Présidence espagnole – Rencontre avec Jacques Huchet – Chef adjoint de la Représentation de la Commission européenne à Madrid
14 Mai

Présidence espagnole – Rencontre avec Jacques Huchet – Chef adjoint de la Représentation de la Commission européenne à Madrid

Nous avons conclu nos entretiens en rencontrant Monsieur Jacques Huchet, le Chef adjoint de la Représentation de la Commission européenne à Madrid. La Commission dispose de représentations dans les capitales des 27 États membres, et, dans certains cas, d'une représentation supplémentaire dans une autre ville pour certains "grands" États. À l'origine de simples "bureaux d'information", ces représentations (à distinguer des "délégations" de la Commission, installées dans les pays tiers – les représentations ne seront d'ailleurs a priori pas intégrées dans le futur service d'action extérieur) sont devenues de quasi "ambassades" de la Commission dans les États membres, avec un rôle de "reporting" politique vers le siège, en parallèle à la gestion sur place des relations entre la Commission et les autorités locales, notamment dans le cas des visites de Commissaires (d'un peu moins d'une centaine par an en moyenne à près de trois cents depuis le début de la présidence espagnole). L'entretien a confirmé l'europhilie espagnole, que celle-ci ait été démontrée par le vote massif en faveur du référendum sur le Traité établissant une constitution pour l'Europe en 2005 (76% de votes positifs, à pondérer néanmoins par une abstention de 44%), la place de l'Union Européenne dans les médias ou l'absence de critiques à l'encontre de l'UE en dépit de la violente dégradation de la conjoncture dont l'Espagne est victime. Un élément parmi d'autres qui illustre cet état de fait, et contraste singulièrement avec ce que l'on peut constater ailleurs dans l'UE (et en France au premier chef): il n'y a pas de parti politique espagnol europhobe ni même eurosceptique. Tous affirment leur attachement à l'intégration européenne, qu'il s'agisse des partis nationaux ou régionaux, et les priorités de la présidence ont fait l'objet d'un pacte transpartisan. La suite de l'entretien nous a permis de passer en revue les principaux sujets de politique intérieure, ainsi que leur articulation avec les priorités établies pour la présidence. La question régionale continue d'occuper une place prépondérante, tant à travers les enjeux de sécurité liés au terrorisme basque que concernant les questions d'autonomie régionales. Par ailleurs, comme évoqué durant les autres entretiens, l'Espagne soutien avec ardeur le processus d'Union pour la Méditerranée et cherche à développer les relations entre l'UE et l'Amérique latine. Toujours est-il qu'après quelques mois, il est sans doute encore trop tôt pour tirer un premier bilan de la présidence espagnole, ne serait-ce que parce que les premiers mois ont été marqués par la fin de la précédente Commission, et que la crise grecque a en partie relégué au second plan plusieurs des priorités initiales. Il n'en demeure pas moins que la présidence a réussi une bonne communication sur les dossiers en cours en dépit de ces difficultés, dans un contexte où la mise en œuvre du traité de Lisbonne altère sensiblement les prérogatives des présidences tournantes. Comme évoqué précédemment, la crise financière n'a pas altéré l'autorité de la Commission et les difficultés que rencontre l'Espagne affectent plus directement la popularité du gouvernement. Enfin, la présidence est l'occasion pour l'Espagne de faire entendre sa voix en faveur d'un projet européen centré autour d'un pacte fort et assis sur un Parlement puissant, ce qui va dans le sens des nouvelles attributions de ce dernier. Jocelyn Guitton Lire également:Présidence espagnole – Rencontre avec José María AznarPrésidence espagnole – Rencontre avec Augustin Santos, Directeur de cabinet du Ministre des Affaires étrangères espagnolPrésidence espagnole – Rencontre avec Luis Cuesta, secrétaire général de la politique de Défense et conseiller diplomatique du Ministre de la Défense espagnolePrésidence espagnole – Rencontre avec Bruno Delaye, Ambassadeur de France en Espagne, et François Bonet, premier...

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Présidence espagnole – Rencontre avec Augustin Santos, Directeur de cabinet du Ministre des Affaires étrangères espagnol
13 Mai

Présidence espagnole – Rencontre avec Augustin Santos, Directeur de cabinet du Ministre des Affaires étrangères espagnol

Nous commençons l’entretien en interrogeant Monsieur Augustin Santos sur les conditions de préparation de la présidence Espagnole qui s’inscrit en début de cycle du Triptyque de la Présidence de l'Union Européenne Espagne, Belgique, Hongrie.Cette présidence a la particularité de commencer dans un contexte doublement incertain. Tout d’abord les préparatifs de Présidence Espagnole de l'Union Européenne (PEUE) se sont effectués selon les critères du traité de Nice mais elle a démarré sous le traité de Lisbonne avec un changement institutionnel non négligeable avec la création d’une présidence permanente et du Service Européen pour l'Action Extérieure (SEAE). Il s’agissait alors de déterminer le partage de responsabilités entre la PEUE, Monsieur Van Rompuy et Madame Catherine Ashton.Il y a eu donc des négociations sur le périmètre de la PEUE face aux difficultés d’interprétation du nouveau traité, les nouvelles institutions se mettant en place progressivement.Monsieur Santos nous rappelle aussi que la nouvelle Commission a été installée en février 2010.La PEUE a donc débuté sans Commission, avec une montée en puissance de la présidence permanente d’Hermann Van Rompuy, la construction du SEAE de Madame Ashton.La crise d’Haïti a illustré ces difficultés avec un manque d’institutions pour coordonner l’action initiale des membres de l’UE au-delà des initiatives nationales unilatérales, mais selon Monsieur Santos cela a été au final réussi. Monsieur Santos est ensuite revenu sur deux priorités de la PEUE, : les relations Amérique Latine/UE et le sommet sur l’UPM. La position géographique de l’Espagne et ses liens hidrotiques avec les pays Hispanophones ont rendu ces priorités naturelles. 1. Le sommet UE/Amérique Latine Le 15 mai se tient un sommet UE/Amérique Latine. Il s’agit concrètement de parvenir à des accords de libre commerce avec l’Amérique Latine. Le coup d’État au Honduras risque de créer des difficultés en ce qui concerne l’Amérique centrale. Monsieur Santos est optimiste avec les pays de la communauté Andienne (Pérou/Colombie) mais il est plus réservé quand à un accord avec le MERCOSUR, la crise actuelle faisant diverger les intérêts Européens et Brésiliens, les uns plus tournés vers l’ouverture aux services les autres vers l’ouverture à l’industrie. Monsieur Santos espère que la PBUE pourra amener ces processus à leur terme. Les négociations se passent dans un contexte particulier en Amérique Latine, avec un changement de génération politique, un élargissement de la démocratie dans cette région et une participation plus forte de populations auparavant peu impliquées dans la vie politique, notamment les populations aux racines autochtones indiennes. Monsieur Santos identifie une opportunité pour l’UE dans cette zone au regard de la vision et la perspective historique de la zone MERCOSUR. En effet les États-Unis ont une vision assez unilatérale de leurs rapport avec le MERCOSUR essentiellement exportatrice vers on marché intérieur, avec une production à bas salaires. La vision de la PEUE est une vision plus équilibrée visant à développer les marchés intérieurs en régulant les échanges UE/MERCOSUR. Mr Santos prend l’exemple du Chili et de la Colombie qui exportent essentiellement vers les États-Unis mais ont besoin d’investissements dans leurs économies intérieures ou les États-Unis ont peut investi. 2. Le 2ème sommet de l’Union Pour la Méditerranée (UPM) prévu le 7 juin à Barcelone Le contexte politique est fort avec la question des relations Israélo-palestiniennes et la question de la stratégie de sortie d’Irak des États-Unis.Il s’agit également de prendre en compte les défis de la modernisation de l’Afrique du Nord (Maroc, Algérie, etc.) et d’éviter un déséquilibre de cette zone.L’UPM est considérée par Monsieur Santos comme une réponse stratégique à ces questions et doit également prendre en considération les relations avec les autres pays méditerranéens que sont la Turquie et Égypte.L’UPM intéresse clairement l’Allemagne comme moyen d’ouverture plus grande de ces marchés intérieurs à son industrie. Selon Monsieur Santos l’UPM ne peut se concevoir qu’en équilibre avec le partenariat oriental et cet équilibre est une question centrale des relations de voisinages de l’UE. Le sommet de l’UPM se prépare dans un contexte de déplacement de capacités d’action de la Présidence tournante Espagnole de l’UE vers la PUE permanente et secondairement du SEAE de Madame Ashton. Monsieur Santos aborde ensuite des questions plus larges sur l’Union Européenne vue d’Espagne. Selon lui se pose le problème du manque de légitimité démocratique de l’institution « Union Européenne », cette légitimité n’est pour lui réelle que quand l’UE fait preuve d’efficacité et celle-ci n’est jamais un acquis, ce que qui implique une dynamique constante tournée vers une recherche pragmatique d’efficacité. L’Espagne a selon Monsieur Santos une vision plutôt fédéraliste de l’UE. Elle a poussé pour sa part à la création de l’Euro et souhaite une coordination des politiques économiques ce qui génère un débat avec l’Allemagne. Cette vision aura également des implications dans la construction d’une politique étrangère de l’UE. Pour Monsieur Santos le SEAE sera un succès uniquement si les pays à tradition diplomatique mondiale (France, Angleterre, Allemagne) et les pays ayant des poids diplomatiques important (Italie, Espagne; Pologne) acceptent de jouer le jeu.Le paradoxe est que ce sont les diplomates des « petits pays » qui sont le plus demandeurs du SEAE comme levier diplomatique, et sur les rangs du futur personnel du SEAE. Pour Monsieur Santos il n’y a pas de conflit potentiel entre la création d’une armée Européenne et la vie de l’OTAN; le noyau de l’armée Européenne se construit de fait au sein de l’OTAN qui standardise les équipements. Une question centrale est le maintien des relations de l’UE avec la Russie, l’Ukraine, la zone Caucase, notamment avec le partenariat oriental, et le proche Orient et l’Amérique Latine. Monsieur Santos voit les échanges économiques régulés comme un instrument essentiel de stabilité avec de ces régions une condition nécessaire de dialogue d’égal à égale entre l’UE et ces zones. Sur la question de l’élargissement Monsieur Santos voit une différence essentielle avec la France concernant la Turquie. L’Espagne est pour une adhésion Turque avec une Europe à plusieurs vitesses, une première constituée par la zone Euro une seconde avec la Turquie, l’Espagne ayant traditionnellement une vision plus positive que la France des contextes multiculturels selon Monsieur Santos. Il considère que la question centrale est celle du rythme de l’intégration de la Turquie dans le cadre d’une intégration plus forte des pays déjà membres. Il envisage un noyau Européen ayant une gouvernance politique forte et d’autres cercles avec des éléments de gouvernance moindre. Monsieur Santos considère pour conclure que l’Europe propose une vision de sociétés avec un modèle politique de légitimité démocratique, s’intégrant par la négociation et les échanges économiques, processus lents, avant la dimension politique qui entérine alors une union de fait. C’est pour cela qu'il pense qu’il faut avancer pas à pas mais avec un horizon politique et proposer le modèle Européen comme exemple d’organisation économique régionale réussie. Dans ce cadre il envisage une adhésion de la Turquie à un horizon de 15/20 ans reprenant l’argument (qui peut se discuter), de contrepoids de l’élargissement de l’UE face au risque d’Islamisation politique de la Turquie, avant un éventuel point de non retour. Rodolphe de Soras Lire également:Site du Ministère des Affaires étrangères espagnolPrésidence espagnole – Rencontre avec José María AznarPrésidence espagnole – Rencontre avec Jacques Huchet – Chef adjoint de la Représentation de la Commission européenne à MadridPrésidence espagnole – Rencontre avec Luis Cuesta, secrétaire général de la politique de Défense et conseiller diplomatique du Ministre de la Défense espagnolePrésidence espagnole – Rencontre avec Bruno Delaye, Ambassadeur de France en Espagne, et François Bonet, premier...

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Présidence espagnole – Rencontre avec José María Aznar
12 Mai

Présidence espagnole – Rencontre avec José María Aznar

« Renforcer les valeurs de l’Occident » L’Atelier Europe a eu le privilège d’être reçu par José María Aznar, ancien Premier Ministre espagnol (1996-2000 et 2000-2004) dans les bureaux de sa fondation, FAES (Fundación para el Análisis y los Estudios Sociales).L’ancien Premier ministre espagnol était accompagné de son conseiller pour les relations internationales. Après une présentation de l’Atelier Europe par Jérôme Cloarec, José María Aznar a décrit les objectifs de sa fondation, qui constitue l’une de ses activités actuelles.La FAES est un think tank privé crée en 1989, et dès son origine, étroitement lié au Parti populaire espagnol. Les principales idées portées par Aznar et sa fondation sont la liberté individuelle, l’entreprenariat, le renforcement des relations transatlantiques entre l’Europe et les Amériques, tant États-Unis qu’Amérique Latine, sur un socle de valeurs communes, conservatrices. Il promeut clairement une « Europe atlantique ».Il pourfend la faiblesse du Parlement européen, dont il estime que la responsabilité est inexistante.Les priorités stratégiques de l’UE doivent, selon lui, porter le débat sur les valeurs, l’identité, qu’il estime indispensables de renforcer, car points de référence dans une société pérenne.Les dossiers décisifs de l’UE sont la démographie ainsi que le multiculturalisme et les solutions qui seront apportées à ces deux problèmes de fond. Les principaux dossiers sur lesquels planche sa fondation, et ayant souvent vocation à être remis aux décideurs de son réseau (SG de l’Otan, etc.) : rapport sur la transformation de l’Otan; l’avenir de l’Europe; l’Amérique Latine; la réforme du système financier international; le nouveau modèle économique atlantique. Au cours de l’entretien, nous avons été frappés par la posture d’Aznar, dans le rôle du « sage », distant vis-à-vis de la politique quotidienne, alors qu’il a été au pouvoir pendant 8 ans.Quant à préciser les relations actuelles de sa Fondation avec le PP espagnol, question éludée.Il reste influent, écouté au-delà même de son pays, en particulier dans les cercles libéraux et néoconservateurs. Thomas Mimra Lire également:Présidence espagnole – Rencontre avec Augustin Santos, Directeur de cabinet du Ministre des Affaires étrangères espagnolPrésidence espagnole – Rencontre avec Jacques Huchet – Chef adjoint de la Représentation de la Commission européenne à MadridPrésidence espagnole – Rencontre avec Luis Cuesta, secrétaire général de la politique de Défense et conseiller diplomatique du Ministre de la Défense espagnolePrésidence espagnole – Rencontre avec Bruno Delaye, Ambassadeur de France en Espagne, et François Bonet, premier...

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L’Espagne, fille reconnaissante de l’Europe
11 Mai

L’Espagne, fille reconnaissante de l’Europe

Venir à Madrid est toujours douloureux. Non pas par le fait d'y séjourner mais par le regret qui saisit le voyageur au moment du départ. Si l'Europe récompensait la capitale de la félicité, Madrid trouverait-elle son égal? Toutefois, si l'Atelier Europe s'est rendu dans la capitale de la Castille, du 22 au 25 avril 2010, ce n'est pas pour y jouir de ses nombreux charmes, quoique notre délégation y a cédé goulûment, mais en raison de la Présidence espagnole de l'Union européenne ("UE"), plus précisément du Conseil des Ministres puisque le Conseil européen a désormais son leader, soit Herman Van Rompuy. La relation de l'Espagne à l'UE est, à l'image de ses habitants, passionnée. Pourtant, si l'on considère ses représentations mentales, l'UE ne s'impose pas de facto comme l'espace naturel de l'Espagne. Notre premier entretien, avec un haut responsable du Ministère des Affaires étrangères, n'a pas laissé place au doute; l'Espagne se projette avant tout dans son espace linguistique, né de l'histoire coloniale. La relation à l'Amérique latine est cruciale pour l'Espagne, non seulement au plan culturel, mais également économique alors que le rivage atlantique offre à ses entreprises des débouchés gigantesques. Telefonica, Banco Santander et bien d'autres sociétés de l'Ibex 35, y réalisent d'importants bénéfices, malgré la conjoncture défavorable. En retour, les flux migratoires, phénomène inédit pour l'Espagne contemporaine, sont constitués massivement de Latino américains. La seconde carte mentale de l'Espagne, c'est son espace géographique naturel, soit la Méditerranée. Le Royaume y puise manifestement une bonne partie de son identité, que ce soit en termes de mode de vie, de ressource, soit le tourisme, d'histoire et de culture, dont le style arabo andalou. Madrid est très attentive aux relations Euro méditerranéennes comme l'atteste son soutien constant, et longtemps solitaire, au processus de Barcelone. Toutefois, malgré ces centres d'intérêts naturels, nous avons trouvé en l'Espagne, enfin, un État membre enthousiaste. Pour l'Ibère, l'Europe c'est le Nord, géographique, évidemment, mais aussi culturel. On ne comprend pas l'Espagne si l'on ne mesure pas le poids, dans l'inconscient collectif, de la "reconquista", soit la lutte contre l'ennemi méridional. Sept siècles d'occupation par les Maures ont marqué durablement la mentalité espagnole et sa volonté d'ancrage dans cet espace de développement et de liberté que constitue l'ensemble européen. Cette inclinaison vers l'horizon septentrional ne se comprend pas simplement par l'histoire ancienne. Les évènements contemporains concourent largement à cet européisme, et ce essentiellement par la conjonction de deux facteurs. L'entrée de l'Espagne, en 1986, intervient dans cette période d'euphorie, la "movida" dont les créations d'Almodovar en sont l'expression la plus connue au-deçà des Pyrénées, qui suit la fin de la dictature. Le décès du Caudillo, en 1975, avait laissé l'Espagne face à une destinée incertaine malgré la constitution de 1978 instaurant une monarchie parlementaire. Ainsi, en 1981, la tentative de coup d'État, en pleine séance des Cortes, d'un lieutenant colonel d'opérette, Antonio Tejero, démontre alors la fragilité du processus démocratique, si ce n'était la remarquable intransigeance du Roi, Juan Carlos. Après l'entrée dans l'UE, une restauration franquiste apparaît impossible et le nouvel État membre y gagne donc la consolidation de sa jeune démocratie. Le second facteur principal expliquant l'européisme local est la croissance économique. A la mort de Franco, l'Espagne est toujours un pays pauvre. Excentrée en Europe, loin de la "banane bleue" de Londres à Milan, via Paris et Francfort, elle a connu avec retard, et de façon partielle, la révolution industrielle. Grâce aux fonds communautaires et à son dynamisme propre, l'Espagne va connaître à partir des années 1980 un rapide rattrapage économique. Les Espagnols associent donc étroitement leur enrichissement récent à l'entrée dans l'UE. Par ailleurs, contrairement à certains pays, ils ont l'élégance de la gratitude à l'endroit du projet européen. Ainsi, en 2005, plus des deux tiers des Espagnols ont approuvé le projet de traité constitutionnel! Comme on nous l'a exprimé, en Espagne, la situation est simple: l'Europe fait plus que le consensus, elle fait l'unanimité des expressions politiques. Au terme de notre séjour d'études, nous avons donc apprécié de voir en l'Espagne un État membre enthousiaste de l'UE. Certes, la conjoncture s'est fortement dégradée, l'économie espagnole, centrée sur la construction immobilière, étant particulièrement frappée par la crise. Dès lors, l'euphorie initiale n'est plus de saison et sans doute que les Espagnols observent l'UE avec plus de distance, d'autant que le centre de celle-ci s'est déplacé vers l'Est. Néanmoins, qu'il est doux de constater que l'UE détient en l'Espagne un soutien farouche et prompt à s'inscrire dans une destinée commune quand bien d'autres cèdent aux forces centrifuges qui menacent le projet européen. Cette note est la première d'une série qui va se poursuivre tout au long de la semaine sur le voyage d'études de l'Atelier Europe en Espagne. Jérôme Cloarec Lire également:Présidence espagnole – Rencontre avec José María AznarPrésidence espagnole – Rencontre avec Augustin Santos, Directeur de cabinet du Ministre des Affaires étrangères espagnolPrésidence espagnole – Rencontre avec Jacques Huchet – Chef adjoint de la Représentation de la Commission européenne à MadridPrésidence espagnole – Rencontre avec Luis Cuesta, secrétaire général de la politique de Défense et conseiller diplomatique du Ministre de la Défense espagnolePrésidence espagnole – Rencontre avec Bruno Delaye, Ambassadeur de France en Espagne, et François Bonet, premier...

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Voyage d’étude en Suède – 22-25 Octobre 2009
06 Nov

Voyage d’étude en Suède – 22-25 Octobre 2009

« La Suède est un membre de l'UE loyal mais pragmatique » L'Atelier Europe, conformément à sa vocation d'échanges et de dialogue, s'est rendu à Stockholm dans le cadre de la Présidence suédoise de l'Union européenne (« PSUE »). Ce séjour a permis à notre équipe de rencontrer plusieurs conseillers du Gouvernement suédois engagés dans les dossiers prioritaires de la Présidence, soit : l'énergie, l'environnement, la stratégie pour la Baltique et les questions institutionnelles européennes. Ce séjour suédois fut d'une nature bien différente du voyage d'étude que nous avions fait pendant la Présidence tchèque de l'UE. Ici, point de passions contrariées, de ressentiment et d'esprit de revanche, résultant d'une histoire complexe au souvenir vivace. La Suède s'enorgueillit bien au contraire du caractère modéré de ses habitants. Un havre de paix au cœur de la civilisation occidentale, en somme. Il est loin le temps des vikings conquérants ou des mercenaires sanguinaires que toutes les monarchies d'Europe convoitaient au cours du Grand Siècle! L'atavisme guerrier de ce peuple semble avoir sombré avec le Vasa, curieux reliquat d'une gloire lointaine. Bienvenue au cœur d'une nation pacifiée et paisible, donc. Point de violence, de stress ou de toute forme d'agression propre à la modernité. L'autochtone est accueillant, quoique peu expansif, et tout semble étonnamment harmonieux pour un l'esprit latin. Charme de la « Beauté froide ». Flâner d'île en île dans cet archipel flamboyant en cet automne doux constitua sans doute le morceau de choix de ce séjour scandinave. La mer est ici reine et comment ne pas comprendre la tradition maritime de ce pays quant sa capitale invite, en tout lieu, au grand large ? De même, nous devinons des représentations mentales dignes d'une thalassocratie, à l'image de la Grande-Bretagne, référent politique et culturel de la Suède depuis la deuxième guerre mondiale. Et l'Europe dans tout ça, me direz-vous? Eh bien, nous en finirions presque à oublier l'objet de notre venue. Certes, l'abondance des bannières étoilées nous rappelle au souhait de la Suède de se positionner comme un bon élève de l'UE. Néanmoins, on ne ressent pas d'attrait particulier et foudroyant pour l'Union. Ses habitants ont fini par l'accepter sans grande passion pour autant. Un trait culturel qui montre peu de goût pour les postures démonstratives, sans doute. Toutefois, il est clair que la Suède, avec ce tropisme du grand large que nous évoquions plus haut, se projette bien au-delà de l'Europe. Son terrain de prédilection, c'est clairement le monde, et notamment les Nations-Unies où elle jouit d'un prestige rare. Pour comprendre le positionnement de ce pays, il est utile de revenir sur la genèse de l'entrée de la Suède dans l'UE. Alliée de la Grande-Bretagne, la Suède fut longtemps partie à l'Association Européenne de Libre Echange (« AELE »), projet britannique visant à concurrencer la Communauté européenne jugée par Londres trop supranationale. Après-guerre, le souci de la Suède est ailleurs. Du fait notamment de sa situation géographique et de son positionnement politique, la Suède joue avec succès le rôle d'arbitre de la Guerre froide. La conférence de Stockholm de 1975 sur la sécurité, en la présence des deux Grands (URSS et États-Unis), en est l'expression éclatante. Au début des années 1990, suite à l'effondrement de l'URSS, la Suède a perdu ce rôle pivot (elle en est alors « orpheline » nous dit-on). En parallèle, son modèle économique et social, tant vanté, connaît alors des difficultés. Le pays est contraint de redéfinir sa stratégie; il se tourne vers l'UE, qu'il intègre en 1995. La Suède n'a donc pas rejoint l'UE avec enthousiasme, et nous comprenons qu'il n'y a jamais eu d'euphorie européenne dans les chaumières locales.  On comprend mieux alors le peu d'intérêt de cet État membre pour les questions institutionnelles. Il est bien éloigné des considérations des États fondateurs, toujours soucieux de créer des architectures institutionnelles innovantes, mais parfois trop complexes, et mal comprises des citoyens. La Suède est donc un membre loyal mais pragmatique de l'UE. Les choses simples sont ici vénérées, et on se méfie des constructions trop abstraites. Surtout, l'adhésion à l'UE ne semble pas avoir modifié les cartes mentales de la Suède. Celles-ci semblent essentiellement à géométrie binaire : l'espace naturel, soit la Baltique, ou elle a longtemps guerroyé pour la suprématie, notamment contre la Pologne,  et l'espace « monde », où elle se représente en phare de la civilisation. Ainsi, les priorités de la PSUE illustrent ce double intérêt ; le processus de Copenhague et la stratégie pour la Baltique, font office de priorités, alors que les questions institutionnelles semblent davantage liées à un calendrier subi. De même, son fort attachement à l'adhésion de la Turquie, démontre que la Suède privilégie la logique géostratégique, en l'espèce créer un pont avec le monde musulman, au détriment de l'intégration accrue de l'UE. La question de l'identité européenne lui semble également secondaire, tant la Suède est parée de la certitude de sa singularité. C'est dans ce contexte que nous avons rencontré les représentants du gouvernement suédois que nous remercions vivement et dont suivent les comptes-rendus: Loïc Viatte et Lars-Ake Erikson, Conseillers pour les affaires européennes au Ministère de l'environnement, couvrant tout le portefeuille environnemental, y compris la préparation du Sommet de Copenhague ; Matilda Rotkirch, Cabinet du Premier ministre,  Conseillère affaires institutionnelles (Traité de Lisbonne notamment) ; Ingrid Hedström, Correspondante à Bruxelles du Dagens Nyheter ; Sara Emanuelsson et Pernilla Winnhed, Ministère de l'industrie, Secrétariat d'État à l'Énergie, respectivement responsable des dossiers de la Présidence suédoise de l'UE pour ces thématiques énergétiques, Chef du département « Politique énergétique nationale » ; Eric Kiesow, Cabinet du  Premier ministre, Conseiller pour la « Stratégie de l'Union pour la Baltique » ; Emil Antonsson, Ministère de l'économie et des finances, Direction des affaires internationales. Au terme de ce séjour, notre passion de l'Europe aura trouvé bien peu de matière pour se satisfaire. Seuls les vents de la Baltique semblent souffler ici. Néanmoins, nous repartons avec la certitude que l'UE dispose, grâce à la Suède, d'un membre loyal, consciencieux et   propre à la guider dans sa recherche de l'harmonie. Le consensus à la suédoise, disaient-ils en réponse à nos questions relatives à la difficulté de gérer une UE à vingt-sept. JC I.    Entretien avec Mme Mathilda Rotkirch, Conseillère Affaires institutionnelles« Le point sensible du Traité de Lisbonne sera dans le risque que le Conseil empiète sur la sphère de responsabilité du Président de l'UE » Mathilda Rotkirch a ouvert l'entretien en mentionnant qu'elle travaille à la fois pour le Premier ministre et le Ministre des affaires étrangères, dans un contexte de Parlement européen renouvelé et de l'actualité liée au Traité de Lisbonne. Notre entretien a principalement porté sur ce sujet. Elle a rappelé par ailleurs l'incertitude liée à la signature du Traité par le Président Klaus, qui a exigé une clause dans la Charte des droits fondamentaux, concernant la non-restitution de biens aux Sudètes. Espérant une signature après le Conseil européen, ce qui s'est produit, elle a estimé qu'il en était de la responsabilité de la Présidence suédoise de trouver une solution à la signature tchèque. Sur ce sujet, elle a mentionné le travail effectué par la Suède pour la mise en place du Traité de Lisbonne, en particulier sur les volets techniques, juridiques, de basculement vers une législation ad hoc. Concernant les nouveaux postes issus du Traité, et plus particulièrement celui de Haut représentant, la Suède définit actuellement avec les autres pays européens le rôle, les responsabilités et le périmètre de ces postes. Le Parlement européen sera consulté sur ce sujet. La Présidence suédoise est très attachée à ce que les instances représentatives de l'UE soient consultées. Sur l'entrée en vigueur du Traité, la Conseillère a rappelé que l'Europe sera régie par le nouveau cadre juridique, le 1er jour du mois suivant la dernière signature. Interrogée sur l'équilibre des pouvoirs dans la...

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Université d’été du MEDEF – Conférence-Débat : « Sous le ciel de la Ve République, quoi de nouveau ? »

Inscrite dans le cadre de la thématique proposée par les Universités d'Eté 2009 du MEDEF, "A la recherche des temps nouveaux", cette conférence-débat tentait d'identifier ce qui marque l'évolution, l'adaptation des institutions de la Vème République aux exigences de la liberté d'entreprendre "dans un contexte de globalisation économique et juridique". Brillamment introduit par Yves de Kerdrel, faisant notamment référence au décret d'Allarde de mars 1791 mettant fin aux corporations et posant la liberté de commerce et d'industrie, le sujet est abordé dans sa dimension institutionnelle et juridique par le vice-président du Conseil d'État, Jean-Marc Sauvé. Si cette liberté n'est pas explicitement inscrite dans les textes fondamentaux, au travers des jurisprudences française et communautaire, de "la convergence européenne", les législateurs et les juges se sont attachés à constituer un environnement favorable à l'expression de celle-ci par la construction d'un cadre juridique en cohérence avec la réalité du monde économique, de chacun de ses acteurs, par la protection des droits et libertés et le renforcement de la sécurité juridique. Sans être en totale contradiction avec cette analyse, Yves-Thibault de Silguy indique que celle-ci lui paraît éloignée de la réalité quotidienne des entreprises. L’inflation législative, source d'insécurité juridique, les incohérences et la place trop importante prise par les pouvoirs publics en matière d'investissement, le manque de recours aux investisseurs privés, freinent indubitablement la liberté d'entreprendre en France. Plus encore que la nécessaire adaptation des institutions de la V° République, il insiste sur un point essentiel à ses yeux qui est le manque de véritable culture de l'entreprise, de la liberté d'entreprendre en France et il en veut pour exemple symbolique et premier le contenu de l'enseignement de l'économie dans les écoles. Dans le même esprit, Auguste de Romanet, évoque l'importance de la pleine expression de la liberté d'entreprendre afin de favoriser la création des P.M.E, elles-mêmes sources d'un nombre conséquent d'emplois. D'après lui, si les initiatives récentes ont porté leurs fruits, l'effort devrait être concentré sur l'ouverture aux "capitaux extérieurs" afin par exemple de pouvoir mettre au fin au déficit de fonds propres des sociétés françaises trop dépendantes du crédit au regard des sociétés allemandes, illustrant non pas l'absence de capitaux mais le manque de lien entre les besoins des entreprises et les capitaux pouvant participer à leur financement. Au-delà de ce problème de financement sur la durée, il conclut par la nécessaire simplification de la législation, le besoin de rendre plus lisible le droit social afin que l'ensemble des ces adaptations puissent permettre une vraie "prospérité financière" des P.ME. Fervent partisan de la simplification législative de par son action politique, François Sauvadet ne manque pas de souligner que nombre de députés sont conscients de la nécessité de favoriser la liberté d'entreprendre par une production législative répondant à de véritables normes qualitatives en termes de délai, contrôle, évaluation et bilan dans leur application. Pour clore cette conférence, Jean-Luc Boeuf se livre à une analyse « en triptyque » mettant en avant la pathologie dont serait atteinte la V° République, « la schizophrénie », notamment dans son action réformatrice ; les moyens d’un diagnostic, le « check-up », par la nécessaire réflexion portée sur la gestion des finances publiques ; et enfin le remède naturel, « la digestion », soit le temps laissé pour assimiler toute nouvelle législation. Si la volonté de favoriser la liberté d’entreprendre est affirmée, il semble que la persistance de maux tels que l’inflation législative laisse penser que sous le ciel de la Ve République, rien de nouveau… ParticipantsAugustin de Romanet, directeur général de la Caisse des Dépôts et ConsignationsJean-Marc Sauvé, vice-président du Conseil d’EtatFrançois Sauvadet, président du Conseil général de Côte-d’Or, président du Nouveau CentreYves-Thibault de Silguy, président de VinciJean-Luc Leboeuf, Professeur à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris (I.E.P.), directeur général des services du Conseil général du Val-d'Oise Conférence-débat animée par Yves de Kerdrel, éditorialiste, Le Figaro Mikael Coueffard Voir également: Université d'été du MEDEF – Plénière exceptionnelle avec Cherie Blair Université d'été du MEDEF – Table Ronde « La Place de l’industrie en Europe » Université d'été du MEDEF – Table Ronde « Tu seras compétitif, mon fils !...

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