Voyage d’études à Vilnius
02 Oct

Voyage d’études à Vilnius

L’Atelier Europe se rendra en voyage d’études à Vilnius du 2 au 6 octobre, à l’occasion de la Présidence lituanienne du Conseil de l’UE. Ce déplacement s’inscrit dans la continuité d’une tournée des capitales européennes initiée lors de la présidence tchèque, et qui a perduré depuis. L’Atelier Europe fêtera son dixième voyage d’études en terre balte ! Ces voyages ont été l’occasion de rencontrer les gouvernements et acteurs institutionnels, et nous ont permis de mieux comprendre les priorités de chaque présidence, leur mise en œuvre et la carte mentale de l’Europe de nos partenaires. Programme des rencontres : Martynas Lukoševičius, conseiller diplomatique auprès de la Présidente de la République de Lituanie Maryse Berniau, Ambassadeur de France à Vilnius Ministères des Affaires étrangères Edminas Bagdonas, Directeur du département partenariat oriental Gediminas Varvuolis, Directeur du département pour la coopération transatlantique Jonas Daniliauskas, Directeur des affaires politiques Zilvinas Silenas, Président du Lithuanian Free Market Institute Mantas Adomėnas, député démocrate-chrétien, universitaire Linas Balsys, député, Président du Parti des Verts de Lituanie Retrouvez prochainement le compte-rendu du voyage d’études sur notre...

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Irlande: austerity fatigue ou réveil du tigre celtique ?
02 Mai

Irlande: austerity fatigue ou réveil du tigre celtique ?

Notre séjour a commencé par un détournement d’avion. En raison de vents violents, une partie de l’équipe a atterri à Glasgow et Manchester. « On the wrong Island » comme nous l’avons ironiquement précisé à nos premiers interlocuteurs, hilares de notre présentation de l’Ile britannique sous des auspices peu amènes. L’histoire souffle toujours dans le récit présent. Après quelques péripéties, et passées ces taquineries complices envers le « old foe » commun, nous voici donc, pour cette 9è visite de Présidence, au cœur du Tigre Celtique, dont la réussite fascinait tant avant la crise des subprimes. Cas d’étude intéressant donc que ce petit pays passé par tous les versants des montagnes russes de l’embellie économique des années 1990-2000 à la crise de la fin de années 2000. Avec l’ascension fulgurante de ce « PIIGS » puis sa chute, due notamment à une bulle immobilière créée par l’aubaine du crédit débridé et la flambée des prix de l’immobilier, et conduisant à l’escalade de la dette privée et l’érosion de la compétitivité, le défi à relever était colossal. Au moment où le débat sur les politiques d’austérité ronge l’Europe et où le doute s’immisce dans les gouvernements au pouvoir, le cas du redressement irlandais, cette nation de résistants qui a toujours su se réinventer, peut nous apporter certaines lumières. En tout état de cause, ici, il n’y a pas de débat sur l’austérité (car il y a toujours malgré tout du « stimulus money » comme nous l’avons entendu, avec notamment des aides européennes), l’austérité est donc plus une façon de gérer le budget qu’une théorie économique avec des politiques propres. Et elle est approuvée à plus de 60 % par des Irlandais décidemment très disciplinés. Cette Présidence, comme pour tous les pays en assumant la charge, est bien évidemment une dynamique très porteuse pour le pays. Tous les Irlandais sont unis pour faire de cette Présidence une réussite et l’utiliser à bon escient pour un sursaut national. Le retour aux affaires (européennes), en somme. Main dans la main, le secteur public travaille en cohésion parfaite avec le secteur privé, les think-tanks et autres fondations. Un bel exemple d’intérêt général bien compris. En France, on rêve souvent de cette méthode de travail, pour finalement revenir à des modes de fonctionnement très cloisonnés. Pour comprendre l’attachement irlandais à l’Europe, il faut commencer par la géographie. Petit pays périphérique de l’UE de 4,6 millions d’habitants, l’Irlande ne peut exister dans une union qu’en créant des coalitions avec d’autres. « Mieux vaut se disputer que rester seul » est un vieux proverbe irlandais. Le pays a en outre encore besoin de la solidarité de ses partenaires pour alléger l’endettement et démontrer que les sacrifices consentis seront payés en retour. Partant de ce déterminisme géographique, où se situe Dublin entre Boston et sa fameuse diaspora et Bruxelles? L’Irlande est un pays très pro européen, et, il fut partie prenante dès la première heure de la zone euro. Le sentiment d’humiliation consécutif à la crise (« ce sont les banquiers français, autrichiens, etc., qui nous ont plantés ») tend à diminuer. 85 % des Irlandais souhaitent rester dans l’UE, et 73 % dans la zone euro. L’Irlande reste un bénéficiaire net (le pays a reçu 40 milliards d’euros depuis 1973). 45 % des Irlandais se définissent à la fois comme irlandais et européens. Ces chiffres montrent clairement une opinion publique sincèrement très favorable à l’Europe. L’europhobie britannique n’a donc pas contaminé son voisin irlandais. L’Irlande assume parfaitement un destin bien distinct de celui du Royame-Uni : en cas de future sortie du Royaume-Uni de l’UE, indiscutablement, l’Irlande ne quitterait pas l’Union. Concernant les relations bilatérales France – Irlande, qui connaissent un nouvel élan depuis quelques années, soulignons un fait peu connu: l’Irlande abrite la 2è communauté française d’Europe du Nord (20-25000 personnes enregistrées, 200 Français travaillent chez Google), après Londres. Les Irlandais sont très francophiles, ils n’ont pas oublié que la France les a beaucoup aidés dans leur lutte pour l’indépendance (le soulèvement de 1798 fut nourri par l’exemple de la Révolution française), notre modèle politique leur a inspiré, outre le drapeau à trois couleurs, l’Assemblée nationale (Le Dáilet) et le Sénat (le Seanad). Ce lien particulier avec la France, éternel dans le cœur, a toutefois besoin d’être revitalisé sur le terrain de la coopération bilatérale (échanges commerciaux et parlementaires). Joyce et Beckett restent dans l’imaginaire français, mais notre diaspora remonte à 1680. Les échanges commerciaux entre les deux pays sont déficitaires (4,6 milliards d’euros, c’est notre 7è déficit commercial), la France a 4 % seulement des parts de marchés en Irlande (généralement, en Europe, on se situe aux alentours de 6 %), en revanche le français reste la première langue étrangère étudiée au lycée. Ce lien particulier avec la France n’empêche pas un positionnement subtil avec l’Allemagne. L’idée européenne de l’Irlande s’articule clairement autour de l’axe franco-allemand. Seul bémol: un de nos interlocuteurs nous a souligné qu’il est fâcheux que l’Allemagne ne reconnaisse pas que ses excédents divers et variés sont un déséquilibre pour la zone euro. Food for thought. Avec la Grande-Bretagne, les relations se sont apaisées, les liens familiaux et commerciaux sont une donnée constante qui s’entremêle parfois avec les rancœurs historiques. Les liens avec les États-Unis sont, pour d’évidentes raisons historiques, très forts (sur les 80 millions d’exilés irlandais dans le monde, 15 à 20 millions appartiennent à la diaspora américaine et New York est la première ville irlandaise du monde). Le Premier Ministre irlandais (le fameux Taoiseach) est reçu au moins une fois par an à la Maison Blanche, privilège dont peu de chefs d’État européens jouissent, et les Irlandais ont accès à toute l’intelligentsia américaine. Mais revenons à la Présidence. L’Irlande est consciente que du fait de sa taille modeste, le pays ne peut pas être le moteur de décisions économiques importantes en Europe. De ce fait, les Irlandais ont transposé leur propre agenda national dans l’agenda européen de leur présidence. « Stability, Growth, Jobs » sont les maîtres mots de la Présidence. Plusieurs dossiers sont sur la table: two-pack, CFP, Union bancaire, chômage des jeunes, recherche & innovation, aides aux PME (Cosme), mandat européen numérique notamment. La vitalité démographique explique aussi beaucoup de choses. « L’habitude est une grande sourdine » disait Beckett. Or l’Irlande est un pays jeune, ici point de tranches d’âges âgées qui pèsent sur les décisions économiques nationales et rechignent à changer de cap, comme en Allemagne par exemple. Il est plus facile de faire bouger les lignes rapidement. La violence du choc de la crise financière de 2007-2010 les a poussés à prendre des décisions immédiates, fondées sur trois piliers: désendettement, recapitalisation et réorganisation. L’envie était forte de retrouver une nation dynamique, prospère et confiante. Animés par cet impératif de revenir à leur niveau économique d’avant la crise (de 1995 à 2007, l’économie irlandaise croît en moyenne de 6 % par an, lui valant le surnom désormais rentré dans le langage courant de « tigre celtique », le niveau de vie des Irlandais était en 2007 parmi les plus élevés au monde, entraînant même le retour au pays d’émigrés américains), le précédent gouvernement a dû accepter le plan d’ajustement. La nouvelle coalition au pouvoir (Fine Gael, Labour) a accepté l’héritage du gouvernement passé avec courage, ce qui peut être considéré comme une forme d’union nationale. L’Irlande en est à voter son 6è budget d’austérité (32 Md d’Euros, soit 20 % du PIB, ce qui est énorme comparé aux efforts consentis en France, par exemple). Avant de toucher aux impôts et aux classes moyennes, des coupes drastiques ont été opérées dans les dépenses publiques, et les salaires des fonctionnaires ont été baissés de 14 %. Grâce à ces efforts, l’Irlande est le premier pays européen sur la voie de la reprise et souhaite être le premier à sortir...

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Irlande, le tigre celtique est-il de retour?
19 Avr

Irlande, le tigre celtique est-il de retour?

Au sein des tristement fameux « PIIGS » (Portugal, Irlande, Italie, Grèce, Espagne), l’Irlande fait figure de cas à part. Avant la crise, l’Irlande fut un élève modèle, avec une dette publique de seulement 25% du PIB en 2007, et une croissance impressionnante de son entrée dans la zone euro jusqu’au choc de 2009:  L’atterrissage fut particulièrement violent: suite aux recapitalisations des banques en difficulté, la dette publique bondit à 106% du PIB en 2011, et le PIB perdit près de 10% et 2010. Pourtant, alors que les autres pays en difficulté de l’UE, et notamment la Grèce, continuent encore leur descente aux enfers en 2012, le rebond Irlandais s’est amorcé dès 2011, et s’est poursuivi en 2012 et 2013. Le chômage a certes cru fortement (14,8% en 2012), mais à des niveaux bien moindres qu’en Espagne (25,0%) ou en Grèce (24,7%). Après cinq années de crise, l’Irlande n’est pas encore revenue à son niveau de production d’avant la crise, mais ces années de difficulté n’ont pas effacé les progrès réalisés depuis l’entrée dans l’euro: le PIB de l’Irlande en 2013 devrait être plus élevé de 50% que celui de 1999! Surtout, l’Irlande est revenue rapidement sur les marchés, et son taux d’emprunt est tombé en février 2013 à un minimum historique, plus faible qu’en 2005! Bref, la confiance des marchés dans la dette Irlandaise est revenue, sans équivoque, et du fait notamment d’un potentiel de croissance et d’un dynamisme qui n’ont pas été affectés par la crise. L’Irlande reste un pays tourné vers la mondialisation, et après les errements financier d’avant la crise, ce choix porte ses fruits. Cela veut-il dire que l’Irlande est tirée d’affaires? Probablement pas, car elle reste exposée à un système financier qui demeure fragile, à une demande mondiale également atone, et à une gouvernance de la zone euro encore imparfaite. Mais elle démontre que les pays de la zone euro, y compris ceux durement touchés par la crise, peuvent espérer en sortir à brève échéance.   Voir également:Les priorités de la présidence irlandaise de l’Union européenneLe compte-rendu de notre voyage...

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Les priorités de la présidence irlandaise de l’Union européenne
18 Avr

Les priorités de la présidence irlandaise de l’Union européenne

La présente note est une modeste synthèse du programme complet de la présidence que l’on peut retrouver dans le volumineux programme de ladite présidence. I. Contexte et objectifs Stabilité, emploi et croissance, tels sont les maîtres-mots de la présidence irlandaise. Sans originalité par ces temps de crise, la croissance était une priorité de la présidence chypriote, elle l’est aussi pour la présidence irlandaise, qui inaugure un nouveau triplet de présidence, suivie par la Lituanie et la Grèce. Les priorités de la présidence irlandaise ont été annoncées par le Ministre des Affaires étrangères, Eamon Gilmore et le ministre d’État en charge des affaires européennes, Lucinda Creighton, le 17 décembre 2012. L’Irlande voit en 2013 « une nouvelle phrase de la reprise économique de l’Union européenne ». À l’aune des projections réalisées par les économistes, on peut toutefois douter de cette analyse contextuelle. La présidence n’hésite pas à mettre en avant son expérience intérieure en matière de relance, fondée sur une fiscalité favorable aux entreprises. Mais cette stratégie a pour conséquence un report de la pression fiscale essentiellement sur les contribuables personnes physiques. Ce modèle n’est donc pas déclinable à l’ensemble des Etats de l’Union européenne, en ce qu’il ne s’inscrit pas nécessairement dans la volonté politique des gouvernements en place. Pour déterminer les priorités de la présidence, l’Irlande souhaitait faire la différence sur trois objectifs affichés: Une relance centrée sur les citoyens et conçue pour durer, L'investissement dans la croissance favorable à l’emploi et dans les ressources de l’Europe, Un engagement gagnant-gagnant avec les partenaires extérieurs de l’Union européenne. II. Les priorités affichées de la présidence La stabilité de l’UnionLa présidence souhaite travailler sur trois axes: L’union bancaire, dont l’une des composantes est le mécanisme de surveillance unique (MSU), proposé par la Commission le 12 septembre 2012. Or ce mécanisme ne fait pas l'unanimité parmi les Etats-membres, et non des moindres (Royaume-Uni, Allemagne), en ce qu’il consiste à octroyer de nouveaux pouvoirs à la Banque Centrale Européenne. Le semestre européen, « période de coordination des politiques structurelles, macroéconomiques et budgétaires des États membres ». La poursuite de la mise en œuvre de l’Union économique et monétaire. À cet égard, l’action de la présidence s’inscrit dans la poursuite des conseils européens successifs, n’ignorant pas la nécessité de restaurer la confiance des opérateurs dans le système bancaire européen. L’investissement dans l’emploi et la croissance durables La présidence plaide en faveur d’un marché unique du numérique, qui permettrait de favoriser durablement l’emploi des jeunes. Faut-il y voir l’influence du tout-puissant Google, dont le centre européen est basé à Dublin? Toujours est-il que Lucinda Creighton a, par exemple, plaidé pour le développement du commerce électronique et appelé des progrès en matière de sécurité des transactions, de manière à rassurer les 35 % d’Internautes européens encore réticents à l’achat en ligne. Outre ce marché unique de l’avenir, l’Irlande souhaite renforcer la mobilité au niveaux scolaire et professionnel. Par exemple, avec la reconnaissance des qualifications professionnelles. Pour la présidence irlandaise, cette priorité passe aussi par le développement de la cohésion sociale et économique intra-communautaire, mais aussi par l’agriculture et la pêche européenne. L’Irlande souhaite se concentrer sur la « Croissance bleue » pour mettre à profit les 89.000 km de littoral de l’Union européenne, sans oublier la reconversion écologique de l’économie européenne. L’Europe et le mondeLa présidence irlandaise plaide pour un renforcement du dialogue avec ses partenaires internationaux, pour «renforcer l’efficacité et la cohérence de la politique extérieure de l'UE et de répondre aux défis majeurs en matière de sécurité et de politique internationale», mais aussi pour agir contre la faim, la pauvreté et le changement climatique. La présidence souhaite aussi travailler à la conclusion d’accords commerciaux bilatéraux avec «un ensemble de partenaires clés dont les États-Unis ». L’enjeu: l’export européen.   Voir également:Irlande, le tigre celtique est-il de retour?Le compte-rendu de notre voyage...

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Voyage d’études à Dublin
17 Avr

Voyage d’études à Dublin

L’Atelier Europe se rendra en voyage d’études à Dublin du 18 au 21 avril, à l’occasion de la Présidence irlandaise du Conseil de l’UE. Ce déplacement s’inscrit dans la continuité d’une tournée des capitales européennes initiée lors de la présidence tchèque, et qui a perduré depuis, à Stockholm, Madrid, Bruxelles,Budapest, Varsovie, Copenhague et Nicosie. Ces voyages ont été l’occasion de rencontrer les gouvernements et acteurs institutionnels, et nous ont permis de mieux comprendre les priorités de chaque présidence, leur mise en œuvre et la carte mentale de l’Europe de nos partenaires. Programme des rencontres : Emmanuelle Michelin d’Achon Ambassadrice auprès de la République d’Irlande Brendan Halligan Président du think tank IIEA (Institute of International and European Affairs) Cabinet du Taoiseach (Premier Ministre) Lorcan Fullam, directeur adjoint de cabinet, conseiller diplomatique affaires européennes Gerald Angley, directeur de la communication politique de la Présidence Dara Murphy Député du Fine Gael Michael McGrath Directeur des affaires européennes et internationales, Ministère des finances Declan Ganley Président de...

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Arte pour réunifier Chypre ?
30 Oct

Arte pour réunifier Chypre ?

Nicosie. Dernière ville divisée d’Europe, où le rouge oriental et le bleu de la Méditerranée se font face, notamment au travers des drapeaux nationaux présents sur tous les édifices religieux. Entre frontières urbaines et frontières du dédain, c’est non sans une certaine curiosité que notre petit groupe de l’Atelier s’est immiscé dans le dédale des rues de Nicosie, a traversé les check points de la ville pour aller dans ce qui nous apparait un peu comme un endroit interdit, puisque non reconnu internationalement, la République turque de Chypre du Nord. Pour notre génération qui vit quasiment dans un monde fini aux limites connues, la mondialisation et les moyens de transport ayant estompé les frontières, nous retrouver dans Nicosie à contourner les îlots grecs et turcs ne s’est pas fait sans une certaine émotion, teintée de mystère. Une certaine excitation aussi s’est emparée de nous lorsque nous avons foulé le tarmac de l’aéroport de Nicosie et vu la dernière carlingue qui n’a jamais pu décoller. Ce site abandonné, avec en arrière plan un paysage montagneux représentatif de la partie Nord de l’île et dont certains flancs montrent fièrement le drapeau de la République turque de Chypre du Nord, a planté le décor dès le début de notre voyage, puisque nous avons commencé notre série d’entretiens à la mission de l’ONU. Huit ans après son adhésion à l’Union européenne, l’île prend la présidence du Conseil de l’UE, sachant que celle-ci ne pouvait avoir que des ambitions limitées s’agissant d’un pays de taille réduite et membre récent de l’Union. Chypre a souhaité également que la question de la partition de l’île n’entre pas en ligne de compte dans la gestion de sa Présidence. Si interférence du conflit il y a eu, c’est d’abord en raison des manœuvres de la Turquie qui a boycotté toutes les réunions de la Présidence. Notre voyage d’études avait comme objectif de comprendre la sensibilité locale aux questions européennes et de sonder comment ce pays vit sa Présidence au quotidien. Compte-tenu du contexte particulier de ce pays, le cadre de nos discussions a évidemment dépassé le cadre européen pour essayer de comprendre, d’une part, les ressorts du conflit chypriote et, d’autre part, de faire un point sur l’état des négociations, dans une île où le nationalisme et le ressentiment guident en partie le regard que l’on porte sur une communauté donnée. Ici, les identités, forcément complexes du fait de la succession de présences étrangères, des Phéniciens aux Poitevins, se définissent en premier lieu par opposition (on se définit comme Grec, Chypriote grec, Turc ou Chypriote turc, selon la personne que l’on a en face). Cette identité situationnelle, très intime, empêche l’émergence d’une culture de la réconciliation. En même temps, le caractère européen du territoire en présence, permet aussi de réfléchir à un lien plus symbolique qui permettrait à terme de sortir de l’impasse dans laquelle l’île est aujourd’hui. L’ONU ayant montré ses limites dans l’avancée des négociations, l’UE a sûrement un rôle et c’est même son devoir, Chypre étant un membre de l’UE, la question chypriote touchant à beaucoup de sujets comme l’intégration de la Turquie dans l’UE, la défense, l’OTAN, etc.-, de jouer sa carte unificatrice et intégratrice, voire même pacifiste alors même qu’elle est auréolée depuis peu du Prix Nobel de la paix. Ce serait aussi un message fort à donner à tous ses détracteurs qui lui contestent ce Nobel. Contribuer à régler un conflit quasi gelé montrerait qu’au-delà des grandes idées et valeurs européennes, l’UE peut faire avancer concrètement les choses. En d’autres termes, l’idée d’un futur commun (pour le moment l’acquis communautaire ne s’applique pas à la partie Nord) que peut représenter l’horizon européen pourrait permettre de sortir de cette impasse identitaire « fossilisante ». Consciente de cet état de fait, Chypre souhaite néanmoins marquer cette présidence, d’abord vis-à-vis de ses partenaires européens (comme les autres pays entrés récemment dans le club européen, de surcroît pour un pays à la périphérie de l’UE, il s’agit de montrer qu’on est un bon élève), mais aussi au niveau national (montrer à l’ensemble des citoyens de l’île que Chypre a les capacités d’exercer les prérogatives d’un État souverain). Les ambitions ont donc dès le départ été définies modestement et se concentrent sur le régime d’asile commun, la politique maritime intégrée (avec la déclaration de Limassol) et les aspects sociaux (droit des femmes, scolarisation des enfants, intégration des immigrés clandestins, situation des personnes âgées, etc..). Chypre est en outre tributaire de l’agenda européen, lequel est focalisé sur la problématique de la gouvernance économique et monétaire et les négociations pour le cadre financier pluriannuel. Sur ces deux dossiers lourds et complexes, Chypre est consciente que l’essentiel lui échappera et l’île a passé la main au Président Van Rompuy depuis le dernier Conseil européen du 22 octobre 2012. Si cette Présidence a tenu ses promesses grosso modo par rapport aux intentions initiales, en revanche, nos interlocuteurs, qui en dressent un bilan intermédiaire flatteur, nous ont souligné le fait que Chypre n’avait pas suffisamment intégré au préalable la dimension « parlement européen » consécutif à Lisbonne, et la charge de travail très lourde qui en découle (notamment s’agissant des trilogues), pour des textes législatifs par ailleurs difficiles à négocier, le travail entre les technocrates (du Conseil et des États membres) et les élus (du Parlement européen) n’étant pas exempts de heurts. Toutefois, au final, nous avons plutôt entendu que c’est une bonne présidence et que « Chypre en sortira grandie ». Revenons maintenant à la situation nationale. Les négociations, ou plus justement un semblant, ont repris depuis l’échec du Plan Annan. À L’unanimité, nos interlocuteurs, souvent très opposés sur l’analyse de la situation, s’accordent pourtant sur un point : la réunification de l’île n’est pas pour demain, chacun semblant être cristallisé sur des positions antagonistes irréconciliables, non sans une certaine instrumentalisation du passé d’ailleurs. Et chacun rejetant sur l’autre la responsabilité de cette inertie. Le mandat de l’ONU, datant de 1964 et renouvelé tous les six mois, est inchangé depuis 1974. La mission de l’ONU est de favoriser un retour à des conditions normales, d’aider à la réconciliation, et de protéger les deux lignes de cessez-le -feu. Deux volets dans cette mission : une mission classique de maintien de la paix (le volet militaire, c’est le seul endroit au monde où l’ONU a un mandat pour la sécurité de la zone tampon, forme de souveraineté onusienne baroque) et une mission de « bons offices » pour le volet politique. Sur le terrain, la présence des casques bleus s’est considérablement amoindrie : il y a aujourd’hui 860 soldats (contre 7 000 en 1974), comparé au 35 ou 40 000 soldats stationnés dans la partie turque de l’île. Cette présence militaire côté turc est d’ailleurs toujours très mal perçue par la partie grecque, l’un de nos interlocuteurs (grec) nous ayant clairement lâché dans la conversation qu’« on ne peut pas négocier avec un flingue sur la tempe ». Nous avons également entendu que « l’armée ne peut pas imposer la paix ». Côté turc, la présence militaire est justifiée par le fait qu’elle permet de garantir l’intégrité territoriale de cette partie de l’ile, dont les habitants se sentent marginalisés dans cette « prison à ciel ouvert ». Pour les chypriotes turcs du Nord, on ne parle d’ailleurs pas d’invasion pour relater les évènements de 1974 (le terme est catégoriquement rejeté pour des raisons morales et même juridiques), ni d’occupation militaire illégale, mais bien d’une mission de « pacification », visant à l’origine à protéger les Chypriotes turcs menacés (le risque d’un massacre a été évoqué dans nos conversations avec la citation d’acteurs internationaux de l’époque) et qui est le résultat et non la cause de onze années « d’agitation grecque » (rappelons au passage que la ligne verte existait bien avant 1974, elle a été tracée par un Général britannique en 1963, afin de séparer les deux communautés en conflit). Pour la partie turque, qui refuse...

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