Le Figaro a dit “L’aide à la Grèce coûtera 15 milliards d’euros à la France”, c’est FAUX!

L'Atelier Europe inaugure une nouvelle rubrique, "Contrevérités", destinée à rétablir la vérité sur l'actualité européenne, qu'il s'agisse de corriger des erreurs factuelles, ou de dénoncer des mensonges ou des contrevérités trop souvent colportées par des décideurs politiques, pamphlétaires, journalistes…

Une erreur classique que le "titreur" de cet article du Figaro commet ici (mais pas l'auteur de l'article, qui présente une version correcte des faits), comme beaucoup l'ont fait depuis le début de la crise financière, notamment dans le cas des prêts accordés aux banques. Non, l'aide ne "coûtera" pas 15 milliards d'euro, puisque cette aide sera remboursée! Certes, l'endettement français va s'accroître à court terme de ce montant, mais cette somme va progressivement être remboursée. La France devrait même y gagner, puisqu'elle prête à un taux supérieur au coût de son endettement. A moins qu'elle y perde si sa note est dégradée en conséquence (scénario peu probable: ce montant représente moins de 1% de la dette actuelle). Mais dans les deux cas (gain ou perte), la quantification est un exercice délicat, contrairement à ce que ce titre laisse penser."

La montée des populismes en Europe menace-t-elle le projet d’une union politique?

L’Atelier Europe poursuit son partenariat avec le Master Affaires européennes de l’Institut d’études politiques, en commanditaire de projets collectifs, réalisés par les étudiants de ScPo. Cette année, le thème « La montée des populismes en Europe menace-t-elle le projet d’une union politique? » a donné lieu à un documentaire constitué d’interviews de chercheurs et d’universitaires, à une note d’analyse, ainsi qu’une projection à Sciences Po suivie d’un débat avec Jacques Barrot.
Nous laissons la parole à Laura Fakra, Athéna Fooladpour, Christoph Schmiedel et Giovanni Scoazec, les quatre étudiants qui ont réalisé ce projet:

La vague populiste touche l’ensemble de l’Europe: en Belgique, aux Pays-Bas, au Danemark, en Suède, en Autriche, en République Tchèque ou encore en Suisse, les partis dits populistes ont le vent en poupe. Au-delà de la vision d’un mouvement raciste et xénophobe qui gangrène une Union européenne encore si fragile, ce cours documentaire cherche, à travers les réflexions de Jacques Sapir, Yves Mény, Dominique Reynié et Yves Surel, à comprendre les raisons du phénomène populiste. Pour cela, les experts se penchent dans un premier temps sur la définition du terme et sur son instrumentalisation par des partis politiques qui ne doivent pas être cantonnés à l’extrême-droite, puis ils s’intéressent aux raisons d’une montée populiste en Europe, aux risques qu’elle comprend et aux remèdes qui peuvent éventuellement émerger dans les circonstances actuelles. Parole aux spécialistes pour un aperçu juste et sans concession d’un débat essentiel dans l’avenir de l’UE.

 

La montée des populismes en Europe menace-t-elle le projet d’une union politique? from Atelier Europe on Vimeo.

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Budget européen : mais que veulent les Etats-membres ?

La Commission européenne a dévoilé cette semaine son projet de budget, pour l’Union européenne, pour la période 2014-2020. Ce projet comprend notamment une taxe sur les transactions financières et une remise à plat du « chèque britannique », un mécanisme qui assure au Royaume-Uni une moindre contribution nette au budget de l’UE.

C’est un budget d’une certaine ambition, face auquel plusieurs Etats membres ont fait semblant de s’offusquer, en avançant deux arguments d’apparence imparables : comment les institutions européennes osent-elles demander plus alors qu’elles prêchent la rigueur pour les Etats-membres ? Comment un Etat (en l’occurrence le Royaume-Uni) peut-il accepter de verser sensiblement plus au budget de l’UE qu’il ne reçoit de subventions (agricoles, régionales, de R&D…) ?

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Is there anybody out there?

How the desertion by national politicians of the EU is feeding the citizens’ feeling of a European political vacuum.

There is something wonderful about European politics. First, it doesn’t really exist in itself since most of the political power remains at the national level, but still the first target is always “Brussels!”. Second, the more perilous the political and economic outcome of the crisis is likely to be, the more urgent a radical solution becomes, and the more the national political classes seem to be ignorant if not indifferent to European issues.

It is amazing to see how the EU has evolved and deepened during the last decades. But, at the same time, national politicians have still followed their provincial paths towards power without a glance towards the cold bureaucratic world of Europe. The so-called gap between the EU and its citizens is in fact a gap between national politicians, who strongly hold the power in their hands,   and where a significant part of our democratic power is exercised, e.g. Brussels. Such politicians reflect a true and complete inability to understand the EU, which makes their natural recipients, the electors, feeling pretty uncomfortable when it comes to judging how the EU is managed. Who could blame them?

Actually, the strong rise of populist speeches if not ideas (the two are probably not the same since populism is more about reaction than action) in Europe is clearly fed by this fundamental inability of the political elite to understand the EU. It gives a feeling of big issues being out of the control of elected governments. That impacts strongly on the credibility of what moderate leaders could express. It also becomes easy for populist divas (there is an intriguing proportionality between lack of political maturity and the size of the egos) to point to the inaccuracy of decisions when there is indeed a lack of coordination within the EU for reaching consistent and efficient policies.  Hubris, or possibly shyness, prevents leaders from talking about the reality: for large-scale issues such as the economy, foreign policy and defence, none of the Member States have any longer the means, if not the will, to act alone.

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Albionite

Le Royaume-Uni ne cessera jamais de nous étonner. Son puissant Ministre des Affaires étrangères, William Hague, homme talentueux et fieffé europhobe notoire, propose actuellement à son parlement un projet de réforme constitutionnelle visant à imposer un referendum pour tout transfert de souveraineté au sens large, y compris s’agissant de règles procédurales, en faveur de l’Union. Passons sur le délice très anglais d’une réforme constitutionnelle dans un Etat qui n’en compte guère. Ne considérons pas également l’hérésie d’une obligation de référendum dans un pays qui est étranger à la pratique plébiscitaire et où, en dehors des libertés publiques, le Parlement, et partant le gouvernement qui en émane, dispose traditionnellement d’une forte latitude. L’exaltation anti européenne justifie bien quelque entrave aux traditions de Westminster pourtant religieusement respectées.

L’essentiel est ailleurs, pour nous Européens. Le projet de réforme, s’il est adopté, va rendre très difficile toute modification des règles du jeu au niveau européen, sachant que pour toute modification du processus décisionnel, il y aura toujours une incertitude quant à la capacité du gouvernement britannique de s’engager sans procéder à referendum. Nous imaginons déjà les joutes politico juridiques qui menaceront toute velléité de réforme alors même que l’Union doit être plus réactive dans un contexte de crise(s) larvée(s) ; que diable, c’est pourtant aussi son inertie qui lui est reprochée par les europhobes! Le risque de blocage est réel. Dès lors, notre modeste et amical conseil au Thatcherite du Foreign Office est limpide: pourquoi s’embarrasser de tant de referenda, et d’une réforme contraire à la noble tradition parlementaire, alors qu’une seule consultation populaire suffirait: “souhaitez-vous que le Royaume-Uni demeure membre de l’Union européenne?”? Nous sommes à l’un de ces moments de l’histoire où les solutions, à défaut d’être simples, doivent être claires.

Comme rien n’est jamais évident chez nos amis Britanniques, au même moment Tony Blair, sans doute saisi comme nous tous par l’éclat de la présidence de Herman Van Rompuy, affiche, outre une candidature implicite, donc, une stature d’homme d’État en proposant une solution cette fois claire et précise: élire le président de l’Union au suffrage universel. Non, il ne s’agit pas d’un délire de fédéraliste attardé ni d’une proposition franco centrée d’un néo gaulliste en état d’indigestion nationale. Une telle proposition provient réellement d’un ancien Premier ministre de sa Majesté. Certes, il convient d’être prudent s’agissant d’un homme connu pour ses discours européistes flamboyants (La Baule, Birmingham, etc.) mais sans lendemains. De même, nous pouvons nous interroger sur la lassitude d’un homme qui a guerroyé sans cesse avec un parlement revêche et qui devait considérer non sans envie son alter ego, le président français directement adoubé par le peuple, comme autrefois Guillaume III observant jalousement l’absolutisme du régime de Louis XIV.

Toutefois, quelle qu’en soit la motivation profonde, la position de Tony Blair nous démontre à quel point la position britannique sur l’Europe est sans doute plus complexe que nous ne le percevons sur le continent. Margareth Thatcher et ses disciples, associés à Ruppert Murdoch et ses tabloïds orduriers, ont laminé le camp européiste, de Michael Heseltine à Kenneth Clarke, mais ils n’ont pas fait disparaitre le sentiment européen dans une partie de l’élite et du peuple britanniques. L’Union a tout à gagner de bénéficier de l’exceptionnelle culture politique anglaise. Il est néanmoins temps pour ce pays de rompre avec l’ambigüité mortifère qui caractérise sa position sur l’UE. Pour le bien de l’Union mais aussi pour celui du Royaume, celui-ci se représentant, politiquement, trop souvent le monde, et la relation spéciale avec les États-Unis, comme une photographie de l’Après-guerre. En somme, dépasser, respectueusement, Churchill comme les Français devraient laisser reposer en paix de Gaulle car ce n’est pas rendre hommage à ces grands Hommes que de figer leur peuple millénaire dans la mémoire. La brutalité de Hague, ainsi que l’inexpérience de son Premier ministre, nous offriront peut-être, par l’absurde, ce moment de vérité que tout européen peut souhaiter légitimement. Premiers ou pas, à vous de tirer, Messieurs les Anglais!

JC