Inflation: l’État nous ment-il?

Margareth Thatcher et l'inflation (source : http://www.guardian.co.uk/business/2011/jan/16/inflation-the-old-enemy-frightened)Si l’on en croit les chiffres officiels, l’inflation n’a jamais été aussi faible en France et dans la zone euro: suivant l’INSEE, les prix à la consommation ont effet augmenté de moins de 2% par an en moyenne depuis 1999 (1.8% d'évolution moyenne annuelle en France entre 1999 et 2010).

Pourtant, le ressenti de nos concitoyens ne reflète pas ce constat. Un article récent, qui comparait les prix de bien de consommation courante sur la base d’un ticket de caisse de la fin des années 90 et en déduisait une hausse des prix bien supérieure en moyenne (de l’ordre de 4% par an), a eu un certain retentissement sur la toile. Certains partis politiques, comme le Front National, font d’ailleurs leur beurre sur le sujet: cette prétendue hausse rapide des prix est ainsi au cœur de l’argumentation du FN en faveur du retour au Franc. Ce parti observait ainsi pendant la campagne de 2012 les prix de quelques biens de consommation courante depuis l’introduction de l’euro, en déduisant une hausse des prix sans commune mesure avec celle des revenus.

Peut-on vraiment s’arrêter à de telles comparaisons? Sont-elles simples ou bien simplistes? Les chiffres basés sur un ticket de caisse sont forcément très partiels (comment analyser l’évolution des prix en général à partir du prix du café et de l’eau minérale ?) et ne reposent sur aucun chiffre solide Or, sur la base d'une analyse sérieuse, en prenant les données précises et observées fournies par l’INSEE, on obtient des chiffres bien différents: le prix du pain a augmenté en moyenne de 2.7% par an entre 1999 et 2010, à comparer à 7.0% par an en moyenne entre 1970 et 1999, 4.8% par an en moyenne entre 1980 et 1999…

Certes, le pouvoir d'achat s'est dégradé en apparence pour certains ménages mais la critique des chiffres de l’INSEE est infondée: le biais de perception entre inflation réelle et inflation perçue a été étudié en détails et confirme la validité des mesures de l’INSEE: on perçoit plus l’évolution du prix des biens qui coûtent peu mais que l’on achète souvent – fruits et légumes, pain, essence… – que ceux que l’on achète rarement – hifi, téléphonie…: or les matières premières et les produits agricoles ont vu leur prix croître fortement sur les marchés mondiaux depuis 10 ans, tandis que les biens plus onéreux et moins souvent achetés ont vu leurs prix baisser. Au contraire, face à cette évolution, la hausse de l’euro nous a largement protégés!

Alors cessons d’attribuer à d’autres les causes de nos faiblesses, et de faire de l’euro ou de l’INSEE des boucs émissaires. Il n’y a pas de complot d’Etat destiné à cacher la vérité sur les prix aux citoyens et à manipuler les statistiques. On ne peut consommer que ce que l’on produit, et le pouvoir d’achat n’est pas une question de prix, mais de productivité et de croissance. Ce sont là les vrais débats.

L’Europe et le monde : quelle politique étrangère pour l’Union européenne ?

Equipe_diplomatie-2013Dans le cadre de son partenariat avec le
Master affaires européennes de Sciences Po, l’Atelier Europe avait
proposé aux étudiants pour l’année universitaire 2012-2013 de
s'intéresser à l'avenir de l'Union européenne.
Deux projets avaient été retenus et ont été présentés le 24 mai dernier à Sciences Po.
Voici le second:

L'Europe et le monde : quelle politique étrangère pour l'Union européenne ?

L'Europe et le monde : quelle politique étrangère pour l'Union européenne ? from Atelier Europe on Vimeo.

Nous adressons nos plus vives félicitations à Nicolas Jenny, Polina
Khomenko, Joseph Richard et Miriam Tardell pour le brillant travail.

 

 

Le premier projet Des traditions politiques nationales au fédéralisme se trouve .

 

Thomas Mimra
Quentin Perret
Responsables des projets collectifs pour l’Atelier Europe

Des traditions politiques nationales au fédéralisme

Equipe_federalisme-2013Dans le cadre de son partenariat avec le
Master affaires européennes de Sciences Po, l’Atelier Europe avait
proposé aux étudiants pour l’année universitaire 2012-2013 de
s'intéresser à l'avenir de l'Union européenne.
Deux projets avaient été retenus et ont été présentés le 24 mai dernier à Sciences Po.
Voici le premier d'entre eux:

 

Des traditions politiques nationales au fédéralisme

 

From national political traditions to European federalism by Atelier_Europe

Le résumé:

Des traditions politiques nationales au fédéralisme européen.pdf by Atelier_Europe

Nous adressons nos plus vives félicitations à Christian Freudlsperger,
Cristina Juverdeanu et Isabel Winnwa pour leur brillant travail.

 

Le second projet L'Europe et le monde : quelle politique étrangère pour l'Union européenne ? se trouve .

Thomas Mimra
Quentin Perret
Responsables des projets collectifs pour l’Atelier Europe

Fédéralisme et diplomatie européenne au menu : les projets

Dans le cadre de son partenariat avec le
Master affaires européennes de Sciences Po, l’Atelier Europe avait
proposé aux étudiants pour l’année universitaire 2012-2013 de
s’intéresser à l’avenir de l’Union européenne.
Deux projets avaient été retenus et ont été présentés le 24 mai dernier à Sciences Po.
Si vous n’aviez pas pu venir, les voici:

« Des traditions politiques nationales au fédéralisme »
Par une étude comparative d’au moins quatre pays de l’UE, les étudiants devront, après avoir défini le sens (et l’acceptation) du fédéralisme dans chacun des États étudiés, analyser l’évolution de ce concept / réalité politique au cours des dernières années, notamment le rôle de la crise dans la prise de conscience / rejet du fédéralisme. Une deuxième partie de l’étude devra être plus prospective, et analyser les domaines sur lesquels une avancée fédérale aura un impact. Quelle perpétuation de l’axe franco-allemand dans une logique fédérale? Quels abandons de souveraineté à moyen et long termes ?

Etude en PDF anglais et FR

« L’Europe et le monde: quelle politique étrangère pour l’Union européenne? »
Le renforcement des moyens d’action extérieurs de l’Union européenne représente l’une des évolutions les plus caractéristiques de la construction européenne depuis 20 ans. Avec l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, l’UE s’est dotée d’un Service européen d’action extérieur (SEAE) dirigée par le Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité (actuellement Catherine Ashton) et fusionnant les fonctions de diplomatie autrefois réparties entre la Commission et le Conseil.

Toutefois, la politique étrangère et de sécurité demeure un domaine partagé avec les États membres, qui conservent chacun leur propre diplomatie, disposent de l’essentiel des moyens de défense, et dont l’accord, via le Conseil, est impératif pour valider les initiatives du Haut représentant. Il convient dès lors de s’interroger sur les modalités concrètes de la politique extérieure de l’UE: existe-t-il des intérêts et des objectifs spécifiquement européens? L’UE dispose-t-elle d’ores et déjà d’une politique extérieure réellement autonome (si oui, quel est son domaine et quelles sont ses limites)? Comment l’interaction réciproque des politiques extérieures de l’UE et des États membres peut-elle évoluer à l’avenir ?

Photo équipe diplomatie Documentaire audiovisuel

Les étudiants ont présenté leurs études le 24 mai à Sciences Po, et nous sommes heureux de vous partager le fruit de leur travail.

 

Thomas Mimra
Quentin Perret
Responsables des projets collectifs pour l’Atelier Europe

L’éléphant dans la pièce : Le mantra identitaire en Europe

256px-Holbein-erasmusPour que l’Europe surmonte ses contradictions internes, pour qu’elle s’ancre dans le cœur de ses citoyens, il faut refonder sa base idéologique.

L’Europe est à bout de souffle. Le désamour européen grandit chaque jour davantage sur fond de déclassement économique. La nécessaire refonte des institutions a déjà été maintes fois vantée, et elle est déjà enclenchée quelque peu forcée par les secousses monétaires et financières. Mais, voilà, les réformes sont partielles car essentiellement techniques et en contournant la dimension politique où le consensus n’est plus. Alors, que faire? La réponse des pro-européens est généralement de deux natures. Celle des tenants de l’orthodoxie institutionnelle: le franco-allemand! La méthode Monnet! Vite, un nouveau Delors! Or, la méthode Monnet est en phase terminale dans une Europe à vingt-sept Etats et aux compétences élargies dont on conteste la légitimité. Et l’histoire ne repasse pas les plats. Celle des utilitaristes, en général géo-stratèges à leurs heures (gare au péril jaune!), convaincus que l’Homme européen, cet enfant des Lumières, sera touché par la grâce post-nationale par la seule intervention de la raison; on parle alors de projets (ah, l’Airbus pour faire la nique aux Américains!), d’efficacité économique (Adam Smith et ses saintes économies d’échelle), etc. Or, l’Europe bute contre un mur aux facettes multiples et pas seulement liées à la satisfaction de l‘homo economicus triomphant, ce leurre que l’Europe a fait sien à ses dépens. Surtout, la perte de la référence nationale inquiète, on voudrait nous pousser à l’infidélité vis-à-vis de ce vieil amour mais quelle peut bien être cette maitresse que nous choisirions par prudence?

Alors, évidemment, demeure l’alternative contestataire. Il est séduisant ce fourre-tout médiatico-populaire où, comme dans nos souvenirs d’enfance, tout se confond dans un joyeux dédale de références passées. C’est souvent une déclinaison sur le mode du social souverainisme, lequel nous a pourtant conduit à l’impasse de la dette, et puis ce n’est pas vraiment l’idéal de la liberté et de l’émancipation; mais si cela fonctionne, c’est parce que cela touche à un ressort profond, soit l’identité. Un lieu commun, peut-on objecter. Mais, l’Europe a laissé l’idéologie, ce terme passé de saison depuis qu’on a cru à la fin de l’histoire, mais qui est pourtant bien le substrat du politique, aujourd’hui en jachère de sorte que les fondements du projet européen sont ceux de l’Après-Guerre et ne parlent pas aux générations du XXIe siècle. Or la question idéologique en Europe, du fait d’un espace politique plurinational, multi linguistique et aux contours flous, est celle de l’identité.

Notre postulat est clair: aucune réforme d’ensemble ne sera possible tant que la question identitaire ne sera pas résolue. La question de la légitimité même de l’Europe, et partant de son existence à terme, ne pourra être résolue que par une réponse identitaire. Il est là, l’appel du peuple traversé par des aspirations contraires, du régionalisme au nationalisme, et que, pourtant, seule l’Europe peut concilier dans un ensemble cohérent. De là pourra se dérouler un jeu complexe et imbriqué entre l’idéologie et l’efficience institutionnelle du système européen. Une fois conscients de notre identité commune, ce qui est le préalable, la traduction institutionnelle de l’ensemble ainsi produit ne peut être qu’un compromis entre l’efficacité de la décision, soit la verticalité (telle l’idée de l’Europe parlant d’une seule voix), et le respect des différentes strates identitaires, du local à l’européen via le national. Ce compromis qu’on appelle fédéralisme et qui est aujourd’hui tant vilipendé.

 

Jérôme Cloarec et Camille Roux

Image: Wikimedia