Riga ou la détente russe

Après la Lituanie, la Lettonie est le deuxième pays balte à prendre la Présidence tournante du Conseil de l’Union européenne. Pour ce « petit » pays de 2,2 millions d’habitants, entré l’année dernière dans la zone euro, cette Présidence est aussi l’occasion de se faire mieux connaître sur la scène européenne. Logo Lettonie 2015Depuis son indépendance en 1991, la Lettonie est passée par toutes les phases économiques: reconstruction, libéralisation, boom (avec des taux de croissance supérieurs à 10 % dans les années 2000), dépression et rigueur. Aujourd’hui, dans une Europe toujours malade de son chômage de masse et de sa croissance poussive, le pays arbore fièrement ses 4 % de croissance. Riga, surprenante par son architecture, est une ville dynamique qui a plutôt bien digéré son passé soviétique dans l’expression de son bâti, sans en oublier son imposante et difficile histoire, comme en témoignent le musée des Occupations ou l’ancien siège du KGB. La métropole germano-balte retrouve depuis son indépendance un peu de son atmosphère et de son style d’avant-guerre. Riga fut la principale ville de l’espace baltique oriental, intégré au cours du 18è siècle à l’empire des Tsars. C’est dans cette ville qui abrite le plus grand nombre de bâtiments de style Art Nouveau d’Europe (plus de 800), dont les façades typiques ont été classées en 1997 par l’UNESCO au patrimoine mondial de l’humanité, que l’Atelier Europe a séjourné pour ce 13è voyage d’études.

Le souffle de l’esprit marchand de la Hanse comme régulateur de la crise

Riga était devenue au 19è siècle une métropole industrielle d’avant-garde et un grand port qui rivalisait avec Odessa. Encore aujourd’hui le port paraît presque trop grand dans un pays trop petit. Telle Vienne l’impériale dans ses frontières étriquées. Riga a contribué à véhiculer en Russie cet esprit marchand typique des villes de la ligue hanséatique, ainsi que les idées de progrès social et de libéralisme économique. C’est encore sur ce créneau-là que cette étonnante capitale balte se positionne. Rappelons que Laimdota Straujumala Première ministre lettone, vice-présidente de la Commission européenne, est chargée de l’Euro et du Dialogue social. « Une Europe compétitive, une Europe numérique, une Europe engagée« : voilà le slogan de la Présidence lettone, en ligne avec la priorité donnée par la Commission au Marché unique du numérique. Sur le volet compétitivité, la Lettonie est crédible et peut se vanter de sa propre expérience. Ses politiques de réformes structurelles et d’investissement mises en place pour stimuler l’emploi ont donné de bons résultats. La rapidité de la reprise économique a contrasté avec la violence de l’effondrement en 2008, période pendant laquelle le chômage des hommes est passé brutalement de 6 à 25 % (notamment en raison de leur forte représentation dans le secteur de construction qui s’est arrêté net). Autre conséquence iconoclaste de cette crise: la Lettonie, bien que ne produisant pas de voitures, est devenue brièvement exportatrice d’automobiles. Il fallait bien écouler les stocks des invendus et des saisies. Le pays est encore à 6 points de son niveau d’avant la crise, mais la Lettonie fait figure aujourd’hui de « bon élève » de l’Europe avec un taux de croissance de 4 %, un déficit public faible de 1,3 % du PIB et une dette publique d’environ 38 % du PIB en 2014. Mais pour en arriver là, il a fallu passer par de douloureux sacrifices et la consolidation a été brutale (en terme de baisse des dépenses publiques notamment, le RMI local s’élevant à 60 euros, la baisse de revenus pour les salariés pouvant aller jusqu’à 80 %, etc.) pour une population qui est restée malgré tout stoïque. Cette acceptation sociale et cette forte résilience ont permis la reconduction du gouvernement meneur de réformes, et ainsi la mise en place de politiques sur le long terme. La dévaluation de la monnaie locale, le lats, a été d’emblée écartée (toucher à la monnaie aurait envoyé un mauvais signal avant l’entrée dans l’euro), pour se concentrer sur la compétitivité. La thérapie de choc a montré la grande flexibilité de l’économie lettone, qui s’est réorientée vers les exportations, agricoles notamment. Dans son agenda européen, la Lettonie mise aussi beaucoup sur le numérique comme moteur de croissance durable.

Stoïcisme face aux réformes pour certains, mais pour d’autres, la non-acceptation sociale de la rigueur, ou tout simplement l’impossibilité de trouver un travail décemment rémunéré, les a conduit à l’émigration. Environ 10 % des Lettons ont émigré au moment de cette crise, notamment en Grande-Bretagne et au Canada, et cette fuite des cerveaux et de la main d’œuvre pose un problème persistant au pays.
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Projets 2015 d’étudiants en Master à Sciences Po Paris

Lunette_ScPoDepuis 2009, l’Atelier Europe accompagne les étudiants en Master à Sciences Po Paris dans la réalisation de leurs projets collectifs.
Les sujets proposés chaque année s’inscrivent dans le débat politique européen, et permettent aux étudiants de mener une réflexion de fond en équipe, de la confronter avec des experts institutionnels, académiques et du secteur privé.

Les productions ont été présentées lors d’une soirée à Sciences Po organisée le 7 mai dernier, puis publiées sur les sites web de l’IEP de Paris & de l’Atelier Europe, afin de valoriser le travail accompli et apporter la contribution des étudiants au débat européen.
Nous les félicitons pour le travail accompli, et remercions l’équipe de Sciences Po pour ce partenariat fécond.

Pour cette année universitaire marquée par référendum sur l’indépendance de l’Ecosse, les élections générales britanniques & le conflit dans l’est de l’Ukraine, deux sujets ont été retenus.

« Le Royaume (dés)-Uni et l’Union européenne »

Marie Agard, Pierre-Yves Angles, Manon Bouché, Irini Hajiroussou, Charles Hart et Christiane Van Ophem ont produit une note analytique, à partir du constat suivant.

Depuis les origines de la construction européenne, le Royaume-Uni s’interroge sur sa place en Europe. Ce questionnement prend aujourd’hui un tour décisif : la victoire, aux dernières élections européennes, du parti Ukip, prônant la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne, et la promesse du Premier ministre britannique, David Cameron, d’organiser en 2017 un référendum sur le maintien ou non du Royaume-Uni dans l’UE, font désormais entrevoir la perspective d’une sortie.

L’Angleterre est-elle définitivement décidée à sortir de l’Union européenne ? Ou reste-t-il une possibilité de voir les nations britanniques, unifiées ou séparément, demeurer dans l’UE ?

Télécharger le projet en anglais peut être lue ici.
Télécharger le résumé en français du projet ici.
Le deuxième sujet d’études a porté sur la thématique suivante :

« L’Ukraine, révélateur de l’efficacité européenne ? »

Tayana Augrand, Melody Defforge, Vera Lamprecht, Nino Pruidze et Augustin Roncin ont réalisé leur étude à partir de cette problématique.

Depuis la chute de l’URSS, l’Ukraine est un pays clé de la politique européenne de voisinage. Par le Partenariat oriental, l’UE et certains pays de l’ancien bloc soviétique ont cherché à renforcer l’ancrage occidental de l’Ukraine. Cette volonté s’est traduite par un projet d’accord de libre-échange, que l’Ukraine a finalement renoncé à signer en novembre 2013, en faveur de son voisin russe.

Ce revirement a déclenché d’importantes manifestations pro-européennes en Ukraine ainsi qu’un jeu d’influence entre Etats-Unis, UE et Russie sur l’échiquier ukrainien.

Première grande crise à la frontière de l’Europe depuis la création du SEAE, l’Ukraine est un révélateur des capacités et des limites de l’action de l’UE.

Les étudiants ont analysé le rôle de l’UE dans cette crise d’un point de vue diplomatique, et étudié plus largement la capacité de l’UE à mener une politique d’alliance stratégique (économique, industrielle, militaire, influence…) au travers du cas ukrainien.

Télécharger le projet en anglais ici.

À la suite de la conférence les étudiants, les participants à la conférence ainsi que les membres de l’Atelier Europe se sont retrouvés autour d’un cocktail, afin de prolonger le débat.

 

Image: Wiki Commons

Concurrence et numérique en Europe : Google bien seul

European Commission - Directorate General for CompetitionAprès plus de quatre ans d’enquête, et quelques mois de mise en suspens suite au changement de Commissaire, la Direction générale de la concurrence de la Commission européenne (« COMP » pour les intimes) a finalement adressé le 15 avril une notification de griefs à Google. Cela marque l’ouverture d’une procédure d’infraction à l’encontre du géant américain de l’Internet. Les griefs adressés à Google, fondés sur les articles 101 (ententes) et 102 (abus de position dominante) du Traité UE, sont essentiellement de deux natures :

  • favoriser, dans les pages « recherche », son comparateur de prix (« Google Shopping ») au détriment des autres qui auraient une pertinence plus grande ;
  • obliger ses clients à utiliser des applications (« Apps bundling ») Google, notamment en matière de services mobile en relation avec le système ouvert Androïd.

Ces comportements pourraient exclure des concurrents du marché et ainsi pénaliser les consommateurs en termes de prix et de services. Il faut rappeler que la position dominante n’est pas illégale en soi, que seul son abus l’est et que les entreprises comme Google (autour de 90% de parts de marché dans la plupart des États membres) ont des obligations particulières en la matière, soit l’interdiction de toutes pratiques (exclusivité, prix de dumping, etc.) pouvant concourir à l’exclusion de concurrents).

L’ouverture d’une telle procédure ne vaut pas condamnation, nous en sommes à un stage préliminaire et Google dispose de plusieurs semaines pour répondre (selon une pratique courante, dix semaines à compter de la notification). La position est courageuse, audacieuse diront certains, alors que l’équivalent américain, la FTC, a conclu son enquête par l’absence d’infraction aux règles de concurrence. Pourtant, c’est un geste fort de la nouvelle Commission, plus de dix ans après le cas Microsoft. Elle rappelle ainsi que la politique de concurrence est le contraire de sa caricature en France, prétendument une dérégulation à outrance, qu’elle est un formidable instrument pour assurer le pluralisme et la protection des petites entreprises contre la tendance à la concentration des marchés. C’est un objectif économique mais aussi politique quand des entreprises prennent un pouvoir excessif qui n’est pas seulement de marché.

Par contraste, le cas Google vient rappeler la faiblesse de nos entreprises dans le domaine du numérique. Certains observateurs américains y vont vu le dépit d’Européens mauvais joueurs voulant punir un fleuron américain. « Nous étions du mauvais côté de l’histoire » déclarait ainsi au Financial Times (édition du 18/04/2015) un proche du dossier.

Peut-être, nous Français et Européens, pourrions-nous y voir la volonté de l’UE d’assurer un cadre réglementaire qui permettrait aussi à de jeunes pousses européennes de se développer et d’atteindre la taille critique. Cette procédure de concurrence est aussi une invitation pressante faite aux États, celle d’appuyer la volonté de la Commission de parachever le marché unique du numérique, priorité de la mandature à laquelle les États doivent apporter une réponse forte en ne cédant pas aux lobbies de toutes sortes qui encouragent le maintien de barrières intra européennes. C’est à ce prix que demain, peut-être, des entreprises européennes viendront concurrencer Google et les autres géants du numérique, limitant alors, par le simple jeu des forces de marché, l’appétit du dominant.

JC

Déclaration…d’amour

Immigrants à LampedusaIl en va des déclarations historiques comme des classiques que nous chérissons, il faut revenir au texte. Au détour d’une flânerie de mai, on y lit « L’Europe pourra, avec des moyens accrus, poursuivre la réalisation de l’une de ses tâches essentielles: le développement du continent africain ». D’une terrible actualité, cette phrase de Robert Schuman incarne l’esprit de l’Europe que nous fédérons, toujours moins il est vrai.

Hier et aujourd’hui, notre intégration répond à une urgence, celle de bâtir des ponts entre les peuples pour construire un avenir prospère et pacifique. Mais cette exigence n’est pas une incantation, elle décrit ce qu’est l’engagement européen en soi, non pas un postulat moral mais une démarche graduelle dont l’accomplissement même serait moral, au sens d’un devoir pour nous-même et pour autrui.

Les Hommes meurent toujours aux portes de l’Europe. Il y a la guerre en Ukraine et il y a cette infamie des migrants qui viennent s’échouer avec leur embarcation de fortune. S’il faut formuler un vœu en ce jour de célébration, c’est bien que nous cessions ce jeu malsain des envolées culpabilisantes sur l’Europe, et finalement sur nous-mêmes, quand l’horreur apparaît à la lumière, pour mieux ensuite nous exonérer de toute action. En attendant la prochaine onde sordide. Prenons garde à ne pas nous perdre, l’Europe c’est tout le contraire, c’est accepter notre part de responsabilité, non pour nous flageller gratuitement mais bien pour agir collectivement et prendre ainsi la mesure de ce qui nous unit, cette civilisation que nous avons aussi construit par l’échange avec l’autre rivage.

Joyeuse fête de l’Europe à tous !

Jérôme Cloarec
Président de l’Atelier Europe

 

Photo: Vito Manzari

Présentation des projets collectifs 2015 d’étudiants en Master à Sciences Po

1024px-Entree_scpoLe jour des élections générales britanniques & un an après l’annexion de la Crimée, venez parler d’Europe !

Dans le cadre de leur projet collectif, deux groupes d’étudiants en Master à Sciences Po, en partenariat avec l’Atelier Europe, ont le plaisir de vous convier à une conférence au cours de laquelle ils délivreront les fruits de leurs travaux et de leurs réflexions.
Celle-ci se tiendra le jeudi 7 mai 2015 à 17h dans les locaux de Sciences Po au 56 rue des Saints Pères salle B404.

Dans un premier temps, un groupe d’étudiants présentera son étude intitulée « Le Royaume (dés) -Uni et l’Union européenne » puis le deuxième groupe d’étudiants vous partagera le fruit de ses travaux sur « L’Ukraine, révélateur de l’efficacité européenne? ».

À la suite de la conférence vous pourrez échanger avec les étudiants ainsi qu’avec Thomas Mimra et Quentin Perret, les membres d’Atelier Europe ayant supervisé ces projets collectifs.

Pour vous inscrire, merci d’envoyer un mail à l’adresse suivante: contact@atelier-europe.eu

Image: Wikicommons