Présidence espagnole – Rencontre avec Bruno Delaye, Ambassadeur de France en Espagne, et François Bonet, premier conseiller

Espagne2010-Logo

L’Atelier Europe a eu le privilège d’être reçu par Son Excellence Monsieur Bruno Delaye et son premier conseiller, François Bonet, à l’Ambassade de France à Madrid.

En ouverture à l’entretien, très ouvert et direct, l’Ambassadeur a rappelé que l’Espagne est un exemple d’intégration dans l’Union européenne, notamment grâce aux Programmes intégrés méditerranéens (PIM) d’où le fort consensus pro-européen chez la majorité des Espagnols.

Les bénéfices financiers de l’Union ont permis le décollage économique et la modernisation du pays, favorisés à la fois par les fonds structurels dont l'Espagne a été l'un des principaux bénéficiaires, et par le marché intérieur (l'essentiel du commerce espagnol se fait en UE).

Cependant, une prise de distance commence à émerger, qui pourrait bien s'accroître avec les nouvelles perspectives budgétaires européennes. Par ailleurs, le "modèle espagnol" tant célébré dans l'UE semble s'être essoufflé, l'Espagne se trouvant reléguée dans la catégorie des PIGS… Surtout, les mesures draconiennes de redressement budgétaire qu'elle a dû prendre sous pression de l'UE souvent vécues comme injustes, l'Espagne fait partie des élèves les plus disciplinés de l'UE en la matière, avec une dette encore inférieure de 20 points à la moyenne euro, risquent de détériorer franchement l'image de l'UE. Par ailleurs, les eurodéputés sont aujourd’hui nommés à l’échelle nationale pour défendre les intérêts nationaux, ce qui rend leur légitimité faible au niveau local, dans un pays très décentralisé. Enfin, le système de vigilance financier européen semble défaillant aux yeux de la population (cf. crise grecque).

L’Ambassadeur estime que la Présidence espagnole est menée honnêtement, et a été bien préparée. Comme beaucoup de nos interlocuteurs, il relève cependant les difficultés externes qui ont contraint les ambitions de la PEUE: la gestion de la catastrophe en Haïti, sur laquelle l'Espagne est restée peu visible, une nouvelle Commission installée seulement mi-mars, la crise financière internationale, et économique en Espagne, ce qui incite le chef du gouvernement à traiter en priorité la politique nationale.

De même, le sommet des Ministres des Affaires étrangères de l’UPM du 6 juin reporté pour cause de tensions israélo-arabes, malgré un travail intense du MAE espagnol, Miguel Moratinos, pour apaiser les différentes parties (le MAE israélien Lieberman était en déplacement à Madrid lors de notre voyage d’étude), ajoutée à la déception causée par l'annulation du voyage du Président américain à Madrid à l’occasion du sommet annuel UE-Etats-Unis.

Mais le principal défi de l’Espagne pour les prochains mois résidera principalement à réduire ses déficits publics, tout en redémarrant son économie. A ce sujet, le sommet UE-Amérique latine est une opportunité pour des bénéfices économiques croisés de pays européens, l’Espagne ayant besoin d’investissements structurels dans des secteurs prometteurs.

Tout comme le voyage en Suède, et les ouvertures d’horizon sur la Baltique, le voyage en Espagne et les rencontres diplomatiques sont l’occasion pour l’Atelier d’affiner notre connaissance de sphères d’influence propres aux pays visités.

Rédigé par :

Partager cet article

Poster un commentaire