Ni gérontocratie de fait, ni jeunisme marqueté

Appel pour un renouveau générationnel dans la classe politique européenne

Les prochaines élections européennes ne sauraient se résumer à un simple conflit générationnel. L’urgence est toute autre, l’UE est menacée dans son existence même. Dernière avanie en date: les sondages pour les Européennes laissent entrevoir un résultat électoral désastreux pour la construction de son unité politique, laquelle est le fruit de plusieurs décennies d’un effort commun et, précisément, pluri-générationnel. Partout, ou presque, un parti contestataire va incarner la 3e force politique, si ce n’est la 1ère comme ce sera peut-être le cas en France, et on observe une génération de leaders pétrifiée à l’idée d’affronter cette vague sombre. Old-muppetsTout simplement parce que cette génération-là s’est forgée dans des postulats qui ont été emportés avec le siècle: la croyance en un projet européen linéaire (la méthode Monnet comme chemin de Damas menant à l’unité européenne), la conviction que les conditions idéologiques de la paix de 1945 marquait la fin de l’histoire morcelée et violente du continent et enfin l’idée que l’on pouvait intégrer l’Europe, notamment au plan économique et monétaire, à coût politique constant (on garde nos bonnes vieilles habitudes nationales).

Les certitudes d’hier ont laissé place à une immense confusion. Les discours non dénués de fondement, mais mécaniques (ah, le franco-allemand qui ne résout pas tout, surtout à 28, mais qui fait toujours chic! Ah, les déclarations enflammées sur l’Europe de la paix quand 90% des électeurs n’ont pas connu la guerre, un escabeau d’élévation morale pour nain politique, etc.), masquent difficilement l’absence de projet politique. Pourquoi? La politique, même à notre époque du nomadisme connecté, c’est le temps long et les constructions politiques n’essaiment qu’à l’épreuve d’engagements tout aussi durables. Et l’Europe a ceci de cruelle que sa complexité est un terrible révélateur des insuffisances des politiques peu investis. En matière européenne, c’est de désertion, le plus souvent, dont il s’agit.

La relève ne se décrète pas, elle s’incarne, dit-on. Encore faut-il que ceux qui expriment des convictions nouvelles puissent prendre la parole. Les partis, hyper professionnalisés, privatisent l’élection pour en faire un jeu de structure(s) au détriment du pluralisme d’expressions. En France, pays révolutionnaire par excès de conformisme, la tendance est d’autant plus forte que les vieux au pouvoir veulent voir du jeune partout, sauf à leur place. C’est la sclérose à tous les étages. Ne nous trompons pas, les partis sont essentiels à la démocratie mais leur logique de sélection interne ne doit pas les détourner de leur rôle démocratique: être le réceptacle des aspirations de la société. Il faut ouvrir! Répartition des Députés européens français par tranches d'âge (cliquer pour voir en plus grand)

L’Europe a un besoin crucial d’être incarnée et doit être portée par une nouvelle génération de leaders. Les élections européennes approchent, n’attendons pas le réveil brutal d’un Parlement composé pour un tiers de nostalgiques des errements passés. Il faut renouveler le discours politique, sur le fond comme sur la forme. Cela ne se fera pas par ceux plusieurs fois élus pour un même résultat, et qui pourtant s’accrochent obstinément, et pas davantage par ceux, plus jeunes à l’état civil, qui les suivent dans les mêmes savates confortables, prompts à ânonner les mêmes incantations. Notre pays et l’Europe méritent bien mieux; il faut donner sa chance à la génération qui est née avec la crise et qui est donc la première concernée par sa résolution. Mesdames et Messieurs les élus récidivistes, vous avez ardemment poursuivi une carrière; donnez-lui une dimension historique en permettant la seule voie possible pour un renouveau effectif: faites place à la relève! Et que passe le destin.

Jérôme Cloarec, Camille Roux (respectivement Président et Vice-Présidente de l’Atelier Europe, think-tank indépendant), Thomas Houdaillle (Délégué Général de « Nous Citoyens »).

Gouvernement économique européen : passons aux actes

En mai dernier, le président de la République, François Hollande, réclamait l’instauration d’un véritable « gouvernement économique européen », assis sur une meilleure coordination des politiques économiques des États de la zone euro, ainsi que sur un éventuel budget propre. Des efforts importants ont certes été réalisés ces dernières années: le budget européen, quoique faible, se réoriente progressivement vers l’innovation; le pacte de stabilité et de croissance a été revu pour éviter de nouveaux dérapages et permettre une surveillance plus globale des fragilités des économies européennes; le cadre de régulation financière a été profondément réformé, tandis que l’Union bancaire se fait progressivement.

Ce sont des progrès tangibles. Mais ils demeurent insuffisants pour permettre l’émergence d’un véritable gouvernement économique. Pourtant, la crise n’est pas derrière nous. Au pire, et comme le cas chypriote l’a montré, l’Europe reste vulnérable à tout nouveau choc de confiance sur la dette des États-membres, à une faillite bancaire, à une crise politique dans l’un de ses membres, à un ralentissement de l’économie mondiale, etc. Au mieux, la croissance devrait être atone en 2013, et ne permettra donc pas de sortir du chômage les millions de personnes qui s’y trouvent.

Face à ces sombres perspectives, créer un gouvernement économique européen ne nécessite pas de saut fédéral ou de transferts importants de souveraineté des États vers les institutions européennes. Des mesures simples peuvent être adoptées sans changer les traités, et souvent en faisant seulement évoluer les pratiques, pour rendre les institutions plus agiles.

Eurogroup meeting 13.05.2013Il faudrait d’abord créer un véritable ministre des Finances européen, à la fois nommé à la tête de l’Eurogroupe et Commissaire européen. Il serait alors l’autorité incontestée pour les questions économiques et financières. Ensuite, il faudrait fusionner les postes de président de la Commission européenne et de président du Conseil européen. Le président de la Commission, légitimé par le suffrage universel puisque le traité de Lisbonne dispose qu’il sera désigné sur la base des résultats aux élections européennes, serait alors sans ambiguïté le chef de ce gouvernement.

La chaîne de décision ainsi clarifiée et légitimée, les recommandations de réformes adressées par le Conseil sur proposition de la Commission, et présentées devant le Parlement européen, constitueraient une véritable feuille de route pour les États. On pourrait alors enfin parler de gouvernement économique européen.

Ce gouvernement devrait d’abord achever les réformes en cours en matière de régulation financière pour repartir sur des bases saines et réamorcer la circulation des capitaux vers les projets qui en ont besoin, et sans distorsions entre les États membres.

Ensuite, il devrait poursuivre l’approfondissement du marché intérieur. Celui-ci représente un gisement de productivité et de croissance considérable. Les services représentent la majeure partie du PIB des pays de l’UE (près de 80 % en France): les gains à réaliser sont donc gigantesques. Pour les capitaux, les marchés sont encore essentiellement nationaux dès que l’on parle de financement des PME, des consommateurs, de l’assurance, etc. La liberté de circulation des personnes enfin demeure insuffisante, puisque seule une très faible minorité des travailleurs européens ne sont pas nés dans le pays où ils travaillent.

Créer un véritable gouvernement économique européen n’est pas un projet abstrait: cela peut au contraire se faire rapidement si la volonté politique est au rendez-vous, par un nombre limité de choix qui renforceraient considérablement la légitimité et l’efficacité de la décision à l’échelle européenne.

Jocelyn Guitton

 

Tribune parue dans Les Échos le 16 octobre 2013

Élargissement à la Croatie : le silence des uns fait le pouvoir des autres

Figaro-130722bLe 1er juillet 2013, la Croatie devient le 28ème membre de l’Union européenne, dix ans après la reconnaissance de sa candidature. Zagreb sera peut-être un jour suivi de la Serbie, qui a obtenu le statut de candidat en 2012. Quant à l’Islande, en île qu’elle est, elle hésite. Ainsi, malgré le poids de la crise économique et sociale sur l’agenda européen, l’élargissement de l’Union continue. À l’est du continent, des Européens attendent leur entrée dans la plus puissante et la mieux intégrée de toutes les unions régionales du monde. N’entrons pas, ici, dans le redoutable débat sur l’adhésion de la Turquie ; ni dans celui concernant la Bosnie, le Kosovo ou la Macédoine. À l’ouest, la « fatigue de l’élargissement » fait son œuvre : on ne voit pas bien quel pays, après la Serbie, pourrait adhérer rapidement. Il est possible que la porte se referme pour quelques temps.

Examinons plutôt l’une des conséquences méconnues de l’élargissement : le changement qu’il introduit au sein du Conseil, qui reste la principale instance de décision européenne. Car la présence d’un grand nombre de « petits » pays – ce qualificatif est un « gros mot » à Bruxelles mais, par souci de clarté et sans intention péjorative, faisons avec – autour de la table des négociations influence leur déroulement et, partant, façonne leurs résultats.

Ces « petits » États pèsent chacun moins de 10 voix, sur les 345 distribuées autour de la table. Ainsi la Croatie, qui se classe au 21ème rang des États membres (4,2 millions d’habitants), détient, comme l’Irlande, 7 droits de vote au Conseil. Les « grands » pays comme la France, l’Allemagne, l’Italie et le Royaume-Uni en détiennent chacun 29. Depuis l’élargissement de 2004, les « petits » pays sont passés de quatre (Danemark, Finlande, Irlande et Luxembourg) à onze, avec les pays orientaux, Malte et les États baltes. Soit désormais un bon tiers de la table. Cette multiplication amène une fragmentation croissante des débats.

La question n’est pas tant de savoir de combien de voix dispose chaque pays, mais comment il pèse sur les débats : ses délégués peuvent-ils, en fait, intervenir ? Ont-ils les ressources dans leur capitale pour formuler des contre-propositions, gages d’une influence sur la négociation ? Ont-ils les leviers pour construire des alliances ? Et même : ce pays a-t-il lu tous les documents en discussion et a-t-il une opinion sur chacun d’eux ? Quand les sujets techniques – de la double coque des pétroliers à la dernière étude OGM – s’enchaînent à haute vitesse, il n’est pas facile de suivre le rythme.

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Le rêve d’Erdogan …

Duran Adam / L'homme deboutIl fait beau et chaud à Istanbul, Recep Tayip Erdogan s’est assoupi. Il rêve …

29 octobre 2023, la Turquie fête en grande pompe le centenaire de la fondation de sa République.
Le soleil est éclatant et la Grande Mosquée d’Istanbul sur la colline de Camlica resplendit de blancheur. Avec ses 6 minarets et son dôme futuriste, la plus grande mosquée du monde domine la mégalopole stambouliote.

Tayip Receip Erdogan, Président depuis 2014 après avoir été 10 ans Premier Ministre, vient d’assister à la prière et se dirige vers la terrasse pour savourer le grandiose panorama qui s’étend à ses pieds. Le Bosphore, somptueux ruban bleu marin, est parsemé des voiles blanches et de longues traînées d’écumes que laissent les yachts et les jets-ski. Depuis quelques mois en effet, le détroit est devenu un espace dédié à la navigation de plaisance ; clubs nautiques et marinas privés fleurissent sur ces rives. Plus l’ombre d’un cargo, plus une trace des gigantesques pétroliers qui transitent entre Mer Noire et Mer de Marmara : ceux-ci empruntent maintenant le canal de dérivation creusé en Roumélie et qui double le Bosphore.

Plus haut vers le nord, Tayip peut deviner les pieds du pont Yavuz Sultan Selim, dont la première pierre fut posée en 2013. Plus grand pont du monde avec ses 1 275m, il assure l’accès au plus grand aéroport du monde mis en service en 2017 et qui reçoit déjà ses 150 millions de passagers. Istanbul est devenu le hub de l’Europe pour le Moyen-Orient, l’Asie et l’Afrique, détrônant Dubaï qui s’enfonce lentement dans ses dunes.

Abi ! Abi ! Uyan (réveille-toi) …

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L’éléphant dans la pièce : Le mantra identitaire en Europe

256px-Holbein-erasmusPour que l’Europe surmonte ses contradictions internes, pour qu’elle s’ancre dans le cœur de ses citoyens, il faut refonder sa base idéologique.

L’Europe est à bout de souffle. Le désamour européen grandit chaque jour davantage sur fond de déclassement économique. La nécessaire refonte des institutions a déjà été maintes fois vantée, et elle est déjà enclenchée quelque peu forcée par les secousses monétaires et financières. Mais, voilà, les réformes sont partielles car essentiellement techniques et en contournant la dimension politique où le consensus n’est plus. Alors, que faire? La réponse des pro-européens est généralement de deux natures. Celle des tenants de l’orthodoxie institutionnelle: le franco-allemand! La méthode Monnet! Vite, un nouveau Delors! Or, la méthode Monnet est en phase terminale dans une Europe à vingt-sept Etats et aux compétences élargies dont on conteste la légitimité. Et l’histoire ne repasse pas les plats. Celle des utilitaristes, en général géo-stratèges à leurs heures (gare au péril jaune!), convaincus que l’Homme européen, cet enfant des Lumières, sera touché par la grâce post-nationale par la seule intervention de la raison; on parle alors de projets (ah, l’Airbus pour faire la nique aux Américains!), d’efficacité économique (Adam Smith et ses saintes économies d’échelle), etc. Or, l’Europe bute contre un mur aux facettes multiples et pas seulement liées à la satisfaction de l‘homo economicus triomphant, ce leurre que l’Europe a fait sien à ses dépens. Surtout, la perte de la référence nationale inquiète, on voudrait nous pousser à l’infidélité vis-à-vis de ce vieil amour mais quelle peut bien être cette maitresse que nous choisirions par prudence?

Alors, évidemment, demeure l’alternative contestataire. Il est séduisant ce fourre-tout médiatico-populaire où, comme dans nos souvenirs d’enfance, tout se confond dans un joyeux dédale de références passées. C’est souvent une déclinaison sur le mode du social souverainisme, lequel nous a pourtant conduit à l’impasse de la dette, et puis ce n’est pas vraiment l’idéal de la liberté et de l’émancipation; mais si cela fonctionne, c’est parce que cela touche à un ressort profond, soit l’identité. Un lieu commun, peut-on objecter. Mais, l’Europe a laissé l’idéologie, ce terme passé de saison depuis qu’on a cru à la fin de l’histoire, mais qui est pourtant bien le substrat du politique, aujourd’hui en jachère de sorte que les fondements du projet européen sont ceux de l’Après-Guerre et ne parlent pas aux générations du XXIe siècle. Or la question idéologique en Europe, du fait d’un espace politique plurinational, multi linguistique et aux contours flous, est celle de l’identité.

Notre postulat est clair: aucune réforme d’ensemble ne sera possible tant que la question identitaire ne sera pas résolue. La question de la légitimité même de l’Europe, et partant de son existence à terme, ne pourra être résolue que par une réponse identitaire. Il est là, l’appel du peuple traversé par des aspirations contraires, du régionalisme au nationalisme, et que, pourtant, seule l’Europe peut concilier dans un ensemble cohérent. De là pourra se dérouler un jeu complexe et imbriqué entre l’idéologie et l’efficience institutionnelle du système européen. Une fois conscients de notre identité commune, ce qui est le préalable, la traduction institutionnelle de l’ensemble ainsi produit ne peut être qu’un compromis entre l’efficacité de la décision, soit la verticalité (telle l’idée de l’Europe parlant d’une seule voix), et le respect des différentes strates identitaires, du local à l’européen via le national. Ce compromis qu’on appelle fédéralisme et qui est aujourd’hui tant vilipendé.

 

Jérôme Cloarec et Camille Roux

Image: Wikimedia

Accord de libre –échange UE –États-Unis : le baiser de la mort ou l’Occident triomphant ?

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José Manuel Durao Barroso vient de lancer un pavé dans la marre, en mettant à l’ordre du jour de la Commission la négociation d’un accord de libre-échange avec les États-Unis, qui permettrait de créer un grand marché intérieur transatlantique pour les biens et les services. Cet accord a longtemps été voulu par plusieurs États européens, mais les États-Unis s’étaient montrés jusqu’ici plus réservés, tradition protectionniste oblige. La crise économique obligeant les uns et les autres à reconsidérer son prisme commercial, le sujet est donc à nouveau sur la table.

L’enjeu d’un tel accord ne se situe pas au niveau des droits de douane qui sont déjà très faibles entre les deux principales entités commerciales du monde (aux alentours de 4 %, excepté quelques secteurs particuliers comme le textile ou l’agriculture). Le cœur de la négociation concerne les obstacles non tarifaires, en l’occurrence les normes. Or ces dernières représentent un puissant vecteur de puissance et un outil d’affirmation de ses valeurs. Réfléchir à de nouvelles normes qui régiront le commerce transatlantique, du fait du poids économique de cet espace, c’est clairement définir le type de capitalisme qui donnera le ton au reste du monde.

Bien entendu, l’idée est aussi de renforcer la croissance après le choc de la crise financière de 2008. Mais derrière ces considérations commerciales, cette volonté d’accord illustre surtout la prise de conscience de part et d’autre de l’atlantique des nouveaux paramètres géopolitiques du XXIè siècle, parfaitement décrits par Fareed Zakaria sous le vocable de « The rise of the rest », dans un livre qui analyse l’émergence des nouveaux compétiteurs asiatiques sur la scène mondiale et la rupture entre modernisation et occidentalisation. Dans cet ouvrage sur le monde post hégémonie américaine, Fareed Zakaria livre quelques idées afin que l’Amérique garde sa prééminence stratégique et évite une trop forte érosion de sa puissance économique. Pour cela, il préconise à l’Amérique de redéfinir ses priorités stratégiques (ceci a déjà été fait au début de la Présidence Obama en se tournant davantage vers l’Asie), de travailler en étroite collaboration avec ses alliés et de trouver avec eux un accord sur des règles internationales permettant cette interaction. La nouvelle volonté américaine de parvenir à cet accord commercial (depuis le discours d’Obama de février dernier sur l’état de l’Union) répond précisément à ces objectifs. L’objectif majeur des États-Unis est de mettre en place des normes qui devront s’imposer au reste du monde, notamment aux puissances émergentes, et particulièrement à la Chine.

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Europeans: stop lethargy, prepare for 2014 elections!

UEF-bulletinThe next European Council (28-29 June 2012) might provide a new step towards deeper EU integration. The French President and some Southern allies will fight hard to get from the Germans the possibility, at least at some point in the future, of Eurobonds. In response, the Lady Chancellor and Herr Schäuble will fire back by claiming for further political integration. “Do you fancy more political integration or are you just interested in German cash? ”, asked the latter in a straight-forward German style! Berlin is right – it’s high time for the European partners, including traditional Europhiles like Italy or Spain, to state clearly whether they would accept a federal step. And every Europhile can be satisfied that, at last, the Hollande-Merkel opposition (Homer or even Merde as The Economist called it a few weeks ago) will remove the Germans from the shyness they had when the unbalanced couple, the so-called Merkozy, was on tour. And force the French, among others, to be more accurate on their real intentions (see past article: Que veut la France?).

Cards down! Our leaders are now entering the danger zone. There is no certainty that the right decisions will be taken, or even decisions at all, and recent history does not allow any optimistic mood. Far from it. However, there is a sense that a page needs to be turned, it seems that status quo is not possible anymore. Will it be enough? Nobody can predict it, and even the best intentions might not be enough in the current crisis if facts are not consistent with willingness. For instance, François Hollande might be more pro-European than Sarkozy, but the French left’s reluctance to reduce the public spending (and the inability of the right to do it significantly) could be the burial of the Eurozone (by failing to match the Commission’s targets on deficit reductions and increasing the gap with Germany to an unsustainable level).

But, for once in European affairs, let’s be positive and think that the leaders will answer to Mario Draghi’s message on being creative and courageous. Even if that happens, proving an incredible swift on European politics, a new Westphalia without the war, that might not be enough. Indeed, whatever EU leaders call for a federal step, now or in the near future, there will remain a political gap to fill. You don’t build in abstracto a political space. There is still a huge schizophrenia between the political speeches before and after the elections. Once in power, politicians tend to become more pro-EU, but campaigning is always on national solutions. As said in a recent article by Shlomo Ben-Ami (The triumph of politics in Europe), the situation cannot last forever without the risk of a huge backlash from voters.

Everywhere on the continent, Pro-European forces are in a terrible condition. The Christian democrats will soon be like pre-euro crisis species and the liberals and moderates from the political centre are vanishing (except in some rare heavens such as Poland, one of the rare crisis free countries). And it’s not just about crisis. Don’t dare to think that people will accept losing their (national) identity in the hope of money; that’s the common mistake of fallen empires. People need pride and belief, they want to be part of a project where they would feel like stakeholder. Furthermore, in a democratic system, people need to believe that they decide, and nothing can be worse than the current impression that citizens can change leaders but not decisions and/or roads.

We are dealing with tectonic forces, so what could one do? The structural changes facing us are a formidable threat if we don’t decide to commit for our convictions and finally stand up. Time has come for voluntarism. Not just general statements about our common love of stability and prosperity together. Politics is not just about speeches, but time. We need to set objectives where we could gain field. All our energy should be directed to exposing the public to what is really at stake, and how we can get through it. Every opportunity lost increases the risk of failure – in politics, ideas and projects need an awful lot of time to grow.

In that context, one obvious objective for pro-European forces should be to focus on the next battlefield, e.g. the 2014 European elections. The current silence on it is a bad sign. Once again we’ll concentrate on it at the last minute, when it will be too late. Organisation is also key, and this time the clumsy last minute tribute to the European project won’t suffice. Atelier Europe has proposed (among 10 propositions for reforming the Union) to create a platform of federalists gathering independent organisations and political parties to formulate an ambitious program and prepare the ground for the campaign.  Whatever the shape it could take, unifying pro-European movements and forcing political parties to take, at least part of, their view on board is a priority. Let’s take the risk to be innovative, being in minority is better than not being at all – and that’s the destiny of any great idea before reaching the majority.

It is obvious that national politicians will need support from external views and organisations to build a proper vision of Europe’s future. Once again, the last elections have sadly shown the inaccuracy of many politicians’ positions. It would be a terrible mistake to consider that people are not ready to hear a different song than the national liturgy. It is the responsibility of leaders to avoid the catastrophe where we are heading towards if we don’t clarify the message and, frankly, if we keep accepting the hiatus between speeches and facts (or national solutions for European issues).

The great responsibility of the pro-European movement is to speak loudly and to do so within the political spectrum. Too often we have been too shy, like the good moderates we are. Indecision is lethal in the face of history. We need to push harder and to force the solution right onto the political stage. If we fail to do so, Europe is heading straight towards a dead end – even if the political leaders decide to move on. Then they might be sanctioned by voters who refuse that decisions are taken elsewhere but in the poll station. European politics needs to touch base, to connect with people. And there is no miracle to achieve that. Campaigning, again and again, is the only solution. 2014 is tomorrow, let’s start as soon as possible, it is only by doing so that we refuse to be the spectators of our own fate.

Never again, we used to say.

 

JC

De l’Europe des États à l’Europe des citoyens

La crise économique et sociale en Europe est bien davantage qu’un avatar de la crise financière. Elle a mis en lumière les carences d’une organisation politique qui n’a pas su évoluer au même rythme que l’interdépendance croissante des économies européennes. Au lieu de faciliter la résorption des divergences économiques entre États membres, la fragmentation politique de l’Union européenne les a plutôt accentuées. La crise ne pourra être résolue durablement sans remédier à cette contradiction.

La tentation du repli est pourtant forte, chacun accusant les autres d’avoir préféré ses intérêts propres à l’intérêt collectif, en des termes plus ou moins voilés. Dès lors, il faut faire le ménage, budgétaire, chez soi, et on verra ensuite, entend-on. La difficulté est qu’ensuite ce sera sans doute trop coûteux car il sera plus difficile, séparément, de trouver les leviers de croissance. Au point que le hiatus entre une monnaie européenne et des budgets nationaux, péniblement résolu par des dispositifs de coordination et de surveillance budgétaire dont le passé récent a montré les limites, a fini par peser sur le bon fonctionnement et la solidité de la zone euro. Il faut naturellement tenir compte de l’importance des identités nationales et des pratiques, nées de l’histoire, qui structurent et déterminent l’organisation politique de l’Europe.

Il serait toutefois faux de penser que la priorité donnée aux négociations intergouvernementales garantit le respect de ces spécificités nationales car il aboutit in fine à la domination de quelques États mais aussi à aménager techniquement (au travers du juridisme si souvent décrié) ce qui n’a pu être arbitré par une autorité politique commune. Il existe un système politique qui vise précisément à concilier le respect des identités et des compétences de différents niveaux territoriaux.

Cette organisation, c’est le fédéralisme qui peut seul permettre de décider au niveau requis, du local, pour les actions de proximité, au niveau européen, pour les grandes orientations de politique économique, l’environnement et les questions internationales essentiellement, via le niveau étatique qui conserve ou partage des compétences essentielles, comme l’éducation, la protection sociale, l’ordre public et la justice. D’ores et déjà, l’Union européenne dispose d’instruments de nature fédérale: une monnaie, une banque centrale, un budget, une administration, un Parlement, pour n’en citer que quelques-uns. Néanmoins, la crise a montré que ces instruments restaient insuffisants (notamment en matière budgétaire et financière), que les mécanismes de décision étaient peu lisibles et que la légitimité politique des décisions européennes était contestée.

Qu’avons-nous à proposer? Nul besoin de promettre le grand soir, nous appelons simplement à un rééquilibrage entre les deux légitimités qui fondent l’UE: celle des États et celle des citoyens. Parmi les évolutions possibles, l’élection directe ou indirecte du président de la Commission européenne, dont la nomination pourrait être confiée au Parlement européen. Alors, une Commission refondée pourrait se muer en véritable exécutif de l’Union. Pour cela, elle doit conforter sa légitimité en étant l’émanation de la coalition majoritaire au Parlement, ce qui renforcera par ailleurs l’intérêt des citoyens pour les élections européennes.

Plus politique, la Commission sera aussi plus “incarnée” en renforçant la responsabilité des Commissaires vis-à-vis des représentants des peuples européens dont ils seraient issus et non plus vis-à-vis des États qui les nomment aujourd’hui Le Parlement européen, quant à lui, devra sans doute évoluer vers une représentation plus proportionnelle à la population, en limitant les quotas nationaux, pour que nul ne puisse lui contester son caractère démocratique. Un système bicaméral pourrait être institué, avec un Conseil faisant office de chambre haute et le Parlement de chambre basse, tous deux négociant et votant en public lorsqu’ils exercent des fonctions législatives.

L’obstacle principal à une fédération européenne plus affirmée est la résistance et l’inadaptation des structures partisanes nationales. Les partis européens sont insuffisamment intégrés et demeurent des confédérations trop souples. La logique nationale prime; la sélection de candidats au profil parfois inadapté aux élections européennes en est la conséquence flagrante. En parallèle, les leaders politiques européens doivent eux aussi se positionner: pour ou contre le fédéralisme? Des leaders nationaux l’ont déjà fait: Mario Monti en Italie, Angela Merkel, en Allemagne ou encore le ministre des affaires étrangères polonais Radoslaw Sikorski, se sont prononcés en faveur d’une logique fédérale. Les partis politiques européens doivent également prendre position, au-delà de l’initiative transpartisane du groupe Spinelli. Ce sera au Parlement européen, dans sa formation ordinaire ou étendu à une constituante, que se jouera une partie essentielle de la bataille. La société civile, enfin, sera décisive dans ce combat, car elle seule est à même d’accélérer le changement. Comment y parvenir? Associations et simples citoyens, exprimons notre volonté de donner un contenu et une légitimité politiques plus fortes à l’Union européenne. Faisons comprendre aux partis politiques que les solutions politiques fédérales ne doivent plus être renvoyés à un après-demain qui n’engage pas.

Mobilisons-nous par tous les moyens à notre disposition: réunions, conférences, label commun, médias et réseaux sociaux. Sur ce point, l’évolution des modes de communication et la possibilité d’atteindre des milliers voire des millions d’interlocuteurs à partir d’une source unique offre une opportunité historique de changer la donne en Europe. Enfin, constituons une charte qui explicite les points que nous défendons pour l’organisation future de l’Europe, et qui pourrait faire l’objet d’une pétition ouverte à tous ceux, experts ou non, désireux de s’engager en faveur du projet européen.

La crise nous impose de redéfinir notre modèle économique et social mais aussi notre modèle politique. Nous ne pouvons nous en remettre à l’option du repli qui sera celle des choix subis et imposés par d’autres. Il y a aussi la voie de l’indépendance et de l’union, celle d’une logique fédérale qui nous mènera à nous réformer en préservant l’essentiel, et notamment notre modèle humaniste.

Tout cela n’est pas seulement affaire de sens, ou de vision, mais aussi et surtout de courage. Si elle veut être comprise et écoutée de des citoyens, des marchés et du reste du monde, l’Europe doit clarifier son fonctionnement et réinventer son projet politique. Voilà quel est notre engagement !

Yves Bertoncini, secrétaire général de Notre Europe; Thierry Chopin, directeur des études de la Fondation Robert Schuman; Jérôme Cloarec, président de l’Atelier Europe; Jean-François Jamet, porte-parole d’EuropaNova; Thomas Klau, directeur du bureau de Paris du European Council on Foreign Relations; Dominika Rutkowska-Falorni, secrétaire générale du Mouvement européen.

Initialement publiée ici.

Samedi 10 mars: États généraux de l’ Europe !

L'Atelier se joint au rassemblement de la famille européenne en participant, comme partenaire,

aux États généraux de l'Europe,

ce samedi 10 mars 2012

à Sciences-Po (Paris 6),

de 9h à 19h.

C'est un forum exceptionnel pour débattre de nos idées, comme simples citoyens mais aussi en la présence de candidats à l'élection présidentielle.
Vous trouverez de plus amples information en téléchargeant le programme.

Nous vous attendons nombreux!

L'équipe de l'Atelier Europe

Lire également la tribune  De l'Europe des États à l'Europe des citoyens

La France, l’euro, l’Europe – Propositions européennes pour le prochain Président

L’Europe ne tient presque aucune place dans la campagne présidentielle, ce qui ne surprend guère. Éviter les sujets qui fâchent, c’est le b. a. ba de toute campagne électorale, et l’Europe reste le champ d’affrontement de deux grands idéaux: indépendance nationale contre union et fédération des peuples. Les Français savent que la France n’a pas le choix entre l’appartenance et la non-appartenance à l’Europe et, pas plus aujourd’hui qu’hier, ne souhaitent sortir de l’Union européenne. Mais une campagne présidentielle repose sur le postulat de l’omnipotence du peuple souverain; l’appartenance à l’UE, quant à elle, impose des contraintes et réduit la liberté d’action de la nation, singulièrement en matière économique. Cette tension est particulièrement marquée à gauche: d’où, sur fond de quasi-absence de discours européen chez tous les principaux candidats, les récentes prises de position du Parti socialiste, telle l’abstention lors du vote établissant le Mécanisme européen de Stabilité (MES), principal outil destiné à combattre la crise de l’euro, ou la volonté déclarée de François Hollande de renégocier le Pacte budgétaire tout juste adopté par 25 États membres1. Un candidat socialiste ne saurait répudier ouvertement le jacobinisme économique d’une majorité de ses électeurs, cette ambiguïté dut-elle entretenir – à juste titre – la défiance à son égard des principaux partenaires de la France.

Il y aurait pourtant beaucoup à redire sur la stratégie adoptée par l’UE depuis deux ans pour combattre la crise de l’euro. Cette stratégie repose sur la conviction, réelle ou affichée, que la solution à cette crise consiste à résorber immédiatement les déficits publics des États. Que cette analyse soit fondamentalement erronée, des économistes qui n’appartiennent pas tous au PS, et qui pour certains ne sont même pas européens, l’écrivent depuis deux ans2, et les événements leur ont donné raison: les cures d’austérité imposées non seulement à la Grèce, mais à une majorité de pays européens, ont non seulement replongé l’Europe dans la récession, mais n’ont en outre rien fait pour restaurer la confiance des acteurs économiques et des marchés dans la monnaie européenne, bien au contraire. Les États européens réussiront sans doute, pour la plupart, à remplir leurs objectifs de réduction des déficits, au prix d’un appauvrissement durable (particulièrement dans les États situés à la périphérie du Continent, notamment au Sud), et sans que l’euro s’en trouve le moins du monde viabilisé – même en faisant abstraction du cas grec.

Oui, il y aurait beaucoup à redire; mais la solution à cette crise européenne est nécessairement européenne et incompatible avec un repli sur la nation ou sur l’idéologie. Les failles structurelles de l’euro, qui dépassent largement le cas grec, ont été analysées3 et sont principalement au nombre de trois, à savoir: l’interdiction du financement des États par la Banque centrale européenne; les relations de codépendance entre grandes banques et gouvernements nationaux; l’absence de mutualisation des dettes des Etats. Si la BCE semble avoir trouvé, via le financement direct des banques rachetant ensuite de la dette publique, un moyen partiel de contourner la première interdiction, le caractère strictement national du financement des États et l’absence de contrepartie au niveau européen demeurent la faiblesse essentielle de l’union monétaire.

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