Café débat à Hénin Beaumont, le jeudi 15 janvier
14 Jan

Café débat à Hénin Beaumont, le jeudi 15 janvier

Le contexte émotionnel, mais aussi politique, lié aux récents évènements offre une opportunité rare de discussion sur les sujets de fond, telle la dimension européenne des préoccupations courantes, laquelle est seulement évoquée, non sans intérêt partisan, lors des élections quinquennales. Nous voulons discuter, sans fard, les interrogations de citoyens pour que vive enfin le débat, et nous invitons les médias à s’y associer. L’Atelier Europe, think-tank indépendant créé en 2005 et visant à promouvoir un débat public sur l’action de l’UE, organise à cet effet un café débat à Hénin Beaumont. L’objet de cet évènement est un échange entre des experts et des citoyens dans un cadre chaleureux et dans un territoire où la dimension européenne suscite au mieux l’indifférence, au pire le rejet comme en atteste le succès de formations anti UE aux dernières élections. Les thématiques principales seront l’emploi (la ville connaissant un taux de chômage de 25% de chômage et 43% de la population ayant moins de 30 ans) et la sécurité (notamment après le drame de Charlie Hebdo), les deux étant considérés aussi sous l’angle migratoire. Le débat se tiendra jeudi 15 janvier 2015 à 20h à Label Anglaise, 171 Place Wagon à Hénin-Beaumont.   Jérôme Cloarec Source:...

Lire la suite
Ni martyrs, ni héros. Libres.
08 Jan

Ni martyrs, ni héros. Libres.

Nous souhaitons nous associer au deuil des proches des victimes du massacre perpétré à la rédaction de Charlie Hebdo. L’émotion, la colère dispute à la tristesse, nous saisit contre cette barbarie. A l’Atelier, nous contribuons, modestement, au débat d’idées et nous sommes révoltés que des Hommes puissent en payer le prix de leur vie, y compris dans notre pays pacifié. Car au-delà du drame personnel, c’est bien l’agression la plus brutale contre un fondement de notre République, la liberté d’expression, qui a été perpétrée. La presse a longtemps été surveillée par les autorités, on se souvient également de drames comme l’assassinat du directeur du Figaro en 1914 par Madame Caillaux, la femme du Ministre des finances, lequel était l’objet d’une campagne de dénigrement du même journal. Mais jamais, dans notre pays, des civils ont tenté d’anéantir physiquement une rédaction. On ne peut pas donner des coups de fusil aux idées, disait Rivarol, mais nous savons aussi qu’on peut abattre ceux qui les portent et leur institution, car Charlie Hebdo était bien, à sa décharge, une institution en tant qu’incarnation de l’esprit libertaire si propre à notre Nation. Notre premier devoir est de nommer cette nouvelle menace pour notre démocratie. Nous espérions que les idéologies totalitaires étaient mortes avec le siècle, mais la montée de mouvements non étatiques violents et utilisant le fondamentalisme religieux comme arme politique, nous oblige à repenser notre mode de défense. Il faut saluer en ce sens le travail de nos forces de sécurité et tous les moyens nécessaires doivent être apportés pour qu’elles puissent remplir leur mission, dans le respect du droit. Il faut aussi redoubler de fermeté et pratiquer la tolérance zéro contre toute forme d’atteinte à nos valeurs, le relativisme n’ayant pas de place dans ce combat. Il n’y aura pas de victoires ou de coups d’éclats définitifs contre cette menace. C’est hélas un processus long dans lequel nous sommes engagés. La tempérance est force, nous devons nous garder de discours haineux ou agressifs, de fustiger telle ou telle composante de la Nation, ce serait faire honneur à nos ennemis qui souhaitent nous diviser. On connaît le traquenard, comme dans les vieux bouquins de stratégie militaire : la guérilla ou l’image de la puce et du chien, quand de petites factions agissant sporadiquement sèment la terreur avec pour stratégie de déstabiliser un État. Au contraire, ce qui fait la force des démocraties, qui l’ont toujours emporté face à leurs ennemis, c’est la cohérence collective. Au-delà de la réponse sécuritaire et des discours, nous devons collectivement nous rapproprier la politique, au sens de la discussion et de la participation à la décision publique. Pour ce sujet, comme pour d’autres, le désintérêt croissant pour la politique, le désenchantement aussi créent les conditions de notre faiblesse car lorsque nous transigeons, par petits renoncements à nos valeurs communes, le pluralisme d’expression, la laïcité, la liberté sous toutes ses formes contre les atteintes physiques mais aussi morales, des discours haineux comme du monolithisme du politiquement correct, nous menaçons alors les fondements mêmes, et donc la pérennité de notre République. Nous sommes tristes aujourd’hui, mais nous sommes sereins, confiants en la force de notre démocratie, française mais aussi européenne car ce combat de civilisation ne peut se faire qu’à l’échelle continentale. C’est aussi avec gravité que nous recevons cet attentat car une fois de plus dans sa vielle histoire, notre pays paie le tribut de son engagement à l’avant front, à Paris comme partout dans le monde, pour la liberté. Sur les théâtres d’opérations comme en France, on veut nous décourager d’agir mais c’est précisément en restant fidèles à nous-mêmes et à nos valeurs, qu’à nouveau nous surmonterons l’épreuve....

Lire la suite
Poésie des organigrammes : le collège se plie en 7
08 Jan

Poésie des organigrammes : le collège se plie en 7

Avez-vous remarqué comme la presse relate les Conseils européens mais jamais les réunions du Collège des commissaires? Pourquoi ne parle-t-on jamais de l’organe suprême de la Commission? Le président Juncker, semble-t-il, a décidé de s’attaquer au fonctionnement interne du Collège, et les organigrammes que l’on trouve sur le site de la Commission donnent une idée de la révolution qui vient de se produire au Berlaymont. Nous disons: tant mieux! Le problème était que dans sa forme « barrosienne », le Collège n’est réputé ni pour ses débats internes, ni inversement pour son unité. On écoute le président ou les commissaires, pas le débat. La Commission n’est guère collégiale. Ces dernières années, avec les élargissements successifs, c’est même plutôt la dérive gouvernementale de l’institution qui a été constatée. En 2008, l’Irlande avait obtenu que soit prorogée indéfiniment la règle d’un commissaire par pays, en échange de son adhésion à la version 2 du traité de Lisbonne. Grave erreur! En préservant la place des petits pays dans la Commission, nos amis gaéliques ont contribué à affaiblir le Collège, à renforcer le Conseil face au Berlaymont, et donc au passage les grands États face aux petits. Mais Juncker nous propose une solution pour re-légitimer le Collège: il crée, pour la première fois depuis 1957, une hiérarchie des portefeuilles. Autrement dit, nous avons d’une part 20 commissaires « normaux » (dont les commissaires allemand, français et britannique), et d’autre part 7 vice-présidents sans direction générale, mais avec la tâche de « guider et coordonner » leurs collègues sur un grand sujet transversal (à savoir: euro, énergie-changement climatique, marché unique numérique, emploi-croissance-compétitivité, budget-RH, politique extérieure, droits fondamentaux). Une étude détaillée des organigrammes montre qu’un vice-président coordonnera environ 7 autres commissaires, parfois plus. Cette nouvelle organisation est permise par le traité de Lisbonne (article 17.6: « Le président… décide de l’organisation interne de la Commission, afin d’assurer la cohérence, l’efficacité et la collégialité des décisions »). Il suffisait de la décider, Juncker l’a fait. Notons que l’Atelier Europe, dans ses « 10 propositions pour l’Europe » en avril 2012, plaidait déjà, avec d’autres, pour une solution de ce type. Avec des « vice-présidences horizontales », ce Collège commence enfin à ressembler à un gouvernement. Gageons que cette mesure produira quelques effets. Emmanuel Vivet Source: Commission...

Lire la suite
Dix ans
31 Déc

Dix ans

Chers amis, Dans les bons westerns, les héros concluent: « another day, another dollar« . Ainsi l’année se termine-t-elle, et au nom de l’Atelier je vous remercie pour votre fidélité. L’année fut forcement intense dans un contexte d’élections européennes mais nous retiendrons deux événements majeurs. La montée des nationalismes, en France notamment où le FN arriva pour la première fois en tête, même si les Farage et autres Le Pen n’ont pu donner la portée qu’ils souhaitaient à leur succès. On construit rarement sur le rejet. Mais nous retiendrons aussi la face lumineuse que fut la realisation du vieux rêve spinellien d’un président de la Commission issu du groupe majoritaire au Parlement. Enfin un pas, certes modeste mais concret, vers la politisation et in fine une légitimation accrue de l’Union. 2015 aura pour nous une saveur particulière, celle de nos dix ans d’existence. C’est aussi votre anniversaire et l’Atelier ne saurait exister sans ce lien avec ses lecteurs et ceux qui participent à ses événements. Permettez-nous aussi d’exprimer notre fierté d’exister depuis dix ans avec nos moyens limités de groupe indépendant qui ne nous ont pas empêché, partout en Europe, de porter une voix pro européenne, ré aliste mais ferme dans ses convictions. En 2015, une autre décennie sera commémorée, celle du référendum sur le Traité constitutionnel. Les adversaires de l’Union n  e manqueront pas de s’en délecter et toutes les confusions sont à craindre. Le sujet européen est pris en otage par un débat entre, pour simplifier, l’ouverture et la souveraineté traditionnelle, entre le modèle occidental et la verticalite des regimes dirigistes. Avec évidemment les gradations et les incohérences d’usage. La tentation est forte, à gauche comme à droite, de céder à nouveau à un contrôle plus étroit sur les citoyens mais le prix à payer serait terrible. La sortie de crise ne se fera pas en singeant des modèles dont on connaît l’impasse et le politique ne reprendra pas prise simplement par le mirage de la frontière intra européenne. La solidarité, dès Schuman, est l’une des clefs de voûte de notre Union et c’est bien en accroissant notre cohérence interne que nous pourrons assurer la pérennité de notre modèle de société. Dans l’attente de vous retrouver bientôt, je vous vous souhaite une excellente nouvelle année ! Jérôme Cloarec President de l’Atelier Europe Source photo :...

Lire la suite
L’UE face au virus Ebola
26 Nov

L’UE face au virus Ebola

Alors que plus de 5459 personnes sont décédées et que 15 351 cas ont été reportés à ce jour (données OMS du 21 novembre 2014), l’épidémie du virus Ebola constitue une véritable menace au niveau mondial. Maladie virale extrêmement létale, elle touche principalement l’Afrique de l’Ouest (plus particulièrement le Liberia, la Sierra Leone et la Guinée). Fin octobre, le Nigeria annonçait avoir réussi à éradiquer le virus sur son territoire, signe d’un véritable espoir de stopper la propagation du virus. À bien des égards, les pays européens sont concernés: de par leur part engagement humanitaire, et d’un point de vue sanitaire avec le rapatriement d’européens contaminés en Afrique ou encore des contaminations sur le sol européen. Depuis qu’elle a déclaré Ebola « urgence de santé publique de portée mondiale », l’OMS appelle à une « réponse internationale coordonnée » afin de neutraliser le virus. Le 15 novembre 2014, lors du sommet du G20 à Brisbane, les dirigeants des pays les plus riches du monde se sont d’ailleurs engagés à éradiquer l’épidémie. Ainsi l’UE a-t-elle pris des mesures pour faire face à cette épidémie. Ces mesures visent 2 objectifs: soutenir les pays touchés d’un côté et se prémunir contre de nouveaux cas – voire d’éventuelles infections sur son sol – de l’autre. Depuis le mois de mars 2014, l’UE développe une action tous azimuts: elle contribue à la fois à l’aide humanitaire dans les pays les plus affectés (avec l’envoi de matériel et de personnel), à la coordination internationale et à la recherche d’un vaccin et d’un traitement adéquat. À ce jour, l’UE et ses États membres ont décidé de consacrer un financement de plus d’un million d’euros (plus que le seul million prévu lors du Conseil de l’UE organisé les 23 et 24 octobre 2014) afin de contenir la propagation du virus et de fournir des traitements aux personnes infectées. Entre prévention et protection L’Union a régulièrement annoncé de nouvelles enveloppes pour soutenir les structures publiques et sanitaires des pays affectés. Ces aides ont notamment été délivrées à travers des organisations partenaires telles que l’OMS, Médecins Sans Frontières et la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. À travers le mécanisme de protection civile, elle a également envoyé du matériel dans les pays touchés: le 06 novembre, un navire néerlandais est parti en direction de l’Afrique de l’Ouest; avec à son bord une cargaison sanitaire (ambulances, hôpitaux mobiles, laboratoires, etc.) fournie par neuf des États membres et l’UNICEF. Cette mise en commun des ressources matérialisée par l’envoi groupé permet une plus grande efficacité sur le terrain. Par ailleurs, des experts humanitaires et des spécialistes des maladies infectieuses dangereuses ont été déployés dans la région. Aussi l’UE garantit-elle des soins appropriés pour le personnel international de santé, finance et coordonne l’évacuation médicale des travailleurs humanitaires internationaux diagnostiqués avec le virus Ebola. À cet effet, le Luxembourg a notamment engagé des avions pour des opérations européennes d’évacuation médicale. Les délégations de l’UE facilitent la réponse humanitaire en sensibilisant les pays concernés sur les mesures appropriées pour faire face à la crise, en ce qui concerne les restrictions de voyages et les restrictions commerciales entre autres. C’est en ce sens que le 20 octobre dernier, les ministres européens des affaires étrangères ont appelé à une vérification et à un renforcement des systèmes de dépistage des voyageurs mis en place aux points de sorties des pays touchés. L’importance d’une meilleure coordination des mesures nationales déjà prises par les Etats membres de l’UE aux points d’entrée a été soulignée, afin d’anticiper les arrivées potentielles du virus. Les mesures de prévention sont mises en œuvre à tous les niveaux: information et sensibilisation des voyageurs (un dépliant de « Conseil aux voyageurs » disponible dans toutes les langues de l’UE a été publiée par le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies et approuvé par le Comité de Sécurité Sanitaire de la Commission européenne) ; sensibilisation et formation des personnels de santé, mise en place de systèmes de santé prêts à diagnostiquer et à traiter des cas d’Ebola le cas échéant. Sans oublier l’information des citoyens sur les mesures visant à les protéger d’une potentielle contamination. Très récemment, l’UE a montré son engagement au plus niveau avec une visite de 4 jours (du 12 au 16 novembre) dans les pays les plus affectés par les Commissaires Christos Stylianides (en charge de l’action humanitaire et Coordinateur Ebola pour l’UE) et Vytenis Andriukaitis (en charge de la santé). Cette visite de terrain a permis d’évaluer les besoins et les priorités ainsi que de déterminer la manière dont l’Europe pouvait prêter main forte à l’Afrique de l’Ouest dans cette lutte. Une action coordonnée Agir sur tous les plans nécessite une bonne coordination entre les parties prenantes. Ainsi, lors du Conseil de l’UE des 23 et 24 octobre derniers, a été nommé un coordinateur de l’UE contre Ebola: il s’agit du nouveau commissaire européen à l’aide humanitaire et à la gestion de crises, le chypriote Christos Stylianides. La Commission européenne travaille en étroite collaboration avec les États membres de l’UE au sein du Comité de sécurité sanitaire pour les tenir informés des derniers développements et coordonner les approches en matière de prévention et de préparation à virus Ebola, conformément à la décision n° 1082/2013/UE relative aux menaces transfrontières graves sur la santé. Une taskforce européenne Ebola a été constituée, réunissant les services de la Commission européenne (notamment la Direction générale pour l’aide humanitaire et celle pour la Santé) et ceux du Service européen pour l’action extérieure. Les délégations de l’UE dans les pays affectés étant incluses au sein du dispositif. Cette taskforce se réunit quotidiennement au niveau opérationnel au sein du Centre de coordination de la réaction d’urgence (entité créée afin de réagir rapidement et de manière coordonnée aux catastrophes aussi bien au sein qu’en dehors de l’UE) et assure la liaison avec la Mission des Nations Unies pour la lutte contre Ebola, l’OMS et d’autres partenaires clés. De plus, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies produit des évaluations de risques et des mises à jour épidémiologiques. Au-delà des mesures opérationnelles et d’urgence, la recherche Le 6 novembre 2014, la Commission européenne en collaboration avec l’industrie pharmaceutique européenne lance un appel à propositions de 280 millions d’euros sous couvert de l’initiative public-privé Innovative Medicines Initiative afin de faire progresser la recherche sur Ebola. Cette aide, via un processus rapide, vise à lutter contre l’épidémie actuelle. Elle se propose aussi de gérer les épidémies futures en finançant le développement de tests de diagnostic rapide, de nouveaux médicaments ainsi que des essais cliniques à grande échelle de nouveaux vaccins. Toutes ces mesures, régulièrement mises à jour avec l’évolution de la propagation du virus, montrent l’engagement fort de l’Europe quant à l’éradication de l’épidémie. Elles visent également à améliorer la réponse collective de l’UE et à soutenir les efforts fournis par les Etats membres afin de sauver des vies aussi bien sur le sol européen qu’africain et d’éviter que l’épidémie ne devienne pandémie.   Carole...

Lire la suite
Référendum en Écosse : suspense à Holyrood, le Royaume va-t-il se désunir ?
17 Sep

Référendum en Écosse : suspense à Holyrood, le Royaume va-t-il se désunir ?

Le noble peuple écossais a ses vices, souvent inavoués publiquement, calvinisme oblige, à l’image de ces élixirs maltés que les Highlanders distillaient et consommaient sous le boisseau, mais il y en a un dont il était peu suspect: l’ardeur politique. Du moins en ce jeune siècle. Comme l’eau de vie, le sens étymologique du whisky en gaélique, le feu ne dort jamais vraiment et les anciennes passions rejaillissent aussi brusquement qu’elles avaient été enfouies. Quelle est donc cette fièvre ayant saisi la paisible Écosse ? L’Union scellée en 1707 ne fut pas un mariage d’Amour. Mais elle ne constitua pas une annexion, les deux pays y trouvant leur compte et y négociant leur part. Les Anglais ont sécurisé leur frontière septentrionale, que l’ennemi français menaçait depuis la Auld Alliance au XIIIe siècle, et les Écossais, ou plutôt leur élite, y voyaient la possibilité de développements commerciaux. L’Union ne s’est pas faite sans soubresauts, notamment dans les Highlands où les jacobites, ces révoltes populaires, ont battu le plein jusqu’au milieu du XVIIIe siècle. Les succès qui suivirent, dont la Révolution industrielle et l’Empire où Glasgow pris une part déterminante, ainsi que l’existence d’ennemis communs, dont l’Allemagne, ont assuré la pérennité de l’alliance. Mais les termes de celle-ci sont aujourd’hui contestés. Il y a la dimension identitaire, évidemment. Elle est toujours trompeuse car jamais aussi simple qu’elle n’apparaît. Si les deux Nations ont conservé des traits distincts, dont des systèmes juridiques séparés, l’imbrication culturelle fut forte et si les Écossais gagnaient leur indépendance, ils perdraient aussi leur britishness. Ainsi ne dit-on pas « l’Angleterre » mais pudiquement « au Sud de la frontière », selon un understatement très britannique. Le folklore du kilt et des magnifiques tartans fut mis en lumière par la famille royale anglaise, à commencer par la Reine Victoria qui fit prolonger la ligne ferroviaire jusqu’à Inverness, dans ces Highlands qu’elle affectionnait et où elle se rendait en villégiature. La décentralisation autorise l’Écosse à mener une politique culturelle autonome et vivante. Le niveau d’imbrication est important et le réflexe anti anglais, bien présent, est davantage de l’ordre du rituel que du véritable rejet. Surtout, selon les sondages la région la plus unioniste d’Écosse serait celle des Highlands et des Iles du Nord-Ouest, où la culture gaélique et les valeurs traditionnelles sont les plus vivantes. Le souci identitaire, au sens culturel, semble donc le flambeau mais pas l’origine majeure de ce mouvement. Le vrai point d’achoppement réside probablement dans les rapports sociaux. Ce n’est pas un hasard si cet élément fut mis en avant par un grand historien écossais, Sir Tom Devine, pour justifier son vote en faveur du l’indépendance, dans une déclaration surprise à L’Observer le 17 août (peu évoquée à l’étranger, celle-ci a apporté beaucoup de crédit au camp indépendantiste, voir aussi cet article). Il y parle d’un souci égalitaire bien plus fort dans la société écossaise. D’après l’historien, l’écart avec l’Angleterre plus individualiste serait criant depuis les années 1980, dans une référence indirecte à la très anglaise Margaret Thatcher. Le seul député français au parlement écossais, et membre du parti nationaliste (SNP) composé en bonne partie de travaillistes défroqués ou ayant cette sensibilité, le chaleureux Christian Allard, m’a tenu le même discours : Thatcher a fait comprendre aux Écossais qu’ils ne pouvaient plus vivre sous la coupe de Londres. L’Écosse est libérale au sens de son grand homme, Adam Smith, et non de Hayek. En parallèle, l’intégration européenne, autre point de discorde avec l’Angleterre, mais aussi la mondialisation qui a brisé le dogme de l’État nation comme horizon indépassable de l’espace économique, encouragent l’Écosse à prendre son envol. Seule. Bien évidemment, les indépendantistes en rajoutent sur le thème small is beautiful : à nous le pétrole (dont les réserves seraient mirifiques), à nous la flat tax (faible imposition des entreprises comme en Irlande) et à nous le nouveau NHS (système de santé) que nous financerons sans compter. Les positions sur la livre font craindre également l’amateurisme alors que M. Salmond, le leader des nationalistes, estime que le maintien de la livre sans banque centrale écossaise serait tout à fait praticable (argument spécieux et contradictoire puisque la souveraineté monétaire demeurerait à Londres). Le risque de gueule de bois post référendaire, du fait de ces belles promesses (moins d’impôts, plus de dépenses) est réel et l’Irn-Bru, cette boisson (très) sucrée abjecte bue les lendemains de virée au pub, n’y pourra rien. Toutefois, jusqu’au week-end du 6-7 septembre aucun sondage n’avait montré une majorité pour le oui. Alors pourquoi maintenant ? La dynamique du référendum a joué à plein, comme ce fut le cas en France en 2005 sur le sujet européen. Le camp de l’option « raisonnable » est parti très confiant et il n’a pas vraiment fait campagne. A contrario, les tenants de l’indépendance ont organisé une impressionnante campagne de terrain où les « grassroots movements », cette myriade de groupes communautaires irriguant les différentes composantes de la société, ont quadrillé le pays avec des manifestations de rue, des réunions de quartier, du porte-à-porte et de relais sur Internet, à l’image des soutiens d’Obama lors de sa victoire surprise de 2008. Les tenants du « Yes », sur le fond comme sur le mode opératoire, se réclament d’une forme de démocratie directe où le citoyen serait acteur de la décision. Quel que soit le résultat du scrutin, ils auront réussi à crédibiliser l’option de l’indépendance qui apparaissait farfelue voilà quelques mois. En face, le camp du non est porté par une organisation bien pâle. Les Tories étant honnis en Caledonia, c’est aux Travaillistes de porter le discours de l’Union. Alors, les vieilles gloires des années Blair, celui-ci excepté, ont défilé et un compétent mais pâle Alistair Darling, ex ministre des finances, a mené la bataille du « Better Together » face au trublion Alex Salmond, un leader charismatique porté au pouvoir régional grâce la refondation du Parlement écossais en 1999. En réaction à la poussée indépendantiste, les leaders nationaux (« Team Westminster » selon M. Salmond qui y oppose « Team Scotland ») ont essayé de rattraper le temps perdu en se précipitant dans les derniers jours en Ecosse. Mais en politique il se rattrape difficilement. En refusant en amont une décentralisation accrue et en encourageant un choix définitif pour le référendum (« in or out »), le maladroit David Cameron porte une part de responsabilité. Certes, il ne pouvait guère plus s’agissant de la campagne : sa seule personne, lui le fils gâté de la bonne bourgeoisie du Sud de l’Angleterre, formé à Eton et à Oxford, le leader Tory archétypal donc, indispose l’Écossais moyen (il fut honteusement sifflé lors de sa dernière visite). Pourtant, les conservateurs furent longtemps bien représentés en Écosse, notamment dans les régions agraires où s’exprimait la sensibilité aux valeurs traditionnelles. Après-guerre les Tories étaient puissants au nord du mur d’Hadrien. Mais les conflits sociaux, notamment dans la ceinture industrielle de l’axe Glasgow-Edimbourg, le déclin minier dans l’Est et l’élection de la très anglaise et très polarisante Margaret Thatcher ont provoqué la chute des Tories. Conséquemment, aux dernières élections générales, le Labour a obtenu 40 députés et les Tories, pourtant victorieux nationalement, 1 seul député (moins que de pandas au zoo d’Edimbourg selon le mot de M. Salmond). Ces derniers ont donc quasiment disparu comme force politique en Écosse, créant un fossé avec le reste du Royaume. Ce problème de représentativité est évidemment accentué lorsque, comme aujourd’hui, les Tories sont au pouvoir. Nous votons Labour et nous avons un gouvernement Tory, où est notre voix, entend-on? La balle est donc dans le camp du leader travailliste, pour qui l’intérêt est du reste très clair : sans le bataillon de députés Labour écossais, reconquérir le pouvoir à Londres serait beaucoup plus difficile, voire une gageure pour certains analystes. Mais qui est leur chef,...

Lire la suite
Page 3 sur 141234510Dernière page »