double le Bosphore. Plus haut vers le nord, Tayip peut deviner les pieds du pont Yavuz Sultan Selim, dont la première pierre fut posée en 2013. Plus grand pont du monde avec ses 1 275m, il assure l’accès au plus grand aéroport du monde mis en service en 2017 et qui reçoit déjà ses 150 millions de passagers. Istanbul est devenu le hub de l’Europe pour le Moyen-Orient, l’Asie et l’Afrique, détrônant Dubaï qui s’enfonce lentement dans ses dunes. Abi ! Abi ! Uyan (réveille-toi) … En face de lui, la colline de Péra a changé de physionomie : là où autrefois s’élevait le quartier populaire et coloré de Tarlabasi, ce ne sont qu’immeubles de luxe et résidences privées. La mosquée de Taksim s’élève à la place du mémorial de la République et jouxte la réplique d’une caserne ottomane. Abi ! Abi ! Uyan (réveille-toi) ! La police a chargé les manifestants à Gezi Park ! Ils refusent que l’on déracine les arbres ! Ils refusent que sur cette place soient érigés un centre commercial et une mosquée ! Tayip n’entend pas, Tayip est heureux dans son rêve. En face de lui, sur l’autre rive, il se sent l’égal de Suleyman Le Magnifique, le digne héritier de Mehmet le Conquérant . Le gamin de Kasimpasa est devenu le Sultan Elu d’Istanbul, cette ville trois fois millénaire dont il a fait la vitrine de son succès et de son pouvoir, sa ville depuis qu’il en fut maire dans les années 90. La Turquie, sous son impulsion, est en passe de rentrer dans le club des 10 premières économies mondiales. Elle a négocié une très avantageuse intégration à l’Union Européenne des Marchés, deuxième cercle après l’Eurozone, et siège ainsi au Parlement de Bruxelles, à voix égale avec le Royaume Uni. Et puis il règne en maître, élu et sans contrepouvoir réel: la Constitution votée en 2014 lui donne presque tous les pouvoirs, l’armée est maintenant dans ses casernes, la presse est la propriété des grands groupes de BTP qui se sont enrichis grâce à sa politique de grands travaux, les médias sociaux sont étroitement contrôlés, l’opposition politique peine toujours à se structurer. Mais ce qui est plus important que tout, il a restauré l’ordre moral dans son pays, qui est la mission dont il se sent investi depuis qu’il a le pouvoir: les enfants étudient le Coran dans toutes les écoles, le droit à l’avortement n’est plus autorisé que pour les femmes qui ont déjà eu 3 enfants, la consommation d’alcool est interdite, les artistes dégénérés ont quitté le pays, les cinémas d’art et d’essais ont été fermés … Abi ! Abi ! Les manifestants sont de plus en plus nombreux et ils réclament maintenant ta démission ! Mmmm… Hein ? Quoi ? Que se passe-t-il? Quelque chose de très inhabituel : la révolte d’une partie de la société civile! Ce mouvement populaire sans précédent dans l’histoire de la République turque a commencé parmi la jeunesse laïque et aisée d’Istanbul et Ankara et a très rapidement entraîné les autres générations et couches sociales. Elle traduit en effet le profond malaise, le ras-le-bol de ces citoyens qui se sentent infantilisés, privés de leur voix et de leur dignité face à un Premier Ministre qui s’appuie sur les succès économiques du pays pour imposer un ordre moral et puritain à une société bien plus moderne et libérale qu’il ne pense. Ce n’est donc pas le régime qui est contesté mais bien l’action d’Erdogan, qui exclut pluralité et diversité des opinions, des mœurs et des comportements, et son attitude arrogante et autoritaire qui ne passe plus. Le parc de Gezi et ses 600 arbres, la place de Taksim et son mémorial de la République, où ont commencé les manifestations violemment réprimées, sont un lieu symbolique de la mémoire collective stambouliote et turque : ici ont lieu les manifestations de la société civile contre le pouvoir et notamment les défilés du 1er mai dont celui du 1977 qui fut réprimé dans le sang. Avec sa politique de grands travaux pour Istanbul, qui profite déja aux promoteurs et grands groupes du BTP proches du pouvoir, Erdogan piétine allégrement les repères de stambouliotes qui ne se reconnaissent plus dans ces centres commerciaux et ces travaux gigantesques qui métamorphosent leur ville. De Gezi Park, le mouvement s’est répandu comme une traînée de poudre dans plus d’une trentaine de capitales provinciales, via les réseaux sociaux. Et maintenant, comment sortir de la crise ? La solution la plus optimiste serait de renoncer aux projets de transformation du Gezi Park. Le maire AKP d’Istanbul, Kadir Topbas, a fait un pas en ce sens aujourd’hui mais qui n’est pas décisif. Or il faut rapidement trouver une issue à cette crise. En effet, cette révolte a révélé une profonde ligne de fracture en sein de l’AKP. Certes, ce parti a toujours été une mosaïque de tendances derrière un leader charismatique. Mais cette fois-ci, Abdullah Gül, Président de la République et Bulent Arinç, Vice-Premier Ministre, se sont clairement démarqués d’Erdogan, le second allant jusqu’à présenter les excuses du gouvernement pour les violences policières quand Erdogan traitait les manifestants de vandales et de terroristes. Or Bulent Arinç est connu pour être proche de Fethullah Gülen, prédicteur musulman très influent installé en Pennsylvanie. A la tête d’un réseau d’écoles présentes dans plus de 130 pays et d’associations caritatives, celui-ci mobilise sa confrérie pour développer l’image d’une Turquie démocratique, musulmane et tolérante au Moyen Orient et dans le monde. L’autoritarisme d’Erdogan et la répression policière dérangent car ils jettent un discrédit sur la réalité et le succès du modèle et fragilisent la cohésion du parti, nombre de cadres étant las d’une telle personnalisation du pouvoir. Enfin, Erdogan est engagé dans de délicates négociations de paix avec les kurdes pour mettre fin à plus de 30 ans de guerre civile dans l’Est turc. Très fragile, critiqué de toute part mais qui semble malgré tout donner quelques résultats, le processus de paix repose en grande partie sur le sens et la stature politique du Premier Ministre. Il n’a donc aucun intérêt à laisser les manifestations de Taksim et d’ailleurs affaiblir sa position car tout le processus de paix avec les kurdes en pâtirait. Et s’il réussit, le Premier Ministre sait qu’il aura sa place au panthéon des grands hommes qui ont façonné la Turquie moderne. La postérité, le rêve d’Erdogan ?   Marie...

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L’éléphant dans la pièce : Le mantra identitaire en Europe
29 Mai

L’éléphant dans la pièce : Le mantra identitaire en Europe

Pour que l’Europe surmonte ses contradictions internes, pour qu’elle s’ancre dans le cœur de ses citoyens, il faut refonder sa base idéologique. L’Europe est à bout de souffle. Le désamour européen grandit chaque jour davantage sur fond de déclassement économique. La nécessaire refonte des institutions a déjà été maintes fois vantée, et elle est déjà enclenchée quelque peu forcée par les secousses monétaires et financières. Mais, voilà, les réformes sont partielles car essentiellement techniques et en contournant la dimension politique où le consensus n’est plus. Alors, que faire? La réponse des pro-européens est généralement de deux natures. Celle des tenants de l’orthodoxie institutionnelle: le franco-allemand! La méthode Monnet! Vite, un nouveau Delors! Or, la méthode Monnet est en phase terminale dans une Europe à vingt-sept Etats et aux compétences élargies dont on conteste la légitimité. Et l’histoire ne repasse pas les plats. Celle des utilitaristes, en général géo-stratèges à leurs heures (gare au péril jaune!), convaincus que l’Homme européen, cet enfant des Lumières, sera touché par la grâce post-nationale par la seule intervention de la raison; on parle alors de projets (ah, l’Airbus pour faire la nique aux Américains!), d’efficacité économique (Adam Smith et ses saintes économies d’échelle), etc. Or, l’Europe bute contre un mur aux facettes multiples et pas seulement liées à la satisfaction de l‘homo economicus triomphant, ce leurre que l’Europe a fait sien à ses dépens. Surtout, la perte de la référence nationale inquiète, on voudrait nous pousser à l’infidélité vis-à-vis de ce vieil amour mais quelle peut bien être cette maitresse que nous choisirions par prudence? Alors, évidemment, demeure l’alternative contestataire. Il est séduisant ce fourre-tout médiatico-populaire où, comme dans nos souvenirs d’enfance, tout se confond dans un joyeux dédale de références passées. C’est souvent une déclinaison sur le mode du social souverainisme, lequel nous a pourtant conduit à l’impasse de la dette, et puis ce n’est pas vraiment l’idéal de la liberté et de l’émancipation; mais si cela fonctionne, c’est parce que cela touche à un ressort profond, soit l’identité. Un lieu commun, peut-on objecter. Mais, l’Europe a laissé l’idéologie, ce terme passé de saison depuis qu’on a cru à la fin de l’histoire, mais qui est pourtant bien le substrat du politique, aujourd’hui en jachère de sorte que les fondements du projet européen sont ceux de l’Après-Guerre et ne parlent pas aux générations du XXIe siècle. Or la question idéologique en Europe, du fait d’un espace politique plurinational, multi linguistique et aux contours flous, est celle de l’identité. Notre postulat est clair: aucune réforme d’ensemble ne sera possible tant que la question identitaire ne sera pas résolue. La question de la légitimité même de l’Europe, et partant de son existence à terme, ne pourra être résolue que par une réponse identitaire. Il est là, l’appel du peuple traversé par des aspirations contraires, du régionalisme au nationalisme, et que, pourtant, seule l’Europe peut concilier dans un ensemble cohérent. De là pourra se dérouler un jeu complexe et imbriqué entre l’idéologie et l’efficience institutionnelle du système européen. Une fois conscients de notre identité commune, ce qui est le préalable, la traduction institutionnelle de l’ensemble ainsi produit ne peut être qu’un compromis entre l’efficacité de la décision, soit la verticalité (telle l’idée de l’Europe parlant d’une seule voix), et le respect des différentes strates identitaires, du local à l’européen via le national. Ce compromis qu’on appelle fédéralisme et qui est aujourd’hui tant vilipendé.   Jérôme Cloarec et Camille Roux Image:...

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Accord de libre –échange UE –États-Unis : le baiser de la mort ou l’Occident triomphant ?
23 Mai

Accord de libre –échange UE –États-Unis : le baiser de la mort ou l’Occident triomphant ?

José Manuel Durao Barroso vient de lancer un pavé dans la marre, en mettant à l’ordre du jour de la Commission la négociation d’un accord de libre-échange avec les États-Unis, qui permettrait de créer un grand marché intérieur transatlantique pour les biens et les services. Cet accord a longtemps été voulu par plusieurs États européens, mais les États-Unis s’étaient montrés jusqu’ici plus réservés, tradition protectionniste oblige. La crise économique obligeant les uns et les autres à reconsidérer son prisme commercial, le sujet est donc à nouveau sur la table. L’enjeu d’un tel accord ne se situe pas au niveau des droits de douane qui sont déjà très faibles entre les deux principales entités commerciales du monde (aux alentours de 4 %, excepté quelques secteurs particuliers comme le textile ou l’agriculture). Le cœur de la négociation concerne les obstacles non tarifaires, en l’occurrence les normes. Or ces dernières représentent un puissant vecteur de puissance et un outil d’affirmation de ses valeurs. Réfléchir à de nouvelles normes qui régiront le commerce transatlantique, du fait du poids économique de cet espace, c’est clairement définir le type de capitalisme qui donnera le ton au reste du monde. Bien entendu, l’idée est aussi de renforcer la croissance après le choc de la crise financière de 2008. Mais derrière ces considérations commerciales, cette volonté d’accord illustre surtout la prise de conscience de part et d’autre de l’atlantique des nouveaux paramètres géopolitiques du XXIè siècle, parfaitement décrits par Fareed Zakaria sous le vocable de « The rise of the rest », dans un livre qui analyse l’émergence des nouveaux compétiteurs asiatiques sur la scène mondiale et la rupture entre modernisation et occidentalisation. Dans cet ouvrage sur le monde post hégémonie américaine, Fareed Zakaria livre quelques idées afin que l’Amérique garde sa prééminence stratégique et évite une trop forte érosion de sa puissance économique. Pour cela, il préconise à l’Amérique de redéfinir ses priorités stratégiques (ceci a déjà été fait au début de la Présidence Obama en se tournant davantage vers l’Asie), de travailler en étroite collaboration avec ses alliés et de trouver avec eux un accord sur des règles internationales permettant cette interaction. La nouvelle volonté américaine de parvenir à cet accord commercial (depuis le discours d’Obama de février dernier sur l’état de l’Union) répond précisément à ces objectifs. L’objectif majeur des États-Unis est de mettre en place des normes qui devront s’imposer au reste du monde, notamment aux puissances émergentes, et particulièrement à la Chine. Certains argueront que le jeu est risqué pour l’Europe, qu’elle n’a aucune chance, dans un accord avec les États-Unis, d’imposer ses normes, notamment sanitaires, environnementales et financières, et que tout compromis aboutira à brader les normes européennes actuelles. Mais il faut réfléchir en termes d’alternative. Si nous ne réfléchissons pas à ce problème maintenant, quelles normes s’imposeront sur la scène mondiale, dans un contexte, faut-il le rappeler, de guerre économique ? Le moment est propice, les normes américaines et européennes sont malgré tout proches, en dépit de certaines divergences sanitaires, et il n’est pas sûr que cette opportunité de négocier des normes ensemble, afin que ce soit celles-ci et non les chinoises par exemple qui s’imposent sur les moyens et longs termes, se représente. Les difficultés vont être réelles, parce que l’audiovisuel, le bœuf aux hormones, les OGM (sur le volet « alimentaire », les appellations d’origine contrôlées par exemple, on l’espère, seront préservées, et nul n’a envie de voir les marchés français et européens inondés de poulets traités au chlore) et seront vécus non comme des sujets commerciaux, mais comme des sujets identitaires, et les sujets identitaires sont toujours plus difficiles à négocier. Autre défaut du système européen : la DG commerce n’a pas été capable lors des dernières négociations d’actes politiques, en arrêtant purement et simplement les négociations quand l’autre partie demande trop de concessions. Or la Maison Blanche sait parfaitement user de ce coup d’éclat et arrêter des négociations en 24h, comme ce fut le cas en juillet 2008 à l’OMC à Genève. A l’Europe donc de se montrer forte et crédible, car l’enjeu est de taille. En outre, au plan politique, il est absolument crucial de renforcer la dimension occidentale, trop souvent absente des discussions, et donc de privilégier la relation avec des États-Unis de plus en plus tournés vers l’Asie. Fait inédit, Washington a du reste récemment critiqué la volonté britannique de retrait de l’UE, souhaitant au contraire les progrès de l’intégration politique de l’Union. David Cameron s’est d’ailleurs quelque peu ridiculisé lors d’un récent séjour à Washington où il a promu cet accord de libre échange UE-États-Unis, tout en confortant en interne ses back-benchers, qui proposaient au même moment une motion aux Communes sur le référendum sur la sortie de l’UE. Dans un monde qui connaît la montée de puissances non ou partiellement démocratiques (Chine, Russie, etc.) et d’idéologies liberticides (intégrismes, etc.), la consolidation d’un socle occidental aux valeurs assumées doit être une priorité. Or ce socle sera d’autant plus puissant qu’il s’appuiera sur deux jambes solides, les Etats-Unis et l’Union européenne, alors même que la tentation isolationniste est forte à Washington et que la présidence d’Obama marque un retrait évident en Europe. Hélas, si les forces centrifuges continuent à prospérer dans l’UE, ce projet demeurera un vœu pieux et la relation continuera d’être très déséquilibrée et menacée dans sa nature. Ce prisme occidental n’est certes pas de saison à Paris, mais, quitte à déplaire à ceux qui sont demeurés au stade d’un monde unipolaire, l’Union a raison d’avancer de façon décomplexée sur ce sujet où les Américains ne nous feront certes pas de fleurs, mais où les intérêts stratégiques de long terme de la France et de l’UE sont en jeu. À nous d’être forts chez nous, notamment par l’intégration politique de l’Union, pour être crédibles à l’extérieur. Il n’y a pas d’autre chemin que la réaffirmation sereine occidentale, en dépassant notamment la relation infantile aux Etats-Unis, afin de préserver nos intérêts et nos valeurs. Il faut le faire sans messianisme et dans un esprit de dialogue et d’ouverture au monde, mais en rejetant l’illusion, à laquelle nous cédons trop, d’une histoire linéaire où les principes des Lumières seraient nécessairement triomphants. A l’aune de l’Histoire, le faible a toujours tort et le rappel à l’Occident marquerait aussi le retour à la volonté de se tenir droit contre les vents contraires d’un monde en recherche d’équilibre. Camille Roux et Jérome...

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Europeans: stop lethargy, prepare for 2014 elections!
25 Juin

Europeans: stop lethargy, prepare for 2014 elections!

The next European Council (28-29 June 2012) might provide a new step towards deeper EU integration. The French President and some Southern allies will fight hard to get from the Germans the possibility, at least at some point in the future, of Eurobonds. In response, the Lady Chancellor and Herr Schäuble will fire back by claiming for further political integration. “Do you fancy more political integration or are you just interested in German cash? ”, asked the latter in a straight-forward German style! Berlin is right – it’s high time for the European partners, including traditional Europhiles like Italy or Spain, to state clearly whether they would accept a federal step. And every Europhile can be satisfied that, at last, the Hollande-Merkel opposition (Homer or even Merde as The Economist called it a few weeks ago) will remove the Germans from the shyness they had when the unbalanced couple, the so-called Merkozy, was on tour. And force the French, among others, to be more accurate on their real intentions (see past article: Que veut la France?). Cards down! Our leaders are now entering the danger zone. There is no certainty that the right decisions will be taken, or even decisions at all, and recent history does not allow any optimistic mood. Far from it. However, there is a sense that a page needs to be turned, it seems that status quo is not possible anymore. Will it be enough? Nobody can predict it, and even the best intentions might not be enough in the current crisis if facts are not consistent with willingness. For instance, François Hollande might be more pro-European than Sarkozy, but the French left’s reluctance to reduce the public spending (and the inability of the right to do it significantly) could be the burial of the Eurozone (by failing to match the Commission’s targets on deficit reductions and increasing the gap with Germany to an unsustainable level). But, for once in European affairs, let’s be positive and think that the leaders will answer to Mario Draghi’s message on being creative and courageous. Even if that happens, proving an incredible swift on European politics, a new Westphalia without the war, that might not be enough. Indeed, whatever EU leaders call for a federal step, now or in the near future, there will remain a political gap to fill. You don’t build in abstracto a political space. There is still a huge schizophrenia between the political speeches before and after the elections. Once in power, politicians tend to become more pro-EU, but campaigning is always on national solutions. As said in a recent article by Shlomo Ben-Ami (The triumph of politics in Europe), the situation cannot last forever without the risk of a huge backlash from voters. Everywhere on the continent, Pro-European forces are in a terrible condition. The Christian democrats will soon be like pre-euro crisis species and the liberals and moderates from the political centre are vanishing (except in some rare heavens such as Poland, one of the rare crisis free countries). And it’s not just about crisis. Don’t dare to think that people will accept losing their (national) identity in the hope of money; that’s the common mistake of fallen empires. People need pride and belief, they want to be part of a project where they would feel like stakeholder. Furthermore, in a democratic system, people need to believe that they decide, and nothing can be worse than the current impression that citizens can change leaders but not decisions and/or roads. We are dealing with tectonic forces, so what could one do? The structural changes facing us are a formidable threat if we don’t decide to commit for our convictions and finally stand up. Time has come for voluntarism. Not just general statements about our common love of stability and prosperity together. Politics is not just about speeches, but time. We need to set objectives where we could gain field. All our energy should be directed to exposing the public to what is really at stake, and how we can get through it. Every opportunity lost increases the risk of failure – in politics, ideas and projects need an awful lot of time to grow. In that context, one obvious objective for pro-European forces should be to focus on the next battlefield, e.g. the 2014 European elections. The current silence on it is a bad sign. Once again we’ll concentrate on it at the last minute, when it will be too late. Organisation is also key, and this time the clumsy last minute tribute to the European project won’t suffice. Atelier Europe has proposed (among 10 propositions for reforming the Union) to create a platform of federalists gathering independent organisations and political parties to formulate an ambitious program and prepare the ground for the campaign.  Whatever the shape it could take, unifying pro-European movements and forcing political parties to take, at least part of, their view on board is a priority. Let’s take the risk to be innovative, being in minority is better than not being at all – and that’s the destiny of any great idea before reaching the majority. It is obvious that national politicians will need support from external views and organisations to build a proper vision of Europe’s future. Once again, the last elections have sadly shown the inaccuracy of many politicians’ positions. It would be a terrible mistake to consider that people are not ready to hear a different song than the national liturgy. It is the responsibility of leaders to avoid the catastrophe where we are heading towards if we don’t clarify the message and, frankly, if we keep accepting the hiatus between speeches and facts (or national solutions for European issues). The great responsibility of the pro-European movement is to speak loudly and to do so within the political spectrum. Too often we have been too shy, like the good moderates we are. Indecision is lethal in the face of history. We need to push harder and to force the solution right onto the political stage. If we fail to do so, Europe is heading straight towards a dead end – even if the political leaders decide to move on. Then they might be sanctioned by voters who refuse that decisions are taken elsewhere but in the poll station. European politics needs to touch base, to connect with people. And there is no miracle to achieve that. Campaigning, again and again, is the only solution. 2014 is tomorrow, let’s start as soon as possible, it is only by doing so that we refuse to be the spectators of our own fate. Never again, we used to say.  ...

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De l’Europe des États à l’Europe des citoyens

La crise économique et sociale en Europe est bien davantage qu’un avatar de la crise financière. Elle a mis en lumière les carences d’une organisation politique qui n’a pas su évoluer au même rythme que l’interdépendance croissante des économies européennes. Au lieu de faciliter la résorption des divergences économiques entre États membres, la fragmentation politique de l’Union européenne les a plutôt accentuées. La crise ne pourra être résolue durablement sans remédier à cette contradiction. La tentation du repli est pourtant forte, chacun accusant les autres d’avoir préféré ses intérêts propres à l’intérêt collectif, en des termes plus ou moins voilés. Dès lors, il faut faire le ménage, budgétaire, chez soi, et on verra ensuite, entend-on. La difficulté est qu’ensuite ce sera sans doute trop coûteux car il sera plus difficile, séparément, de trouver les leviers de croissance. Au point que le hiatus entre une monnaie européenne et des budgets nationaux, péniblement résolu par des dispositifs de coordination et de surveillance budgétaire dont le passé récent a montré les limites, a fini par peser sur le bon fonctionnement et la solidité de la zone euro. Il faut naturellement tenir compte de l’importance des identités nationales et des pratiques, nées de l’histoire, qui structurent et déterminent l’organisation politique de l’Europe. Il serait toutefois faux de penser que la priorité donnée aux négociations intergouvernementales garantit le respect de ces spécificités nationales car il aboutit in fine à la domination de quelques États mais aussi à aménager techniquement (au travers du juridisme si souvent décrié) ce qui n’a pu être arbitré par une autorité politique commune. Il existe un système politique qui vise précisément à concilier le respect des identités et des compétences de différents niveaux territoriaux. Cette organisation, c’est le fédéralisme qui peut seul permettre de décider au niveau requis, du local, pour les actions de proximité, au niveau européen, pour les grandes orientations de politique économique, l’environnement et les questions internationales essentiellement, via le niveau étatique qui conserve ou partage des compétences essentielles, comme l’éducation, la protection sociale, l’ordre public et la justice. D’ores et déjà, l’Union européenne dispose d’instruments de nature fédérale: une monnaie, une banque centrale, un budget, une administration, un Parlement, pour n’en citer que quelques-uns. Néanmoins, la crise a montré que ces instruments restaient insuffisants (notamment en matière budgétaire et financière), que les mécanismes de décision étaient peu lisibles et que la légitimité politique des décisions européennes était contestée. Qu’avons-nous à proposer? Nul besoin de promettre le grand soir, nous appelons simplement à un rééquilibrage entre les deux légitimités qui fondent l’UE: celle des États et celle des citoyens. Parmi les évolutions possibles, l’élection directe ou indirecte du président de la Commission européenne, dont la nomination pourrait être confiée au Parlement européen. Alors, une Commission refondée pourrait se muer en véritable exécutif de l’Union. Pour cela, elle doit conforter sa légitimité en étant l’émanation de la coalition majoritaire au Parlement, ce qui renforcera par ailleurs l’intérêt des citoyens pour les élections européennes. Plus politique, la Commission sera aussi plus « incarnée » en renforçant la responsabilité des Commissaires vis-à-vis des représentants des peuples européens dont ils seraient issus et non plus vis-à-vis des États qui les nomment aujourd’hui Le Parlement européen, quant à lui, devra sans doute évoluer vers une représentation plus proportionnelle à la population, en limitant les quotas nationaux, pour que nul ne puisse lui contester son caractère démocratique. Un système bicaméral pourrait être institué, avec un Conseil faisant office de chambre haute et le Parlement de chambre basse, tous deux négociant et votant en public lorsqu’ils exercent des fonctions législatives. L’obstacle principal à une fédération européenne plus affirmée est la résistance et l’inadaptation des structures partisanes nationales. Les partis européens sont insuffisamment intégrés et demeurent des confédérations trop souples. La logique nationale prime; la sélection de candidats au profil parfois inadapté aux élections européennes en est la conséquence flagrante. En parallèle, les leaders politiques européens doivent eux aussi se positionner: pour ou contre le fédéralisme? Des leaders nationaux l’ont déjà fait: Mario Monti en Italie, Angela Merkel, en Allemagne ou encore le ministre des affaires étrangères polonais Radoslaw Sikorski, se sont prononcés en faveur d’une logique fédérale. Les partis politiques européens doivent également prendre position, au-delà de l’initiative transpartisane du groupe Spinelli. Ce sera au Parlement européen, dans sa formation ordinaire ou étendu à une constituante, que se jouera une partie essentielle de la bataille. La société civile, enfin, sera décisive dans ce combat, car elle seule est à même d’accélérer le changement. Comment y parvenir? Associations et simples citoyens, exprimons notre volonté de donner un contenu et une légitimité politiques plus fortes à l’Union européenne. Faisons comprendre aux partis politiques que les solutions politiques fédérales ne doivent plus être renvoyés à un après-demain qui n’engage pas. Mobilisons-nous par tous les moyens à notre disposition: réunions, conférences, label commun, médias et réseaux sociaux. Sur ce point, l’évolution des modes de communication et la possibilité d’atteindre des milliers voire des millions d’interlocuteurs à partir d’une source unique offre une opportunité historique de changer la donne en Europe. Enfin, constituons une charte qui explicite les points que nous défendons pour l’organisation future de l’Europe, et qui pourrait faire l’objet d’une pétition ouverte à tous ceux, experts ou non, désireux de s’engager en faveur du projet européen. La crise nous impose de redéfinir notre modèle économique et social mais aussi notre modèle politique. Nous ne pouvons nous en remettre à l’option du repli qui sera celle des choix subis et imposés par d’autres. Il y a aussi la voie de l’indépendance et de l’union, celle d’une logique fédérale qui nous mènera à nous réformer en préservant l’essentiel, et notamment notre modèle humaniste. Tout cela n’est pas seulement affaire de sens, ou de vision, mais aussi et surtout de courage. Si elle veut être comprise et écoutée de des citoyens, des marchés et du reste du monde, l’Europe doit clarifier son fonctionnement et réinventer son projet politique. Voilà quel est notre engagement ! Yves Bertoncini, secrétaire général de Notre Europe; Thierry Chopin, directeur des études de la Fondation Robert Schuman; Jérôme Cloarec, président de l’Atelier Europe; Jean-François Jamet, porte-parole d’EuropaNova; Thomas Klau, directeur du bureau de Paris du European Council on Foreign Relations; Dominika Rutkowska-Falorni, secrétaire générale du Mouvement européen. Initialement publiée...

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Samedi 10 mars: États généraux de l’ Europe !

L'Atelier se joint au rassemblement de la famille européenne en participant, comme partenaire, aux États généraux de l'Europe, ce samedi 10 mars 2012 à Sciences-Po (Paris 6), de 9h à 19h. C'est un forum exceptionnel pour débattre de nos idées, comme simples citoyens mais aussi en la présence de candidats à l'élection présidentielle.Vous trouverez de plus amples information en téléchargeant le programme. Nous vous attendons nombreux! L'équipe de l'Atelier Europe Lire également la tribune  De l'Europe des États à l'Europe des...

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