Université d’été du MEDEF – Table Ronde « Tu seras compétitif, mon fils ! »

Faut-il introduire la compétition dans l'éducation ? la pression exercée par celle-ci n'est-elle pas une barrière à l'épanouissement personnel ? Peut-on conjuguer travail collectif et performance individuelle ? C'est à toutes ces questions que les intervenants à cette table ronde des universités d'été du MEDEF ont tenté de répondre. Claude Haigneré, présidente de la cité des sciences et de l'industrie, s'oppose à une compétition dérégulée, uniforme, et déshumanisée. Elle souligne combien il peut être préférable de développer une intelligence collective, et de ne pas cantonner la culture à la sphère de l'école. Les musées trouvent alors toute leur place dans l'acquisition du savoir. Christian Dargnat, directeur général de BNP Paribas Asset Management, propose un parallèle entre le sport et la compétitivité dans l'entreprise. Cependant, il est important de souligner qu'il n'existe pas de vrai succès individuel. La compétition ne doit donc pas être une fin en soi, mais doit être vécue comme un projet fédérateur. Il est essentiel de ne pas oublier les valeurs humanistes dans l'entreprise. Philippe Crouzet, président du directoire de Vallourec, défend le point de vue de l'employeur. Le système éducatif français n'a pas à rougir face à ceux des autres pays, bien que la culture générale reste à encourager selon lui. Toutefois, il émet une réserve sur le propos des autres intervenants : il convient effectivement de ne pas faire de la compétitivité une valeur absolue, mais il faut aussi avoir à l'esprit que nous vivons dans un monde où les autres acteurs (notamment en Asie) sont clairement dans un esprit de compétition. Alain-Gérard Slama intervient alors pour proposer une discussion sur le vocabulaire employé. Le terme d' « excellence » serait pour lui à privilégier. L'excellence s'applique à divers domaines (scolaire, artistique, sprotif,…) et implique un dépassement de soi, sans être fondé sur la destruction du prochain. Enfin, il montre que si le travail collectif est déterminant dans la performance finale, celui-ci ne peut pas se passer d'un investissement personnel. Bernard Ramanantsoa, directeur d'HEC, conclut cette table ronde en rappelant l'importance du travail en équipes, qui doit être développé dans la formation des individus. Il déplore toutefois en France un grand manque d'investissements dans l'éducation, ce qui sera pénalisant dans le futur, notamment face aux systèmes éducatifs anglo-saxons. Groupe « Économie et innovations » Voir également: Université d'été du MEDEF – Plénière exceptionnelle avec Cherie Blair Université d'été du MEDEF – Table Ronde « La Place de l’industrie en Europe » Université d'été du MEDEF – Conférence-Débat : "Sous le ciel de la Ve République, quoi de nouveau...

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Compte rendu du symposium européen – Cork, 1er Septembre 2009
08 Sep

Compte rendu du symposium européen – Cork, 1er Septembre 2009

Le symposium européen organisé par l'Alliance française de Cork, dirigée par Hélène Duquin, et consacré à la notion de citoyenneté européenne fut logiquement le moment fort de notre bref périple.  Le sujet était décliné suivant plusieurs thèmes connexes ("Women and Europe", "Justice, rights and responsibilities of the european citizens", "National identities within european culture and identity", et "Green citizenship") lesquels servirent également de prétexte aux intervenants pour aborder incidemment la question du référendum. Le premier panel ("Women and Europe") constitua à cet égard une entrée en matière éloquente. Les deux premières intervenantes rappelèrent les principales avancées européennes au regard de l'égalité homme / femme et les protections acquises progressivement, mais également les lacunes résiduelles. Puis l'ancienne présidente du Parlement européen, Madame Nicole Fontaine, aborda la question du vote en rappelant que si l'Union était à l'origine d'avancées majeures pour les femmes, elle savait également, en vertu du principe de subsidiarité, préserver les spécificités nationales, allusion évidente à la prétendue incompatibilité du traité de Lisbonne avec la législation irlandaise relative à l'IVG. De manière identique, Nicole Fontaine expliqua ensuite que si certaines des critiques adressées à l'Union étaient compréhensibles (apparente construction en marge des citoyens, manque d'explications au moment de l'élargissement, mise en valeur insuffisante des apports de l'Union), il serait erroné d'en faire porter la charge sur Lisbonne, traité qui permet au contraire des avancées substantielles. Ensuite, et en l'absence du Ministre des Affaires Etrangères irlandais, Micheal Martin, le "keynote speech" fut prononcé par un membre de son cabinet. Alors que les propos volontairement assez convenus et modérés qu'il tint (rappelant notamment les avancées du traité et la majorité écrasante de parlementaires nationaux des différents Etats-membres à l'avoir ratifié) laissaient présager un débat sans grand relief, la séance des questions prit un tour inattendu. Deux participants, visiblement émus, l'interpellèrent en rappelant le vote de 2008, le déni de démocratie que constituait à leurs yeux ce second référendum, et leurs doutes quand à la validité des garanties apportées à l'Irlande depuis. Tenu au principe de neutralité, le keynote speaker répondit sous l'angle essentiellement des altérations juridiques apportées au premier texte et de leur validité en droit international, en décalage manifeste avec la charge beaucoup plus émotionnelle que venaient de porter ses interlocuteurs. Cela donna alors lieu à cette scène étonnante au cours de laquelle l'ambassadeur turc, assis parmi le public, prit la parole pour souligner les différences objectives entre les deux votes et le caractère justement démocratique d'un second passage aux urnes. Le dernier panel de la matinée aborda le thème suivant: "Justice, rights and responsibilities of the european citizens". La première intervention (Alan Dukes, président de l'Alliance française de Dublin mais également ancien détenteur de plusieurs portefeuilles ministériels) se concentra dans un premier temps sur la question des libertés fondamentales qu'apporte l'Union aux citoyens, puis pris un tour plus politique en mentionnant les devoirs qui y sont nécessairement attachés, également vis-à-vis des autres Etats-membres. Le deuxième intervenant (Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert Schuman) rappela tous d'abord les aspects très concrets de la citoyenneté européenne, a fortiori pour un "petit pays" (protection diplomatique et consulaire notamment), tout en déplorant que l'Irlande ne fasse pas partie de l'espace Schengen. Puis il s'attacha à montrer que la citoyenneté est aussi le reflet de valeurs communes (attachement à un certain équilibre social permis par la richesse de l'Union – premier PIB au monde – et la qualité de ses infrastructures publiques, sa richesse culturelle, etc.) qui devraient justifier une légitime fierté d'appartenance. Puis, dans une conclusion dédiée au référendum, Jean-Dominique Giuliani rappela que, eu égard aux apports considérables de l'Union à l'Irlande, les gouvernements ne comprendraient pas un second vote négatif qui serait préjudiciable tant à l'Europe qu'à l'Irlande. Intervint ensuite Loïc Tribot la Spière, le délégué général du Centre d'Étude et de Prospective Stratégique ("CEPS"). Il évoqua en préambule les paradoxes qui caractérisent l'Union aujourd'hui; la baisse de la participation aux élections européennes en dépit de l'influence croissante du Parlement, le rejet des mécanismes européens malgré le "désir d'Europe" de ses habitants, etc. Face à cet état de fait, Loïc Tribot la Spière considère que la citoyenneté européenne ne pourra pas résulter de dispositions juridiques mais accompagnera la construction d'un espace politique, qui sera réalisé au mieux par des avancées concrète et réalistes, à l'image des propositions du CEPS; des débats entre responsables européens sur les grandes chaînes publiques et privées, une date unique pour les élections européennes, voire un vote obligatoire accompagné d'une obligation pour les députés de siéger jusqu'à la fin de leur mandat. Enfin, notre président intervint en chauffant la salle par la mention des performances de Munster en rugby. Rappelant Monnet ("Nous ne coalisons pas des Etats, nous unissons des hommes"), Jérôme Cloarec commença par souligner à quel point la citoyenneté se situe au cœur du projet européen depuis son origine mais que les premières avancées juridiques en la matière durent attendre Maastricht. Néanmoins, Jérôme s'attacha aussi à montrer l'insuffisance du cadre actuel, suivant lequel la citoyenneté est subsidiaire car déléguée (article 17 du TCE: "Il est institué une citoyenneté de l'Union. Est citoyen de l'Union toute personne ayant la nationalité d'un État membre. La citoyenneté de l'Union complète la citoyenneté nationale et ne la remplace pas."), pour appeler à une émancipation (vis-à-vis des États) de la citoyenneté européenne . Il déplora également que les citoyens n'exercent pas suffisamment les droits d'ores et déjà dévolus par les traités en raison d'une trop grande complexité. De manière plus optimiste, Jérôme souligna d'une part les éléments positifs des mouvements en cours (Programme de Stockholm et traité de Lisbonne: droit d'initiative citoyen, communautarisation du 3e pilier…) ainsi que les ferments de citoyenneté que constituent l'émergence possible d'une société civile comme relais des couples mythiques de la construction européenne (Giscard / Schmidt, Mitterrand / Kohl…), associée à un Parlement qui doit assumer son poids politique et en tirer les conséquences nécessaires (notamment dans les pouvoirs que lui confère Lisbonne vis-à-vis de la nomination de la Commission). Le rôle du Parlement, construction sui generis et unique au monde, fut d'ailleurs au cœur des quelques questions qui suivirent JG Voir également: L'Atelier Europe s'engage sur le terrain: la campagne d'Irlande! Quelques...

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L’Atelier Europe s’engage sur le terrain: la campagne d’Irlande!
08 Sep

L’Atelier Europe s’engage sur le terrain: la campagne d’Irlande!

Référendum sur le Traité de Lisbonne (prévu le 2 octobre 2009) Une équipe de l'Atelier Europe s'est rendue à Cork à l'occasion du symposium sur la citoyenneté européenne (organisé par l'Alliance Française et sa Directrice, l'excellente Hélène Duquin, représentante de l'Atelier en Irlande) qui a marqué l'ouverture de la campagne pour le référendum sur le Traité de Lisbonne.  L'Atelier s'est évidemment fait un devoir de s'engager sur le terrain en faveur du Traité. Nous sommes venus en Irlande animés du désir de mieux comprendre le contexte politique actuel et le sentiment des Irlandais au regard de l'Europe et singulièrement du référendum du 2 octobre prochain. L'Irlande, c'est d'abord la grande gentillesse de ses habitants. Que vous cherchiez votre chemin, que vous soyez curieux de comprendre ce pays et son histoire ou bien que vous souhaitiez simplement discuter de la pluie (beaucoup) et du beau temps (un peu), vous trouverez toujours un interlocuteur loquace. Le légendaire accueil irlandais, me direz-vous. Pourtant, ce trait n'a rien d'anecdotique quand il s'agit de considérer le rapport des Irlandais à l'Europe. L'Irlandais se définit toujours comme pro européen car il est pacifique, ouvert aux autres et qu'il serait presque grossier pour lui de ne pas faire "bonne figure" avec les pays qui l'entourent. Tel un voisin de palier avec lequel il est bon d'entretenir de bonnes relations. On reproche parfois à l'Europe sa complexité, son juridisme bien abscons pour les peuples qui la composent. Ici, la question du rapport à l'UE ne se situe pas à ce niveau. C'est le projet européen lui-même qui semble une abstraction pour le citoyen irlandais. Celui-ci est inscrit dans une ruralité, une simplicité de vie bien éloignée de considérations géopolitiques. L'histoire, ici, c'est celle d'un peuple qui a lutté pour son indépendance et qui se méfie de toute forme de sujétion. Un convive, lors du repas qui a précédé le symposium, a ainsi fait ce commentaire à un conseiller de l'Ambassadeur de France: "la France était une puissance coloniale, n'est-ce pas?". Le souvenir de la lutte contre l'Anglais est prégnant et l'UE fut l'opportunité de sortir d'un tête-à-tête avec l'ancien empire (l'essentiel des échanges commerciaux se faisait avec la Grande-Bretagne avant l'adhésion de l'Irlande à l'UE, aujourd'hui les échanges avec les Etats-Unis et l'Europe sont majoritaires). Dès lors, en Irlande, s'agissant de l'Europe, point d'idée de réconciliation historique, telles la France et l'Allemagne, point de rêve émancipateur, telles l'Espagne et l'Italie, ni de volonté d'ancrage européen, telle la Pologne ou la Hongrie. Ici, l'Europe c'est le désir de vivre en bonne entente avec ses voisins, sans violon ni trompette, et le projet de civilisation des Pères fondateurs semble une chimère pour une nation marquée, comme son voisin honni, par son insularité. D'abord et avant tout jaloux de son identité, donc. Aujourd'hui le Pays connaît une violente crise. Dépendant des investissements américains, il a connu une bulle immobilière et financière particulièrement développée. Avec l'effondrement des marchés spéculatifs, le tigre a perdu ses griffes et l'Irlande renoue avec ses vieux démons: le chômage de masse qui a incité des générations d'Irlandais à émigrer et une perte de niveau de vie drastique (par exemple, en début d'année 2009, le gouvernement a baissé de 7% le salaire de tous les fonctionnaires). Les citoyens sont donc légitimement furieux et ils reportent leur courroux contre toutes les actions de leur gouvernement. Hélas pour nous, Européens, y compris lorsque Brian Cowen, le Taoiseach (Premier ministre), propose de voter "Yes" au Traité de Lisbonne. L'impopularité du gouvernement est évidemment du pain béni pour les tenants du "No". Regardez ce gouvernement d'incapables, il ne vous respecte pas: vous votiez non en 2008? Il vous fait revoter en 2009! Une scène, au cours du symposium, atteste de la position défensive du gouvernement. Une dame interpelle un représentant du gouvernement sur le mépris du vote populaire de juin 2008. Contrit, le haut fonctionnaire se perd en conjectures et il s'avère incapable de justifier le deuxième vote malgré les concessions obtenues par son gouvernement. Intervient alors, dans une scène courtelinesque, l'Ambassadeur de Turquie en Irlande. Posément, il démontre adroitement à quel point le texte soumis à référendum est distinct du premier (maintien du Commissaire irlandais, garantie sur la neutralité irlandaise et l'interdiction de l'avortement, etc.). Stupeur de la salle; est-ce la Turquie qui sauvera le Traité de Lisbonne? Il faut croire qu'aucun soutien n'est de trop pour un gouvernement visiblement dépassé par les évènements. Face à la perte de crédit de leur gouvernement, et plus largement de la classe politique, les opposants au Traité de Lisbonne se régalent des mensonges outranciers qui composent les nombreuses affiches vues dans les rues de Dublin et de Cork (nous n'avons pas vu d'affiches en faveur du Traité). Avec Lisbonne, ce sera un salaire minimum à 1,84€ de l'heure, lit-on! Plus c'est gros, plus cela passe comme le veut le dicton populaire. Et le Commissaire européen Mc Creevy (faut-il rappeler qu'avant son passage contesté à la Commission, ce monsieur était, comme ministre des finances, l'un des artisans de la dérégulation du marché financier irlandais) a cru bon, après avoir benoîtement avoué ne pas avoir lu le Traité au cours de la campagne pour le premier référendum,  nous gratifier cette fois d'un "95% des Européens voteraient contre le Traité de Lisbonne". Faux, stupide, mais les opposants à Lisbonne en font leurs choux gras évidemment! Heureusement, contrairement au premier référendum, les défenseurs du Traité s'organisent. Ainsi, les responsables politiques qui demeurent populaires s'engagent cette fois dans la bataille. Il faut saluer le dynamisme de Pat Cox, ancien président du Parlement européen, qui, dès la première semaine de campagne officielle, s'engageait dans une trentaine d'évènements (ouverture de permanences, conférences, débats, etc.). De même, les moins de 26 ans, largement opposés au Traité en 2008, ont cette fois été l'objet d'une attention particulière. Des associations ont été fondées à leur endroit, telle "Generation Yes", dont nous avons rencontré le bloggeur en la personne du talentueux Stephen Spillane. Avec son groupe, il mène une campagne active pour dénoncer les mythes et mensonges véhiculés par les opposants au Traité. Il mobilise également une jeunesse irlandaise largement tournée vers l'Europe. Hélas, le droit de vote étant lié à la résidence en Irlande, les nombreux expatriés en Europe (300 000 sur une population totale de 4 millions d'habitants) ne pourront pas e xprimer leurs suffrages, ce qui est en soi un déni de démocratie, mais la jeunesse présente en Irlande aspire elle-aussi aux promesses de cette grande Europe. Enfin, si le camp des promoteurs du Traité recule, il demeure largement en tête en termes d'intentions de vote; selon l'Irish Times (édition du 4 septembre 2009), 46% voteraient "Yes", contre 29% "No", 25% étant hésitants. Au terme de notre séjour en Irlande, l'issue du scrutin du 2 octobre nous est apparue incertaine. Arrivés confiants du fait d'un contexte radicalement différent de celui de 2008, nous sommes repartis songeurs. Certes, à cette date, pour la première fois l'Irlande devenait contributeur net au budget européen. En revanche, en 2009, l'Europe n'est plus une charge pour l'Irlande mais bel et bien une protection et chacun a en mémoire le cas de l'Islande et de l'effondrement de sa monnaie. Toutefois,  ce sentiment, communément partagé en Europe, selon lequel l'Irlande ratifiera le Traité de Lisbonne du fait du contexte de crise, est trompeur. La conjoncture économique crée sans doute un contexte plus favorable au camp européen mais, les Irlandais ne se prononceront pas seulement sur ce terrain-là, la crise nourrit un violent sentiment de rejet à l'encontre du gouvernement et il n'est pas certain que le risque, en cas de vote négatif, d'un déclassement de l'Irlande en Europe soit ressenti. Encore moins les conséquences pour l'UE dans son ensemble. Le combat s'annonce donc long et difficile. Toutefois, ne nous laissons pas gagner par le pessimisme. Un ancien ministre...

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Université d’été du MEDEF – Table Ronde « La Place de l’industrie en Europe »

Les universités d'été du MEDEF ont choisi de consacrer une session à la place de l'industrie en Europe. Un bon nombre d'industriels ont répondu présents, et ont débattu sur les défis et les contraintes futures de l'industrie à l'échelle européenne. Les intervenants débutent ce débat en déplorant le regard passéiste des Français sur l'industrie, à la manière de l'agriculture au XXieme siècle. Il est bon de rappeler, selon Gérard Mestrallet, le patron de GDF Suez, que nous possédons des fleurons de l'industrie énergétiques, à l'instar de Total (4e mondial) , GDF Suez/EDF (1er en utilities), ou encore Areva (1er sur le marché du nucléaire). Cela n'empêche pas de s'intéresser aux enjeux futurs de l'industrie en France et en Europe. Le développement durable, l'émergence d'une politique énergétique européenne émanant de l'ensemble des politiques énergétiques nationales, ou encore la nécessité de financements compétitifs de proximité sont les défis à relever. René Ricol, médiateur Crédit près de l'Élysée, confirme l'importance du développement durable et appelle à une solidarité intelligente de la finance vis-à-vis de l'industrie, ce qui implique la reprise de risques par les banquiers sur des dossiers de l'innovation durable. Le ministre de l'Industrie, Christian Estrosi, rappelle que la France et l'Allemagne exportent à eux deux davantage de produits industriels que les BRICs réunis. Le financier de la table, Monsieur François  Drouin (président d'Oséo), affirme à son tour que le financement de l'industrie devra se faire par une levée de verrous, dont les deux principaux sont : le soutien public des entreprises jusqu'à 5000 employés, et l'augmentation de fonds propres par un système de prêts participatifs, alternative au financement traditionnel. Louis Gallois, président d'EADS, prend la parole pour ajouter la dimension humaine dans le débat. Il explique l'obligation que peut avoir une entreprise multinationale aujourd'hui à avoir un bureau d'études hors de France. Deux raisons principales justifieraient cette décision : trop d'élèves ingénieurs se détournent de la filière technique pour s'engager dans la finance créant un déficit de compétences sur le territoire français, et d'autre part, trop de difficultés administratives pour pouvoir faire venir des compétences de l'étranger, puisqu'il faut justifier l'impossibilité de trouver cette compétence sur le territoire national. Jean Therme, directeur de la recherche technologique du CEA, confirme le danger d'un déficit de compétences techniques et scientifiques en France, notamment face au transfert de compétences vers l'Asie.  Eric Boustouller, président de Microsoft France, répond en reprenant l'idée des pôles de compétitivité. A l'image de la Silicon Valley où de nombreux français sont appréciés pour la qualité de leur formation, il faut développer des terrains fertiles à l'innovation, où se croisent acteurs publics, privés, investisseurs et universités. Le débat s'oriente ensuite vers le rôle de l'Europe. Les représentants industriels de la table ronde critiquent une politique de la concurrence appliquée à la lettre, sans considération d'une concurrence internationale. Anne Lauvergeon, présidente d'Areva, en profite pour rappeler le manque d'une politique énergétique européenne. Elle lance un appel afin de mobiliser les pays acteurs. Louis Gallois partage cet avis, et insiste sur la nécessité d'avancer à quelques uns. Gérard Mestrallet conclut en soulignant de nouveau le danger d'une politique de la concurrence exacerbée, et d'un manque de cohésion des pays acteurs en Europe, voire même des entreprises européennes actrices du secteur.   Proposition : Un commissariat de l'énergie français au regard de la réussite des entreprises françaises du secteur. Groupe Économie et Innovation Voir également: Université d'été du MEDEF – Plénière exceptionnelle avec Cherie Blair Université d'été du MEDEF – Table Ronde « Tu seras compétitif, mon fils ! » Université d'été du MEDEF – Conférence-Débat : "Sous le ciel de la Ve République, quoi de nouveau...

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Université d’été du MEDEF – Plénière exceptionnelle avec Cherie Blair

Les universités d’été du MEDEF débutent par une intervention exceptionnelle, celle de Cherie Blair. Si Madame Blair est essentiellement connue en France  en tant qu’épouse du résident du 10 Downing Street  de 1997 à 2002, elle n’en reste pas moins une personne engagée, dans sa propre activité professionnelle et dans des causes personnelles. Jeune militante au parti travailliste, elle  est devenue par la suite  juge spécialisée en droit du travail. Mère de quatre enfants, elle n’a pas renoncé à sa propre carrière (même lorsque son mari est devenu premier ministre au Royaume-Uni) et a poursuivi son engagement pour la défense des droits de l’homme, et de l’enfant. C’est donc par ce thème qu’elle choisit de débuter son intervention, en rappelant qu’en dépit d’avancées significatives, comme la convention internationale des droits de l’enfant, il reste encore beaucoup à faire. Des millions d’enfants sont toujours privés à l’heure actuelle de leurs droits fondamentaux. Beaucoup souffrent encore de malnutrition, et grandissent dans des conditions sanitaires parfois pitoyables. A cela s’ajoutent les problèmes du travail et du trafic des enfants. Face à ce constat, il est important de trouver des moyens d’actions efficaces. Cherie Blair n’hésite pas  à marteler l’importance de l’éducation des petites filles comme réponse à de nombreux maux dont les pays en voie de développement souffrent. Eduquer les filles, c’est les rendre plus aptes à faire entendre leur voix, et à améliorer les conditions de vie de leurs familles. Non seulement elles peuvent travailler, mais cette éducation a surtout des effets positifs sur la maîtrise de la natalité, sur les conditions d’hygiène dans les foyers, et sur les préoccupations de santé. C’est ainsi la société dans son ensemble qui bénéficie de l’éducation des jeunes filles. L’engagement de Cherie Blair pour cette cause a pris la forme d’une fondation à son nom, qui vise aussi à donner aux femmes des formations et à les accompagner dans des projets de développement économique (notamment grâce au microcrédit). Cherie Blair renouvelle sa confiance dans les individus, et notamment dans les jeunes générations, capables de saisir les opportunités qui leur sont offertes pour transformer la société dans laquelle ils vivent. Loin de s’en tenir aux problèmes des pays en voie de développement, Cherie Blair nous interroge également sur les choix de nos  propres sociétés développées. A l’appui de son exemple personnel, elle souligne à quel point la volonté de concilier vie familiale et vie professionnelle est une question cruciale, qui ne doit pas concerner uniquement les femmes. Bénéficiant d’un parterre de dirigeants d’entreprises, elle saisit cette opportunité pour  leur lancer un appel afin de veiller à lutter contre la discrimination à l’égard des femmes, et à faciliter leur retour à l’emploi pour celles qui ont choisi de faire une pause dans leur carrière afin d’élever leurs enfants. Groupe Économie et Innovation Voir également: Université d'été du MEDEF – Table Ronde « Tu seras compétitif, mon fils ! » Université d'été du MEDEF – Table Ronde « La Place de l’industrie en Europe » Université d'été du MEDEF – Conférence-Débat : "Sous le ciel de la Ve République, quoi de nouveau...

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Quoi de neuf en MittelEuropa?
30 Avr

Quoi de neuf en MittelEuropa?

 On l’appelle encore l’Autre Europe.  Celle qui nous était inaccessible pendant plus d’un demi-siècle en raison du rideau de fer.  Pourquoi revenir d’abord sur ce point quand on traite un sujet comme l’Europe centrale ? Certainement pas pour stigmatiser quoique ce soit, mais parce que c’est la réalité de l’histoire, et que celle-ci, dans cette MittelEuropa ivre de liberté, est encore en phase de cicatrisation. Expliquons-nous. Tous les entretiens que nous Atelier Europe avons eus à Prague la semaine dernière, ont commencé par un rappel historique précis, chronologique  et souvent chargé d’émotion de la part de nos interlocuteurs. « La mort de Jan Masaryk en 1948, l’occupation soviétique et la brutalité du régime communiste, la révolution, l’indépendance ». Le message est clair « il faut nous comprendre » ; cela n’est pas une excuse, mais plus une précaution émotionnelle, une demande d’ouverture. Dans cette partie de l’Europe, la vision des rapports de force est différente de la nôtre.   Parce qu’il y a eu Munich et Yalta. A Prague, le prix de l’immense valeur de la liberté et de la démocratie qui protège les plus faibles, n’est pas le même qu’à Paris. Le slogan de cette Présidence n’est pas « Europe without barriers » sans raison… Concrètement, comment cela se traduit-il dans la politique européenne tchèque et dans la conscience nationale ? Commençons par le sujet le plus brûlant de nos entretiens, celui de la PESD et du bouclier anti-missiles. « Notre politique étrangère est régie par notre passé » nous a souligné un conseiller, après être revenu sur l’affreux épisode de Munich, la disparition de la Tchécoslovaquie et les occupations nazie et soviétique. Tous ces évènements fondent la politique actuelle de la République tchèque, et en particulier les aspects sécuritaires. D’où la posture très atlantiste de la République tchèque. « Les deux piliers de notre sécurité sont l’OTAN et l’UE, et dans cet ordre s’il vous plaît ».  Cela nous a frappés lors de toutes nos interviews. L’ancrage ferme dans l’OTAN, et une conception de la politique européenne de défense qui ne peut se faire qu’en complémentarité avec les organismes internationaux, tels l’ONU, l’OSCE et l’OTAN. Plus que de s’investir dans la PESD, la position de la République tchèque est claire : « il faut travailler dans le sens que les deux organisations, OTAN et UE, accroissent leur complémentarité et leur interopérabilité ».  Et ce d’autant plus que le manque de moyens actuels de l’UE pousse au réalisme prudentiel. Mais les leaders politiques ne devraient-ils pas avoir une vision moins à court terme,  et surtout être capables de se projeter 20 ans en avant ?  Pour le moment, force est de constater que l’heure est au pragmatisme et pas aux grands projets. Quoiqu’en disent nos interlocuteurs, les cartes mentales post-seconde guerre mondiale (avec les évènements de 1948 et de 1968) et post guerre-froide, sont bien présentes dans les esprits, la Russie reste « un sujet complexe », euphémisme diplomatique qui cache si peu la dureté du sentiment éprouvé par les Tchèques vis-à-vis de la Russie. D’ailleurs, dès qu’on en  vient aux relations russo-tchèques, sur la question du bouclier anti-missiles justement, là encore la réponse est sans équivoque « nous ne négocierons rien avec les Russes, il n’y aura pas un soldat russe stationné en République tchèque ». Certains soutiennent fermement le bouclier anti-missiles par fidélité aux États-Unis, d’autre ont une vision plus globale de la sécurité mondiale : « Face à l’Iran, la Russie, la Corée du Nord, le Venezuela, il faut montrer que les États-Unis et l’Europe marchent ensemble ». Ici, c’est plus une posture politique qui est mise en avant, une communauté de valeurs, l’indispensable cohésion du « monde libre » en quelque sorte. Pour autant, Prague n’abandonne pas l’idée d’une défense européenne. Son apport à la PESD se concrétise par exemple par la mise sur pied d’un bataillon de 2000 hommes, bataillon qui est slovaco-tchèque (« tchéco-slovaque » ? comme a ironisé notre interlocuteur), et qui sera lancé en septembre 2009. D’autre part, la République tchèque soutient fermement le Partenariat oriental, qui vise à soutenir les ex-républiques soviétiques et à renforcer les liens économiques universitaires, politiques et diplomatiques, et la sécurité énergétique de l’UE. Certains de nos interlocuteurs ont reconnu l’échec total de la dernière conférence sur le racisme, dite Durban II, soulignant par cet exemple la difficulté pour l’UE d’exister sur la scène internationale et d’adopter des positions communes en matière de politique étrangère. Pourtant les 27 étaient parvenus à un accord, lequel a volé en éclat en fonction de considérations nationales, y compris du fait de la présidence tchèque qui a alors abdiqué de son rôle d'arbitre. Le moment de ce voyage d’étude était important, puisque nous l’avons fait en pleine Présidence tchèque du Conseil de l’UE. Bien entendu, nous avons évoqué le bilan à presque mi-mandat de cette Présidence, ainsi que la crise politique qui a conduit récemment à un vote de défiance vis-à-vis du Premier Ministre Topolanek. Sur les ambitions initiales et actuelles, la Présidence poursuit sa feuille de route et plusieurs réalisations nous ont été rappelées comme : le taux réduit de TVA, le troisième paquet « énergie », le paquet « transport aérien » ou le paquet « coordination de la protection sociale ». Sur la forme, et l’image de cette Présidence en Europe, que ce soit en raison des déclarations tonitruantes du Président Klaus ou bien du renversement du gouvernement, un de nos interlocuteurs a eu le courage de souligner que désormais les ambitions de la PTUE étaient « 1. De Survivre. 2. De faire apparaître le survivant comme un succès ». Voilà une affirmation qui tranche avec le langage habituellement retenu des diplomates…. Un journaliste, nous a aussi fait part de ses inquiétudes face à l’apathie générale qu’il perçoit de la société civile tchèque. « La liberté d’expression recule, et je ne crois plus vraiment à la démocratie ».  « C’est la Sibérie intellectuelle ici ». Expressions sans doute exagérées qui laissent cependant transpirer la déception face à ce silence du mouvement humaniste et intellectuel. « La retenue serait-elle un trait caractéristique tchèque ? » avons-nous demandé. Avec un léger sarcasme, notre interlocuteur nous a répondu que « dans les manifestations de l’été 1989, il y avait beaucoup d’Italiens et de Hongrois »…. Comment comprendre ce témoignage d’un journaliste engagé, autrefois dissident et fervent défenseur des libertés civiques ? « Je suis nostalgique de la Tchécoslovaquie » nous a t-il avoué. Pour l’effervescence intellectuelle sûrement. Moins pour le système alors en place. On ne s’attendait pas à cette confidence qui nous a parue surprenante, mais qu’il nous faut décrypter si l’on veut avancer et...

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