Faire avancer l’Europe : nœud gordien ou ruban de Möbius ?

par Aymeric Bourdin. Article paru initialement sur eu-policies.com

Blocage sur le budget et le plan de relance, blocage des négociations post-Brexit, retard de la conférence sur l’avenir de l’Europe… l’horizon européen semble bien bas en cette fin d’année 2020.

Même si point la perspective d’une sortie de crise sanitaire avec l’imminence d’un vaccin, on est en droit de se demander si le programme ambitieux de l’Europe évoqué dans le discours sur l’état de l’Union par Madame von der Leyen est encore tenable.

Au même moment, le 19e Comité central du Parti communiste chinois vient de dévoiler fin octobre non seulement le prochain plan quinquennal (2021-2025) mais aussi un plan à plus long terme « Vision 2035 » pour faire face à la « confrontation » avec les États-Unis.

Dans ce contexte, tenir sur les valeurs semble être le fil rouge de la politique européenne. Solidarité, collégialité, démocratie. Invoquer une raison d’être comme colonne vertébrale, pour se différencier du duopole sino-américain. Ceci dans un monde où le multilatéralisme, au-delà de la présidence Trump qui s’achève, semble durablement grippé, du G20 à l’OMC en passant par l’ONU.

Sur le plan économique, si la relance en Europe est suspendue à un fil, c’est que deux Etats ont posé leur véto à l’adoption du budget donc du plan de relance, dont les subsides sont conditionnés au respect de l’Etat de droit. Cette condition ne semble pas acceptable pour la Hongrie et la Pologne, qui brandissent l’argument de leur souveraineté. Cela pose plusieurs questions aux 25, dont celle du poids de la souveraineté nationale face à la solidarité européenne. Et donc celle de l’unité dans la diversité.

Certes, le fait de faire cavalier seul ou de monter des alliances pour bloquer, retarder ou réorienter des avancées de l’UE n’est pas nouveau. La politique de la chaise vide du Général de Gaulle n’était pas autre chose.

Mais aujourd’hui, l’enjeu de survie de l’UE est tel que l’on imagine mal comment Pologne et Hongrie pourraient tenir une position si impopulaire dans les 25 autres pays censés bénéficier de l’urgent plan de relance.

L’Allemagne qui assure la présidence du Conseil et la Commission jouent les médiatrices et des pistes sont évoquées pour sortir de l’impasse en contournant cet obstacle, sans rien céder sur les valeurs de l’Union.

Sur le plan des projets, le Discours sur l’état de l’union parait déjà loin. Plutôt que de revenir au programme initial pré-covid, il semble que la Commission soit en train d’intégrer les évolutions nées de la crise, dans une approche résiliente.

C’est que la pandémie accélère la transition vers l’économie numérique. Le pari est que la crise accélère également la transition écologique. Par l’octroi d’un tiers du montant des subsides de la relance à des projets verts, la Commission souhaite ainsi orienter les comportements dans le sens du respect des engagements de l’UE.

 

Et pourtant elle tourne

Les avancées sectorielles sont pourtant bien réelles.

Le 23 septembre 2020, la Commission européenne a présenté un “nouveau pacte européen sur la migration et l’asile ». Ce pacte est le résultat de longues négociations entre les 27 pays de l’UE où les désaccords sur la question migratoire sont nombreux. Il appartient désormais au Parlement européen et au Conseil de l’examiner afin de l’entériner.

La Commission a également salué le 10 novembre l’accord sur le prochain budget à long terme de l’Europe qui financera- une fois adopté – un train de mesures d’un montant total de 1 800 milliards €. Le plus important jamais financé par le budget de l’UE.

Du côté du Pacte vert, la Commission a présenté la stratégie de l’UE sur les énergies renouvelables en mer, proposant de porter la capacité de production éolienne en mer de l’Europe de 12 GW actuellement à 300 GW d’ici à 2050.

Les 10 et 11 décembre prochain, les dirigeants de l’UE se réuniront à Bruxelles Conseil européen pour le sommet semestriel marquant l’aboutissement de la présidence allemande. Ils débattront de la poursuite des mesures de coordination liées à la COVID-19, du changement climatique, du commerce, de la sécurité et des relations extérieures. Se tiendra également un sommet de la zone euro.

Pour ses six mois de présidence du conseil, l’Allemagne avait adopté un programme dans lequel elle avait fixé des priorités claires et ambitieuses. Ses idées fortes étaient notamment la gestion durable de la pandémie de Covid‑19 et la relance économique par l’innovation.

Le message du gouvernement allemand était sans ambiguïté : « Sortir l’Europe de la crise, telle est la tâche qui définira notre présidence » avec une ligne de conduite relativement consensuelle : « nous devons être plus solidaires vers l’intérieur et plus forts et plus souverains vers l’extérieur ».

Ceci n’est pas sans rappeler le logo choisi pour ce semestre de présidence. Il représente une boucle de Möbius, ce ruban à une seule face que l’on parcourt sans jamais changer de côté.

Avec les couleurs stylisées des drapeaux, on peut y voir le symbole d’une transition sans rupture, par une dynamique à la fois allemande et européenne, dans une continuité sans contradiction. Une autre manière d’avancer en somme, par petits pas, sous le signe des « transformations silencieuses[1] » – autrefois- chères à la Chine.

[1] François Jullien, Les transformations silencieuses, Grasset, 2009

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