Grèce / euro : le chantage de la troisième voie
18 Juin

Grèce / euro : le chantage de la troisième voie

Face à la détérioration de sa situation économique et financière, et en l’absence de réformes tangibles, la Grèce semble confrontée au dilemme suivant : poursuivre dans la voie de la rigueur et des réformes structurelles en espérant que celles-ci produisent des résultats ou faire défaut sur sa dette et quitter l’euro. La victoire des conservateurs ce dimanche, lesquels devraient gouverner avec les socialistes, suggère que la première branche de l’alternative va être privilégiée. Mais rien n’assure que cette situation soit durable, et après les incertitudes de ces derniers jours, le calme qui devrait suivre permet de reposer clairement les termes du débat. Il est certain que si la Grèce sort de l’euro, elle fera défaut sur sa dette, libellée en euro : soit parce que l’effondrement de la nouvelle Drachme par rapport à l’euro rendra illusoire toute perspective de remboursement en euro, soit parce qu’une décision unilatérale de rembourser la dette en Drachme équivaudra à rembourser moins une fois la conversion en euro effectuée, c’est-à-dire à faire défaut de facto. Il est donc entendu que la sortie de l’euro conduirait donc au défaut souverain. La réciproque n'est pas aussi limpide. En effet, en cas de défaut souverain, aucune disposition légale n’obligerait la Grèce à sortir de l’euro : aucun article des Traités n’interdit à un pays de la zone euro de ne plus rembourser sa dette , et il n’existe pas de mécanisme d’exclusion de la zone. D’un point de vue économique et politique, la question est plus complexe. Faire défaut sans sortir de la zone euro poserait deux difficultés : d’un point de vue politique, il faut rappeler que la dette grecque est aujourd’hui largement « publicisée », puisqu’elle est détenue par l’UE (soit par le FESF), la BCE et le FMI. Autrement dit, si la Grèce refusait de rembourser, elle ferait subir plusieurs dizaines de milliards d’euro de pertes aux autres Etats membres, qui verraient leurs dettes publiques augmenter d’autant. Nul doute que la position de la Grèce s'en ressentirait, elle deviendrait un pays paria, n’ayant plus voix au chapitre dans la décision européenne et qui se verrait marginalisé en toutes circonstances. D’un point de vue économique, les banques grecques détiennent encore de nombreux titres grecs (sur lesquelles elles ont accepté de subir un « haircut » (décote) substantiel), que la BCE accepte comme collatéral pour les refinancer, c’est-à-dire pour leur apporter des liquidités. En cas de défaut, la valeur de ces titres deviendrait nulle, et les banques grecques se verraient priver de l’accès aux liquidités de la BCE, créant un risque de « bank run », et d’explosion du système bancaire grec. Néanmoins, la perspective d’un défaut sans sortie de l’euro présenterait trois avantages. Tout d’abord, la Grèce éviterait les affres de la transition (fuite de capitaux, montée des taux d’intérêt, risque d’hyperinflation, etc.). Ensuite, elle continuerait à bénéficier de la stabilité apportée par la monnaie unique (stabilité qui pousse des petits pays comme le Kosovo, Andorre ou le Monténégro à adopter unilatéralement  l’euro comme monnaie officielle, sans même appartenir à l’UE).  Enfin, et c’est le facteur nouveau et décisif depuis quelques mois, l’austérité imposée par la Troïka (UE/BCE/FMI) paye et la Grèce est maintenant proche de l’équilibre primaire, ce qui signifie qu’avant d’avoir à payer les intérêts sur sa dette, les dépenses du gouvernement sont couvertes par les recettes. Ainsi, dans l’hypothèse où la Grèce ferait défaut, il est certain qu’elle se verrait privée de l’accès aux bailleurs privés ou public, mais cela n’emporterait pas de conséquences très sensibles puisque les dépenses seraient financées (tandis qu’un pays en déficit primaire – comme la France – qui ferait défaut se retrouverait rapidement en cessation de payement). Tout bien pesé, il n’est pas impossible que le gouvernement grec puisse un jour être tenté par cette troisième voie : ni sortie de la zone euro, ni remboursement de la dette publique. Ou, plus cyniquement, qu’il utilise cette option comme un moyen de chantage envers ses créanciers publics pour obtenir un assouplissement des conditions qui lui sont...

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L’Europe, sur la route d’une homogénéité fiscale

Après la crise financière qui aura permis de pointer du doigt les paradis fiscaux en Europe et ailleurs, la crise économique amène aujourd’hui à sensibiliser les pays de l’Union à une homogénéisation de la fiscalité, pour éviter des sorties conséquentes de ressources nationales alors que le plus gros des budgets reste encore le budget national. En effet, un certain nombre de différences historiques et stratégiques entre les pays de l’Union, qui font certes leur identité, entrainent des divergences de priorités traduites par des écarts de fiscalité. Ces écarts de fiscalité entrainent en temps de crise économique des concurrences au sein même de l’Union et de la zone euro. Reprenant l’orientation fiscale de certains grands pays de l’Union et les postes principaux de budgets nationaux, nous pourrons mettre en évidence les points de concurrence entre certains pays membres, l’avancée vers l’homogénéisation et les conséquences de celle-ci pour l’Europe, sur le plan domestique et face à la concurrence mondiale. 1) Orientation fiscale de certains pays d’Europe Plusieurs critères vont déterminer la fiscalité d’un pays. L’offre et la demande, la politique et ses politiques, les difficultés auxquelles il doit faire face, sa stratégie de développement à moyen ou long terme. Il est important de savoir ce qui est fiscalisé dans un pays. Les deux grandes catégories d’imposition sont l’imposition directe (IR, IS, impôt sur le patrimoine) et l’imposition indirecte (TVA, TIPP, droits de succession). Impôts indirects (59,8 %), dont:• la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) (50,6 %) ;• taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP) (4,5 %) ;• autres: notamment les droits de succession (4,7 %). Impôts directs (40,2 %), dont:• impôt sur le revenu (IR) (16,8%) ;• impôt sur les sociétés (IS) (17,8 %) ; • autres: notamment la taxe sur les salaires et l’impôt de solidarité sur la fortune (5,6 %). Il est aussi possible de catégoriser ces impôts selon qu’ils sont prélevés: a) Sur un patrimoine détenu à une date donnée, b) Sur des revenus perçus durant une période définie, c) Au moment d’une opération de mutation d’un bien. Quelle est donc la philosophie d’une imposition sur l’une ou l’autre de ces catégories? Pour l’impôt sur les mutations (c), il s’agit de financer les organismes ou institutions de l’Etat garants des structures permettant la consommation ou la réalisation des mutations. Pour l’impôt sur les revenus (b), il s’agit de mutualiser le paiement du coût des prestations sociales (santé, retraite..). Enfin, l’impôt sur le patrimoine, est une solidarité de ceux qui ont pu transformer des revenus transgénérationnels en bien familial pour l’un ou l’autre des postes cités ci-dessus. Il est ainsi facile de comprendre que les variables de taille de la population, de rémunération et de déficit budgétaire font balancer les recettes et les dépenses d’un pays et qu’un emprunt maitrisé permet de rester propriétaire d’une partie de son patrimoine public ou privé. Dès lors, il est aisé de comprendre que les mentalités nationales ont entrainé des politiques fiscales différentes entre pays de l’Union européenne. D’autre part, les faits historiques ont contraint certains pays à changer d’orientation et de stratégie fiscale, instaurant ainsi un nouveau schéma fiscal en avance ou en retard aujourd’hui par rapport aux autres pays de la zone. Ainsi l’Allemagne a du faire face à la réunification en 1989 et effectuer des réformes bien avant la crise actuelle. En 1992-93, la Suède a du faire face à la faillite de son système bancaire due à l’éclatement de la bulle financière et immobilière dans ce pays. La Finlande enfin a du faire face à un chômage insupportable dans les années 90 et retrouver une nouvelle stratégie de croissance. Aujourd’hui la crise financière a démontré la nécessité pour certains pays de faire à leur tour de grandes réformes pour recouvrer des fondamentaux de croissance et être de nouveau compétitif face au nouvel ordre mondial. Il est intéressant de remarquer que les pays qui ont déjà instauré leurs réformes ont une fiscalité sur les revenus importante (59% au Danemark et en Suède, 53% en Finlande) mais une grande flexibilité du travail et une plus grande contribution citoyenne au financement social. Pour autant les salaires sont conséquents dans ces pays et le niveau de vie élevé puisque ce sont des pays à balance commerciale excédentaire. D’autres pays qui n’ont pas encore totalement appliqué leurs réformes et qui ont subi une crise économique et de croissance récente restent basés sur une fiscalité à tiroirs qui n’est plus adaptée à un monde très mobile qui demande une simplicité et plus grande efficacité. Il en découle une concurrence interne à l’Union européenne entre pays à forte fiscalité offrant certes un confort de vie et des pays à faible fiscalité, bien souvent à faible population et qui ont besoin de se développer. De ce fait la migration se fera selon des critères multiples et parfois difficiles à déchiffrer et parfois même éloignés de ses propres compétences et envies. 2) Points sur la concurrence fiscale entre pays de l’Union européenne L'adhésion au marché unique et à l’Union économique et monétaire en Europe augmente les risques de concurrence fiscale via la mobilité des capitaux, la fiscalité restant un des seuls instruments aux mains des États, qui établissent leur taux d'imposition en fonction de celui des voisins. Les effets de cette concurrence sont déjà visibles. L'impôt sur la fortune tend à chuter ou à être supprimé dans la plupart des pays européens (reste l’ISF en France). L'impôt sur les sociétés a eu tendance à diminuer et la TVA à augmenter. Celle-ci taxe en effet autant les biens importés que ceux produits localement permettant ainsi le financement des biens publics, alors que la baisse de l'impôt sur les sociétés favorise la production locale. Certains pays vont favoriser une faible imposition sur les revenus professionnels (1/8 des revenus pour l’Irlande, la Pologne, la Hongrie ou la Roumanie) pour attirer ce que l’on appelle les cerveaux. La priorité de ces pays est le développement. D’autre part, pour permettre d’attirer les capitaux, les petits pays de l’Union n’hésitent pas à baisser leur impôt, puisque pour une même diminution du taux d'imposition, les capitaux attirés sont plus importants en valeur relative pour un petit pays. D’autres pays vont favoriser l’implantation ou la création d’entreprise comme l’Irlande ou la Suisse avec une faible imposition sur les sociétés (12,5%, la moitié ou le tiers de la majorité des pays de l’Union) pour attirer les sièges de sociétés européennes ou internationales. Enfin la TVA est certainement l’impôt le plus homogène en Europe (autour de 20% dans la plupart des pays), mais fait encore des heureux à taux bas comme en Suisse (8%) ou au Luxembourg et à Chypre (15%). La consommation intérieure de ces pays reste cependant faible à l’échelle de l’Europe entrainant ainsi une concurrence toute relative. Reste à considérer la concurrence fiscale entrainant la fuite de capitaux ou encore la non imposition du propriétaire. Cela peut représenter un enjeu important lorsqu’il s’agit de patrimoine conséquent ou de familles industrielles. Chaque pays a son atout pour pallier cela. En temps de crise, c’est à la fois un angle d’attaque qui obtient l’adhésion populaire et qui donne une image de fermeté d’un État. La solution la plus radicale ayant été trouvé aux États-unis, à savoir que les nationaux sont imposés sur leur patrimoine et revenus nationaux, du fait de leur nationalité et non pas de leur résidence fiscale. Ces différentes stratégies fiscales ont des conséquences domestiques au sein de l’Union mais aussi face aux autres nations hors de l’Europe. 3) Les conséquences d’une homogénéisation de la fiscalité en Europe Les décisions européennes en matière fiscale se prennent à l'unanimité au niveau du Conseil des ministres, d'où les faibles avancées en la matière. La question est de savoir si cette harmonisation se fera par le haut ou par un processus de concurrence. D’autre part, il semble...

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Mario Monti va-t-il sauver l’Italie?

À l’automne, l’Atelier Europe écrivait qu’il ne fallait pas mettre tous les « PIIGS » (Portugal, Italie, Irlande, Grèce, Espagne) sur le même plan : là où la situation de la Grèce apparaissait à bien des égards dramatique, les autres « PIIGS » présentaient chacun des faiblesses évidentes, mais également des avantages relatifs indéniables (une dette relativement modérée en Espagne et au Portugal, des ressorts de croissance en Irlande, un budget contrôlé en Italie…). Ce constat a été validé par les faits: tandis que la dette de la Grèce a été restructurée et qu’un défaut complet n’est pas exclu, les autres « PIIGS » tiennent le choc, en partie il est vrai grâce au soutien indirect de la Banque Centrale Européenne, très active (quoique bien moins que la Fed par exemple) sur le marché secondaire de la dette souveraine. Il faut bien sûr se garder de tout optimisme excessif, mais constatons simplement que les mois à venir vont être cruciaux et vont sans doute déterminer l’issue de la crise. En effet, l’Espagne, l’Italie, l’Irlande et le Portugal ont mis en œuvre des réformes ambitieuses, tant sur le front de la rigueur que de la croissance, mais reste à savoir si ces pays bénéficieront de quelques mois de répit sur le front des marchés pour que ces réformes puissent commencer à porter leurs fruits. Il importe pour cela que les marchés se convainquent que les réformes adoptées ramènent les pays en question sur le chemin de la soutenabilité. La combinaison rigueur budgétaire / réformes structurelles est en effet probablement la seule voie possible pour sortir de la crise. Les néo-keynésiens emmenés par Krugman ont beau jeu d'affirmer que la rigueur est dangereuse en bas de cycle, et la relance lui est certes peut-être préférable, mais si et si seulement des marges de manœuvre existent, ce qui n’est plus le cas après des décennies de keynésianisme dévoyé. Et aux esprits chagrins qui observent la baisse de la production qui en résulte, on doit hélas répondre que ces pays ont vécu au-dessus de leurs moyens trop longtemps, en recourant de manière excessive à l’endettement public et privé, et que l’ajustement qui se produit aujourd’hui constitue un rattrapage inévitable. L'équilibre est complexe à trouver, et les temps à venir seront de toute façon très difficiles, mais on ne construit rien sur une faillite. À cet égard, l’Italie constitue sans doute le cas le plus intéressant, d’une part parce que parmi les pays en difficulté, il s’agit ce celui dont la dette en valeur est la plus élevée, rendant impossible un éventuel sauvetage par ses pairs, et d’autre part parce que les réformes que s’efforce de mettre en œuvre le gouvernement Monti constituent un modèle du genre. Beaucoup l’ont oublié, mais Mario Monti, après avoir été Commissaire européen au marché intérieur (Commission Santer) puis à la concurrence (Commission Prodi), a participé en 2008 à la rédaction du rapport Attali. Or si des 316 mesures proposées alors, rares sont celles qui ont vu le jour en France, il semble au contraire que Mario Monti en fasse son viatique et s’attaque aux nombreuses rigidités qui brident depuis trop longtemps la croissance de l’Italie (quasi nulle sur la décennie 2000-2010): les professions réglementées (taxis, notaires, etc.), les rigidités du marché du travail, l’enseignement supérieur, etc. S&P, en dégradant de deux crans la note italienne en même temps que la note française, bien plus que de son influence, a fait preuve de son incompétence et de son incompréhension d’enjeux complexes, où politique et économie s’entremêlent. Les marchés ne s’y sont pas trompés, infligeant à S&P un camouflet cinglant et achetant à nouveau de la dette italienne, le spread ne cessant depuis de se réduire. Reste à souhaiter que cette accalmie se poursuive: les réformes structurelles sont le seul ressort de la croissance de long terme, mais leurs effets ne sont jamais immédiats, et il faut que la confiance regagne les ménages et les entreprises italiennes pour qu’un cercle vertueux de production / consommation / croissance s’enclenche. Les prémices de cet enchaînement peuvent être aujourd’hui observées – rien ne permet en revanche d’être sûr que cela va durer. Souhaitons bonne chance à l’Italie et à Mario...

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Tous les « PIIGS » ne sont pas la Grèce: les marchés doivent faire preuve de discernement

Depuis que la Grèce ne se finance plus sur les marchés mais via les prêts accordés par l’UE ou le FMI, les marchés ont du se choisir de nouvelles cibles et parient désormais sur des défauts italien, espagnol, belge, voire même français. Les agences de notation suivent le mouvement (bien plus qu’elles ne l’anticipent ou l’entraînent) et dégradent, avertissent, s’inquiètent…amplifiant les hausses de taux d’intérêt sur les obligations souveraines de ces pays. Il serait injuste et improductif de rendre les marchés responsables des difficultés de financement des États. Qui voudrait confier ses économies à des pays dispendieux, incapables de présenter des budgets équilibrés, et qui gèrent leurs finances publiques dans des logiques diamétralement opposées à celle d’un « bon père de famille »? On ne rappellera jamais assez que les premiers responsables de ces difficultés sont les Etats eux-mêmes: personne ne les a obligés à s’endetter. Dès lors, pourquoi blâmer les « marchés » (un raccourci facile qui décrit un ensemble complexe d’opérateurs, du hedge fund au fonds souverain en passant par le détenteur de parts dans un fonds de pension, soucieux de son bas de laine)? Parce qu’ils ne jouent pas leur rôle comme ils le devraient et manquent de discernement en considérant qu’un « PIIGS » en vaut un autre, et qu’au sein de cette zone euro décidemment bien compliquée, à part l’Allemagne, il n’y a guère que des petits États somme toute assez peu sérieux. C’est un constat compréhensible par certains aspects, mais qui demeure simpliste. Oui, la Grèce est un État qui cumule de nombreuses difficultés qui rendent sa situation dramatique: déficits abyssaux, absence de structures étatiques solides propres à lever l’impôt, oligarchie, absence de relais de croissance, corruption, économie souterraine…jamais la Grèce n’aurait du rentrer dans l’euro et les autres États comme les institutions européennes portent une lourde responsabilité en la matière. Mais les autres PIIGS (Espagne, Italie, Irlande, Portugal) ou la Belgique sont dans des situations incroyablement différentes: la dette de l’Espagne est par exemple inférieure à celle de l’Allemagne; l’Italie est en excédent primaire; la Belgique, l’Espagne, l’Italie et l’Irlande disposent d’industries solides (mais inégalement réparties sur leurs territoires respectifs) ; l’Italie et la Belgique ont réussi à contenir depuis plusieurs décennies des dettes publiques très élevées, démontrant une certaine habileté dans la gestion de leurs finances publiques… Certes, tous ces pays souffrent de réelles faiblesses, au premier rang desquelles un déficit de croissance qui assombrit leurs perspectives, et dans une certaine mesure, la soutenabilité de leurs dettes publiques. Mais mettre à l’index leurs capacités de financement à court terme est une erreur, hélas potentiellement auto-réalisatrice. On peut se rassurer en se disant que les marchés ne s’éloignent jamais très longtemps de la rationalité: les perspectives de profits à réaliser avec des dettes espagnoles, française ou italienne finalement bon marché devraient les amener à y revenir. C’est là une vision optimiste: espérons qu’elle fasse mentir l’adage de Keynes « markets can stay irrational longer than you can stay liquid...

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Arnaud Montebourg ou l’ineptie du protectionnisme européen
18 Oct

Arnaud Montebourg ou l’ineptie du protectionnisme européen

Dans sa lettre à Martine Aubry et François Hollande, Arnaud Montebourg prêche pour un "protectionnisme européen, social et écologique". Il faut reconnaître aux deux destinataires le courage d’avoir su botter en touche dans leurs réponses et de ne pas avoir repris à leur compte la revendication de "démondialisation". "Démondialiser", comme le suggère Arnaud Montebourg, entraînerait des conséquences dramatiques tant pour l’industrie française, laquelle dépend largement des exportations, et a besoin de produits importés que la France ne sait pas ou ne peux pas produire, et de ce fait pour les salariés français également, que pour les ménages, lesquels seraient confrontés à une flambée du prix des produits importés (carburant, textiles, électronique…). L’Atelier Europe a déjà démontré la vanité d’une telle politique, et souhaiterait simplement montrer ici à quelle point les propositions d’Arnaud Montebourg participent d’un mensonge électoraliste qui entretient le déni de réalité d’une partie des Socialistes à l’égard de l’Europe. Arnaud Montebourg invoque un protectionnisme "européen" (sans doute en partie pour éviter de voir sa thèse trop rapidement rapprochée de celle du Front National): il affirme ainsi qu’ "éclairés" par la position française, les autres pays européens suivront et se rallieront à cette thèse. Arnaud Montebourg se place ici dans la droite ligne de Laurent Fabius, lorsque ce dernier réclamait en 2005 un traité "plus social". Il savait pertinemment que personne n’en voulait en Europe, ni évidemment les Anglais (opposés à un droit du travail trop contraignants), mais également ni les Scandinaves (attachés à un modèle protecteur dont ils ne souhaitaient pas débattre à Bruxelles), ni les nouveaux entrants (qui attirent des investissements et croissent grâce à la flexibilité de leur modèle). Pourtant, Monsieur Fabius a affirmé qu’il était possible d’harmoniser les politiques sociales européennes, d’avoir un SMIC européen, des législations communes, etc., comme si la France allait réussir à imposer aux autres la rigidité de son modèle plutôt que de se réformer. Monsieur Fabius connaissait la réalité, mais il l’a masquée à ses électeurs. Monsieur Montebourg se pose en digne héritier de cette méthode (est-ce là une énième résurgence du dogme mitterrandien du PS pris sur sa gauche?). Car il faut le dire et le répéter: jamais les autres pays de l’UE ne voudront adopter de barrières protectionnistes telles qu’il les propose: l’Allemagne croît grâce à ses exportations, comme les pays scandinaves, tandis que les Anglais ou les Néerlandais sont viscéralement attachés au libre-échange, qui assure leur fortune depuis des siècles. Les pays latins sont peut-être moins enthousiastes à l’égard de la mondialisation, mais ils savent pertinemment qu’il s’agit d’une évolution irréversible: il suffit de constater que les dirigeants socialistes de ces pays (Zapatero, Prodi il y a quelques années) ont toujours été plus proches du modèle "blairiste" que des socialistes français (ces derniers se gaussent en général quand on évoque Tony Blair, mais ils gagneraient sans doute à tirer les leçons de leur isolement sur la scène socialiste européenne). Bref, là où les Britanniques se placent à un extrême du spectre libre échangiste, la France se trouve elle aussi isolée mais à un autre extrême, protectionniste. Malheureusement, les Français ne semblent pas en avoir conscience ce qui laisse libre cours aux spéculations électoralistes. Dès lors, et Monsieur Montebourg le sait bien, même s’il refuse de l’avouer, la démondialisation devra se faire à l’échelle nationale, puisqu’elle ne se fera pas à l’échelle européenne. Est-ce faisable, alors que la France est dans le marché unique? La réponse est non, puisque la libre circulation des biens impose qu’une fois rentré dans l’UE (que ce soit à la frontière portugaise ou finlandaise), un produit y circule librement. Pour imposer de nouvelles taxes aux produits chinois, il faudra donc les imposer à la frontière française, et donc sortir du marché commun. Or ce dernier est le socle de l’UE: il faudra donc en sortir également (avec un effet dramatique sur nos exportations et nos importations, réseaux de transports, politique de concurrence, d’innovation, agricole, de développement…), abandonner l’euro (et donc faire le choix de l’inflation et de l’instabilité), et in fine se résoudre à devenir un petit pays en déclin et en repli. Arnaud Montebourg n’a pas eu le courage d’aller au bout de son raisonnement, et en cela, s’est rendu coupable d’entretenir l’idée d’un socialisme français phare de l’Europe, illusion dans laquelle s’enferme une partie des socialistes français. La France, comme toute démocratie, a besoin d’une opposition crédible et mérite donc mieux que cela. Souhaitons donc que le lauréat de la primaire du PS, Monsieur Hollande, se garde d'emprunter les chemins obscurs proposés par Monsieur Montebourg en matière économique.  ...

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Le Front National et la voie du déclin
17 Oct

Le Front National et la voie du déclin

Le Front National a fait de la sortie de l’euro l’un de ses chevaux de bataille dans la campagne pour l’élection présidentielle de 2012. Il a notamment publié un plan de sortie de l’euro, qui s’accompagnerait d’une dévaluation pour relancer l’économie française. L’Atelier Europe a déjà démontré l’ineptie des scénarios de retour au Franc, l’inflation et l’instabilité qu’ils entraîneraient, affectant durement et durablement les entreprises comme les ménages, à court comme à long terme. Nous souhaitons simplement ici rappeler ce qui pourrait être une évidence, à savoir que la dévaluation est le choix des faibles, de ceux qui ont capitulé car ils ne pensent plus être capables de produire mieux, donc font le choix de produire moins cher via une monnaie dévaluée. Certes, la dévaluation peut apporter une « bouffée d’air » à court terme , mais elle n’enrichit pas le pays qui la pratique (il vend plus au début – mais se fait payer dans une monnaie qui vaut moins – et son chômage baisse transitoirement – jusqu’à ce que les salariés se rendent compte qu’ils sont en fait moins payés en termes réels puisque l’inflation importée érode leur pouvoir d’achat) D’autre part elle le détourne des vrais enjeux, ceux de la compétitivité, telle qu’elle s’acquiert par l’innovation, les investissements dans la recherche et le développement, mais aussi le capital humain via la formation initiale et professionnelle… En résumé, tout ce qui permet à un pays de fabriquer de meilleurs produits et de fournir de meilleurs services, tout ce qui lui permet de devenir de plus en plus « price maker » (c'est-à-dire d’imposer ses prix sur les marchés internationaux car ses produits se distinguent suffisamment de la concurrence et sont peu sensibles au prix) et de moins en moins « price taker » (c'est-à-dire d’être obliger de mener une concurrence par les prix quand d’autres (et trop de) pays sont capables de proposer les mêmes produits).  La dévaluation proposée par le Front National n’apporte rien de tout cela : elle utilise au contraire l’euro comme bouc émissaire pour éviter de poser les bonnes questions, auxquelles le FN semble bien incapable de répondre. La France doit donc choisir entre la facilité et l’illusion du court terme qu’apporte la dévaluation compétitive, et la compétitivité à long terme, qui seule peut enrichir un pays et faire durablement croître la qualité de vie et le pouvoir d’achat de ses citoyens. C’est un choix difficile pour un homme ou une femme politique, car il faut convaincre les électeurs que la croissance durable passe par la rigueur à court terme, l’adoption de réformes qui obligent à certains coûts de transition. Peut-être cela distingue-t-il les hommes d’Etat des politiciens : le Front National et ses leaders ont tranché une fois de plus.  ...

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