L’UE, révélatrice de notre rapport ambigu au risque
10 Juil

L’UE, révélatrice de notre rapport ambigu au risque

Beaucoup a déjà été dit et écrit sur l’accord de libre-échange entre les Etats-Unis et l’UE, actuellement en cours de négociation. S’il fallait résumer les critiques, on pourrait dire que les contempteurs de cet accord craignent que les normes européennes s’alignent sur les normes américaines, supposées moins protectrices du consommateur, et ceci du fait de la pression du lobbying des grands groupes industriels. Il ne s’agit pas ici de discuter de l’éventuel bien-fondé d’une telle critique, mais de relever un paradoxe dans l’attitude française à cet égard. On (le Front National, les souverainistes de tous bords, et plus généralement tous ceux qui s’attaquent à l’Union européenne, la réduisant pour ce faire aux « technocrates de Bruxelles ») nous explique régulièrement que l’Europe est un carcan, qui se mêle de tout et n’importe quoi, quitte pour cela à employer la caricature et l’approximation, lorsque l’on mentionne la taille des concombres et celle des cuvettes de toilettes. La critique n’est pas illégitime : dans une économie de marché, il est parfaitement logique de s’inquiéter de l’intervention étatique (ou européenne) lorsque la protection que celle-ci apporte aux consommateurs entrave en même temps le développement des entreprises. Mais il y a un certain aveuglement à vouloir le beurre (la protection absolue des consommateurs) et l’argent du beurre (l’absence de réglementation à cet effet, car mécaniquement source de complexité). Les Français se complaisent hélas dans ce paradoxe : on peste contre les règles, jugées toujours excessives (quelle idée de vouloir pasteuriser le fromage!) et bureaucratiques, mais on s’insurge lorsqu’une bactérie tue un malheureux consommateur d’huître ou de fromage au lait cru, car alors c’est que les autorités publiques n’ont pas joué le rôle que l’on présume être le leur. Cela révèle une question à laquelle nous nous refusons en fait de répondre, celle de notre rapport au risque, et de notre degré d’aversion à celui-ci. Nous voulons en même temps le risque zéro (l’inscription du principe de précaution dans la Constitution le démontre) mais également tous les bénéfices qui découlent de la prise de risque, c’est à dire tous les fruits du progrès et de l’innovation. Le sujet est complexe car réellement politique : aucune solution n’est pas essence préférable, mais nous devons collectivement nous demander dans quelle société nous souhaitons vivre, quel degré de risque nous sommes prêts à accepter pour bénéficier en retour des bénéfices associés. Il n’y a pas de meilleure réponse, mais cela n’empêche pas de poser la question en des termes clairs.   Image:...

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L’Europe, de l’Atlantique à l’Oural…vraiment ?
18 Juin

L’Europe, de l’Atlantique à l’Oural…vraiment ?

En France, le totem gaulliste ne perd rien de son sacré. Les formules du Général font toujours mouche, notamment chez ceux qui s’appuient sur elles pour justifier une certaine fascination de la Russie poutinienne. « L’Europe : de l’Atlantique à l’Oural »… c’est de Gaulle qui l’a dit ! Acceptons les écarts de conduite de notre frère turbulent, l’essentiel est ailleurs. Le conflit séparatiste en Ukraine et l’aveu de faiblesse incarné par la trêve obtenue par les accords de Minsk révèlent cette approche. Et pourtant, en relisant les Mémoires de guerre du Général de Gaulle, on y sent une philosophie bien différente des simplifications coutumières. Voici un passage éclairant, critique, de sa vision des intentions de Staline pour l’après seconde Guerre Mondiale : « J’estimais que son intention d’instituer à Varsovie la dictature de ses dévots devait être contrecarrée. Je pensais que l’Amérique, l’Angleterre et la France, en affirmant conjointement ceci et cela à la face du monde, en agissant de concert auprès des gouvernements soviétiques et polonais, en réservant aux flottes combinées de l’Occident l’accès futur des ports de la Baltique, quitte à ouvrir aux navires russes celui des ports de la mer du Nord, auraient pu faire en sorte que la liberté fut, finalement, rendue à la noble et vaillante Pologne » (Edition de la Pléiade, p.470). Le Général est prêt au compromis mais il ne veut rien sacrifier aux principes élémentaires de liberté et de dignité des peuples face aux exigences russes. Difficile de transposer ces réflexions avec la déstabilisation de l’Ukraine aujourd’hui mais il est clair que de Gaulle n’aurait pas accepté le fait accompli de l’annexion de la Crimée comme étant dans l’ordre naturel des choses. Parions qu’il n’aurait pas non plus cautionné les murmures de conciliation fraternelle avec « l’éternelle Russie » de certains conservateurs européens. Un autre passage des Mémoires éclaire sur ce qui constitue l’essence de l’identité européenne. Au milieu des décombres de la ville de Naples, il est applaudi lors d’une visite après les durs combats de 1943 : « Comme chrétien, latin, européen, je ressentis cruellement le malheur de ce grand peuple, qu’une erreur avait dévoyé mais à qui le monde devait tant. Peut-être la foule italienne eut elle instinctivement la notion de mes sentiments. Peut-être, dans son épreuve, la pensée de la France lui était-elle plus familière, comme il arrive aux pays malheureux. » La France n’est jamais bien loin chez de Gaulle mais l’Europe non plus. L’Europe de la compassion et de la fermeté, non pas celle qui a peur de l’ennemi et de l’idée même d’avoir un ennemi.   Michaël Benhamou Photo:...

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Déclaration…d’amour
09 Mai

Déclaration…d’amour

Il en va des déclarations historiques comme des classiques que nous chérissons, il faut revenir au texte. Au détour d’une flânerie de mai, on y lit « L’Europe pourra, avec des moyens accrus, poursuivre la réalisation de l’une de ses tâches essentielles: le développement du continent africain ». D’une terrible actualité, cette phrase de Robert Schuman incarne l’esprit de l’Europe que nous fédérons, toujours moins il est vrai. Hier et aujourd’hui, notre intégration répond à une urgence, celle de bâtir des ponts entre les peuples pour construire un avenir prospère et pacifique. Mais cette exigence n’est pas une incantation, elle décrit ce qu’est l’engagement européen en soi, non pas un postulat moral mais une démarche graduelle dont l’accomplissement même serait moral, au sens d’un devoir pour nous-même et pour autrui. Les Hommes meurent toujours aux portes de l’Europe. Il y a la guerre en Ukraine et il y a cette infamie des migrants qui viennent s’échouer avec leur embarcation de fortune. S’il faut formuler un vœu en ce jour de célébration, c’est bien que nous cessions ce jeu malsain des envolées culpabilisantes sur l’Europe, et finalement sur nous-mêmes, quand l’horreur apparaît à la lumière, pour mieux ensuite nous exonérer de toute action. En attendant la prochaine onde sordide. Prenons garde à ne pas nous perdre, l’Europe c’est tout le contraire, c’est accepter notre part de responsabilité, non pour nous flageller gratuitement mais bien pour agir collectivement et prendre ainsi la mesure de ce qui nous unit, cette civilisation que nous avons aussi construit par l’échange avec l’autre rivage. Joyeuse fête de l’Europe à tous ! Jérôme Cloarec Président de l’Atelier Europe   Photo: Vito...

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L’interminable crise grecque ou la nécessité d’une transgression
06 Mar

L’interminable crise grecque ou la nécessité d’une transgression

L’élection d’un premier ministre d’extrême gauche, Alexis Tsipras, a jeté du sel sur les relations tendues entre la Grèce et l’Union. Ce pays sort d’une période extrêmement difficile où il a perdu près de 30% de sa richesse nationale en 5 ans. Mais pour l’Union, la Grèce est aussi le miroir des insuffisances de notre gouvernance. On s’est aperçu non seulement que l’économie locale n’était pas viable mais surtout que cet État a pu pendant 30 ans être membre de l’UE alors qu’il n’était pas un État au sens moderne: fonctionnement clientéliste, ministères organisant un État dans l’État, rentrée de l’impôt aléatoire, corruption, outils administratifs désuets (tel le fameux cadastre inexistant) etc. Un immense travail de réforme a été effectué mais il n’est pas certain que la Grèce puisse le finaliser et relancer son économie dans le cadre de la zone euro, peut-être avons-nous atteint les limites de l’acceptable pour la population grecque. Et ce que ne semblait pas avoir mesuré M. Tsipras, c’est que la lassitude est immense aussi du côté des autres membres de l’Eurogroupe (Cf réaction virulente de l’Espagne). Une sortie de la Grèce présenterait un risque important pour la zone Euro. L’effet de contagion, notamment pour les économies encore fragiles du Sud de l’Europe, pourrait nous entrainer dans une zone de turbulence très incertaine, a fortiori dans un climat politique défavorable à l’Union avec la montée en puissance de formations contestataires et, surtout, le désenchantement croissant des citoyens. Toutefois, il faut cesser cette dramatisation de la sortie d’un membre de la zone euro. Certains États la rejoignent, telle récemment la Lituanie, d’autres doivent pouvoir la quitter, pleinement ou au moyen d’un régime transitoire à définir. Le cas grec est une opportunité pour l’Union de décider, non pas par simple réaction, comme elle le fait depuis le début de la crise, mais en posant un acte fort: la zone euro a besoin de cohérence et l’existence d’une asymétrie trop forte chez l’un de ses membres fait peser un risque disproportionné et inacceptable sur l’ensemble de l’Union monétaire. L’UE ne peut plus se contenter de colmater les brèches, de négocier en permanence la solution de la « dernière chance » avec les premiers ministres grecs successifs. Cela mine la confiance de l’ensemble et cela accentue les réflexes centrifuges (clivage Nord-Sud, tensions nationalistes et contestataires, etc.). Il faut une solution durable à cette interminable crise grecque, les États ne peuvent plus se cacher derrière la créativité technocratique et la BCE ne peut plus être laissée en rase campagne, seule à prendre les décisions pour maintenir à flot l’euro, faute du courage politique de l’Eurogroupe. Et l’UE, après des années d’expansion incontrôlée, de rejoindre alors le, long, chemin de la cohérence et de la cohésion sans lequel l’intégration politique si nécessaire pour parachever l’union économique et monétaire ne sera jamais qu’une chimère. JC Photo:...

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L’Europe, quelle adresse email ?
02 Mar

L’Europe, quelle adresse email ?

Et si le fameux numéro de téléphone de l’Europe que cherchait Kissinger était en fait une adresse e-mail? Le récent message du président Obama sur un supposé protectionnisme technologique européen, pour désagréable qu’il soit à nos oreilles communautaires, est à considérer comme un signal paradoxalement positif. Comment? L’Europe protégerait ses intérêts en matière de technologie, notamment numérique? L’Europe aurait une stratégie en ligne avec ses intérêts commerciaux au sujet des champions du web? Mieux, elle aurait une conception propre en matière d’utilisation des données personnelles? Oui, il semblerait que les choses prennent forme de ce côté-ci de l’Atlantique. Et non, défendre ses intérêts n’est pas fatalement faire œuvre de protectionnisme. Les analystes nous rappellent le contexte de cette déclaration: les négociations actuelles du Traité transatlantique. En jeu notamment, le principe de Safe Harbor, qui permet à une entreprise américaine de certifier qu’elle respecte la législation de l’Espace économique européen (EEE) pour transférer des données personnelles vers les États-Unis. Quand le Président américain dit à la Silicon Valley que les plateformes européennes ne leur arrivent pas à la cheville, il a raison. Et quand les Institutions européennes cherchent à rééquilibrer un terrain de jeu commercial qui leur est aujourd’hui défavorable, elles sont dans leur rôle. Le sujet ne date pas d’hier. Dans les années 1990, les procès contre Microsoft aux États-Unis ont eu un prolongement énorme en Europe. Ils visaient à lutter contre des abus de position dominante dans le secteur du logiciel. Aujourd’hui, ce sont Google, Facebook et consorts qui sont dans le viseur bruxellois, à la fois pour leur approche de l’économie des données personnelles et pour des raisons d’optimisation fiscale. Il faut bien avoir à l’esprit qu’il n’y a pas dans le monde du web de ligne Maginot qui tienne, le cyberespace étant par nature déterritorialisé. De fait, les infrastructures de l’internet sont, depuis le début, américaines. Et de fait les plateformes utilisées par la quasi-totalité des internautes en Europe sont californiennes. Pour autant, il y a en Europe une conception du rôle de la puissance publique et de la liberté individuelle qui n’est pas la même qu’aux États Unis. Dès lors, la question de fond pour l’Europe est de savoir quelle société numérique elle veut façonner à partir de l’existant. Et quelles règles édicter pour y parvenir. Or il faut pour cela que nous arrivions à concilier en Europe des objectifs distincts: d’une part protéger les consommateurs, selon une vision des droits individuels sensiblement différente d’outre-Atlantique. Et d’autre part, favoriser nos entreprises pour qu’elles connaissent le même succès que les GAFA, tout en interdisant les aides d’État et encadrant les concentrations. Le risque est que, ne sachant pas aujourd’hui développer des champions aussi talentueux à ce niveau global, nous nous rabattions sur la seule taxation des champions américains, passés maîtres dans l’art du resquillage fiscal. Comment dans ce contexte s’y retrouver et tenir un discours crédible face aux États-Unis? À l’heure où les Institutions travaillent à la fois sur un partenariat transatlantique et sur la mise en place d’un marché unique numérique en Europe, il est nécessaire de continuer le vaste chantier de construction d’une approche communautaire cohérente. En effet, l’économie émergente des données ne se contente pas de heurter notre conception des libertés individuelles. Elle bouleverse radicalement les modèles de nos marchés, de nos entreprises et de nos institutions. C’est en tenant compte de ce basculement que des règles nouvelles pourront être établies, adossées à une conception proprement européenne de la protection du consommateur, mais aussi de la liberté du citoyen et de la croissance de nos entreprises. Aymeric Bourdin Article précédemment publié sur le Cercle des...

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Une aube dorée? L’Est de l’Europe imprégné du péché des aides européennes
12 Fév

Une aube dorée? L’Est de l’Europe imprégné du péché des aides européennes

1. Facteurs 1.1 Der Wille zur Verwaltung (La Volonté d’administration) Jusqu’à 2014, en « Banlieue nord » de Pils, en République tchèque, une amie gérait une école maternelle privée. Une école petite (comptant une vingtaine d’enfants), modeste, charmante, pas chère (à 2300 euros par an), entièrement autonome, ne touchant pas une seule couronne des fonds publics. En 2013, la ville de Pils a décidé d’investir deux millions d’euros dans la construction de trois écoles maternelles pour 150 enfants: une place créée à 13 000 euros sans compter les coûts de gestion annuels non publiés. Les écoles maternelles créées par la ville sont presque gratuites. En conséquence, dès 2015, il se peut qu’il n’y ait plus d’école privée en « Banlieue nord ». Une absurdité économique et sociale: même si la ville payait les frais scolaires de cet établissement privé, donc « bourgeois », pour chaque enfant de Pils, elle gagnerait des milliers d’euros par an et par enfant tout en s’épargnant énormément d’administration. Et sans avoir tué un établissement solide. Par contre, dès 2015, il y aura plus de directeurs et de subordonnés, donc plus de pseudo-pouvoir administratif, plus de prétendu pouvoir social pour décider des admissions aux écoles, plus de gestion de fonds publiques, plus d’administration, plus de marchés publics. Hélas, il suffirait d’une seule chose: laisser vivre les petits, voire faciliter leur vie. Cet exemple simple, mutatis mutandis, démontre une tendance générale liée aux aides européennes dans lesquelles l’Est de l’Union se noie de nos jours: l’incessante volonté des pouvoirs publics de gérer, de s’imposer et de régler là où il n’y a guère besoin d’eux. 1.2 Die Menschenschöpfung (La création de l’homme) En 1957, douze ans après la guerre, le contrat a été clair: « Vous, les industriels allemands, pour que vous paracheviez votre réhabilitation, vous payerez pour cette acceptation dans la famille de l’humanité une dîme à ses porte-flambeaux: les pauvres agriculteurs français et italiens ». En 2004, quinze ans après la chute du Mur, cette logique s’est renversée et approfondie. Conscient de l’énorme marché toujours à demi-vide de la rive droite de l’Oder et derrière les Monts Métallifères, l’Allemagne a été prête à répéter – à grande échelle – la leçon de Wiedervereinigung de 1990: « Nous, les postindustriels allemands, sommes prêts à faire de vous, les pauvres postcommunistes, de nouveau des hommes par nos euros. En tant qu’hommes civilisés, vous nous ouvrirez vos marchés entièrement. » 2. Impacts 2.1 Redondance Ainsi, l’an 2004 a, d’un côté, marqué un point positif sans égal dans beaucoup d’aspects pour les nouveaux pays membres: les lois octroyées par l’Union étaient d’une qualité incomparable avec celles qui les avait précédées et devraient suivre; les pays ont gagné en sécurité au sens large (énergétique, économique) ; avec le libre-échange, la civilisation promise est réellement venue. Malheureusement, l’Union n’a pas approfondi ses incontestables réussites de « small state »: les lois changées, peu a été investi dans la formation et l’équipement de l’appareil administratif et judiciaire. Une sécurité vraiment commune est loin d’être lancée. Le libre-échange reste souvent uniquement consumériste. Pire, face aux défis graves, poussés par les facteurs susnommés, l’Union s’est imposée aux nouveaux pays membres avec les milliards d’euros d’incitations, de subventions et d’aides. En accordant les incitations, officium se pense être plus malin que la rue. Ce qui n’est que très rarement le cas. Les projets subventionnés sont ceux qui ne sont pas viables autrement. La plupart d’entre eux sont surdimensionnés. Ils sont réalisés par ceux qui savent le mieux remplir les papiers et non pas par les plus aptes. Par conséquent, les armées d’experts ès subventions abondent. Ils créent une économie complètement irréelle, fantomatique même. La charge bureaucratique générée par les aides les destinent souvent uniquement aux grandes structures qui disposent du personnel purement administratif requis: les plus grands destinataires sont alors les plus grandes entreprises qui sont les dernières à en avoir besoin. Ainsi, au lieu de la concurrence, c’est une monopolisation qui est promue. 2.2. Corruption « Qu’est-ce que l’Europe pour vous, réellement? » l’Atelier Europe demanda-t-il à des dizaines de reprises lors de ses voyages d’études à travers la République tchèque, la Pologne, la Hongrie et la Lituanie. « Les subventions! », la réponse univoque sonna-t-elle. Si naturelle, terre-à-terre la réponse soit-elle, elle n’est pas d’autant moins attristante. Car les subventions sont une source de corruption au sens symbolique et moral du terme. Elles sont une corruption par leur nature do ut des: « On vous paye, pour que vous fassiez! » (que vous nous acceptiez, que vous nous ouvriez la porte!). Ainsi, elles sont hors d’un vrai contrôle – celui qui corrompt ne se demande pas de ce qu’il advient de son aumône. Il le prend simplement pour un mal nécessaire. Ainsi, quoique tout le monde sache que le système est profondément inique, peu d’implications sont considérées. Notamment au niveau des pays récepteurs dont l’utilisation et le contrôle des aides est très variable. Qui aurait intérêt à arrêter ce flux ? Ceci, et il s’agit du résultat le plus grave, a créé une caste énormément riche et puissante, allaitée par le courant qui ne s’assèche jamais, et qui va tout faire à la fin pour que le système soit maintenu. Telle est toujours l’implication la plus importante de la corruption, et non pas le vol en soi car l’Europe a quand même déjà trop d’argent, semble-t-il. Finalement, les subventions donnent naissance à une corruption morale. Dans de nombreux domaines (notamment dans l’agriculture, dans les infrastructures publiques et dans les ressources renouvelables) il n’est plus possible d’opérer sans toucher aux incitations (pourvu que tous les autres y touchent). De cette façon, d’innombrables entités dépendantes, nourries, quémandeuses sont nées. Voilà la liberté tuée.   Vojtěch...

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