Merkel, Tsipras, Adam and Eve
05 Fév

Merkel, Tsipras, Adam and Eve

Chancellor Merkel faces a solitude Germans have known in the past. One that is quite familiar to the ongoing Greek problem. In the XVIIe century, Europe argued notably over « the Paradox of the Fortunate Fall« , i.e. Adam and Eve’s eating-the-apple-sin strikingly followed by the promise of redemption. Milton gave a powerful interpretation of that sequence in Paradise Lost (Chapter XII, 1667). Adam speaks here: Full of doubt I stand, Whether I should repent me now of sin, By me done or occasioned, or rejoice Much more that much more good thereof shall spring — To God more glory, more good will to men From God — and over wrath Grace shall abound. Catholic priests in France or in Italy gave explanations for the contradiction of Adam « rejoicing » for a sin paired with such a positive outcome: death for mankind but greater redemption through eternal Paradise. German priests saw this rewarding mechanism as irresponsible and dangerous. Many refused to mention it in their sermons. Should Greece and Prime Minister Tsipras be rewarded today, in spite of their budgetary sins? A part of Europe seems to believe so. France, Italy, Spain, do not feel legitimate in sermonizing Greece as they also share the burden of a significant debt. French President François Hollande hailed the victory of Syriza while his Minister of Finance confessed a 4,4% deficit for 2014 a few days before. Where is this bankrupted self-congratulation taking us? The Adam and Eve lesson that evil necessarily turns into good has a certain mystical charm, yet today’s economy plays by different rules: interest rates, growing deflation, loss of influence. We need Germany’s moral resilience to remind us of Europe’s need for fiscal responsability and at the same time we should recognize that Greek families have paid a price for their mistakes those past two years: families lost between 25% and 40% of their monthly revenue, inflation spiked, unemployment rose to 30%. That social shock is harsh. If debt could be alleviated over time, how far should we go in restructuring current austerity measures? Greeks may deserve some redemption but not Paradise.  Michael Benhamou Source: Wiki...

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Ni martyrs, ni héros. Libres.
08 Jan

Ni martyrs, ni héros. Libres.

Nous souhaitons nous associer au deuil des proches des victimes du massacre perpétré à la rédaction de Charlie Hebdo. L’émotion, la colère dispute à la tristesse, nous saisit contre cette barbarie. A l’Atelier, nous contribuons, modestement, au débat d’idées et nous sommes révoltés que des Hommes puissent en payer le prix de leur vie, y compris dans notre pays pacifié. Car au-delà du drame personnel, c’est bien l’agression la plus brutale contre un fondement de notre République, la liberté d’expression, qui a été perpétrée. La presse a longtemps été surveillée par les autorités, on se souvient également de drames comme l’assassinat du directeur du Figaro en 1914 par Madame Caillaux, la femme du Ministre des finances, lequel était l’objet d’une campagne de dénigrement du même journal. Mais jamais, dans notre pays, des civils ont tenté d’anéantir physiquement une rédaction. On ne peut pas donner des coups de fusil aux idées, disait Rivarol, mais nous savons aussi qu’on peut abattre ceux qui les portent et leur institution, car Charlie Hebdo était bien, à sa décharge, une institution en tant qu’incarnation de l’esprit libertaire si propre à notre Nation. Notre premier devoir est de nommer cette nouvelle menace pour notre démocratie. Nous espérions que les idéologies totalitaires étaient mortes avec le siècle, mais la montée de mouvements non étatiques violents et utilisant le fondamentalisme religieux comme arme politique, nous oblige à repenser notre mode de défense. Il faut saluer en ce sens le travail de nos forces de sécurité et tous les moyens nécessaires doivent être apportés pour qu’elles puissent remplir leur mission, dans le respect du droit. Il faut aussi redoubler de fermeté et pratiquer la tolérance zéro contre toute forme d’atteinte à nos valeurs, le relativisme n’ayant pas de place dans ce combat. Il n’y aura pas de victoires ou de coups d’éclats définitifs contre cette menace. C’est hélas un processus long dans lequel nous sommes engagés. La tempérance est force, nous devons nous garder de discours haineux ou agressifs, de fustiger telle ou telle composante de la Nation, ce serait faire honneur à nos ennemis qui souhaitent nous diviser. On connaît le traquenard, comme dans les vieux bouquins de stratégie militaire : la guérilla ou l’image de la puce et du chien, quand de petites factions agissant sporadiquement sèment la terreur avec pour stratégie de déstabiliser un État. Au contraire, ce qui fait la force des démocraties, qui l’ont toujours emporté face à leurs ennemis, c’est la cohérence collective. Au-delà de la réponse sécuritaire et des discours, nous devons collectivement nous rapproprier la politique, au sens de la discussion et de la participation à la décision publique. Pour ce sujet, comme pour d’autres, le désintérêt croissant pour la politique, le désenchantement aussi créent les conditions de notre faiblesse car lorsque nous transigeons, par petits renoncements à nos valeurs communes, le pluralisme d’expression, la laïcité, la liberté sous toutes ses formes contre les atteintes physiques mais aussi morales, des discours haineux comme du monolithisme du politiquement correct, nous menaçons alors les fondements mêmes, et donc la pérennité de notre République. Nous sommes tristes aujourd’hui, mais nous sommes sereins, confiants en la force de notre démocratie, française mais aussi européenne car ce combat de civilisation ne peut se faire qu’à l’échelle continentale. C’est aussi avec gravité que nous recevons cet attentat car une fois de plus dans sa vielle histoire, notre pays paie le tribut de son engagement à l’avant front, à Paris comme partout dans le monde, pour la liberté. Sur les théâtres d’opérations comme en France, on veut nous décourager d’agir mais c’est précisément en restant fidèles à nous-mêmes et à nos valeurs, qu’à nouveau nous surmonterons l’épreuve....

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Non la Crimée n’est pas le Kosovo !
24 Mar

Non la Crimée n’est pas le Kosovo !

Pour mieux asseoir la légitimité de son coup de force, la Russie instrumentalise le précédent du Kosovo, en arguant que l’indépendance et le rattachement de la Crimée à la Russie résultent du même processus. Pourtant, cette argumentation est fallacieuse, et ce pour plusieurs raisons : Premièrement, en dépit de relations difficiles avec Kiev, la Crimée ne sort pas d’une décennie de politique d’oppression et de confiscation des institutions. Bien au contraire, elle jouissait, avant son annexion, d’un statut qui lui donnait une grande autonomie (rappelons ici que Milosevic avait enlevé cette prérogative au Kosovo). D’autre part, le vote malvenu du gouvernement transitoire de Kiev, qui prévoyait de supprimer le russe comme langue officielle, était effectivement un très mauvais signal pour la suite, mais la loi n’a finalement pas été promulguée. Enfin, il n’y a pas eu en Crimée de crimes contre l’humanité (nettoyage ethnique) à l’encontre des ressortissants ethniquement russes ou russophones. De ce fait, la protection des nationaux à l’étranger invoquée par la Russie ne peut pas s’appliquer ici. En aucun cas, cet argument ne peut légaliser une occupation de la Crimée par les forces russes (même si celles-ci prennent soin d’enlever leur écusson national devant les caméras), et encore moins une modification des frontières internationales (annexion) en quelques semaines, sans respect du droit international. Le processus d’indépendance du Kosovo a été progressif, encadré internationalement (par une résolution du Conseil de sécurité des Nation-Unies), pour répondre à des normes démocratiques élémentaires. Concernant l’intervention de l’OTAN, elle n’avait pas été autorisée explicitement par le Conseil de sécurité, mais la mission de l’ONU qui a pris place (à laquelle participaient d’ailleurs les Russes) l’a en quelque sorte validée a-postériori. Rien de tel en Crimée. La Russie s’était à l’époque opposée vigoureusement au processus d’indépendance du Kosovo au nom du respect de la souveraineté serbe. La Russie admet-elle donc aujourd’hui, en agissant ainsi en Ukraine, qu’elle a eu tort? Sinon, pourquoi ne pas reconnaitre aujourd’hui l’indépendance du Kosovo ? Il faut souligner également que le Kosovo avait revendiqué son indépendance et non son rattachement à l’Albanie. L’Albanie n’avait d’ailleurs pas non plus de visées intégratrices sur le Kosovo (on se rappelle par contre les grandes peurs alimentées autour du spectre de la « grande Albanie »). S’il fallait faire une comparaison avec la situation des Balkans, ce n’est pas au Kosovo qu’il faut comparer la Crimée mais plutôt à la République serbe de Bosnie (Republika Srpska): Moscou se comporte aujourd’hui comme Belgrade hier en menant une politique d’influence et de rattachement de territoires appartenant à des Etats voisins, dans lesquels se trouvent des populations ici serbes, là russes et/ou russophones. Pour finir, la différence (de taille) à ne pas occulter dans ce parallèle, est que les hommes politiques de Crimée n’ont heureusement pas le sang sur les mains qu’avaient les dirigeants de la Republika Srpska. Les représentants actuels de Crimée n’ont donc pas conduit de politiques criminelles, et en soi la volonté de sécession de la Crimée n’est d’ailleurs pas non plus criminelle. Mais pour ne pas tourner complètement le dos au droit international, il aurait par contre fallu que cette volonté sécessionniste soit conduite pacifiquement, démocratiquement et surtout dans le cadre d’un processus piloté par les grandes institutions internationales. Bref, tout l’inverse de ce que ce le coup de force russe a montré.   Joël Hubrecht Chargé de mission à l’Institut des Hautes Études sur la Justice (Paris) Image:...

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Ni gérontocratie de fait, ni jeunisme marqueté
10 Déc

Ni gérontocratie de fait, ni jeunisme marqueté

Appel pour un renouveau générationnel dans la classe politique européenne Les prochaines élections européennes ne sauraient se résumer à un simple conflit générationnel. L’urgence est toute autre, l’UE est menacée dans son existence même. Dernière avanie en date: les sondages pour les Européennes laissent entrevoir un résultat électoral désastreux pour la construction de son unité politique, laquelle est le fruit de plusieurs décennies d’un effort commun et, précisément, pluri-générationnel. Partout, ou presque, un parti contestataire va incarner la 3e force politique, si ce n’est la 1ère comme ce sera peut-être le cas en France, et on observe une génération de leaders pétrifiée à l’idée d’affronter cette vague sombre. Tout simplement parce que cette génération-là s’est forgée dans des postulats qui ont été emportés avec le siècle: la croyance en un projet européen linéaire (la méthode Monnet comme chemin de Damas menant à l’unité européenne), la conviction que les conditions idéologiques de la paix de 1945 marquait la fin de l’histoire morcelée et violente du continent et enfin l’idée que l’on pouvait intégrer l’Europe, notamment au plan économique et monétaire, à coût politique constant (on garde nos bonnes vieilles habitudes nationales). Les certitudes d’hier ont laissé place à une immense confusion. Les discours non dénués de fondement, mais mécaniques (ah, le franco-allemand qui ne résout pas tout, surtout à 28, mais qui fait toujours chic! Ah, les déclarations enflammées sur l’Europe de la paix quand 90% des électeurs n’ont pas connu la guerre, un escabeau d’élévation morale pour nain politique, etc.), masquent difficilement l’absence de projet politique. Pourquoi? La politique, même à notre époque du nomadisme connecté, c’est le temps long et les constructions politiques n’essaiment qu’à l’épreuve d’engagements tout aussi durables. Et l’Europe a ceci de cruelle que sa complexité est un terrible révélateur des insuffisances des politiques peu investis. En matière européenne, c’est de désertion, le plus souvent, dont il s’agit. La relève ne se décrète pas, elle s’incarne, dit-on. Encore faut-il que ceux qui expriment des convictions nouvelles puissent prendre la parole. Les partis, hyper professionnalisés, privatisent l’élection pour en faire un jeu de structure(s) au détriment du pluralisme d’expressions. En France, pays révolutionnaire par excès de conformisme, la tendance est d’autant plus forte que les vieux au pouvoir veulent voir du jeune partout, sauf à leur place. C’est la sclérose à tous les étages. Ne nous trompons pas, les partis sont essentiels à la démocratie mais leur logique de sélection interne ne doit pas les détourner de leur rôle démocratique: être le réceptacle des aspirations de la société. Il faut ouvrir! L’Europe a un besoin crucial d’être incarnée et doit être portée par une nouvelle génération de leaders. Les élections européennes approchent, n’attendons pas le réveil brutal d’un Parlement composé pour un tiers de nostalgiques des errements passés. Il faut renouveler le discours politique, sur le fond comme sur la forme. Cela ne se fera pas par ceux plusieurs fois élus pour un même résultat, et qui pourtant s’accrochent obstinément, et pas davantage par ceux, plus jeunes à l’état civil, qui les suivent dans les mêmes savates confortables, prompts à ânonner les mêmes incantations. Notre pays et l’Europe méritent bien mieux; il faut donner sa chance à la génération qui est née avec la crise et qui est donc la première concernée par sa résolution. Mesdames et Messieurs les élus récidivistes, vous avez ardemment poursuivi une carrière; donnez-lui une dimension historique en permettant la seule voie possible pour un renouveau effectif: faites place à la relève! Et que passe le destin. Jérôme Cloarec, Camille Roux (respectivement Président et Vice-Présidente de l’Atelier Europe, think-tank indépendant), Thomas Houdaillle (Délégué Général de « Nous Citoyens...

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Gouvernement économique européen : passons aux actes
20 Oct

Gouvernement économique européen : passons aux actes

En mai dernier, le président de la République, François Hollande, réclamait l’instauration d’un véritable « gouvernement économique européen », assis sur une meilleure coordination des politiques économiques des États de la zone euro, ainsi que sur un éventuel budget propre. Des efforts importants ont certes été réalisés ces dernières années: le budget européen, quoique faible, se réoriente progressivement vers l’innovation; le pacte de stabilité et de croissance a été revu pour éviter de nouveaux dérapages et permettre une surveillance plus globale des fragilités des économies européennes; le cadre de régulation financière a été profondément réformé, tandis que l’Union bancaire se fait progressivement. Ce sont des progrès tangibles. Mais ils demeurent insuffisants pour permettre l’émergence d’un véritable gouvernement économique. Pourtant, la crise n’est pas derrière nous. Au pire, et comme le cas chypriote l’a montré, l’Europe reste vulnérable à tout nouveau choc de confiance sur la dette des États-membres, à une faillite bancaire, à une crise politique dans l’un de ses membres, à un ralentissement de l’économie mondiale, etc. Au mieux, la croissance devrait être atone en 2013, et ne permettra donc pas de sortir du chômage les millions de personnes qui s’y trouvent. Face à ces sombres perspectives, créer un gouvernement économique européen ne nécessite pas de saut fédéral ou de transferts importants de souveraineté des États vers les institutions européennes. Des mesures simples peuvent être adoptées sans changer les traités, et souvent en faisant seulement évoluer les pratiques, pour rendre les institutions plus agiles. Il faudrait d’abord créer un véritable ministre des Finances européen, à la fois nommé à la tête de l’Eurogroupe et Commissaire européen. Il serait alors l’autorité incontestée pour les questions économiques et financières. Ensuite, il faudrait fusionner les postes de président de la Commission européenne et de président du Conseil européen. Le président de la Commission, légitimé par le suffrage universel puisque le traité de Lisbonne dispose qu’il sera désigné sur la base des résultats aux élections européennes, serait alors sans ambiguïté le chef de ce gouvernement. La chaîne de décision ainsi clarifiée et légitimée, les recommandations de réformes adressées par le Conseil sur proposition de la Commission, et présentées devant le Parlement européen, constitueraient une véritable feuille de route pour les États. On pourrait alors enfin parler de gouvernement économique européen. Ce gouvernement devrait d’abord achever les réformes en cours en matière de régulation financière pour repartir sur des bases saines et réamorcer la circulation des capitaux vers les projets qui en ont besoin, et sans distorsions entre les États membres. Ensuite, il devrait poursuivre l’approfondissement du marché intérieur. Celui-ci représente un gisement de productivité et de croissance considérable. Les services représentent la majeure partie du PIB des pays de l’UE (près de 80 % en France): les gains à réaliser sont donc gigantesques. Pour les capitaux, les marchés sont encore essentiellement nationaux dès que l’on parle de financement des PME, des consommateurs, de l’assurance, etc. La liberté de circulation des personnes enfin demeure insuffisante, puisque seule une très faible minorité des travailleurs européens ne sont pas nés dans le pays où ils travaillent. Créer un véritable gouvernement économique européen n’est pas un projet abstrait: cela peut au contraire se faire rapidement si la volonté politique est au rendez-vous, par un nombre limité de choix qui renforceraient considérablement la légitimité et l’efficacité de la décision à l’échelle européenne. Jocelyn Guitton   Tribune parue dans Les Échos le 16 octobre...

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Élargissement à la Croatie : le silence des uns fait le pouvoir des autres
23 Juil

Élargissement à la Croatie : le silence des uns fait le pouvoir des autres

Le 1er juillet 2013, la Croatie devient le 28ème membre de l’Union européenne, dix ans après la reconnaissance de sa candidature. Zagreb sera peut-être un jour suivi de la Serbie, qui a obtenu le statut de candidat en 2012. Quant à l’Islande, en île qu’elle est, elle hésite. Ainsi, malgré le poids de la crise économique et sociale sur l’agenda européen, l’élargissement de l’Union continue. À l’est du continent, des Européens attendent leur entrée dans la plus puissante et la mieux intégrée de toutes les unions régionales du monde. N’entrons pas, ici, dans le redoutable débat sur l’adhésion de la Turquie ; ni dans celui concernant la Bosnie, le Kosovo ou la Macédoine. À l’ouest, la « fatigue de l’élargissement » fait son œuvre : on ne voit pas bien quel pays, après la Serbie, pourrait adhérer rapidement. Il est possible que la porte se referme pour quelques temps. Examinons plutôt l’une des conséquences méconnues de l’élargissement : le changement qu’il introduit au sein du Conseil, qui reste la principale instance de décision européenne. Car la présence d’un grand nombre de « petits » pays – ce qualificatif est un « gros mot » à Bruxelles mais, par souci de clarté et sans intention péjorative, faisons avec – autour de la table des négociations influence leur déroulement et, partant, façonne leurs résultats. Ces « petits » États pèsent chacun moins de 10 voix, sur les 345 distribuées autour de la table. Ainsi la Croatie, qui se classe au 21ème rang des États membres (4,2 millions d’habitants), détient, comme l’Irlande, 7 droits de vote au Conseil. Les « grands » pays comme la France, l’Allemagne, l’Italie et le Royaume-Uni en détiennent chacun 29. Depuis l’élargissement de 2004, les « petits » pays sont passés de quatre (Danemark, Finlande, Irlande et Luxembourg) à onze, avec les pays orientaux, Malte et les États baltes. Soit désormais un bon tiers de la table. Cette multiplication amène une fragmentation croissante des débats. La question n’est pas tant de savoir de combien de voix dispose chaque pays, mais comment il pèse sur les débats : ses délégués peuvent-ils, en fait, intervenir ? Ont-ils les ressources dans leur capitale pour formuler des contre-propositions, gages d’une influence sur la négociation ? Ont-ils les leviers pour construire des alliances ? Et même : ce pays a-t-il lu tous les documents en discussion et a-t-il une opinion sur chacun d’eux ? Quand les sujets techniques – de la double coque des pétroliers à la dernière étude OGM – s’enchaînent à haute vitesse, il n’est pas facile de suivre le rythme. Certes, l’activité et l’influence comptent plus que le seul nombre de droits de vote. Certains « petits » États membres sont très actifs, comme la Belgique, pays rompu aux négociations européennes (10 millions d’habitants, 12 voix), la Suède (9,5 millions d’habitants, 10 voix), voire le Portugal (10 millions d’habitants, 12 voix). Un diplomate finlandais habile peut faire des miracles (5 millions d’habitants, 7 voix). Mais en général, les « moins grands » pays restent relativement silencieux autour de la table, parce qu’il y a beaucoup de documents à analyser, que les débats s’enchaînent rapidement et que leur préparation nécessite des ressources humaines importantes. Le Conseil, où les États membres discutent quotidiennement, compte quinze grandes salles de négociations, presque toujours actives, soit quinze négociations chaque jour. Tandis que de « grands » États membres ont, grâce à leur administration fournie et compétente, un avis rapide sur à peu près tout et qu’ils exercent une influence qui dépasse largement leur poids théorique, d’autres membres de la famille européenne se taisent pendant des jours entiers et ne pèsent guère. Il n’est pas rare que plus de quinze Etats, sur 27 et désormais 28, restent silencieux dans une négociation donnée. Face à ces silences, la présidence des débats, pour faire avancer les choses, se garde bien de solliciter les votes favorables. Elle inverse la méthode et demande : « qui est opposé à la proposition sur la table ? » Ainsi, les règles du traité de Rome – lequel disposait que les votes favorables soient décomptés – ont longtemps été inversées dans la pratique : ceux qui se taisent sont, par omission, réputés favorables. Tirant acte de cette réalité, le traité de Lisbonne a même supprimé la mention des votes favorables. À ce jeu-là, en particulier sur les sujets en apparence technique, la majorité est souvent obtenue par la grâce d’un certain silence. En effet, l’addition au Conseil de pays timides ou carrément muets favorise la Commission européenne : le silence des « petits » donne une longueur d’avance en voix à la proposition mise sur la table par la Commission. L’instauration, en 2014, de la nouvelle règle de la double majorité (55 % des États représentant 65 % de la population) n’y changera pas grand-chose. Ainsi, dans le concert du Conseil européen, le silence devient de plus en plus lourd. Plus on a de « moins grands » États dans l’Union, moins on a de débat ! Sur les sujets majeurs, tels que le budget annuel ou l’adhésion de la Turquie, chaque pays a certes un avis. Mais pour la grande majorité des négociations, partie immergée de l’iceberg, ce n’est pas le cas. L’arrivée de la Croatie – puis de la Serbie – accroîtra la tendance. C’est pourquoi élargir l’Union à des États qui n’ont pas l’administration permettant de suivre tous les sujets qui font l’intégration européenne, c’est aussi changer sa nature en conférant du pouvoir à ceux qui donnent le point de départ des négociations : essentiellement la Commission européenne et la Présidence en exercice. L’extension de l’Union n’est pas seulement un agrandissement du club, c’est aussi un changement de sa nature en tant qu’entité négociante, qui va dans le sens de la centralisation des forces vers les grands acteurs ayant le droit ou l’énergie de faire des propositions. Le 10 juillet 2013 Emmanuel Vivet est membre associé de l’Institut de recherche et d’enseignement sur la négociation (IRENÉ), ancien expert national détaché à la Commission européenne et ancien conseiller à la Représentation permanente française. Il est membre de l’Atelier Europe. Aurélien Colson est professeur de science politique à l’ESSEC, où il dirige l’IRENÉ Paris & Singapour. Dernier ouvrage paru : International Negotiation : Foundations, Models and Philosophies (2013, Republic of Letters). 10 juillet 2013 L’article a été publié originellement dans le Figaro du 22 juillet...

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