Sortie de l’euro: comment interpréter l’action de la BCE ?

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La déclaration du président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, ce jeudi, suivant laquelle "la BCE est prête à faire tout ce qu'il faudra pour préserver l'euro" a eu comme effet d'apporter une accalmie sur les marchés, observable notamment via une détente sur les taux souverains espagnols et italiens. En affirmant que les niveaux de rémunération exigés par les investisseurs pour prêter à ces pays n'étaient pas acceptables, et donc en sous-entendant que la BCE pourrait agir pour les faire baisser, ce qu'elle peut faire (par exemple en rachetant des titres sur le marché secondaire, avec un effet immédiat sur le marché primaire de la dette, bien que la BCE ne puisse agir directement sur ce marché), la BCE s'est une fois de plus positionnée comme l'institution européenne la plus proactive et finalement la principale force motrice de l'intégration comme pouvait l'être la Cour de justice au début de la Communauté.

Qu'en conclure? Selon toute évidence que les institutions et les gouvernements européens disposent de marges de manœuvre réelles pour influencer les marchés. En d'autres termes, tout n'a pas été essayé pour lutter contre la crise financière et ses effets sur les dettes souveraines. Cette dimension a été abondamment commentée par la presse et il ne semble pas nécessaire d'y revenir. Une deuxième conclusion qui s'impose néanmoins, et qui est étrangement passée sous silence depuis le début de la crise, a trait à la signification d'une telle capacité à influencer les marchés, sans commmune mesure avec les sommets à répétition et dont les conclusions n'apportent qu'un optimisme éphémère, de quelques heures tout au plus. En effet, quand la BCE parle, les marchés écoutent, car la BCE décide, de manière indépendante et cohérente, et met en oeuvre ses décisions, tandis que l'on a vu à quel point les conclusions des sommets européens, ambitieuses prima facie, mais tellement floues et difficiles à mettre en oeuvre qu'elles ne trompent guère.

Pourquoi cela est-il possible? Parce que la BCE est la seule institution réellement fédérale de l'UE (la Commission dispose également de certaines compétences de nature fédérale: concurrence, commerce, etc., mais n'est pas une institution fédérale en tant que telle). Les sommets illustrent en revanche le retour en force de la méthode intergouvernementale, avec son cortège de complexité liée à la recherche laborieuse du consensus (mou), à la constitution d'équilibres précaires, aux combats de coqs entre chefs d'Etats, etc. Efficacité et crédibilité du fédéral d'une part, atermoiements de l'intergouvernemental d'autre part: la conclusion semble limpide. Reste à l'énoncer clairement et à en tirer les conséquences qui s'imposent.

Première présidence de Chypre : « risquée » craignent les Européens, « normale » assurent les Chypriotes !

Logo-Chypre-12Chypre est une île qui tangue.
Son secteur bancaire souffre durement. Ses banques ont perdu plus de 3 milliards d’euros à la suite de la restructuration de la dette souveraine grecque. Un premier programme de renflouement équivalent 1.8 milliards d’euros soit 10% de son PIB a déjà eu lieu mais l’agence Fitch estime le besoin minimum à 4 milliards, jusqu’à 10 milliards selon certains experts européens.

Son économie flanche.
Avec une récession possible de 2% en 2012, l’économie chypriote a été durement affectée par la crise financière grecque et pourrait être prise en charge par l’Eurozone si la situation économique de son voisin empirait.
En 2011, le gouvernement chypriote s’est d’abord tourné vers la Russie pour obtenir un prêt de 2.5 milliards « sans autre contrepartie que des taux bas » mais il semble qu’un second emprunt soit plus délicat, obligeant les Chypriotes à se tourner vers le Fond européen de stabilité financière et le FMI. Avec une note de catégorie « spéculative », Chypre ne peut plus en effet emprunter sur les marchés internationaux.
Une trentaine de personnes (FMI, BCE et Commission européenne) viennent de passer une semaine à Nicosie pour évaluer plus précisément ses besoins financiers et budgétaires et esquisser les contours d’un plan de sauvetage européen. Toutefois, les négociations sur les contreparties demandées par l’Union s’annoncent difficiles car le Président Christophias, à 8 mois des élections présidentielles, n’est guère enclin à remettre en cause un secteur public hypertrophié avec salaires indexés sur l’inflation ni un taux d’imposition sur les sociétés de 10%, le plus bas d’Europe, qui rend l’île très attractive pour les sociétés européennes … et russes.

Ses relations diplomatiques avec la Turquie sont détestables.
Les dernières négociations sur la réunification de l’île ont échoué ; Ahmet Davutoglu, ministre des Affaires étrangères turc a confirmé qu’ « aucun ministère, aucune institution de la République turque ne serait en contact avec la présidence européenne dans quelques activités où la présidence chypriote grecque serait partie prenante » et un conflit sur le partage des ressources énergétiques dans les eaux territoriales de l’île menace à court terme.
Que la Turquie boude leur présidence ne déstabilise pas les Chypriotes mais les Européens craignent que ces tensions ne viennent compliquer des dossiers délicats gérés en direct avec la Turquie comme les relations avec le monde arabe ou la politique d’immigration et d’asile.

A ces inquiétudes, les Chypriotes répondent qu’ils sauront garder le cap de leur présidence « vers une Europe meilleure », plus solidaire et proche des citoyens. Dans la continuité de la présidence danoise, ils affichent aussi les priorités attendues :

  • négocier le cadre financier des budgets européens pour 2014-2020 avec l’objectif de finaliser les négociations et d’élaborer un budget qui favorise la croissance et l’emploi,
  • rechercher une nouvelle gouvernance économique européenne avec plus de réglementations des services financiers et davantage de protection du consommateur et de l’investisseur. De plus, à l'occasion du 20e anniversaire du marché unique, la présidence s'efforcera de donner un nouvel élan à l'approfondissement du marché intérieur en assurant la promotion d'initiatives soulignant le rôle des PME, et le rôle d'un marché unique numérique efficace,
  • rapprocher l'Europe de ses citoyens, en mettant par exemple l'accent sur l'emploi des jeunes, en instaurant un régime d'asile européen commun d'ici la fin 2012, …

« Nous voulons réussir une présidence exemplaire, déclare enthousiaste Andreas Mavroyanis, vice-ministre des affaires européennes, pour prouver à nos partenaires que, malgré nos difficultés internes et notre petite taille, nous sommes un partenaire fiable et sérieux ».

Certes, les prérogatives de la présidence tournante sont maintenant largement limitées par le rôle croissant des Etats dans la gestion de la dette, le Conseil Européen présidé par Herman van Rompuy, l’Eurogroupe de Jean-Claude Juncker et enfin le Conseil des ministres des affaires étrangères de Catherine Ashton mais les dossiers à co-gérer demeurent essentiels pour la bonne marche de l’Union.

Chypre est une île qui tangue mais qui s’est aussi donnée un cap : à l’image du logo de sa présidence, un navire qui prend son envol, vers le cœur de l’Europe !

Le fruit de la collaboration entre l’Atelier Europe et Sciences Po, cuvée 2012

Dans la continuité de la présentation de projets collectifs d’étudiants de Sciences Po en Master Affaires européennes le 11 mai dernier, l’Atelier Europe, qui a accompagné ces étudiants durant cette année universitaire, vous propose de découvrir le fruit de leurs travaux.

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Juliette Baloup, Pauline Ozon, Rajesh Mittal, Mathieu Halter

Le sujet « les Européens face à la crise de l’euro et de la dette publique » a donné lieu à un documentaire audiovisuel d’une quarantaine de minutes. Celui-ci repose sur l’analyse de sept États membres de l’Union européenne dans leur réponse à la crise, en exposant certaines spécificités nationales et leur vision pour en sortir à l’échelle européenne. Dans cette optique, les étudiants ont interviewé de nombreux experts et ont reçu l’aide d’une étudiante en école de cinéma pour le montage.

 

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Mari Tepp, Aurore Le Gouëz, Camille-Renaud Merlen, Lysiane Dauphin

 

Le deuxième groupe d’étudiants encadré par l’Atelier présentera ses réflexions sur le thème de « l’Union européenne dans les campagnes électorales nationales en Europe ». Tout au long de l’année, ils ont suivi avec attention et intérêt la tenue des campagnes électorales dans quatre pays de l’Union et ont rédigé une note d’analyse comportant leurs conclusions.

 

 

Quentin Perret et Thomas Mimra, qui ont dirigé ces projets collectifs au nom de l’Atelier Europe, remercient les étudiants pour ces travaux de grande qualité, les intervenants qui ont accepté de partager leur expertise, ainsi que l’équipe de Sciences Po pour sa disponibilité et sa bienveillance.

Voir les projets d’étudiants de Sciences Po des années pécédentes. 

 

 

Présidence danoise – Rencontre avec Jens Kisling, conseiller diplomatique, conseiller en chef pour les affaires européennes auprès du Premier ministre danois

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Abritée dans les bâtiments dévolus du Premier Ministre danois, la salle du conseil des ministres, pièce blanche, lumineuse et propice à la concentration, voit se réunir chaque semaine le gouvernement. C’est en ce lieu que nous sommes reçus par Monsieur Jens Kisling, conseiller diplomatique et conseiller en chef pour les affaires européennes auprès du Premier ministre.

Pour notre hôte, le défi de cette 7ème présidence danoise de l’Union européenne est clair : gérer la violente crise des dettes souveraines européennes pour retrouver la stabilité économique et jeter les bases de la croissance et de l’emploi, tout en mettant en œuvre le traité de Lisbonne. Ce nouveau traité « ôte une partie des prérogatives antérieures au pays en charge de la présidence de l'Union européenne », commentera d’ailleurs notre hôte au détour d'un échange. En effet, avec l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne, le 1er décembre 2009, le rôle de la présidence du Conseil a été modifié, notamment avec la nomination d’un président permanent du Conseil européen (Monsieur Van Rompuy) et d’un Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité (Madame Ashton).

Rencontre avec Jens KislingL’agenda de ce semestre européen n’a pas laissé beaucoup de place aux sujets autres que celui de la crise, lequel s’était déjà imposé à la Pologne les six mois précédents. Pourtant, après les élections générales de septembre 2011 qui ont vu un changement de majorité, le programme de la Présidence a dû être rapidement mis sur pied, le Danemark souhaitant œuvrer en faveur d’une Europe responsable, dynamique, verte et sûre en vue d’assurer sa pérennisation sur les plans économique, social et environnemental. Quatre axes se dégagent :

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Présidence danoise – Rencontre avec Marie-Gaëlle Robles, Première secrétaire et David Kibler, Premier secrétaire à l’Ambassade de France au Danemark

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Nous rencontrons, et nous remercions vivement pour leur accueil, Marie-Gaëlle Robles, Première secrétaire, et David Kibler, Premier secrétaire – diplomate de renfort pour la présidence danoise, à l’Ambassade de France à Copenhague.

Ils nous indiquent que le choix a été fait par les Danois de piloter la PDUE depuis Bruxelles où leur Représentation permanente est très active. Les Danois sont expérimentés et très professionnels: il s'agit en effet de leur 7ème présidence tournante à la différence de la Pologne et de Chypre dont c’était et ce sera la première. De plus, suite au changement de gouvernement intervenu le 15 septembre 2011, Copenhague a un Premier ministre formé au Collège de Bruges et ayant travaillé à Bruxelles. L’impression qui ressort est que le Danemark est vraiment compétent et s’est positionné d’emblée comme médiateur bien que hors de la zone Euro du fait de leur opt-out. On voit au quotidien qu’il joue le jeu des institutions européennes et qu’il compte bien arriver en juin 2012 à un compromis sur les perspectives financières multi annuelles.

 

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