L’Europe au Luxembourg, entre institutions et projets
02 Nov

L’Europe au Luxembourg, entre institutions et projets

Troisième et dernier article sur la présidence luxembourgeoise suite à notre voyage d’études à Luxembourg, les premiers se trouvent ici et là. Un modèle coopératif pour l’UE Notre rencontre à la Chambre des Députés nous a convaincus des mérites de l’approche politique luxembourgeoise faite de simplicité dans les rapports humains et de pragmatisme dans les choix et les orientations. Cette forte capacité d’adaptation, c’est aussi une approche sans prévention ni tabous des sujets, y compris dans l’acceptation que la puissance publique nationale ne peut pas tout et qu’elle doit agir de concert avec d’autres acteurs, en interne mais aussi au niveau européen et international. Certes, le Luxembourg par sa taille et par son rôle historique dans la construction communautaire est l’Etat qui a le plus intégré à son ADN l’Europe, y compris en termes identitaires. Cependant, il s’agit aussi d’une volonté politique de prise en compte de tous les niveaux territoriaux, du local à l’européen via le national, afin d’enrichir la décision publique et de la légitimer auprès de citoyens informés en amont des projets. Ici, point de « c’est la faute à Bruxelles »! Les bonnes pratiques devraient faire rougir ses grands voisins: après chaque session plénière du Parlement européen, la Commission des Affaires étrangères de la Chambre fait le point avec les Eurodéputés, lesquels sont associés aux rencontres de députés nationaux avec les citoyens. Tout n’est pas transposable mais une bonne dose de modestie, très répandue aussi localement, devrait aider à franchir les, relatives, barrières culturelles. Le temps court de la Présidence tournante Pour le second semestre 2015, les priorités de la Présidence luxembourgeoise se déclinent sur sept axes: -Libérer l’investissement pour la croissance et l’emploi -Approfondir la dimension sociale européenne -Gérer la migration, allier libertés, justice et sécurité -Rendre sa dynamique au marché intérieur en misant sur le numérique -Inscrire la compétitivité européenne dans un cadre global et transparent -Promouvoir une démarche de développement durable -Renforcer la présence de l’Union européenne dans le monde Du fait de l’actualité, notamment en Méditerranée et de la perspective d’un referendum britannique, l’agenda du Conseil s’avère bouleversé. Ce à quoi il faut ajouter les batailles interinstitutionnelles entre Conseil et Parlement. De façon pragmatique, dans le rôle restreint que le Traité de Lisbonne a conféré à la présidence tournante, avec un Président stable chargé de l’agenda, le Luxembourg s’attache à faire avancer ses dossiers, hérités de la Présidence lettonne et dans la perspective de la présidence hollandaise. Sans tambour ni trompettes, les Luxembourgeois ont fait à leur façon, in fine efficace: simple et pragmatique avec vingt pages de programme sur quelques constats évidents, pour un texte applicable et compréhensible. Depuis juillet 2015, le petit pays et néanmoins Grand-Duché, cherche à influencer l’ordre du jour du conseil sur des sujets aussi divers que l’équilibre entre harmonisation et reconnaissance mutuelle au sein du marché intérieur, le projet de Directive Titrisation, ou encore un meilleur accès des PME aux capitaux. Tout cela en visant un « Triple A social » transversal à tous les dossiers.   Le temps stable des Institutions Outre le symbole que représente la maison natale de Robert Schuman, la ville de Luxembourg héberge les institutions juridictionnelles et financières de l’UE. En tant qu’un des trois sièges officiels de l’Union européenne, elle accueille la Cour de justice, la Banque Européenne d’Investissement, la Cour des Comptes, le Secrétariat général du Parlement, l’Office des Publications (le Journal Officiel de l’UE), ainsi que différents services de la Commission. La géographie n’est jamais neutre. A la ville ancienne, fièrement posée sur un promontoire coiffé par la forteresse de Vauban fait face le plateau du Kirchberg, où se tiennent la majorité des Institutions. Une atmosphère de « ville champignon », avec rues en construction, immeubles en chantier, témoigne du dynamisme urbain du quartier. A noter: on y trouve là le point culminant du pays et c’est le sommet de la « Tour des Interprètes » de la Cour de justice de l’UE. Une rencontre à la Cour de Justice, nous permet d’appréhender cette vénérable institution, outil essentiel d’intégration dès l’époque des Pères fondateurs, de l’Europe des petits pas et de la méthode communautaire. Le moteur fédéral originaire qui a passé le relais, marquant aussi une approche moins juridico centrée de l’UE, à la Banque Centrale Européenne. Contrairement à bien des bâtiments institutionnels sans âme, le dessin de la CJUE, réalisée par l’architecte Dominique Perrault, incarne une certaine solennité. De larges perspectives, des couleurs contrastées, une grande salle d’audience tapissée de bois et des piliers en acier rappellent les fondements de la CECA.   Le temps long de l’investissement: vers l’Europe des projets La Banque Européenne d’Investissement, au départ pensée par les concepteurs du Traité de Rome comme outil de rattrapage économique des régions périphériques, est sans doute l’organisme qui a le plus d’avenir en cette période de désamour citoyen pour le projet européen. Institution non communautaire, la BEI a vocation à financer des projets innovants, portés par des entreprises, à hauteur maximale de 50%. Chaque année, entre 70 et 80 milliards d’euros sont investis dans quatre domaines d’action: l’innovation, les infrastructures, le changement climatique et les PME. A l’image d’un fonds d’investissement ou de toute autre banque, la BEI fonctionne selon une logique de rentabilité et de retour sur investissement. Du fait de son adossement public et de sa vocation d’intérêt général, ce sont les 28 Etats et la Commission qui siègent à son conseil d’administration, elle peut cependant se permettre des investissements moins rentables, là où des banques classiques ne s’aventureraient pas. A titre d’exemple, la BEI a contribué à financer des projets, comme le Viaduc de Millau ou Autolib, bien connus en France. Dans d’autres pays, son rôle a été déterminant pour des projets de rénovation énergétique de milliers de bâtiments, la réalisation de Tramways verts, la rénovation de lycées ou encore le développement de nombreux projets industriels et aéronautiques. En Europe centrale et orientale, par exemple, les Financements BEI sont combinés avec des fonds structurels. Finalement, l’institution, qui œuvrait jusqu’à présent dans une ombre relative et était réticente à élargir son mandat, connait avec le Plan Juncker un changement d’ADN. A travers sa logique de déploiement budgétaire, il lui revient aujourd’hui d’être le levier financier et le véhicule d’appui à l’innovation pour la croissance en Europe. Des crédits budgétaires, à hauteur de 21 milliards d’€ de garanties, vont ainsi être alloués à des projets risqués pour faire repartir l’investissement en Europe. A travers ce déploiement massif, c’est bien le temps long et l’Europe des projets à laquelle œuvre patiemment la BEI. C’est également avec cette Europe-là, dynamique et tournée vers l’avenir, que nous espérons avoir rendez-vous le semestre prochain, sous présidence hollandaise. Aymeric...

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La finance au Luxembourg: vers un terrain de jeu assaini
29 Oct

La finance au Luxembourg: vers un terrain de jeu assaini

Deuxième article sur la présidence luxembourgeoise suite à notre voyage d’études à Luxembourg, le premier se trouve ici.   Le soft power de l’attractivité L’attractivité de la place financière luxembourgeoise trouve notamment ses racines dans la Directive SICAV des années 1980, qui fait de l’administration de fonds l’Industrie phare du Luxembourg (3 600 mds € aujourd’hui). Cette Directive crée un passeport qui permet aux fonds de s’installer au Luxembourg, ouvrant la voie à la création d’un marché transfrontalier. Une expertise s’est ensuite construite autour de l’administration de fonds, avec laquelle peu de pays peuvent rivaliser. A cela s’ajoute deux autres activités: la Banque privée (300 mds d’avoir sous gestion) et l’Assurance, réassurance, assurance vie. Le Luxembourg devient rapidement un Hub continental pour les banques européennes. En 1995, il compte 220 banques. Aujourd’hui, suite à la crise de 2008, il n’y en a plus « que » 143, mais dont les bilans ont globalement augmenté. Parmi les autres attraits pour les entreprises, il faut mentionner un cadre juridique très stable, la TVA la plus basse d’Europe ou la possibilité d’enregistrer des statuts d’entreprises directement en Anglais. En termes d’ouverture, le Luxembourg est le premier pays à accueillir une banque chinoise et joue aujourd’hui un rôle dans l’introduction du Yuan comme monnaie d’investissement. La plupart des fonds qui investissent en Chine d’ailleurs sont Luxembourgeois. Le pays s’intéresse depuis les années 1980 à la finance islamique qui impose justice, équité et transparence et se distingue des pratiques financières conventionnelles par une conception différente de la valeur du capital et du travail. Les rescrits fiscaux et le Luxleaks La publication en novembre 2014 de plusieurs articles relatifs à la négociation par l’administration fiscale luxembourgeoise de rescrits fiscaux (tax rulings) avec 340 multinationales permettant à ces dernières de bénéficier d’un taux d’imposition très faible, a placé le Grand-Duché sous le feu des critiques. En contre feu, l’adoption de la loi du 19 décembre 2014 a permis de donner une base légale à la pratique des rescrits fiscaux, tout en l’encadrant. Les Rulings qui démontrent une volonté d’attractivité des entreprises, sont au cœur des critiques qu’essuie le Luxembourg. Or l’erreur, selon certains de nos interlocuteurs, a moins été le ruling en soi, que le fait de ne pas revoir leur contenu, qui datait. Entre 2014 et début 2015, le pays est en position de défense sur cette affaire. Aussi percevons-nous au cours de nos rendez-vous le besoin de mettre l’accent sur les mesures prises ces derniers mois: proximité d’un accord sur une assiette commune et progrès sur un code de conduite fiscal des entreprises. Mais pas question d’abandonner pour autant la spécificité nationale. Pour que le Luxembourg reste compétitif en finance, tous les Etats doivent respecter les mêmes règles. C’est pourquoi le Grand-Duché souhaite la mise en place d’un level playing field, un terrain de jeu commun, que les décisions du Conseil devraient favoriser, à travers la promotion de l’échange automatique d’informations. En réalité, c’est bien la crise financière de 2008 qui a été le déclencheur de cette réflexion sur la transparence. Si les travaux de la précédente Commission ont visé principalement à rétablir la stabilité, la nouvelle mandature s’avère quant à elle tournée vers la croissance et l’investissement. C’est dans un tel cadre, assaini, qu’il apparait raisonnable de relancer la titrisation. A travers l’union bancaire et l’union des marchés de capitaux, le marché intérieur, renforcé, doit pouvoir être le théâtre d’une ambitieuse stratégie d’investissement, amorcée avec le Plan Juncker. Aymeric...

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Le Luxembourg, un laboratoire européen
26 Oct

Le Luxembourg, un laboratoire européen

L’Atelier Europe a arpenté le Grand-Duché durant deux jours. A la veille d’un Conseil ECOFIN et à mi-parcours de la Présidence luxembourgeoise de l’UE, nous avons été cordialement reçus par des juristes, des diplomates, des parlementaires et des fonctionnaires européens, pour une série d’entretiens entre actualité brulante et priorités de long terme. Voici, en trois épisodes, le compte-rendu de ces rencontres sur le Luxembourg, la finance et les institutions européennes.   Le Luxembourg, petit pays et Grand-Duché Comment un petit territoire, ancien « Département des forêts » sous Napoléon, a-t-il su tirer parti des contraintes de son histoire et de sa géographie pour devenir une place financière de premier plan et un pays cofondateur des Communautés européennes? Voyager au Luxembourg, c’est se poser inévitablement cette question, qui n’est autre que celle des avantages comparatifs, chère à l’économiste Ricardo. Voyager au Luxembourg, c’est également interroger la diversification, cet art de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier économique, qu’il s’agisse d’industrie, de finance ou de services. Pays ouvert sur l’extérieur, le Luxembourg s’avère en fait un laboratoire de l’Europe. La Monarchie constitutionnelle y accueille depuis leur fondation des institutions clés, de la CECA de jadis à la Cour de Justice, en passant par la Cour des comptes. Au croisement de plusieurs identités culturelles, le Luxembourg fait bien souvent figure de point d’équilibre dans l’intérêt général communautaire. La diversification, moteur de l’évolution du pays Après-guerre, la sidérurgie est prépondérante au Luxembourg, à travers notamment le groupe Arbed, devenu depuis par fusions successives Arcelor Mittal. Dès les années 1960, afin de ne pas s’enfermer dans un secteur unique, et pour anticiper le déclin de la sidérurgie vers la fin des « trente glorieuses », le Luxembourg se lance dans une stratégie nationale visant clairement à développer une place financière attractive. Ouvert et intégré aux différentes unions douanières, du Zollverein à l’UE, en passant par le Benelux, le Luxembourg développe une activité internationale de crédit et d’émission d’obligations. Rapidement, il héberge de nombreuses holdings étrangères. Les années 1970-1980 connaissent l’essor de la Banque privée, ainsi que des fonds d’investissements, activité dans laquelle le pays est aujourd’hui numéro un en Europe. Le secret bancaire des années 1990 et la non-imposition des plus-values font du Grand-Duché une sorte de monde parfait pour ceux qui en bénéficient, connaissant alors jusqu’à 9% de croissance par an. Au fond, les Luxembourgeois semblent avoir la hantise récurrente du monolithisme économique, qui daterait de la fin de la grande époque de la sidérurgie. Malgré la présence d’industries comme Goodyear et DuPont de Nemours après-guerre; SES Global, PayPal, Amazon ou EBay aujourd’hui, la question demeure: comment se diversifier? Le dernier avatar de réponse à cette question semble le développement d’activités de services, que ce soit dans les satellites ou le numérique. Premier pays d’Europe en termes de PIB par habitant, le Luxembourg est aujourd’hui noté AAA et tient fermement à garder cette note. Originalité locale: les rentrées fiscales servant aux dépenses de service public sont fournies, non pas directement par le contribuable, mais majoritairement par un tiers financeur: taxes sur le tabac, les fonds d’investissement, etc. Le Luxembourg, un carrefour identitaire Dans les années 2000, l’augmentation du prix du logement, les encombrements de trafic provoqués notamment par environ 150000travailleurs frontaliers quotidiens (Allemands, Belges et Français) et l’arrivée des nouveaux Européens, suite à l’élargissement de l’UE en 2004, font s’interroger les Luxembourgeois sur leur projet national. Sur une population de 563 000 personnes, 65 000 Français vivent sur place et 85 000 Lorrains font le trajet aller-retour chaque jour, ce qui n’est pas sans occasionner des débats sur l’identité luxembourgeoise et le droit de vote des étrangers que, de fait, seule une faible majorité (54%) des résidents possèdent (lors d’un referendum en juin 2015, les Luxembourgeois ont rejeté à 78% l’octroi du droit de vote aux étrangers) En journée, les nationaux sont même minoritaires au Luxembourg (40%) du fait de l’afflux des travailleurs frontaliers. A cela s’ajoutent les perspectives d’un modèle de retraite depuis longtemps généreux et dont la poursuite n’apparait pas soutenable à long terme. Sur le plan politique, la figure tutélaire de Jean-Claude Juncker, Chrétien social à la tête du pays pendant dix-huit ans (1995-2013), marque d’autant plus que sa nomination à la tête de la Commission a fait de lui le grand absent le plus présent de la scène européenne. Pour autant, l’affaire du « Lux Leaks » en 2014 a laissé des traces, même s’il s’avère que de nombreux autres Etats pratiquent les rescrits fiscaux et que ceux-ci sont l’objet d’une règlementation en discussion à Bruxelles. De fait, la question est aujourd’hui envisagée et présentée de manière collective et internationale, comme un reliquat du problème de la concurrence fiscale entre Etats, mais elle a été perçue par les Luxembourgeois comme une remise en cause injustifiée (du fait du caractère courant de ces pratiques) par un Grand-Duché qui refuse la qualification de paradis fiscal. Sur ce point, la Coalition tripartite Droite, Verts, socialistes, qui dirige aujourd’hui le pays et son Premier Ministre actuel, Xavier Bettel, promettent et promeuvent coopération et transparence en matière fiscale. Sur le plan de l’opinion publique, bien que la population soit majoritairement pro-européenne, un léger désenchantement est perceptible dans les sondages, nous a-t-on fait remarquer. Sans doute la nostalgie d’une Europe plus restreinte, où l’on décidait autour d’une table à six y a-t-elle sa part. Dans les débats européens, notamment sur la Grèce, les Luxembourgeois, qui ont une double culture, sont réputés parler parfois le « Hollande » et penser en fait en « Schaüble ». Ils auraient, dit-on, aujourd’hui, une moindre tendance à se tourner vers la France que vers l’Allemagne. Résolument pragmatiques, leurs responsables politiques s’attachent constamment à élaborer un discours politique étayé sur plusieurs niveaux, du local au communautaire. « L’Europe ne tombe pas du ciel, nous rappelle-t-on au Parlement national, qui compte en tout et pour tout soixante députés. Car l’Europe, c’est nous… » Une bonne pratique à importer en France ? Aymeric...

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Voyage d’étude à Luxembourg [MàJ]
29 Sep

Voyage d’étude à Luxembourg [MàJ]

L’Atelier Europe se rend au Luxembourg du 1er au 4 octobre à l’occasion de la Présidence luxembourgeoise du Conseil. Il s’agit du 14e séjour d’étude (débuté en 2009 à Prague) et il permettra à notre délégation de rencontrer des acteurs locaux (politiques, journalistes et hauts fonctionnaires) ainsi qu’européens (BEI, Cour des Comptes et Cour de Justice). Un compte-rendu de synthèse sera publié dans la foulée. Et, tout au long du séjour, suivez nos pérégrinations sur les réseaux sociaux: Facebook, Twitter, Instagram ! Mise à jour: L’Atelier a rencontré: Ministère des Affaires étrangères Gaston Stronck, Ambassadeur, Directeur des Relations économiques internationales et des Affaires européennes Ministère des Finances Isabelle Goubin, Directrice du Trésor Chambre des Députés Marc Angel, Président de la Commission des Affaires étrangères Ambassade de France Guy Yelda, Ambassadeur Banque Européenne d’Investissement Ambroise Fayolle, Vice-Président Cour des Comptes Christophe Lesauvage, Chef du Service juridique Luxembourg for Finance Nicolas Mackel, CEO Cour de Justice de l’UE Eric Vanham, Référendaire Wort (journal) Jean-Lou Siweck, Rédacteur en...

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Riga ou la détente russe
18 Mai

Riga ou la détente russe

Après la Lituanie, la Lettonie est le deuxième pays balte à prendre la Présidence tournante du Conseil de l’Union européenne. Pour ce « petit » pays de 2,2 millions d’habitants, entré l’année dernière dans la zone euro, cette Présidence est aussi l’occasion de se faire mieux connaître sur la scène européenne. Depuis son indépendance en 1991, la Lettonie est passée par toutes les phases économiques: reconstruction, libéralisation, boom (avec des taux de croissance supérieurs à 10 % dans les années 2000), dépression et rigueur. Aujourd’hui, dans une Europe toujours malade de son chômage de masse et de sa croissance poussive, le pays arbore fièrement ses 4 % de croissance. Riga, surprenante par son architecture, est une ville dynamique qui a plutôt bien digéré son passé soviétique dans l’expression de son bâti, sans en oublier son imposante et difficile histoire, comme en témoignent le musée des Occupations ou l’ancien siège du KGB. La métropole germano-balte retrouve depuis son indépendance un peu de son atmosphère et de son style d’avant-guerre. Riga fut la principale ville de l’espace baltique oriental, intégré au cours du 18è siècle à l’empire des Tsars. C’est dans cette ville qui abrite le plus grand nombre de bâtiments de style Art Nouveau d’Europe (plus de 800), dont les façades typiques ont été classées en 1997 par l’UNESCO au patrimoine mondial de l’humanité, que l’Atelier Europe a séjourné pour ce 13è voyage d’études. Le souffle de l’esprit marchand de la Hanse comme régulateur de la crise Riga était devenue au 19è siècle une métropole industrielle d’avant-garde et un grand port qui rivalisait avec Odessa. Encore aujourd’hui le port paraît presque trop grand dans un pays trop petit. Telle Vienne l’impériale dans ses frontières étriquées. Riga a contribué à véhiculer en Russie cet esprit marchand typique des villes de la ligue hanséatique, ainsi que les idées de progrès social et de libéralisme économique. C’est encore sur ce créneau-là que cette étonnante capitale balte se positionne. Rappelons que Laimdota Straujumala Première ministre lettone, vice-présidente de la Commission européenne, est chargée de l’Euro et du Dialogue social. « Une Europe compétitive, une Europe numérique, une Europe engagée« : voilà le slogan de la Présidence lettone, en ligne avec la priorité donnée par la Commission au Marché unique du numérique. Sur le volet compétitivité, la Lettonie est crédible et peut se vanter de sa propre expérience. Ses politiques de réformes structurelles et d’investissement mises en place pour stimuler l’emploi ont donné de bons résultats. La rapidité de la reprise économique a contrasté avec la violence de l’effondrement en 2008, période pendant laquelle le chômage des hommes est passé brutalement de 6 à 25 % (notamment en raison de leur forte représentation dans le secteur de construction qui s’est arrêté net). Autre conséquence iconoclaste de cette crise: la Lettonie, bien que ne produisant pas de voitures, est devenue brièvement exportatrice d’automobiles. Il fallait bien écouler les stocks des invendus et des saisies. Le pays est encore à 6 points de son niveau d’avant la crise, mais la Lettonie fait figure aujourd’hui de « bon élève » de l’Europe avec un taux de croissance de 4 %, un déficit public faible de 1,3 % du PIB et une dette publique d’environ 38 % du PIB en 2014. Mais pour en arriver là, il a fallu passer par de douloureux sacrifices et la consolidation a été brutale (en terme de baisse des dépenses publiques notamment, le RMI local s’élevant à 60 euros, la baisse de revenus pour les salariés pouvant aller jusqu’à 80 %, etc.) pour une population qui est restée malgré tout stoïque. Cette acceptation sociale et cette forte résilience ont permis la reconduction du gouvernement meneur de réformes, et ainsi la mise en place de politiques sur le long terme. La dévaluation de la monnaie locale, le lats, a été d’emblée écartée (toucher à la monnaie aurait envoyé un mauvais signal avant l’entrée dans l’euro), pour se concentrer sur la compétitivité. La thérapie de choc a montré la grande flexibilité de l’économie lettone, qui s’est réorientée vers les exportations, agricoles notamment. Dans son agenda européen, la Lettonie mise aussi beaucoup sur le numérique comme moteur de croissance durable. Stoïcisme face aux réformes pour certains, mais pour d’autres, la non-acceptation sociale de la rigueur, ou tout simplement l’impossibilité de trouver un travail décemment rémunéré, les a conduit à l’émigration. Environ 10 % des Lettons ont émigré au moment de cette crise, notamment en Grande-Bretagne et au Canada, et cette fuite des cerveaux et de la main d’œuvre pose un problème persistant au pays. Le dépassement des ruptures Il faut souligner l’ampleur et la gravité de la crise économique qu’a traversée la Lettonie à partir de 2008 (entre 2008 et 2009 le pays a perdu 25 % de sa richesse, 18 % pour la seule année 2009). Et la crise n’est pas étrangère à la stratégie de réconciliation avec la Russie à l’œuvre depuis 2010, après des années de refroidissement pendant lesquelles la fièvre nationaliste (le bonheur d’être enfin indépendant !) et le poids des considérations géopolitiques ont lourdement pesé sur les relations entre les deux pays (au cours des années 2000 notamment, avec l’entrée du pays dans l’OTAN ou dans l’UE). Au moment de la crise, nombre de Lettons ont compté sur le développement des relations commerciales avec Moscou pour faire redémarrer l’économie: les investissements et les touristes russes devaient, entre autres, aider le pays à sortir du marasme. En d’autres termes, la diplomatie devait se mettre au service de l’économie. Car la Russie est aussi l’un des meilleurs clients des produits agroalimentaires lettons. Le facteur énergétique joue également un rôle dans la relation avec la Russie et la volonté lettone de trouver un modus vivendi apaisé. La Lettonie produit et exporte de l’électricité, mais elle est un importateur net de pétrole et de gaz (c’est l’une des conséquences de son adhésion à l’UE). Sur le gazoduc sous-marin Nord Stream, soutenu par Berlin et Moscou, la Lettonie a eu une position beaucoup plus modérée que la Lituanie et l’Estonie. Ainsi, prenant en compte tous ces éléments, la Lettonie semble désormais vouloir construire avec la Russie un partenariat pragmatique, apaisé, et sans renoncement cependant. Car la Lettonie est un pays à part dans le trio baltique. Curieusement, ou pas, le pays semble avoir construit depuis quelques années de relatives bonnes relations avec son grand voisin russe. Relatives, comparées aux relations que ses voisins régionaux entretiennent avec Moscou, du fait de sa guerre hybride en Ukraine. Bonnes, cela signifie que la Lettonie n’adopte pas la tactique de l’opposition frontale avec la Russie, tout en ayant une position claire sur le respect des accords de Minsk par exemple (conditions de la levée des sanctions, dont la Lettonie est la première victime). Enfin, comme son voisin lituanien, la Lettonie est très attachée au Partenariat oriental, sur lequel une grande conférence aura lieu le 22 mai prochain à Riga, et où elle espère obtenir une position commune de la part de tous les États membres. Ainsi, Riga ne ferme pas la porte à l’Est, et elle est loyale dans ses fidélités occidentales (UE et Otan). La relation avec Moscou est aussi ambivalente. Le poids de l’histoire bien sûr. Mais surtout le caractère quasi binational du pays et la cohabitation particulière de ses communautés. La Lettonie est le pays de l’Union européenne où vit la plus forte communauté russe, les russophones représentent entre 30 et 40 % de la population. Parmi eux, environ 14 %, arrivés du temps de l’Union Soviétique, sont apatrides et n’ont pas le droit de vote ni aucun accès aux prestations sociales. Contrairement à la Lituanie où le processus de naturalisation est plus souple, pour obtenir la citoyenneté lettone, il faut parler couramment le letton et passer un examen sur l’histoire du pays. Intégrer, ou pas, ces 300 000 apatrides est...

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Voyage d’études à Riga
21 Avr

Voyage d’études à Riga

L’Atelier Europe se rendra en voyage d’études à Riga du 22 au 26 avril, à l’occasion de la Présidence lettone du Conseil de l’UE. Ce déplacement s’inscrit dans la continuité d’une tournée des capitales européennes initiée lors de la présidence tchèque, et qui a perduré depuis. L’Atelier Europe effectuera son treizième voyage d’études ! Ces déplacements sont l’occasion de rencontrer les gouvernements, acteurs institutionnels et de la société civile (personnalités académiques, journalistes etc…), et nous permettent de mieux comprendre les priorités de chaque présidence, leur mise en œuvre et la carte mentale de l’Europe de nos partenaires. Programme des rencontres : Andris Piebalgs Conseiller affaires européennes et économiques auprès du Président de la République Ancien Commissaire européen à l’énergie puis au développement Janis Sārts Secrétaire d’Etat Ministère de la défense Artis Pabriks Député européen (PPE) Ancien ministre des affaires étrangères & de la défense Atis Lejiņš Député du parti Unity (libéral-conservateur) Fondateur du Latvian Institute of International Affairs Deborah Miller Conseillère aux affaires politiques et stratégiques Ambassade des États-Unis en Lettonie Miroslav Mitrofanov Co-Président de la Latvian Russian Union Vice-Président de la EU Russian-speakers Alliance Morten Hansen Professeur d’économie à la Stockholm School of Economics in Riga (SSE Riga) Retrouvez prochainement le compte-rendu du voyage d’études sur notre site, et suivez-nous in situ avec Facebook &...

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