Les perspectives gazières à Chypre
23 Oct

Les perspectives gazières à Chypre

1- Les ressources gazières du Levant ont été réévaluées au cours des dernières annéesLe bassin du Levant a fait l’objet d’un regain d’intérêt dans les années 2000, notamment grâce aux progrès de l’imagerie sismique. Une réévaluation du bassin a ainsi été réalisée en 2010 par l’US Geological Survey (USGS), en s’appuyant sur les données géologiques récentes et les résultats de l’exploration pétrolière. Ce bassin, à la fois onshore et offshore, couvre une superficie de 83 000 km2 (la moitié du bassin parisien). Selon l’USGS, les ressources récupérables (*) avec une probabilité de 95% seraient de 483 millions de barils (Mb) de pétrole (+1 226 Mb de liquides de gaz naturel) et de 1 400 milliards de m3 (Gm3) de gaz (**). Parallèlement, plusieurs découvertes importantes ont été faites au large d’Israël par des consortiums menés par l’américain Noble Energy. Il s’agit essentiellement des champs de Tamar, découvert en 2009, dont les réserves prouvées sont évaluées à 190 Gm3, et du champ de Leviathan, découvert en 2010, dont les réserves sont estimées à 450 Gm3. 2- La situation de Chypre Chypre se situe à proximité de trois bassins sédimentaires : le bassin du Levant, le bassin du Delta du Nil et le bassin d'Hérodote. Les réserves ultimes du premier bassin s'élèveraient selon l'USGS à 1,7 milliard de barils de brut et 3 400 millards m3 de gaz, celles du deuxième à également 1,7 milliard de barils de brut  et 6 200 milliards m3 de gaz. Pour le troisième, situé au sud-ouest de Chypre, aucune donné n'est encore disponible. En 2006, la société norvégienne PGS (Petroleum Geo-Services) a collecté des données au large de Chypre. Ces données ont été interprétées par Beicip-Franlab, d'où il ressort que 14 zones pourraient détenir des hydrocarbures par environ 2500 mètres de profondeur. 
Un premier appel d'offres a été lancé en février 2007, dans le cadre duquel la société américaine Noble Energy s'est vue attribuer une licence d'exploration sur le bloc 12 (unique bloc à avoir été attribué). Les premiers forages d'exploration ont eu lieu en septembre 2011 et Noble Energy a annoncé en décembre dernier la découverte du gisement Aphrodite, dont les réserves pourraient atteindre 200 Mrds m3. Il s'agirait d'un gaz d'excellente qualité. Un second appel d'offres a été lancé en février dernier. La date limite de dépôt des offres avait été fixée au 11 mai, les autorités chypriotes s'étant données six mois pour étudier les différentes offres. Le cadre contractuel offert par Chypre aux soumissionnaires est plutôt attractif : il s'agit d'accords de partage de production. Les licences d'exploration sont d'une durée maximale de sept ans. Les éventuelles licences d'exploitation porteront sur une période de 25 ans, renouvelable pour 10 ans. Si l'ampleur des premières découvertes était confirmé et suivi d'autres succès, les réserves chypriotes excéderaient de loin les besoins du pays : ce dernier se retrouverait ainsi en position de pays exportateur, susceptible de contribuer à l'approvisionnement du reste de l'Europe. Chypre envisage de créer d'ici à la fin de l'année une société pétro-gazière nationale. 3- Un potentiel de production important, qui permettra d’abord de satisfaire l’augmentation de la demande locale À l’heure actuelle, Chypre ne consomme pas de gaz. Les forages sur le bloc 12 ont commencé en septembre 2011 avec un début d’exploitation qui pourrait intervenir en 2018-2019 si les résultats sont positifs. Chypre étudie la possibilité de se doter d’un terminal de regazéification (qui pourrait le cas échéant être reconverti en terminal de liquéfaction ultérieurement) en vue d’assurer son approvisionnement d’ici le lancement de la production domestique de gaz. Dans une perspective de plus long terme (2020 au plus tôt), se pose la question de l'exportation de la future production gazière chypriote. La solution la plus rentable sur le plan économique serait un raccordement au réseau gazier turc. Cette solution étant pour le moment bloquée en raison du conflit turco-chypriote (voir plus bas), la construction d'un gazoduc jusqu'à la côte grecque – solution a priori complexe et donc coûteuse – est envisagée. La dernière option serait la construction à Chypre d’un terminal GNL de liquéfaction, qui servirait à la fois à exporter du gaz de Chypre et d’Israël. Cette solution a été proposée en janvier dernier par l’israélien Delek Energy group. Ces réflexions, qui sont légitimées par la taille des gisements de Tamar et Leviathan (dont la production estimée pourrait à terme atteindre 30 Gm3, soit 6 fois la demande israélienne actuelle), sont actuellement à un stade très préliminaire. 4- La délimitation des espaces maritimes de la région est toutefois génératrice de tensions Les premiers forages d'exploration au large de Chypre ont fait l'objet de vives protestations de la part de la Turquie, qui ne reconnaît pas la République de Chypre. L’exploitation des réserves d’hydrocarbures offshore en Méditerranée orientale pose plus généralement le problème de la délimitation des frontières maritimes, dans un contexte de tensions diplomatiques entre les différents pays de la région. Le différend porte sur la définition des zones économiques exclusives (ZEE) qui, selon le droit international, doivent être définies par des traités entre pays voisins. L’état des discussions est le suivant : Chypre a conclu avec l'Égypte un premier accord de délimitation de ZEE dès février 2003. L'accord de janvier 2007 délimitant les eaux territoriales de Chypre et du Liban (ratifié par Chypre, mais non le Liban) a été contesté par la Turquie au motif qu'il portait sur l'ensemble de l'île de Chypre (***). Israël et Chypre ont signé un accord en décembre 2010, qui n’est pas encore ratifié. Le principal désaccord porte sur la délimitation de la zone économique exclusive de Chypre, qui est contestée par la Turquie, au motif notamment qu’elle porte sur l’ensemble de l’île de Chypre ; la Turquie a récemment qualifié le début des forages au large de Chypre de « provocation ». Les compagnies gazières pourraient se montrer réticentes à investir en l’absence d’un cadre juridique sûr pour leur activité. À ce jour, les entreprises présentes dans la zone sont plutôt des acteurs de taille modeste (Noble, Delek, …). Total n’exclut toutefois pas de répondre aux appels d’offres à venir. Annexes: Principaux champs gaziers au stade de l’exploration ou de l’exploitation dans la zone Cartes - Les perspectives gazières à Chypre * : Volumes techniquement récupérables, sans prise en compte des contraintes économiques.** : A titre de comparaison, les réserves prouvées de la Norvège sont de 2 000 Gm3.*** : La partie grecque de l’île est membre de l’UE depuis mai 2004 et la république turque du nord de Chypre (RTCN), créée suite à l’intervention de l’armée turque en 1974, est reconnue par la seule Turquie. Le 19 septembre dernier, celle-ci a vivement réagi aux projets chypriotes d’exploration de gaz et de pétrole en coordination avec Israël et a décidé le 26 septembre d’entamer des explorations, après un accord avec la...

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The priorities of the Cypriot Presidency of the EU
21 Oct

The priorities of the Cypriot Presidency of the EU

Cyprus, which joined the EU in 2004 and became a euro zone member in 2008, assumes the rotating six-month presidency of the European Union for the first time from the 1st July 2012 to the 1st January 2013. Honoured, ambitious and enthusiastic, Cyprus sees its EU stint both as a challenge and an opportunity. Despite its relatively recent membership, the country wants to act seriously and hopes to enhance its image as a credible and responsible member of the Union. Cyprus is well-aware of the political and economic challenges ahead (the economic crisis, the social model in question, the anti-EU sentiment…). There is a need for delivering a reliable Europe and Cyprus will help the EU to exit the crisis, to restore confidence, and to increase competitiveness. During its Presidency, it wants to work towards a better Europe, which is more relevant to the citizens and to the world. It follows two main principles, the principle of solidarity and social cohesion, which are foundations of the EU. The Cypriot Presidency aims to make Europe more efficient and sustainable, with a better performing and growth-based economy, more relevant to its citizens with solidarity and social cohesion and closer to its neighbours. Press Conference of Cyprus EU Presidency Priorities, Brussels Negotiations on the new seven-year Multiannual Financial Framework and the EU’s forthcoming framework programme for research and innovation, ‘Horizon 2020’, are on top of the Presidency’s agenda; it aims to come to an agreement before the end of 2012. It will also contribute to formulate the new Cohesion Policy, to improve economic, social and territorial cohesion. It will focus on the promotion of entrepreneurship, in particular the competitiveness of SMEs, to develop an industrial policy that creates new jobs and increases productivity. It will seek to boost the competitiveness of Europe, improve infrastructure and strengthen economic, social and territorial cohesion of Member States through the Trans-European Networks on transport, telecommunications and energy, the Connecting Europe Facility and the integrated maritime policy. Moreover and succinctly, the Cypriot President will work on the CAP reform, on a common asylum system, enhance the surveillance of the markets and find a compromise between MEPs and Council on enhancing Parliament's right of inquiry. On foreign affairs, EU enlargement is one of the top priorities of this presidency. Cyprus believes that enlargement has been a very successful transformative tool and does not want the enlargement process to end with the accession of Croatia. It opens door to further cooperation with Balkan countries, Iceland and even Turkey. Besides, Cyprus will make the best use of its geographical and cultural advantages to promote the EU neighbourhood policy by expanding and deepening trade relations with the southern Mediterranean countries. Cyprus considers that its difficult relations with Turkey should not be an impediment to being a serious and impartial presidency. During its six monthly EU rotating presidency, Cyprus clearly stated that it will be representing the EU and will not serve their national goals. It will work with consensus and a constructive approach with all its EU partners to tackle issues and will cooperate with good will with Turkey. With this six-month presidency Cyprus wants to prove it is a reliable, responsible partner, which wants to contribute to further the EU enlargement. It will work to find a balance between delivering short-term benefits and solving internal problems, while bearing in mind the EU’s long-term prospect. More...

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Chypre: base arrière russe en Méditerranée ? [MàJ]
19 Oct

Chypre: base arrière russe en Méditerranée ? [MàJ]

Le voyage d’études de l’Atelier Europe à Chypre (dans le cadre de la Présidence européenne) est l’occasion de se pencher sur les relations russo-chypriotes, qui plantent un décor géostratégique intéressant. Moscou et Nicosie entretiennent de bonnes relations liées à une proximité culturelle ancienne et à des intérêts économiques convergents. Du fait du poids de la Russie, cette relation n’est pas une relation équilibrée, ce qui est plutôt attendu. Certains parlent même de « relation de servilité ». Car si l’on considère un autre volet de la relation, à savoir le chapitre stratégique et énergétique, il semble en effet que les intérêts de la Russie dominent le paradigme, et cette dernière peut utiliser la faiblesse de Chypre laminée par la crise, pour négocier au mieux son positionnement géostratégique en Méditerranée, en pleine redéfinition depuis la crise syrienne. Pour juger de l’équilibre de la situation russo-chypriote, il convient de revenir sur plusieurs points qui éclairent d’un côté sur le cruel besoin de liquidités de l’île, son envie farouche de rester maître de ses politiques, et de l’autre sur une offre russe bien calibrée et qui arrive à point nommé. Aide financière de Moscou pour recapitaliser les banques En 2011, Chypre a bénéficié d’un premier prêt russe de 2,5 milliards d’euros au taux de 4,5 % annuel. À propos de ce sauvetage de Chypre par la Russie, le ministre des Affaires étrangères chypriote, Erato kozakou-Marcoullis, a récemment déclaré: « C’était une bonne proposition avec de bonnes conditions. La Russie a toujours soutenu notre indépendance, notre souveraineté et l’intégrité de notre territoire« . Le message adressé à la Troïka européenne est clair… En juin dernier, Chypre a en effet demandé officiellement auprès de l’Union européenne et du Fonds monétaire international (FMI) une aide pour soutenir ses banques porteuses de créances grecques douteuses. Le montant de cette aide avoisinerait les 5 milliards d’Euros. Des négociations sont actuellement en cours entre Chypre et la troïka (la Commission, la Banque centrale européenne –BCE- et le FMI) pour finaliser cette offre. Mais l’île craint tant de se voir imposer par la troïka une forte politique d’austérité, dont elle redoute les conséquences et qui réduirait sa marge de manœuvre sur ses propres politiques économiques, qu’elle a recherché d’autres sources de financement. Cela explique la nouvelle demande chypriote de prêt auprès de la Russie (Moscou n’exigeant pas de réformes en contrepartie). Cette deuxième demande, d’un montant de cinq milliards d’euros cette fois, fut déposée le 5 juillet 2012. La Russie ne s’est pas encore prononcée et réserve sa réponse. Mais l’issue est quasi certaine, tant les intérêts économiques et stratégiques russes à Chypre sont grands (cf plus bas). Soutien de la Russie à Chypre au sein du Conseil de sécurité de l’ONU La Force des Nations-Unies chargée du maintien de la paix à Chypre (UNFICYP) a été créée en 1964 (par la résolution 186) afin de prévenir toute reprise des combats entre les communautés chypriote grecque et chypriote turque (mission classique de surveillance du cessez-le-feu au départ). Depuis les événements de 1974 (la garde nationale, conduite par des officiers grecs, monta un coup d’État contre le Gouvernement chypriote), les responsabilités de la mission ont été élargies. L’UNFICYP demeure toujours sur l´île afin de surveiller les lignes de cessez-le-feu et la zone tampon, mais également avec pour mission d´entreprendre des activités humanitaires (encourager la reprise des activités normales dans la zone tampon, comme les activités agricoles, assurer un service d’urgence médical, faciliter les contacts entre Chypriotes grecs et Chypriotes turcs) et d’appuyer les missions de « bons offices » du Secrétaire général de l’ONU. En l’absence d’un règlement politique à la question de Chypre, le mandat de la Force a été régulièrement prorogé. En 2004, après le non (par referendum) de la communauté chypriote grecque au plan pour le règlement global de la question de Chypre, une autre tentative pour un règlement politique de la question a été lancée sous les hospices des Nations-Unies en septembre 2008. L’idée était de créer une fédération bizonale et bicommunautaire, fondée sur l’égalité politique, conformément aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité. Ce sujet est toujours en suspens. Dans ce contexte, la Russie a toujours été un fervent soutien de Chypre au sein du Conseil de sécurité de l’ONU et ferme opposant à la reconnaissance de la république turque de Chypre du Nord. Liens traditionnels et culturels / Présence d’une importante communauté russe à Chypre Chypre a connu plusieurs vagues d’immigration russe. Dans les années 20, après la révolution, des Russes ont émigré à Chypre pour aller travailler dans les mines. Aujourd’hui la communauté russe de Chypre oscille entre 35 000 et 50 000 expatriés, selon les évaluations. Cette importante communauté comprend bon nombre de Pontiques, ces Russes d’origine grecque qui se sont réfugiés en URSS autour de la mer Noire (appelée alors Pont-Euxin), après avoir été chassés de leurs terres par les Turcs au début du 20ème siècle (à la suite des échanges de population liés au Traité de Lausanne). Après avoir vécu presque un siècle en Union soviétique, ils ont quitté le pourtour de la mer Noire pour s’installer à Chypre dans les années 90, après la chute du mur. Ils constituent une communauté organisée qui dispose d’écoles, de stations de radio, de magasins aux enseignes russes. Ces expatriés participent fortement à l’économie chypriote. Ils investissent également pour beaucoup dans l’immobilier de l’île, de même que de nombreux russes non-résidents. La communauté russe installée à Limassol est si importante que ce charmant port doté d’une vieille ville et d’un château médiéval a été rebaptisé « Limassolgrad« . On y trouve un journal russophone, deux écoles russes et une station de radio. A noter: le maire de Limassol parle russe. Les touristes russes, grands consommateurs « homo economicus », ont également beaucoup soutenu le tourisme chypriote. Depuis la crise, les touristes européens se sont raréfiés, mais les touristes russes ont vu leur fréquentation augmenter de 50 % durant l’été 2011. Ce tourisme assure de confortables rentrées pour le commerce chypriote. La proximite entre les deux pays est également religieuse. Le 4 juillet dernier, le président chypriote Christofias déclarait devant la presse: “Chypre en tant que pays de la Méditerranée, habité par des orthodoxes ch rétiens, a des liens traditionnels et culturels avec la fédération russe qui remontent à très loin.” On est là dans une géopolitique classique de l’orthodoxie, où Moscou « troisième Rome » s’appuie sur les « petits » États orthodoxes de sa périphérie pour appuyer ses visées géostratégiques (cf exemple des Balkans pendant la guerre de Yougoslavie). Il est très intéressant de noter que la dernière demande de prêt de l’Etat chypriote à la Russie, a été formulée par le primat de l’église orthodoxe chypriote, ce qui est très évocateur de la proximité culturelle et spirituelle entre les deux pays. L’argent russe Les Russes amènent beaucoup de liquidités à Chypre. Plus de 25% des dépôts bancaires et environ un tiers des investissements étrangers sont d’origine russe. Une étude menée par Standard & Poor’s a examiné les dépôts des non-résidents chypriotes. La conclusion est que la majorité de ces dépôts proviendraient de transactions effectuées par des sociétés établies dans la Communauté des États indépendants (CEI), et seraient liés à des exportations de pétrole et de métaux. Les investisseurs russes créent surtout des sociétés pour profiter du faible taux d’imposition sur les entreprises (10%). Une bonne partie de ces fonds est réinvestie en Russie – 1,4 milliard d’euros en 2008 -, échappant ainsi au fisc russe. Les autorités chypriotes démentent toutefois servir au blanchiment d’argent et soulignent que les Russes investissent encore plus en Autriche et au Royaume-Uni. Chypre permet en effet aux hommes d’affaire russes de se garantir un accès facile aux bourses européennes. En chiffres, cela donne (selon les chiffres officiels du gouvernement): En 2011, un total de 6 milliards d’euros a été échangé à la bourse londonienne...

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Chypre: l’impossible réunification ? [MàJ]
17 Oct

Chypre: l’impossible réunification ? [MàJ]

À l’occasion de son voyage d’études à Chypre, l’Atelier Europe vous propose une série d’articles sur le pays assumant la présidence du Conseil de l’UE. Nous commençons par une mise à jour d’un article publié en juin. C’est une île divisée qui a pris la présidence du Conseil de l’Union Européenne le 1er juillet prochain. En effet, le 21 avril, Ban Ki-Moon secrétaire général de l’ONU, déclarait que les progrès des négociations étaient insuffisants pour convoquer une conférence internationale. Ces propos ont mis un terme à l’espoir de voir la présidence chypriote servir de catalyseur à la résolution du conflit dont souffre l’île depuis 1974, date de l’invasion de la partie nord de l’île par l’armée turque. Les deux parties ont échoué à trouver un terrain d’accord sur la gouvernance du pays, écartelée entre le projet chypriote grec de fédération entre deux régions et celui des chypriotes turcs de confédération. L’autre pomme de discorde est la compensation des pertes de biens privés suite à la partition de l’île en 1974. Retour sur l’Histoire Indépendante en 1960, la République de Chypre est alors dotée d’un système constitutionnel complexe qui place la Grèce et la Turquie garantes des communautés respectives. Elle autorise aussi ces deux pays ainsi que le Royaume-Uni, l’ancienne puissance coloniale, à maintenir un contingent de soldats sur l’île. La proclamation de l’indépendance n’empêche pas la reprise des tensions communautaires entre nationalistes chypriotes grecs qui se radicalisent pour préparer l’ « enosis », le rattachement de l’île à la Grèce et nationalistes chypriotes turcs qui demandent le « taksim », la division de l’île entre la Grèce et la Turquie. Selon Etienne Copeaux, chercheur associé au Groupe de Recherche et d’études sur la Méditerranée et le Moyen Orient (GREMMO) du CNRS, le problème communautaire remonte à 1955 : « La responsabilité des Chypriotes turcs nationalistes est grande dans le début du conflit. La responsabilité des Britanniques l’est plus encore, qui ont formé un corps de police auxiliaire uniquement constitué de Turcs, pour mener la répression contre le mouvement « enosiste » grec, ce qui a jeté de l’huile sur le feu. Il n’empêche que les affrontements les plus sérieux ont éclaté dans le cadre de la république indépendante, entre décembre 1963 et l’été 1964, et ce sont bien des assauts répétés et très violents des « Grecs » contre les « Turcs » (assassinats, incendie de maisons, blocus de villages ou quartiers, expulsions). Puis bien entendu les violences sont devenues réciproques. Mais entre 64 et 74, les « Turcs » ont vécu dans des enclaves dispersées dans toute l’île, dans des conditions de précarité parfois extrême, due au dur blocus effectué par les extrémistes grecs. La partition de l’île et la séparation entre les populations date donc de 1964 et non 1974. La division de Nicosie également. Dès 64, l’île a vécu une situation d’apartheid: tout contact avec des membres de l’autre communauté était puni par les nationalistes, jusqu’à l’assassinat, dans les deux camps». En 1967, les militaires prennent le contrôle de la Grèce. Le 15 juillet 1974, le Président chypriote Makarios est démis de ces fonctions par un coup d’État de la garde nationale. Craignant un « enosis » aux dépens de la communauté chypriote turque, la Turquie déclenche le « plan Attila ». Dix mille hommes débarquent sur l’île 5 jours plus tard et se déploient très rapidement sur un tiers du territoire nord, contraignant 200 000 chypriotes grecs à abandonner leurs habitations et migrer vers le sud de l’île. Le refus de l’armée grecque d’intervenir entraîne la chute du régime des Colonels. Le Président Makarios revient au pouvoir mais l’armée turque refuse de se retirer et l’État turc de Chypre du Nord est proclamé unilatéralement en février 1975. Après plusieurs négociations infructueuses avec la partie grecque, la République turque de Chypre du Nord est proclamée en novembre 1983, aussitôt reconnue par la Turquie mais considérée juridiquement nulle par les Nations Unies. Le plan Annan: espoir et échec Dans l’optique de l’adhésion de Chypre à l’Union Européenne en 2004, ce plan présenté en 1992 par Kofi Annan, avait pour but de réunir les deux communautés dans une République chypriote unie sur la base d’un système fédéral où les deux communautés seraient représentées. Le référendum eut lieu en avril 2004 et fut marqué par une forte participation (plus de 90%). Le plan Annan fut accepté par 65% des chypriotes turcs et rejeté par 75% des chypriotes grecs. Ces derniers lui reprochaient une surreprésentation des chypriotes turcs compte tenu de leur poids démographique, de ne pas permettre le retour de l’ensemble des réfugiés grecs dans la partie nord de l’île mais seulement la moitié et de ne pas prévoir la démilitarisation de la partie nord de l’île. Un mois plus tard, seule la partie grecque de l’île rejoignit l’Union Européenne. Un mois plus tard, l’île entière fait son entrée dans l’UE puisque la « République de Chypre s’étend sur toute l’île, et il n’y en a qu’une. Mais cette République ne peut exercer sa souveraineté sur le nord. Aussi, « l’application de l’acquis communautaire » c’est-à-dire toutes les mesures européennes antérieures est « suspendu » dans le nord, en attendant la réunification de fait. Cette précision est très importante pour la population du nord : les Chypriotes turcs sont eux aussi, officiellement, citoyens de la République de Chypre et surtout citoyens d’un Etat membre de l’UE. Ils peuvent donc bénéficier, personnellement, de tous les avantages de l’UE, et en particulier ils peuvent voyager, ce qui était impossible avant 2004 (« prison à ciel ouvert »). La partie nord a pu bénéficier d’aides de l’UE. Un autre changement dû à cette nouvelle situation est que l’armée turque, depuis 2004, occupe désormais une partie de l’Union Européenne (ce qui ne semble guère émouvoir).» L’île aujourd’hui Chypre compte près d’un million d’habitants: près de 800 000 chypriotes grecs vivent dans la zone sud, soit les deux tiers du territoire, 117 000 chypriotes turcs vivent dans la partie nord, ainsi que 100 000 colons venus d’Anatolie après 1974 pour renforcer le poids démographique de la communauté turque de l’île. La diaspora de chypriotes turcs est évaluée à 155 000 personnes, majoritairement installées au Royaume Uni. Le PNB par habitant de la République de Chypre s’élevait en 2008 à 21 590 USD, contre 16 158 USD pour la partie nord, soumise à un blocus international. Une pierre dans les relations entre l’UE et l’OTAN En octobre 2010, Anders Fogh Rasmussen, secrétaire général de l’OTAN, effectue une visite à Ankara, rapide mais importante pour y discuter de l’amélioration des relations entre… l’OTAN et l’UE. Selon le Pr Jean Marcou, sur le site OVIPOT (Observatoire de la VIe Politique en Turquie), le problème chypriote et la non appartenance de la Turquie à l’UE par ailleurs membre de l’OTAN « gênent la coopération de l’OTAN avec Bruxelles. D’une part, la Grèce et Chypre s’opposent à la participation de la Turquie à la politique européenne de sécurité et de défense (PESD) et à l’EDA (European Defense Agency), qui est l’une de ses instances majeures, d’autre part, la Turquie refuse que Chypre (grecque), qu’elle n’a pas reconnue officiellement, participe à des missions de la PESD utilisant les ressources et le renseignement de l’OTAN. La Turquie souhaiterait notamment que Bruxelles parvienne à convaincre Chypre de consentir à ce qu’elle devienne membre-associé de l’EDA. Elle revendique, en outre, le droit à être consultée sur la conduite de la PESD, en rappelant qu’elle est très investie dans des opérations militaires européennes (notamment en Bosnie, où elle entretient le second contingent militaire destiné à maintenir la paix) et qu’elle constitue de ce fait un élément clé de cette politique ». Depuis 2004, la Turquie empêche l’OTAN d’échanger des informations avec l’UE au motif que Chypre, pays non aligné, ne fait pas partie du Partenariat pour la paix, un programme de l’OTAN considéré comme...

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Voyage d’études à Nicosie [MàJ]
15 Oct

Voyage d’études à Nicosie [MàJ]

L’Atelier Europe se rendra en voyage d’étude à Nicosie du 18 au 21 octobre, à l’occasion de la Présidence chypriote du Conseil de l’UE. Ce déplacement s’inscrit dans la continuité d’une tournée des capitales européennes initiée lors de la présidence tchèque, et qui a perduré depuis, à Stockholm, Madrid, Bruxelles, Budapest, Varsovie et Copenhague. Ces voyages ont été l’occasion de rencontrer les gouvernements et acteurs institutionnels, et nous ont permis de mieux comprendre les priorités de chaque présidence et leur mise en œuvre. Au vu du contexte particulier de l’île, l’Atelier Europe rencontrera le gouvernement chypriote grec, mais également le gouvernement de la République turque de Chypre Nord, ainsi que la mission de maintien de la paix de l’ONU. Programme des rencontres : Andreas D. Mavroyiannis, vice-ministre auprès du Président, chargé des affaires européennes Osman Ertuğ, représentant spécial & porte-parole du Président de la République turque de Chypre du Nord Costas Yennaris, Porte-parole de la Présidence chypriote Jean-Luc Florent, Ambassadeur de France à Nicosie Mission de l’ONU à Chypre (UNFICYP) Michel Bonnardeaux, porte-parole Tim Alchin, conseiller affaires politiques Niyazi Mustafa Kizilyürek, Professeur associé à l’Université de Chypre MàJ 17/10/12 : Confirmation d’un rendez-vous, annulation d’un...

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Présidence danoise – Rencontre avec Jens Kisling, conseiller diplomatique, conseiller en chef pour les affaires européennes auprès du Premier ministre danois
30 Juin

Présidence danoise – Rencontre avec Jens Kisling, conseiller diplomatique, conseiller en chef pour les affaires européennes auprès du Premier ministre danois

Abritée dans les bâtiments dévolus du Premier Ministre danois, la salle du conseil des ministres, pièce blanche, lumineuse et propice à la concentration, voit se réunir chaque semaine le gouvernement. C’est en ce lieu que nous sommes reçus par Monsieur Jens Kisling, conseiller diplomatique et conseiller en chef pour les affaires européennes auprès du Premier ministre. Pour notre hôte, le défi de cette 7ème présidence danoise de l’Union européenne est clair : gérer la violente crise des dettes souveraines européennes pour retrouver la stabilité économique et jeter les bases de la croissance et de l’emploi, tout en mettant en œuvre le traité de Lisbonne. Ce nouveau traité « ôte une partie des prérogatives antérieures au pays en charge de la présidence de l'Union européenne », commentera d’ailleurs notre hôte au détour d'un échange. En effet, avec l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne, le 1er décembre 2009, le rôle de la présidence du Conseil a été modifié, notamment avec la nomination d’un président permanent du Conseil européen (Monsieur Van Rompuy) et d’un Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité (Madame Ashton). L’agenda de ce semestre européen n’a pas laissé beaucoup de place aux sujets autres que celui de la crise, lequel s’était déjà imposé à la Pologne les six mois précédents. Pourtant, après les élections générales de septembre 2011 qui ont vu un changement de majorité, le programme de la Présidence a dû être rapidement mis sur pied, le Danemark souhaitant œuvrer en faveur d’une Europe responsable, dynamique, verte et sûre en vue d’assurer sa pérennisation sur les plans économique, social et environnemental. Quatre axes se dégagent : 1. Une Europe responsable Pour sortir l’Europe de la crise, le Danemark veut rétablir la confiance dans les économies européennes, notamment en améliorant les finances publiques et en mettant en œuvre des réformes structurelles. Compétitivité, croissance et emploi sont les maîtres mots. La régulation du secteur financier constitue également une priorité de la Présidence danoise, avec le renforcement de la réglementation et de la surveillance financière.Enfin, les négociations relatives au cadre financier pluriannuel du budget européen pour la période 2014-2020 et les réformes concernant les grands domaines politiques (agriculture, fonds structurels, recherche) figurent parmi les priorités du semestre européen. 2. Une Europe dynamique Considérant que le marché unique est le ciment de l’Union européenne, la Présidence danoise souhaite revitaliser un marché intérieur pour qu’il crée de la croissance et des emplois. Le marché unique doit être perfectionné (par exemple, en matière de régulation des tarifs de téléphonie mobile transnationale) pour les citoyens et les entreprises, notamment sur la base des douze propositions formulées antérieurement.La Présidence danoise compte valoriser la politique commerciale commune, laquelle est perçue comme un levier pour la croissance et l’emploi. Malgré la crise, l’Europe doit s’appuyer sur ses exportations, notamment technologiques. 3. Une Europe verteLe Danemark veut encourager la transition vers une économie plus verte et renforcer la place accordée au développement durable en Europe. Il souhaite agir sur les problèmes croissants générés par la pollution, la pénurie à terme des ressources naturelles et le changement climatique.La Présidence danoise veut définir une politique des transports plus « éco-rationnelle », mettre en place des normes vertes au sein du marché unique et généraliser des modes de production et de consommation durables. Le secteur agricole, et notamment la pêche, sont particulièrement visés. 4. Une Europe sûreEn matière de politique intérieure, la lutte préventive efficace contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière vient en tête des préoccupations de la présidence danoise.Elle souhaite des négociations sur le régime d’asile européen et un renforcement de la coopération relative aux accords de Schengen, afin d’assurer le maintien d’un espace affranchi de contrôles aux frontières intérieures, au sein duquel les citoyens peuvent circuler librement.En matière de politique extérieure, le Danemark souhaite que l’Union européenne parle d’une seule et même voix et soutient activement les efforts du Haut représentant aux affaires étrangères. Où en sommes-nous ce jeudi 11 avril 2012 ?De janvier à mars, notre hôte évoque « pas une seconde de respiration », « des réunions de crise qui s'enchaînent », « un seul sujet majeur : la crise des dettes souveraines et notamment celle de la Grèce ». Une situation d’autant plus difficile pour un Etat qui a choisi de conserver sa monnaie. Heureusement, depuis mars, Monsieur Jens Kisling nous confie pouvoir enfin à se concentrer sur les autres sujets, notamment la croissance et l'emploi. Bien conscient que tous les dossiers ne peuvent être bouclés en six mois, le Danemark laissera aux présidences suivantes le soin de conclure certains dossiers, notamment celui sur les négociations sur le cadre financier pluriannuel.   Lire également:Présidence danoise – To be « in » or not to bePrésience danoise – Rencontre avec Steen Lohmann Poulsen, directeur pour l’UE & la politique économique internationale au ministère danois de l’ÉconomiePrésidence danoise – Rencontre avec Marie-Gaëlle Robles, Première secrétaire et David Kibler, Premier secrétaire à l'Ambassade de France au...

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